Mystere bouffe et fabulages

Mystere bouffe et fabulages de Dario Fo ( version 1) , texte français de Ginette Herry, Claude Perrus, Agnès Gauthier et Valéria Tasca,  mise en scène de Muriel Mayette.

    gprmystere0910.jpgDario Fo, 83 ans mais apparemment toujours en pleine forme et l’œil malin, véritable icône vivante du théâtre européen, qui fut un, sinon le seul, des rares acteurs-metteurs en scène-auteurs à recevoir le prix Nobel; il est sans doute aussi celui qui a été le plus joué à la Comédie-Française, après que son Mystère bouffe ait obtenu un triomphe au Festival d’Avignon.  Cette fois-ci, Dario Fo, consécration suprême, entre officiellement au répertoire du Français. Avec une série de solos mis en scène par Muriel Mayette, administrateur de la Maison, à partir de la trame de Mystère bouffe et en deux versions « pour la seule raison que j’avais envie, dit-elle, qu’on entende beaucoup de cette parole » , versions qui finissent toutes les deux par cette fabuleuse Naissance du Jongleur...
Le spectacle que met en scène Muriel Mayette reprend des moments de la pièce fameuse qui a été déclinée un peu partout en Europe,  et d’autres textes qu’écrivit Dario Fo, à partir des épisodes bibliques que sont les Noces de Cana, l’arrivée des Rois Mages, La fuite en Egypte la Cène, le massacre des Innocents, etc… mais revus et corrigés dans une langue des plus truculentes, savoureuse et populaire, qui ose dire merde et sexe quand il s’agit de merde et de sexe.
« La pièce étant le théâtre de tous les espaces, du tréteau à la cour extérieure, du théâtre à l’italienne à la salle communale, il était donc tout naturel de lui proposer aussi la Salle Richelieu ». Ce n’est pas aussi évident que le prétend M. Mayette… Le spectacle commence plutôt mal avec une espèce de farandole assez kitch, dont ne sait trop si elle appartient au premier ou au second degré, avant que Catherine Hiegel entre, saluée par de longs applaudissements* pour le premier solo. Puis viennent, chacun en pantalon et pull noirs , quelques comédiens dont Hervé Pierre et Christian Hecq,très brillants, pour d’autres solos entre lesquels Muriel Mayette a glissé, comme en contre-point, des scènes de la Passion du Christ qui se déroulent en silence derrière un tulle transparent avec, de temps en temps, un petit gag pour bien indiquer que l’on n’est pas dans l’illustration de texte. Mais il n’y pas un gramme d’émotion qui passe. C’est joué par les les élèves-comédiens de la Comédie-Française qui font évidemment ce que l’on leur a demandé…

Tous les comédiens en solo font un travail gestuel et vocal de premier ordre mais le spectacle reste un peu guindé, que ce soit dans la mise en scène ou dans la dramaturgie-les meilleurs textes sont au début du spectacle les dieux savent pourquoi-et il y a un côté répétitif: chaque comédien fait son solo, puis on a droit à une petite ration d’images ( rassurez-vous, bon peuple de France, vous aurez  votre petite louche de vidéo ( nuages qui passent puis petits  cochons à la fin!) , puis un autre comédien lui succède,etc… ce qui provoque un  certain engourdissement. Sans doute et surtout, à cause d’un  formatage et d’un manque de rythme patents, et une longueur(deux heures) inadaptée.
C’est du vieux théâtre , sans doute propre sur soi  et comme toujours servi par une  technique impeccable, mais finalement pas intéressant du tout. Une fois de plus, on a confondu l’efficacité et l’apparence de l’efficacité, défaut qui est bien dans l’air du temps, et pas seulement au théâtre… L’immense Dario Fo méritait mieux,tant pis…
   Alors à voir? Si vous tenez à entendre la merveilleuse langue de Dario Fo mais il existe  de nombreux enregistrements, sinon… n’y emmenez surtout pas des adolescents, il risquent de ne pas l’oublier…et surtout de ne jamais retourner au théâtre.

* Rappelons que Catherine Hiegel, comme Isabelle Gardien, Yves Gasq et Pierre Vial, ont été priés de devenir sociétaires honoraires lors du dernier comité. Sans commentaires …ou plutôt si: c’est ce genre de décisions stupides et graves qui ne fait pas très bien dans le tableau, et c’est un euphémisme. Quant  au Ministre, il est prudemment resté silencieux, alors qu’il est dans ses pouvoirs d’intervenir. ( Voir le Théâtre du Blog de janvier).

Philippe du Vignal

Comédie-Française, Salle Richelieu, en alternance jusqu’au 19 juin.
Le prochain Nouveau Cahier de la Comédie-Française, consacré à Dario Fo, paraître en mars prochain.

 


3 commentaires

  1. judith dit :

    Bonjour, ce qu’il y a d’étrange, c’est qu’on a pas mal entendu parler de ce spectacle à France Culture; ce n’est pas la première fois que sur cette antenne, ils parlent en bien de spectacles qui n’en valent pas la peine. C’est fort dommage car cela trompe les spectateurs. Merci à vous pour votre franchise.

  2. Luc Hénaut dit :

    entièrement d’accord avec votre critique, M. Du Vignal, j’ai vécu deux heures de calvaire à assister à un spectacle pesant, sans âme, sans ligne directrice, sans folie, sans audace. Les images sont pitoyables, convenues, quasi didactiques, tandis que les acteurs du Français, bien propres sur eux, tentent en vain de faire claquer le verbe de Dario Fo. Invité par une amie, je n’ai pas osé quitter la partie alors qu’au bout d’une demi heure, j’avais envie de me sauver et aller ripailler ou rire un bon coup dans un quelconque cabaret style « aux 2 ânes ». Pourquoi Mme Mayette s’obstine-t-elle à faire des mises en scène si peu enthousiasmantes? pourquoi n’a-t-elle pas eu la modestie d’inviter plutôt le trublion Dario Fo à venir jouer sur la scène de la salle Richelieu?

  3. amelie dit :

    Cher Philippe,
    Le spectacle dans la version présentée le 17 fevrier etait impeccable, sans longueur et hilarant.
    cette énigme des deux versions doit y être pour quelque chose…

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