Amphitryon

Amphitryon, de Molière – Mise en scène Bérengère Jannelle.

    amphitryon.jpgUn divertissement, une farce cruelle des dieux : parce que Jupiter a repéré Alcmène et décidé qu’elle serait la mère du futur  – et malheureux – Hercule, il prend la figure du général Amphitryon et retarde la nuit pour s’offrir une merveilleuse et unique nuit d’amour. D’amour, il voudrait bien… : malgré son plaidoyer fort plaisant pour l’amant, c’est le mari qu’aime et désire la fidèle Alcmène. Du moins, c’est ce qu’elle croit : peut-être est-elle plus séduite qu’elle ne veut bien l’avouer par la fougue inhabituelle de celui qui a la figure de son mari…La pièce, bien imitée de Plaute, joue sur l’effet comique garanti en principe par les quiproquo entre jumeaux, ou sosies, et sur l’effet de trouble d’un adultère consommé « à l’insu de son plein gré ». Elle envoie un coup de chapeau un peu ambigu à Louis XIV en Jupiter. Et pour aujourd’hui, et sur nous, que dit-elle ? Bérengère Jannelle et ses comédiens l’ont  gentiment modernisée, mais, faute de choix précis et forts, ne nous en livrent que quelques éclats et laissent Amphitryon au rang des pièces secondaires.

Pourtant , on sent l’idée, on sent qu’il y aurait quelque chose à faire : quand des milliers de “sosies“ rejouent éternellement leur “dieu“ Claude François, il pourrait être plaisant de voir, à l’inverse, le désir d’un dieu de descendre sur terre, dans notre misérable condition, tout en gardant sa puissance divine. De même, le trouble d’Alcmène, frôlant une rencontre avec son inconscient, aurait pu aller bien plus loin : Audrey Bonnet joue mieux la douleur que lui infligent les soupçons du mari que le plaisir partagé ave l’amant…  Arnaud Churin se tire bien de la jalousie instinctive du “vrai“ Amphitryon, de son côté Othello capable de tuer pour un mouchoir, mais est plus embêté que troublé par le côté surnaturel de l’affaire. Olivier Balazuc, en Sosie, s’approche d’un bon Arlequin, il nous convainc de sa lâcheté systématique, mais pas de sa peur. Bref, on attend plus et mieux d’une bonne réflexion sur la pièce qui ne passe pas assez sur le plateau, encombré d’une machine tournante en plan incliné, avec miroirs et trappes, elle non plus pas complètement assumée.
Il faut ajouter la diction du vers, gâtée par des liaisons “hyper-correctrices“ (donc fautives) du genre « la maison-n-elle-même… ».
Nous, le public, en demandons plus : un Amphitryon qui nous émeuve, et qui nous fasse rire franchement et dire que jusque-là  on était passé à côté d’une grande pièce. Qu’en pense Kleist ?

Christine Friedel

Théâtre de la Ville – Les Abbesses,  jusqu’au 12 février


Archive pour 29 janvier, 2010

Amphitryon

Amphitryon, de Molière – Mise en scène Bérengère Jannelle.

    amphitryon.jpgUn divertissement, une farce cruelle des dieux : parce que Jupiter a repéré Alcmène et décidé qu’elle serait la mère du futur  – et malheureux – Hercule, il prend la figure du général Amphitryon et retarde la nuit pour s’offrir une merveilleuse et unique nuit d’amour. D’amour, il voudrait bien… : malgré son plaidoyer fort plaisant pour l’amant, c’est le mari qu’aime et désire la fidèle Alcmène. Du moins, c’est ce qu’elle croit : peut-être est-elle plus séduite qu’elle ne veut bien l’avouer par la fougue inhabituelle de celui qui a la figure de son mari…La pièce, bien imitée de Plaute, joue sur l’effet comique garanti en principe par les quiproquo entre jumeaux, ou sosies, et sur l’effet de trouble d’un adultère consommé « à l’insu de son plein gré ». Elle envoie un coup de chapeau un peu ambigu à Louis XIV en Jupiter. Et pour aujourd’hui, et sur nous, que dit-elle ? Bérengère Jannelle et ses comédiens l’ont  gentiment modernisée, mais, faute de choix précis et forts, ne nous en livrent que quelques éclats et laissent Amphitryon au rang des pièces secondaires.

Pourtant , on sent l’idée, on sent qu’il y aurait quelque chose à faire : quand des milliers de “sosies“ rejouent éternellement leur “dieu“ Claude François, il pourrait être plaisant de voir, à l’inverse, le désir d’un dieu de descendre sur terre, dans notre misérable condition, tout en gardant sa puissance divine. De même, le trouble d’Alcmène, frôlant une rencontre avec son inconscient, aurait pu aller bien plus loin : Audrey Bonnet joue mieux la douleur que lui infligent les soupçons du mari que le plaisir partagé ave l’amant…  Arnaud Churin se tire bien de la jalousie instinctive du “vrai“ Amphitryon, de son côté Othello capable de tuer pour un mouchoir, mais est plus embêté que troublé par le côté surnaturel de l’affaire. Olivier Balazuc, en Sosie, s’approche d’un bon Arlequin, il nous convainc de sa lâcheté systématique, mais pas de sa peur. Bref, on attend plus et mieux d’une bonne réflexion sur la pièce qui ne passe pas assez sur le plateau, encombré d’une machine tournante en plan incliné, avec miroirs et trappes, elle non plus pas complètement assumée.
Il faut ajouter la diction du vers, gâtée par des liaisons “hyper-correctrices“ (donc fautives) du genre « la maison-n-elle-même… ».
Nous, le public, en demandons plus : un Amphitryon qui nous émeuve, et qui nous fasse rire franchement et dire que jusque-là  on était passé à côté d’une grande pièce. Qu’en pense Kleist ?

Christine Friedel

Théâtre de la Ville – Les Abbesses,  jusqu’au 12 février

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