Maison de poupée

Maison de poupée d’Heinrick Ibsen,  traduction de Terje Sinding, mise en scène de Michel Fau.

    audreytautoumaisondepoupee.jpgCela commence fort ! Une adorable poupée tout en bleu, Nora/Audrey Tautou, qui s’anime, et anime, un hallucinant intérieur petit-bourgeois. Le décor étonnant de Bernard Fau, éclairé avec beaucoup d’art par Joël Fabing, les costumes raffinés  de David Belugou aux lignes nettes, en particulier cette robe bleue entravée qu’Audrey Tautou sait faire bouger à merveille, voilà un excellent début, très maîtrisé, qui place cette pièce d’Ibsen dans son époque.
Michel Fau, en metteur en scène avisé, donne le « la » : un réalisme fantasmagorique et grinçant. Donc, cela commence très bien, notre curiosité est aiguisée. Et la pièce démarre. La Nora d’Audrey Tautou, en femme au foyer aussi séduisante qu’horripilante, surjoue la joie, fait une époustouflante démonstration de vélocité vocale et physique, une pile électrique, une alouette au ressort remonté à bloc. C’est amusant. Et c’est bien dans l’esprit du début de la pièce.
Quant à Michel Fau qui interprète son mari, Helmer, il a une vraie intelligence du rôle. Un Helmer tout en paternalisme naïf, en autosatisfaction, plein d’amour aussi pour sa Nora chérie, amour dans lequel l’amour-propre tient la place d’honneur. C’est un comédien merveilleusement à l’aise sur le plateau, à son habitude. Il offre son jeu à Nora/Audrey avec une générosité évidente. Il est formidable. Là où ça se gâte sérieusement, c’est quand ça devient « sérieux », pour parler vulgairement. Car la Nora d’Audrey Tautou peine à trouver dans la gravité la même force que dans la frivolité.
Mais la pièce est construite sur ce parcours. Après le mensonge, la vérité. C’est à travers une douloureuse épreuve qu’elle tombe le masque et qu’elle grandit. Au final, elle sera plus forte que son mari qui, lui, reste accroché à ses faux-semblants. Cette angoisse, puis cette révélation d’elle-même, Audrey Tautou a bien du mal à nous les faire partager. Elle n’arrive pas à changer de registre. Peut-être cela viendra-t-il petit à petit au cours des représentations ? Dans le virage vers le drame, un seul moment m’a paru probant – d’ailleurs la salle l’a senti, elle est restée suspendue – c’est un silence, un long silence avant la conversation finale du couple. Un silence qui pèse, un échange de regards, l’émotion passait alors du plateau à la salle.
Autre grave problème : le docteur Rank, madame Linde, Krogstad, ne doivent pas être traités en personnages secondaires ! Ici, ils sont joués comme à la charge, d’un bloc. Les comédiens sont bons, certainement, mais ils ne rendent pas compte de la complexité des caractères et des situations. Les scènes entre Madame Linde et Krogstad, entre Nora et le docteur, sont merveilleusement écrites, elles éclairent en facettes la relation centrale, elles devraient révéler d’autres aspects de Nora.
Bref, elles méritent mieux qu’un jeu à gros traits.  On peut espérer que la pièce, sur la durée,  trouvera sa voie naturelle vers plus de profondeur. La salle était archi-remplie, pas un strapontin de libre, un public jeune malgré le prix très élevé des places (50 euros)!
L’image cinématographique d’Audrey Tautou, comme un double, se superpose-t-elle pour ce public à son interprétation de Nora ?

Evelyne Loew 

Théâtre de la Madeleine.

 


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