OBLUDARIUM

OBLUDARIUM, conception :  Matej et Petr Forman, mise  en scène de Petr Forman.

  obludariumcraynauddelage.jpg Formés à l’École du théâtre de marionnettes de Prague, les deux frères  ont fait leur apparition en France au moment de la Révolution de velours, ont  travaillé avec Dromesko dont ils partagent l’esprit poétique. Leur Opéra baroque créé en 1992 a fait le tour du monde. Obludarium, c’est une succession de moments magiques dans un adorable petit chapiteau, une vraie caverne d’Ali-Baba, où on nous introduit dans la pénombre, en équilibre fragile à cheval sur un étroit tabouret peu propice au sommeil. Et c’est à un beau rêve éveillé auquel nous sommes conviés par seize  étonnants personnages surgis des livres de contes tchèques, des peintures de Picasso, de Chagall, et des dessins de Georg Grosz.
On ne peut décrire toutes les fulgurances, seulement évoquer ces trois personnages à grosses têtes et leurs petites chaises qui ne veulent pas rester sur le plateau, sans cesse remis en scène doucement par Monsieur Loyal, la chevauchée fantastique sur un somptueux cheval de bois, les ballets sur un vertigineux plateau tournant, les tours de force du massif Hercule. On  regrette l’ aspect un  peu décousu de cet Obludarium qui reste du grand art,  mais  l’accent tchèque des présentateurs est craquant. Le public est fasciné, des plus petits aux plus grands. L’Espace Cirque d’Antony les a invités pour dix  représentations jusqu’au 17 janvier; il n’y a plus de place, mais ne les ratez pas à l’avenir !

Edith Rappoport

 

 

**************************************************************************************************************************************

obludariumcraynauddelage11.jpg   Ce qui est sans doute le plus bouleversant dans ce spectacle, c’est le fabuleux univers  plastique dont parle Edith Rappoport et qui vient tout droit, semble-t-il, de l’univers de  Werich et Voskovec, jeunes clowns des années 30  ( Woskovec dont la grand-mère Adrienne Denoncin, était d’origine champenoise et le grand père Sobeslav Pinkas était un grand peintre tchèque)  . Ils   furent les figures de proue du Théâtre libéré de Prague,où travailla un temps Vlaclav Havel , où ils évoluaient dans un décor qui faisait partie intégrante de la représentation*. Comme ici, dans ce petit chapiteau merveilleux déjà de poésie à l’extérieur, dont on voit de loin les mosaïques peintes qui contrastent avec la neige au sol,  et où l’on se sent si bien une fois entré. Des lumières de lanternes, les spectateurs très serrés autour de la piste au plateau tournant, et une  complicité exceptionnelle avec les artistes. Il y a, entre autres ,  deux moments fabuleux de poésie : ceux où le Monsieur Loyal  qui ne réussit à s’exprimer que par des borborygmes qui font la joie des enfants, a le plus grand mal à maîtriser les entrées de trois personnages-deux hommes et une femme- aux grosses têtes chauves et aux yeux exorbités, qui, assis sur de très petites chaises rouge foncé,  ne tiennent pas en place. C’est techniquement parfait dans la tradition tchèque mais aussi   émouvant et drôle, et ces têtes en carton  sont d’étonnantes et d’admirables  sculptures qui doivent être absolument sauvegardées et qui, on peut l’espérer, iront un jour prendre une retraite bien méritée dans un musée du théâtre. Elles rappellent à la fois certains dessins de Grozs mais aussi, plus près de nous, les grandes marionnettes du célèbre Bread and Puppet  américain de Peter Schumann.
Et il y a aussi  ce merveilleux  cheval en bois, que l’on apporte des coulisses, à plat sur le sol et qui, magiquement, d’un seul coup, va s’élever suspendu par un câble et  se mettre à galoper dans la brume , chevauché par une jeune acrobate.Des images comme cela, il n’y a pas beaucoup de compagnies françaises qui seraient capables de nous les offrir…Les références plastiques ne manquent pas mais celle qui viennent immédiatement à l’esprit sont Le célèbre Cheval écorché de Fragonard que l’on peut voir au Musée de l’Ecole vétérinaire de Maison-Alfort,  et celui  non moins célèbre  du Maréchal Pilsudski- imaginé par Tadeusz Kantor pour son spectacle  Qu’ils crèvent les artistes ( aux  obsèques de celui qui fut en 1921 l’artisan de l’autonomie de la Pologne, dit Kantor, on fit entrer son cheval, en ultime hommage à son maître,  dans la cathédrale de Cracovie).

 

Certes,  la mise en scène de cet  Obludarium est un peu cahotante et certains gags se répètent mais, que ne pardonnerait-on pas pour voir des images de cette intelligence et de cette sensibilité!

Philippe du Vignal

* Avec un peu de chance, vous pouvez arriver à trouver Le Théâtre libéré de Prague, excellent livre de Danièle Monmartre, édité par l’institut d’Etudes slaves (1991) qui retrace l’aventure mythique de cette scène poético-constructiviste.


Archive pour janvier, 2010

Un sapin chez les Ivanov

Un sapin chez les Ivanov, d’Alexandre Vvedenski, mise en scène d’Agnès Bourgeois.

C’est la veille de Noël : les enfants, de deux à quatre-vingt-deux ans, attendent avec impatience l’illumination et les cadeaux. Allons, il faut être propre pour la fête : la nurse donne le bain, et décapite, avec la hache qui servit couper  le sapin, l’un (l’une) de ces enfants exaspérants. Procès, mort, etc…   Le parti pris de l’auteur, membre fondateur comme Daniil Harms et Kasimir Malevitch du mouvement Oberiou (1928) est celui de « l’art réel » : « Dans notre création, nous élargissons et approfondissons le sens de l’objet et du mot, mais nous ne le détruisons en aucune manière ». Cela donne une poésie étrange, tendre et désespérée, avec tout le charme de la littérature enfantine, à laquelle les Oberiouty ont été du reste condamnés par la censure soviétique, avant d’être condamnés tout simplement par la justice et de disparaître.
On entend dans Un sapin chez les Ivanov une folie douce – quoique très grave – , attentive à une pensée préconsciente, remise à sa place dans le réel, et  au monde du rêve et du cauchemar.
La mise en scène d’Agnès Bourgeois,  la scénographie de Didier Payen et les masques et costumes de Laurence Forbin, gardent  cet esprit d’enfance : le décor de bois brut suggère davantage le jeu de construction que le cercueil, de doux masques, dodelinant comme des oreillers, font de grosses têtes de bébés aux acteurs.
On pense à Lewis Carroll, à Robert Walser, à James Matthew Barrie, et  aux auteurs qui ont trouvé dans l’enfance le terrain de l’interrogation métaphysique “être ou ne pas être“, entre la naissance et la mort, au rythme d’une pendule capricieuse. Un Sapin chez les Ivanov constitue un spectacle  original, d’une précision impeccable, réglé en douceur, et qui laisse une étrange  impression  onirique.

Christine Friedel

 

Centre dramatique de Montreuil  jusqu’au  22 janvier.

Reprise d’un triomphe ou Le Songe d’une nuit bastiaise

  Reprise d’un triomphe ou Le Songe d’une nuit bastiaise de Noël Casale, conception, réalisation d’Hubertus Bierman, Noël Casale et Pascal Omhovere.

  Noël Casale explique dans le programme qu’il avait écrit en 2006 une comédie Forza Bastia qu’il voulait faire jouer à Bastia sa ville natale mais que, malgré mille promesses, un an après, ne fut toujours « ni acceptée ni refusée ». Ce qui, dit-il, l’a profondément blessé et qui l’a fait penser aux réalités propres de  la Corse , qu’il a dû fuir dès l’adolescence, où les abcès s’enflent pendant des années, » la Corse dont certains membres s’effondrent souvent dans des accès de brutalité inouïe-délinquance, terrorisme, mafia alors que d’autres plongent dans la dépression, l’alcool, la drogue, le suicide ». Et les trois autres pièces  de Casale comme Reprise d’un triomphe ont pour cadre Bastia de nos jours,  ce qui permet visiblement à l’auteur de régler ses comptes avec la ville et son île cependant tant aimée…
   La pièce  se donc passe à Bastia l’été prochain, comme il  dit,  dans un petit hôtel  minable de la vieille ville où, une nuit,  Marc Aurèle, qui vit dans une chambre où courent les cafards et son copain Dean Martin,  refont le monde dans le hall vieillot . Marc Aurèle rêve  d’un avenir meilleur sans trop y croire. Et Dean Martin , parle d’archéologie comme d’un vieux fantasme: il voudrait partir à la recherche du squelette de John Wayne;  à la fin, débarque,  à l’aube,  un de leurs copains, un certain Ulysse qui leur raconte une histoire de  gangsters qui ont abandonné une valise bourrée de  de billets- il y en a pour cinquante millions de dollars  qu’il leur offre pour qu’ils puissent réaliser leur rêves à tous les trois…
  Noël Casale dit qu’il lui est apparu quand il a écrit cette histoire  « que l’enjeu devait porter une nouvelle fois sur le rapport que ces hommes ont avec la parole ici un rapport continuellement ambigu ». …. On veut bien mais, passées les cinq  premières minutes où dans  une scénographie bi-frontale- hors  normes de sécurité! Régis Hébette, le directeur du lieu ferait bien de revoir les choses!- est recréé ce hall d’ hôtel minable  éclairé par quelques petites lampes, le compte n’y est pas tout à fait.
En effet, même si les acteurs font leur travail tout à fait correctement, comme le dialogue, qui a tout du bavardage,  semble être du genre écrit sur un coin de table et n’a rien à voir avec une quelconque parole proférée comme le voudrait son auteur, rien n’est très crédible et  un ennui de première qualité ne tarde pas à s’installer.
On comprend bien l’attachement de Noël Casale à sa ville de Bastia mais ces personnages qu’ il voudrait faire vivre devant nous n’existent guère scéniquement et c’est bien pourquoi ces scènes  d’atmosphère qu’il voudrait installer
ont tant de mal à surgir…
  Alors à voir? Non, pas vraiment; nous n’avons jamais  senti « la relation particulière qu’une communauté ( des gens de Bastia) peut avoir avec la parole », ce qui devrait être le fondement de la pièce,  du moins,  si l’on en croit Casale. Et ce ne sont pas les-très courts- moments de grâce où Dean Martin joue de son petit harmonica tassé dans son fauteuil qui peuvent sauver le spectacle.. Et cette semaine,  entre le Théâtre de la Madeleine et l’Echangeur, aux antipodes l’un de l’autre, -privé, tapis rouge et vedette/public, ciment et pas de vedettes, le moins que l’on puisse dire est que, de toute façon,  le texte n’était pas à l’honneur! Il y a des jours comme cela, c’est la vie du théâtre parisien…

Philippe du Vignal

L’Echangeur, jusqu’au 17 janvier du lundi au samedi à 20 h 30 et le dimanche à 17 heures, relâche le mercredi.

Richard III Le roi Lear

Richard III de Shakespeare, mise en scène Jean-Claude Fall

richardiii.jpg  La prise du pouvoir, son exercice, sa légitimité, sa perte, relié au thème de l’héritage: Jean-Claude Fall met en scène Le roi Lear et Richard III de Shakespeare réunis en diptyque. Avec la  troupe du Théâtre des Treize Vents et ses compagnons de route: en tout,  seize  acteurs pour jouer Richard III, l’histoire sanglante du monstrueux duc de Gloucester, boiteux, bossu, féroce, qui va allègrement de meurtre en meurtre, en supprimant tous les héritiers légitimes et ses adversaires pour s’emparer du trône.
Dans la lecture de la pièce proposée par Jean-Claude Fall , Richard III est un « enfant roi » pour qui la vie, l’amour, la mort sont un jeu , et le pouvoir  devient la source d’une jouissance sans limites  et sans  loi. Il inscrit ce jeu de massacre dans un décor unique, simple et efficace de Gérard Didier : un grand pan courbe en métal incliné avec au milieu une faille traversée par des planches. Un espace mental, intemporel pour divers lieux intérieurs et extérieurs. Cette pente  mettant en déséquilibre les victimes  de la folie meurtrière de Richard.
Les costumes : tenues militaires et  complets  1950 pour les hommes, et  robes longues pour les femmes. Quant aux sbires de Richard, c’est costumes croisés et lunettes noires, rappelant ceux  des mafieux italiens: cette histoire de Richard a bien  pour scène le  monde contemporain. Les projections au sol qui ponctuent le spectacle sont marquées parfois d’un sigle comme ceux des chaînes de télévision.
Canettes ,micros, mobiles sont quelques uns des objets usuels dans cet univers de bruit et de fureur. Le portable en particulier est omniprésent et  Richard ne s’en sépare jamais, il téléphone,  prend des photos, les montre à ses sbires ; quand ils égorgent un homme  et lui coupent la tête avec un grand  couteau,  la mettent  dans un sac en plastique et se la passent comme un ballon de football, après avoir pris eux aussi une photo.
Le cadavre du prince de Galles assassiné  repose dans un sac  sur une table à roulettes et  Richard,  en sortant de dessous la table, dit au téléphone : « Je ne peux pas te parler , je suis à la morgue ». Des gags, des répliques, voire des petites scènes rajoutées parasitent la belle traduction de Jean-Michel Déprats,  mais amusent  le public. Ainsi , par exemple, Richard avec un masque de cochon et Buckingham avec celui d’un  lièvre, se livrent-ils à une séance comique de grognements et  de gesticulations.
Richard et Buckingham jouent à imiter Al Pacino, Chirac, etc. Quand le Lord-Maire et les notables de la ville viennent demander à Richard d’accepter la couronne, on assiste à un échange de brefs discours prononcés au micro à l’avant-scène. Quand il lit son discours d’acceptation,  Richard reprend un passage d’un discours électoral de Sarkozy, etc… Richard III, histrionique, prothèses sur un bras et une jambe, boite de temps en temps, court, saute, crache, s’amuse comme un petit fou, grimace, fait des mines entendues vers le public chaque fois qu’il berne une de ses victimes. Pour les autres personnages, Jean-Claude Fall a choisi un jeu plutôt réaliste, parfois caricatural.
Bref, la tragédie de Shakespeare est ici transformée en farce et réduite à un sitcom. On se demande si Jean-Claude Fall ne s’est pas trompé de pièce en montant Richard III à la place d’Ubu Roi.

Irène Sadowska Guillon

Théâtre d’Ivry – Antoine Vitez
jusqu’au 31 janvier 2010

01 43 90 11 11

 

Le Roi Lear de William Shakespeare, mise en scène de Jean-Claude Fall

Lear : roi de mots croisés, le seul roi que connaissent ceux qui ne sont jamais allés au théâtre, roi du délire, phénomène et phénix, il règne inépuisablement depuis Shakespeare.Jean-Claude Fall a choisi de l’aborder naïvement, dans l’action. Il joue lui-même un infatigable  Lear qui met toute son énergie à ne pas voir ce qui lui crève les yeux – que son camarade Gloucester,  à qui les méchants arracheront les yeux, nous pardonne ce jeu sur les mots – mais,  en abandonnant son pouvoir royal,  il n’abandonne rien, puisqu’il compte en garder les privilèges, et  qu’en donnant tout à ses filles il ne donne rien, puisqu’il attend de ce don une gratitude perpétuelle.
Lear, c’est vraiment l’homme qui se trompe, aussi sourd qu’aveugle, incapable d’entendre le maquillage du discours de ses deux filles aînées,  tant ces joliesses sonnent bien à ses oreilles avides de flatteries,  et il est tout aussi incapable de reconnaître, dans sa déchéance, le loyal Kent sous le grossier bouffon. Lear, dit-il en effet, c’est celui que le pouvoir a empêché de grandir, et qui est devenu vieux sans être sage. Est-ce aussi le malheur de son ami Gloucester ? Le penchant de ce noble seigneur pour Edmond son fils bâtard , peut-être autrefois conçu avec plus de plaisir que le légitime Edgar, le fait tomber dans la plus grande et la plus injuste suspicion envers de ce dernier.
Curieusement, ou logiquement, ce sont les enfants maltraités qui prennent en charge ces pères perdus : comme  la petite Cordelia, jetée sans dot au roi de France,  qui revient à la tête d’une armée sauver son  père trop tard repentant. Mais surtout – la tradition en remonte à Shakespeare – la comédienne revient en fou, guide doucement impitoyable, porteur de lumineuses et simples vérités : « A vous de voir », dit-elle au vieux roi.
Quant à Edgar, il pousse plus loin encore la punition qu’il s’inflige pour  n’avoir pas su inspirer confiance à son père : il devient le pauvre Tom, débile, dénué de tout, livré aux éléments déchaînés, et ne retrouve sa force qu’en  guide philosophe de son père aveugle. Shakespeare fournit,  autant que la tragédie grecque, des mythes solides pour éclairer l’inconscient familial..
La représentation va vite, haletante, active, avec la seule pause d’une longue pluie qui tombe comme une épreuve apaisante. Un beau Roi Lear, qui laisse évidemment la voie ouverte à d’autres Roi Lear

Christine Friedel

Théâtre des Quartiers d’Ivry en alternance avec Richard III jusqu’au 31 janvier. 

COSI FAN TUTTE


 

 Cosi fan tutte,dramma giocoso en deux actes de Lorenzo da Ponte, musique de Mozart, direction musicale Ottavio Dantone, mise en scène David Mac Vicar, chœurs de l’Opéra national du Rhin avec l’orchestre symphonique de Mulhouse.

Mulhouse est couverte de neige, mais, alléchés par un article du Monde 2 sur ce Cosi fan tutte, nous y courrons. Interprétation musicale soignée, bons chanteurs, pour ce chassé-croisé amoureux organisé par Don Alfonso qui veut prouver à Ferrando et Guglielmo, l’inconstance de leurs fiancées et qui réussit à captiver son public.
Mais la mise en scène très plate est  décevante, même si le décor d’ un grand salon ouvre sur la baie de Capri, avec  des plantations tropicales et des éclairages soignés. Les costumes des amoureux partis à la guerre, qui, une fois travestis,  s’échangent leurs fiancées,  sont bien laids, et ceux de Dorabella et Fiordiligi conventionnels.   On ne boude pourtant pas son plaisir devant cet opéra délicieux, pourtant quelque peu misogyne.

Edith Rappoport

Sous l’œil d’Œdipe

Sous l’œil d’Œdipe, d’après Sophocle et Euripide,  texte et mise en scène de Joël Jouanneau

   unoedipedetropm24643.jpgJoël Jouanneau nous offre avec Sous l’œil d’Œdipe une pièce fondamentale, d’une fulgurance poétique et d’une puissance subversive du langage, en  pratiquant une alchimie subtile entre substrat archaïsant et expression contemporaine, entre  lyrisme et ironie,   avec  un  souffle presque shakespearien.
Comme le remarque Joël Jouanneau, l’histoire du clan des Atrides bénéficie d’une célébrité plus importante que celle des Labdacides,  l’image de ses figures emblématiques : Jocaste, Oedipe et Antigone, auront eu une influence plus importante sur la pensée occidentale . Œdipe, figure archétypale de la transgression de la loi, parricide, coupable d’inceste, devient ici le symbole même du complexe révélé par Freud, qui, telle une fatalité universelle, frapperait le genre humain.
Joël Jouanneau ne prend pas spécialement comme cible  la psychanalyse, et , même s’il y a dans le texte, quelques allusions ironiques, sa visée est plus large. En mettant au centre la question de la malédiction (où s’arrête-t-elle ?) , la pièce ouvre la voie vers une libération « du diktat de la fatalité confondue longtemps avec les dieux »,  et nous parle  de« la nécessité de maîtriser son destin pour éviter le pire ».
Dans quelle mesure,  les protagonistes  peuvent-ils être les auteurs de leur destin et non des créatures exécutant un scénario écrit d’avance ? Quand  la fatalité, l’obéissance à la loi, la soumission au destin  se trouvent mises en question et que des alternatives s’offrent aux personnages confrontés à un  choix, l’ordre éclate, en révélant ,sous une apparente fatalité, les motivations  profondes de leurs actes. La liberté ainsi acquise nous prive de l’alibi de la volonté et de la protection divines, de l’excuse de la punition pour la faute d’un autre, nous laissant seuls face à notre responsabilité.
On passe ici de la tragédie de la fatalité à la tragédie existentielle. Œdipe aveugle, errant, guidé par Antigone, finit par comprendre qu’il a suivit aveuglément le destin qu’on lui a fabriqué. Il désobéira à l’oracle en refusant de prendre parti pour l’un de ses fils dans leur guerre fratricide. Ismène, seule survivante, rescapée de la malédiction familiale, prendra le parti de la raison.
A partir de Sophocle (Œdipe roi, Œdipe à Colone, Antigone), d’Euripide (Les Phéniciennes), avec des références aux Sept contre Thèbes d’Eschyle et à Ismène de Ritsos, Joël Jouanneau   condense  la saga des Labdacides en quatre épisodes qui ont pour thème: l’histoire de la malédiction, puis celle du père, de ses deux filles et de ses deux fillles , le roi Cadmos et le devin  Tirésias sont , eux,  instrument de la fatalité et voix de l’oracle.  Jouanneau a seulement ajouté le personnage d’Euménide, arbitre et  meneuse de jeu, et celui du gardien du cadavre de Polynice laissé sans sépulture.
Le choeur, Créon et Jocaste sont absents mais  l’ ombre de la mère d’Oedipe hante les lieux, à l’instar du fantôme du père d’Hamlet. De brèves citations  ou paraphrases d’Hamlet ou d’autres oeuvres surgissent. Ainsi, Oedipe arrive avec un livre d’Edmond Jabes,  ou Le corps du roi de Pierre Michon, puis, aveugle, décrypte avec ses doigts un texte de Beckett ou d’Eliot, comme si l’écrit ponctuait son destin.
Destin déjà écrit ou qu’il prendra la liberté d’écrire lui-même ? «Quelques pages encore et ils seront morts » dira Euménide. Nous sommes spectateurs du drame mythique de la famille des Labdacides frappée de malédiction. Mais  la logique divine et irrévocable, se détraque, quand Oedipe se rebelle et prend conscience d’autres choix possibles pour s’affranchir de l’ordre imposé.
Sur le plateau nu-un espace carré délimité au sol par une bande métallique-se joue une sorte d’autopsie du drame menée par Euménide qui commente, et infléchit l’ action. Il y a juste un coffre,  qui sert de siège et  de trône,  et  un  lit en métal pour Œdipe arrivé au bois sacré où il va mourir. Sur  cette aire de jeu,  modulé seulement  par les éclairages, se jouent  les scènes qui se passent à Thèbes, l’errance d’Oedipe, et enfin sa mort à Colone.

Les costumes forment un trait d’union entre l’antiquité  et notre époque. Queue-de-pie blanc, chapeau melon, pantalon en cuir noir de meneuse de revue pour Euménide. Antigone est, elle,  en chemise et pantalon noir; le roi Cadmos a un grand chapeau de paille et une tunique recouverte d’un long manteau, Ismène est  en robe rouge  et chaussures à hauts talons;  Étéocle, en cape blanche, Polynice, lui, porte une chemise, et un pantalon serré, et une écharpe de légionnaire en bandoulière .Tirésias a un  grand masque de sorcier africain  et un  tunique  couverte d’amulettes, visage et bras maquillés de noir, Œdipe enfin, en tunique et pantalon blancs,  a un bandage au  pied,  et porte  une petite valise d’où sort parfois un air de musique américaine) et dont il extrait  une trompette pour jouer un morceau.
Un bref résumé de la malédiction de la famille des Labdacides, fait par Euménide, ouvre le spectacle. Oedipe qui s’est crevé les yeux,  les couvre d’un bandeau qu’il ôtera par la suite. On le retrouve à Colone avec sa fille Antigone ; à Thèbes ,ses deux fils : Polynice, dépossédé du trône, allié avec les Argiens,  et Étéocle, décidé à ne plus partager le pouvoir, vont se livrer une guerre fratricide. Œdipe reçoit la visite d’Ismène qui lui apprend la nouvelle, puis  Cadmos vient le chercher : selon l’oracle, le parti soutenu par Œdipe gagnera la guerre. Polynice accuse alors son frère de lui avoir volé le pouvoir et cherche lui aussi l’appui de son père.
Mais Oedipe  se refuse à admettre  cet oracle, mettant ainsi chacun devant  le choix , ou  bien de faire la paix ou de s’engager dans une guerre fratricide qui mènera  à la destruction de Thèbes. Ismène, elle,  essaye en vain de convaincre ses frères d’éviter le désastre et  d’arrêter « la malédiction » meurtrière. Au gré des rivalités  entre Œdipe et ses enfants, surgissent ressentiments,  jalousies, ambitions inavouées, indifférence à l’égard du père,  lien quasi incestueux entre Antigone et Polynice,  et enfin  préférence d’Oedipe pour Ismène…
La guerre de Thèbes comme  la mort de Polynice et d’Étéocle sont racontées par Euménide et Tirésias sur le  mode  parodique d’un  théâtre de foire…Antigone , elle , en affrontant Cadmos, figure tutélaire de Thèbes et incarnation de la loi, brave l’interdiction d’enterrer le corps de Polynice, traître à sa patrie. Révolte contre une loi injuste et cruelle,  ou amour secret et  inavouable, pour son frère ? Face à une Antigone prête à mourir,  Ismène choisit la vie et  refuse d’aider sa sœur. Quand Cadmos rend son verdict, elle prend alors le parti d’Antigone, s’accusant d’avoir participé à son « crime » : celui d’avoir donné une sépulture à leur frère.  Chez Sophocle,  Tirésias influence Créon mais  ici, c’est Ismène qui  fait fléchir Cadmos.
Joël Jouanneau subvertit le mythe, et introduit la possibilité d’un  libre-arbitre ; dans l’écriture  comme dans   la mise en scène,  il y a  une mise à distance,  à la frontière de la dérision. L’humour, l’ironie, l’irruption du dérisoire dans le langage et  dans l’ action (Oedipe chantonne, embouche sa trompette et joue aux énigmes avec Ismène, etc.), les interventions d’Euménide, le  jeu, parfois à la limite de la parodie ( emphase de Cadmos,  tragique surfait d’Antigone, ironie lucide d’Oedipe…) désacralisent la loi divine, et sapent  les fondements de la malédiction, en ramenant le drame à une  dimension humaine.
Comme en transparence, apparaissent  alors les conflits, le jeu de pouvoir, les enjeux politiques et religieux, de la « fatalité » : ambitions,  passions et désirs inavoués de notre monde contemporain. IL y a une belle fluidité des enchaînements et les acteurs sont excellents: Jacques Bonnaffé,  (Oedipe,)  Mélanie Couillaud (Euménide), Philippe Demarle (Polynice), Alexandre Zeff (Étéocle), Cécile Garcia-Fogel (Antigone), Sabrina Kouroughli (Ismène), Bruno Sermonne (Cadmos) et Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre (Tirésias).  

  Mais le début et la fin du spectacle sont  étirés. Condensés et/ou joués sur un rythme plus rapide,  ils gagneraient sans doute en force. Mais il ne faut  pas manquer cette pièce  qui est aussi à lire ou à relire….

Irène Sadowska Guillon

 

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, du 7 aux 28 janvier.
t : 01 48 33 16 16 Le texte est publié aux Éditions Actes Sud Papiers

La Ballade de la geôle de Reading

La Ballade de la geôle de Reading d’Oscar Wilde, mise en scène de Céline Pouillon.

  laballadementionobligatoirethierrycohenpourlacompagniecelinepouillon.jpg Oscar Wilde ( 1863-1900) est  l’auteur irlandais – comme Beckett et combien d’autres dramaturges de langue anglaise- de comédies pétillantes  comme L’Eventail de Lady Windermerle, Un femme sans importance ou Il importe d’être Constant mais aussi de textes esthétiques et de cette fameuse Ballade de la Geôle de Reading où il fut enfermé, entre autres prisons britanniques, pendant deux ans,   à la suite d’une condamnation pour homosexualité.. après un procès qu’il intenta au  père de son jeune amant, Sir Alfred Douglas et qui se retourna contre lui… Comme l’explique très bien Odon Vallet dans un essai  intitulé avec beaucoup d’humour  L’ Affaire Oscar Wilde ou Du danger de laisser la justice mettre le nez dans nos draps
Libéré en 97, Wilde s’en ira près de Dieppe et mourut dans la misère à Paris  d’une méningite trois ans plus tard. La Ballade  de la Geôle de Reading a comme point de départ la prochaine  pendaison d’un jeune officier, Charles Thomas Wooldridge qui , un soir d’ivresse,  a étranglé sa femme, et qui fut exécuté puis enterré dans l’enceinte même de la prison de  Reading, quelques mois après son arrestation.
C’est sous  la forme d’une ballade avec ses vers lancinants, en octosyllabes alternant avec des hexasyllabes,  que Wilde a choisi de parler de cette lamentable histoire. Mais c’est surtout le prétexte pour l’écrivain  de nous confier une  réflexion poétique sur la vie, l’amour , le crime et  la mort de ce prisonnier comme lui , qu’il trouve si peu différent des autres hommes, même s’il est passé à l’acte, dans sa folie d’aimer. Wilde, pour qui » vivre est la chose la plus rare, alors que la plupart se contente d’exister » , ne veut surtout pas juger :  » Il avait tué son amour. Pourtant chacun tue ce qu’il aime, (…) Certains le tuent quand ils sont jeunes , certains à l’âge de la mort. Le plus humain prend un couteau pour que le froid aussitôt gagne le corps ».
Wilde dit aussi avec précision et poésie à la fois, les choses du quotidien de la prison: le regard des matons dans l’oeilleton des cellules, « étonnés de voir prier des hommes qui n’avaient jamais prié »,  la « petite tente bleue qu’est le ciel pour les prisonniers », et , après l’exécution du malheureux officier, « la chaux ardente qui,  très lentement, ronge chair et os ,tour à tour pendant la nuit les os cassants ,et la chair tendre pendant le jour ».   Céline Pouillon a choisi de mettre en scène cette ballade de la façon la plus sobre possible, et elle a eu raison.

  Un plateau nu et deux comédiens: sa soeur jumelle Julie Pouillon et Stanislas Nordey; elle a réalisé un beau travail sur la langue et la métrique de cette Ballade; et cette méditation grave est remarquablement dite, avec beaucoup de précision et de rigueur, mais sans  excès ni pathos. Avec juste, quelques phrases musicales ; et c’est une bonne idée d’avoir réparti le texte entre un homme et une femme, puisqu’il s’agit finalement de la conclusion tragique d’un amour malheureux, comme toutes les époques en ont connu.
On ressort de là  assez secoué par  les images que Céline Pouillon a réussi à faire surgir du texte de  Wilde, qui,  bien connu, acquiert une véritable dimension théâtrale quand il est porté à la scène de cette façon. Au chapitre des petites réserves:  la corde qui pendouille dans le fond, éclairée par un pinceau lumineux et les deux palettes l’une sur l’autre pour figurer les murs de la  prison n’ont strictement  n’a aucun intérêt.
Comme Céline Pouillon, doit tenir à ses idées, c’est sans doute  vain ( mais on le lui dit quand même) de lui suggérer de gommer ces deux éléments et d’habiller sa soeur autrement qu’avec cette  longue robe rouge, très belle mais assez chicos: le symbole est un peu gros, d’autant que Nordey a lui, une veste et un pantalon en coton, très usagés. Un costume qui détonne un peu et même beaucoup- dans ce dépouillement, c’est dommage. Notre cher maître à tous:  Roland Barthes que nous citons souvent quand il s’agit de costumes, n’aurait sans doute pas apprécié…
Mais que ces surlignages inutiles ne vous empêchent surtout  pas d’aller voir ce spectacle qui possède la vertu, si singulière aujourd’hui,  d’être à la fois court et d’une  densité assez exceptionnelle..

Philippe du Vignal

 

Maison de la Poésie,  jusqu’au 6 février du mardi au jeudi à 20 heures et le dimanche à 16 heures.

Monsieur Schmitt

 Qui est Monsieur Schmitt de Sébastien Thiery, mise en scène de José Paul et Stéphane Ortega.

      qems074.jpgC’est un salon/salle à manger d’un appartement bourgeois. Monsieur Bélier , ophtalmologiste  de son état et son épouse Madame Bélier dînent calmement en tête à tête. Mais le téléphone sonne… Bizarre, puisque les Bélier ne sont pas abonnés au téléphone, et que l’on demande un certain M. Schmitt.. Bien entendu, M. Bélier répond qu’il n’est pas ce M. Schmitt.
Les ennuis vont donc commencer, puisqu’ils s’aperçoivent que le portrait de la mère de monsieur a fait place à  une grande photo de berger allemand, et que les livres ni les vêtements ne sont les leurs. Quant à la porte, de l’appartement qui s’ouvre sur le couloir (?),  elle refuse de s’ouvrir: ils seraient donc enfermés à clé dans l’appartement de quelqu’un d’autre qui serait aussi le leur?
Tout cela, dès les premières minutes,  manque totalement de vraisemblance qui, paradoxalement, est la condition sine qua non,  quand on veut rendre crédible une situation absurde! Le moindre  réalisateur américain de séries télé sait cela depuis l’Université! M. Bélier va  s’apercevoir en fouillant dans une caisse de papiers qu’il est bien chez Monsieur Schmitt,  dermatologue , et décide d’appeler la police. Un agent se présente donc et lui intime l’ordre de décliner sa véritable identité;  M.  Bélier va commencer à mentir et à se considérer comme M. Schmitt. Jusqu’au moment où un psychiatre viendra l’examiner sur ordre de la police….
On l’aura deviné: il s’agit d’une comédie  sur la perte d’identité et l’absurdité d’un monde sans repères où la folie et la descente aux enfers ne sont  pas loin. Sommes-nous bien les êtres que nous nous imaginons être ou bien ceux que les autres  voient en nous?  Tiens, tiens, cela rappelle quelque chose… « Comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence  » disait Ionesco dans La Cantatrice chauve d’illustre mémoire. Il  avait ainsi créé des personnages  Monsieur et madame Smith qui accueillent un couple d’amis, les Martin: l’homme et la femme  ne se connaissent  pas et  pourtant  découvrent qu’ils habitent la même rue, le même immeuble, le même appartement et qu’ils  dorment dans le même lit donc qu’ils sont mariés ensemble.
Oui, mais Sébastien Thiéry n’a pas, mais pas  du tout , la fibre de ce comique absurde qu’avait admirablement mis au point Eugène Ionesco et il  dit lui-même avec beaucoup de lucidité qu’il n’est pas « un grand auteur mais un auteur « gentillet ».
Effectivement, le scénario de sa pièce est des plus faibles, pour ne pas dire inexistant, les personnages sont transparents et peu crédibles, les situations jamais exploitées, les dialogues d’une platitude accablante ; quant à  la mise en scène , elle est sans aucun intérêt. Et il fallait  toute la présence de Richard Berry qui ne semblait pas hier très à son aise pour essayer de sauver ce qui pouvait encore l’être. Mais il y a surtout Raphäelline Goupilleauqui sauve la situation : l’ironie, le second degré, l’intelligence et la sensibilité qu’elle déploie pour donner du corps à son  personnage inexistant sont de tout premier ordre!
Chapeau, c’est d’un grand professionnalisme, et c’est une véritable leçon que les jeunes comédiens pourront retenir: comment , dans ce cas-là, faire  face courageusement et jouer son personnage  comme dans un un grand classique; la comédienne arrive même à tirer quelques rires d’un public un peu endormi par cette soupe  fade d’une heure et demi. Et  mieux vaut oublier le reste de la distribution : Chuck Ortega et Sébastien Thiéry ne font  pas le moindre effort pour être  convaincants. Et cela va cahin-caha pendant quatre vingt dix minutes; la vérité oblige à dire qu’une petite partie du public rit par moments. Mais quel ennui,  la plupart du temps!

  Reste un mystère comme on en voit parfois dans le théâtre parisien : comment Richard Berry, acteur chevronné,  a-t-il pu trouver la pièce intéressante? Et, au point de vouloir la jouer? Au point de faire mentionner son seul nom avec celui des deux metteurs en scène sur les tickets d’entrée?  Si, si,  c’est vrai!!!!! A moins qu’il ne s’agisse d’une garantie contractuelle, puisque les spectateurs semblent bien être venus pour lui? Et pourquoi le Théâtre de la Madeleine l’a-t-elle programmée? On se demande aussi  comment le spectacle a pu tenir pendant plusieurs mois! Surtout,  quand les places sont de 22 à 57 euros ( sic). La crise, visiblement, n’atteint pas un  public sans doute peu exigeant, et d’une rare indulgence. Enfin, comme les représentations vont bientôt finir et que vous n’irez sûrement pas, alors autant en emporte la bise et la neige de janvier..
Vous me répliquerez sans doute: pourquoi vous être aventuré  jusque là,  pour voir  pareille niaiserie? Parce que on nous l’a proposé à la dernière minute et  que traverser tout Paris comme prévu ne nous  tentait pas, vu la température et  pour découvrir un  auteur que nous ne connaissions pas.  Aussi, pour Richard Berry que nous n’avions pas vu sur une scène depuis un moment , et pour revoir Raphäelline Goupilleau  qui jouait dans Mathilde  l’an passé.

  Attendons dans ce même théâtre, Maison de Poupée, mise en scène de Michel Fau avec Audrey Tautou: là, il y aura au moins un vrai texte.. .et un scénario qui tient la route depuis plus d’un siècle.

 

Philippe du Vignal

 


Théâtre de la Madeleine jusqu’au 16 janvier.

 

 A signaler:

  Deux événements majeurs au centre Georges Pompidou : d’abord,  de la  chorégraphe Anna Halprin et d’Anne Collod et guests, Parade & Changes, Replays , création collective, à partir des gestes du quotidien, dirigée par  celle qui a surtout influencé la post-modern dance américaine. Ce sera  les 21, 22 et 23 janvier dans la Grande salle.( Voir l’article sur son livre dans Le Théâtre du Blog de décembre) .
 Et  au cinéma 1 de Pompidou, le film de Chantal Ackerman ( 1983) sur les meilleures des pièces de Pina Bausch décédée brutalement en juin dernier. Mais aussi   le film qu’elle réalisa elle-même à partir de sa chorégraphie de Barbe -Bleue. Pour ceux qui veulent revoir ces réalisations mémorables de la grande chorégraphe allemande et pour ceux qui n’ont jamais eu le bonheur de les voir sur scène. C’est à 20 heures le jeudi 4 février. Mais attention,  prenez vos précautions pour arriver bien avant l’heure, la salle sera sûrement très fréquentée.

Ph. du V.

La vie est un songe

La vie est un songe,   de Pedro Calderon de la Barca,  « séance onirique et baroque« , adaptation de Charlotte Escamez, mise en scène de William Mesguich.

  personnviesonge.jpgLa pièce de Calderon, sans doute le plus grand dramaturge espagnol,  date de 1635 et,  chef d’oeuvre de l’écriture baroque, aura  eu une influence considérable sur les auteurs de son temps en particulier sur Corneille quand il écrivit L’Illusion comique. Elle nous étonne encore par son souffle et par la modernité de son écriture où se disputent   intelligence dramatique et  lyrisme échevelé. Pas très souvent montée, elle le fut quand même récemment par Arnaud Meunier et par Guilaume Delavaut en 2003 et par Elizabeth Chailloux en 2001, et par Lavelli en 1982…

  Trois journées ou actes, deux intrigues superbement tissées: la pièce qui a parfois les allures d’un conte  fantastique, est presque impossible à résumer. Cela se passe en Pologne où le roi Basyle, passionné d’astrologie, a fait l’horoscope de son fils Sigismond où il est dit qu’il va se révolter contre son père, prendre sa place, instaurer la tyrannie et provoquer la ruine du royaume. Basyle le fait aussitôt enfermer dans une tour où il est élevé par un précepteur, Clotalde. Passe par là une belle jeune fille déguisée en homme et nommée Rosaura , accompagnée de son valet Clairon , qui va voir  ce prisonnier, alors que c’est formellement interdit. Arrive alors Clotalde qui  reconnaîtra l’épée qu’elle porte comme étant celle de son fils.
 Arrivent ensuite Astolphe et Etoile qui convoitent le pouvoir royal  mais le Roi leur confie son terrible secret en ce qui concerne Sigismond mais il veut tenter une expérience: lui donner la possibilité d’être roi le temps d’une journée. S’il réussit à gouverner correctement, il lui succédera,  sinon il retournera dans sa prison en pensant qu’il a tout simplement rêvé. Et Astolphe et Etoile se marieront puis deviendront roi et reine de Pologne. Mais le secret ayant été divulgué, Astolphe et Etoile ne seront pas punis.

  Quant à Rosaura, Clotalde s’apercevra sans le lui dire qu’il est en réalité son père. Sigismond pendant sa journée de royauté, se conduit très mal, insulte son père , essaye de violer Rosaura et  jette un domestique par la fenêtre et le Roi décide  donc de le renvoyer en prison, même si  le peuple veut que Sigismond devienne roi pour éviter qu’un étranger comme Astolphe ne le soit. Mais Sigismond libéré part à l’assaut du château de son père. les choses finiront tout de même par s’arranger. Sigismond demandera pardon à son père, et devenu roi, décide de marier Rosaura et  Astolphe, et lui-même épousera Etoile…Vou suivez toujours?
 La pièce balance sans cesse entre illusion et réalité, mensonge et vérité, vie rêvée et vie réelle,  avec une incomparable intelligence, et  le docteur Freud n’est pas loin. Qui fait ce que nous sommes? Le hasard, la raison, notre sensibilité? Sommes-nous toujours bien conscients de ce qui nous arrive au quotidien?  Qu’est-ce que la vie,  sinon une pauvre illusion de bonheur? Que reste-t-il au bout du bout d’une vie,  sinon quelques bonnes actions que nous aurons accomplies ici et là?  Calderon dit tout cela avec une langue solide et merveilleuse à la fois.
 Oui, mais voilà, la pièce a beau fasciner les gens de théâtre, il y faut une singulière expérience du plateau, une impeccable  direction d’acteurs, une solide dramaturgie qui emmène la pièce là où elle doit aller, sans modernisation dénuée de sens,  une scénographie et des lumières intelligentes, et de vrais costumes, quel que soit le style choisi.. Bref, tout ce qui fait défaut ici!

  Cela commence en effet assez mal: William Mesguich qui confond efficacité et apparence de l’efficacité, commence par bombarder la salle de fumigènes- ce qui fait tousser le public mais qu’importe!- et de lumière rouge, les Dieux savent pourquoi. sans doute pour faire plus fantastique, ou plus tragique. Avec , bien entendu, un peu de vidéo, comme les copains…Et cela ne s’améliore guère ensuite : gadgets du genre: entrées par la salle- ce qui semble devenu la norme au Théâtre 13 mais qui est un stéréotype de la scène contemporaine-,  entretien avec le Roi par trois écrans de télévision en noir et blanc, flamme qui surgit subitement d’un bouquet de roses ( merci papa Mesguich  qui nous ressert sans cesse son vieux truc et qui l’a refilé à son fils!), scénographie modulable encombrante et maladroite, musique  rock pour faire branché sans doute, de nouveau,  rafales de fumigènes, costumes mal fagottés: on a connu Alice Touvet mieux inspirée.

  L a direction d’acteurs est  des plus flottantes,  si bien qu’ils jouent un peu chacun de leur côté sans aucune unité; seuls,  Mathieu Cruciani ( Astolphe) et Alain Carbonnel ( Clairon) arrivent, tant bien que mal, à  faire face. Le texte, revu et corrigé, est truffé de petites vulgarités qui auraient pu nous être épargnées. Quant à la  mise en scène, c’est peu de dire que, sous couvert d’une bien pauvre modernité, elle est  assez prétentieuse et affligeante de médiocrité. William Mesguich, lui,  s’est réservé le rôle de Sigismond mais, sans doute déjà trop pris par sa mise en scène,  n’arrive pas vraiment à gérer son personnage.
 Allons,  soyons justes: il y a tout de même un court mais pur moment de bonheur théâtral,  quand , dans son fameux monologue, Sigismond s’avance face public, auréolé d’une sorte de grâce; il devient alors très émouvant .En quelques secondes, le public qui s’ennuie un peu  devient  attentif et ma jeune  voisine a alors cessé de pianoter un  SMS à son amoureux…
 Alors,  allez-y, si vous voulez mais, au moins, on vous aura prévenu. C’était la deuxième représentation et cela s’améliorera sans doute un peu mais guère… Si  l’on doit pardonner des erreurs de tir, même flagrantes,  chez un  jeune metteur en scène,  il faut aussi et surtout qu’il y ait d’intelligents partis pris dans la réalisation…. Et c’est cela qui manque cruellement le plus ici!

Philippe du Vignal

 

Théâtre 13 jusqu’au 14 février.

Le texte de cette adaptation est publié  aux Editions Les Cygnes,collection Les Inédits du 13.

*******************************************************************************************************************

La vie est un songe  de Pedro Calderon, mise en scène William Mesguich

William Mesguich s’est attaqué avec un enthousiasme juvénile plutôt vieillissant à cette pièce complexe du siècle d’or espagnol. Il y interprète sans finesse Sigismond, jeune prince enfermé après la mort de sa mère dès sa naissance par son père, l’inflexible Basyle inquiété par de funestes prédictions. Libéré de sa prison, Sigismond fera preuve de cruauté, menaçant son entourage, prenant les armes, Puis après un retour dans sa prison, une fois libéré, il deviendra plus humain  et sera enfin couronné roi. Avec une distribution inégale: Zbigniew Horocks est décevant dans le rôle de Basyle et il y a un manque évident de direction d’acteurs et une scénographie lourde, cette Vie est un songe est plutôt décevante. Le public, plutôt jeune,  n’a pourtant pas boudé le spectacle.

Edith Rappoport

12345

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...