Paroles, pas de rôles

Paroles, pas de rôles de Matthias de Koning, Damian de Schrijever et Per Van de Eede.

    Les auteurs sont trois des comédiens des collectifs belges et néerlandais Tg stan, De Loe et Discordia,  que l’on avait déjà pu voir au  dernier Festival d’Automne ( My Dinner with André) et, notamment en novembre dernier au Théâtre de la Bastille ( voir l’article de Barbara Petit dans le Théâtre du Blog). Et c’est une sorte de carte blanche que Muriel Mayette  leur a donné en leur confiant un atelier de création, pendant plusieurs semaines avec cinq acteurs du français: Coraly Zahonero, Laurent Natrella, Nicolas Lormau, Julie Sicard et Léonie Simaga. Avec une proposition: relire, 20131.jpg des morceaux de textes classiques,- Molière, Diderot, Racine, Tchekov entre autres, en se lançant de temps en temps dans quelques improvisations

 Cela se passe dans la salle du Vieux-Colombier, créé par Jacques Copeau en 1913,  avec une scénographie bifrontale; peu d’éléments sur le plateau: une pannière qui fait office de baignoire où Léoni Simaga fera trempette avec  des fumigènes pour figurer la vapeur de l’eau chaude (!!!!!!!),  une porte qui bascule avec au-dessus un seau en zinc qui se renverse, quelques chaises, une table …Et des batteries de projecteurs en quantité… Et, bien sûr autant de fils qu’il est nécessaire sur le côté Jardin pour manipuler à vue les pendrillons blancs.
Les comédiens sont très à l’aise, même si on ne croit pas une seconde à ce théâtre dans le théâtre qui est une des plaies du spectacle contemporain-tous genres confondus-Les Flamands font en général  preuve de plus d’innovation! Donc , ici, l’on a donné soi-disant priorité à l’acteur,et à une volonté de faire dans la création collective… Cela nous rajeunit mais Ariane Mnouchkine et Le Théâtre du Soleil  pour 1789, 1793 ou l‘Age d’or, sans vouloir jouer les grands-pères donneurs de leçons, y mettaient une autre imagination.
Au début, ce n’est pas la peine de se le cacher, les cinq compères arrivent à nous faire rire mais, c’est un peu comme une machine qui n’arrive pas à vraiment fonctionner, on commence à s’ennuyer, alors que le spectacle ne dure que 75 minutes…  Non, cela n’a rien à voir avec le théâtre de tréteaux  comme annoncé,  que  l’immense Jacques  Copeau pratiquait à une centaine de mètres du théâtre sur la Place Saint-Sulpice…
L’insolence, le jeu fait d’immédiateté et de relation directe avec le public ne sont pas au rendez-vous, même si Nicolas Lormeau offre gentiment  des chocolats au premier rang du public. Certes les cinq acteurs ont une diction irréprochable et quand ils disent quelques vers de Racine, tout d’un coup, il se passe quelque chose: sans doute alors  se sentent-ils davantage dans leurs univers. Léonie Simaga est tout à fait charmante comme Coraly Zahonero et Julie Sicard, mais il y a, dans tout le spectacle, un côté bcbg difficilement supportable. Comme si les trois auteurs du spectacle, sans doute flattés de l’invitation qui leur avait été faite de jouer dans le plus important  des théâtres officiels français avaient eu du mal à trouver leurs repères.  Comme s’ils avaient-fait un petit copié/collé des méthodes   politiques actuelles- et confondu apparence de l’efficacité et efficacité. Et les gags ne sont pas très fameux: comme ce roulage sans fin d’une pâte à tarte qui finit en boule que les comédiens se renvoient comme un ballon.
Et, à écouter ces dialogues bien propres sur eux, on a  du mal à croire un instant qu’il s’agit  de véritables impros: surtout quand on a vu celles des fameux kapouchnik ( cabarets politiques) du Théâtre de l’Unité qui doivent en être à leur soixantième édition mensuelle, là-bas très loin à Audincourt près  de Montbéliard…
et qui se  jouent à chaque fois à bureaux fermés;
Allez, Muriel Mayette, prenez le TGV pour Montbéliard, Jacques Livchine viendra vous chercher à la gare , il vous offrira de la bonne soupe dans la grande salle à manger du théâtre  et vous ne regretterez pas votre soirée , cela vous sortira de vos ors et de vos velours rouges! Bref, le mariage était sans doute impossible entre deux univers radicalement différents; et pour reprendre la célèbre formule de Brecht, l’eau ne se mélange pas à l’huile!
Le public semble malgré tout passer quelques bons instants ( c’est le mot « instants » qui vous choque, braves amis lecteurs!) mais,  rapport qualité/prix, payer 28 euros pour une série d’impros , que bien des théâtres offrent en guise de remerciements à la fin d’une saison., c’est un peu cher. Alors à voir? A vous de juger,  mais on n’a guère envie d’y retourner: ce sera le mot de la fin.

Philippe du Vignal

Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 28 février.

 


Pas encore de commentaires to “Paroles, pas de rôles”

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...