Invasion

Invasion, de Jonas Hassen Khemeri, mise en scène Michel Didym

Comment qu’elle est trop belle, la fille ! Abulkkasem. Chai pas quoi faire ! Abulkasem. A la vie à la mort, mon frère, Abulkasem. L’auteur, tuniso-suédois, a inventé de faire circuler le nom d’un noble pirate des Mille et une nuits comme le furet coureur d’une langue qui n’existe pas, celle du « vivre ensemble » (aïe ! Beau projet, mais son expression manque de grâce, et pour cause…) entre les populations, dans un pays bien obligé d’accueillir les immigrants. Commençant par l’ invasion   de la scène par deux « d’jeun’s » bruyants et grossiers – on y croit presque -, le spectacle se présente à nous comme une culotte d’Arlequin,  bric-à-brac télévisuel avec shows d’experts, animateur sacralisé par son souverain micro, téléréalité  d’une petite drague de bistrot ou de l’histoire de la fille qui a perdu ses clés…
Les comédiens, tous transformistes, s’en donnent à coeur joie, jusqu’à ce qu’on débouche sur le personnage du sans papier, un Abulkasem pas drôle, pris pour un terroriste par ce qu’il ne sait pas répondre  aux questions dans la bonne langue ni au bon moment.
Et la société suédoise est sauvée.

Mise en scène brillante, scénographie astucieuse et, encore une fois, comédiens « au top »: pourtant, ça ne suffit pas, l’écriture déçoit. C’est comme ça.

Christine Friedel

Théâtre des Amandiers, Nanterre, à 21h, jusqu’au 17 avril – 01 46 14 70 00


Archive pour mars, 2010

47

47
De Jean-Luc Raharimanana

D’après Madagascar 1947

   Après son déchirant et désarmant Épilogue d’une trottoire proposé l’an dernier à la Ménagerie de Verre lors du festival Étrange Cargo, Thierry Bédard et sa compagnie notospe631.jpgire récidivent sur la question malgache avec 47. Ce spectacle, qui s’inscrit dans le festival Vi(ll)es du TGP, apparaît, en plein débat sur la question d’une (hypothétique) identité nationale, comme une grenade dégoupillée qui fait mouche. Pour la petite histoire, apprenez qu’en 2009, le ministère des Affaires Étrangères avait interdit la diffusion de cette pièce dans les centres culturels français en Afrique et dans l’Océan Indien. Mais, heureusement pour nous, Thierry Bédard est aussi engagé que tenace. Apparemment donc, la pièce dérangerait. De fait, elle traite de l’insurrection malgache contre la colonisation française, un souvenir plutôt absent de l’histoire officielle nationale, voire relégué, aux dires de l’un des personnages, au rang de « fantasme ». On l’ignore peut-être mais la pièce est là pour nous l’apprendre : en 1947, les Malgaches se sont soulevés pour obtenir leur indépendance face aux colons qui pillaient leurs terres pour en exploiter pierres précieuses, pétrole et autres richesses. Pour contrer cette jacquerie, la « pacification » orchestrée sera à l’origine de milliers de massacres, sans compter les tortures, les villages incendiés… On comprend que le sujet embarrasse. En France, si les journaux de l’époque ont évoqué le soulèvement, ils n’ont rien dit de la répression. Quant aux Malgaches eux-mêmes, ils sont mal à l’aise avec le sujet : une partie d’entre eux, supplétifs des forces métropolitaines, a en effet combattu ses propres frères qui eux luttaient pour l’indépendance. Bref, tout un pan de la mémoire collective effacé d’un coup d’éponge et qui ressurgit sur le plateau…

La pièce est ainsi composée de différents témoignages, interprétés par deux comédiens, Romain Lagarde et Sylvian Tilahimena. Or leurs souvenirs anecdotiques se fédèrent autour d’enjeux majeurs : faut-il parler d’agression ou de protectorat ? de mort ou d’extermination ? de soumission ou d’intégration ? D’ailleurs, on l’a oublié ou on ne l’a jamais su, mais au nom du progrès, les « indigènes » ont abandonné leur « langue de primate ». Aussi Sylvian Tilahimena s’exprime-t-il à plusieurs reprises en malgache pour raconter une famine, un carnage, ou d’autres visions du passé qui hantent ses personnages.

Comme à l’accoutumée, Thierry Bédard s’est entouré d’interprètes exceptionnels : leur jeu, fort et saisissant, transmet les émotions les plus intenses. La scénographie, remarquable de simplicité, est aussi à souligner : si nul décor, une tenture blanche au fond laisse toutefois apparaître des ombres de feuilles de palmiers ou des photographies poignantes du fonds Charles Ravoajanahary. À cet égard, le jeu de lumière de Jean-Louis Aichhorn est excellent. La création sonore, signée Jean-Pascal Lamand, n’est pas non plus en reste : de vieux bulletins de la TSF alternent avec des chants et des bruits de jungle : pas sur feuilles sèches, pluie, tam-tam, vent…
Un spectacle à voir absolument, ne serait-ce que pour accueillir ce personnage honteux de devoir aujourd’hui se « justifier », ou pour rendre hommage à ceux qui ont été volontairement oubliés.

Barbara Petit
Du 24 au 29 mars au TGP de Saint-Denis
Dans le cadre du festival Vi(lles) du 24 mars au 18 avril. En tournée à L’Échangeur de Bagnolet du 31 mars au 3 avril.

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47  Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis  de Jean-Luc Raharimanana, mise en scène Thierry Bédard

Thierry Bédard qui a séjourné à Madagascar à plusieurs reprises avait monté Épilogue d’une trottoire avec Marie-Charlotte Biais après de longs entretiens avec des prostituées. Il avait entamé une collaboration avec Jean-Luc Raharimanana avec Les cauchemars du Gecko présenté récemment au Théâtre des quartiers d’Ivry(voir ce blog). Il avait travaillé aussi autour de l’une de ses oeuvres publiées en France Madagascar 1947, récit de la sanglante insurrection malgache contre le colonisateur français. Conté par Sylvain Tilahimena acteur malgache très présent dans l’évocation d’indicibles souffrances comme dans les quelques moments de joie, accompagné par un double blanc massif Romain Lagarde, l’évocation de ce massacre de plusieurs centaines de milliers de résistants aux”bienfaits de la colonisation” est terrifiante. “…des morts qui circulent dans les veines de la terre…et viennent se briser parfois la tête contre les murs de nos oreilles…(Aimé Césaire). 47 devait être présenté dans nombre de Centres culturels français en Afrique et en Océanie qui l’avaient programmé, la tournée a été interdite sous de faux prétextes par les plus hautes autorités ! Un débat suivait la représentation entre Jean-Luc, Thierry et de jeunes lycéennes de toutes les couleurs, l’une d’elle était voilée, leur maturité était impressionnante.

Edith Rappoport

 

Paradis tzigane

Paradis tzigane par le Cirque Romanès, direction Alexandre Romanès.

    3cirqueromanesov5.jpgAlexandre Romanès dédicaçait son dernier recueil de poèmes Sur l’Epaule de l’ange et c’était une bonne occasion de revoir son Paradis tzigane. Un petit chapiteau de 400 places. A l’entrée, un plateau avec plein de bougies et un orchestre formidable ( contrebasse, accordéon, clarinette,et violon) qui accueille le public et qui, avec une jeune chanteuse, va accompagner chacun des numéros.. Pas d’effets spéciaux à grands coups de rafales lumineuses mais quelques projecteurs, un grand tapis , un rideau de fond fait de grande pièces de coton et quelques chaises. Pas de musique de films racoleuses ou de numéros tape-à-l’oeil. Alexandre Romanès, né Bouglione,  a rompu depuis longtemps avec ces super-productions circassiennes.. qui ne rendent pas vraiment la monnaie  de la pièce- chère- et tous ses spectacles ont une sorte d’humilité et de savoir-faire qui les a- et ce n’est que justice- rendus  célèbres. Et puis il y cette joie contagieuse  qui illumine chacun des intervenants et cela c’est irremplaçable. Il y a toujours la famille au grand complet avec les plus jeunes des enfants aussi à l’aise dans les airs que sur terre, et quelques invités: une chanteuse russe au début et un couple d’acrobates qui, à la fin du spectacle, exécutent un numéro brillantissime et très érotique avec une grâce et une fluidité impressionnante.
Entre temps des numéros de jonglage, comme celui de jeune homme avec cinq boules blanches  ou avec trois chapeaux qui semblent obéir au doigt et à l’oeil de leur patron. Ou bien encore  cette  merveilleuse cette fil-de-ferriste. Et à la fin, un autre jongleur qui réussit à faire tourner un ballon sur un petit axe, puis en mettre un second( qui tourne aussi) sur le premier puis un troisième sur le second. Il y a là un savoir faire de tout premier ordre remarquablement orchestré par le maître de maison.
Et encore une fois, cela n’a rien à voir avec les prestations souvent très décevantes des grands cirques comme la dernière  de Pinder. Pas d’animaux, sauf une chèvre que l’on fait monter le temps de quelques secondes sur une petite boîte, comme un clin d’oeil, pour dire ce que l’on ne veut surtout pas faire. Certains numéros sont un peu longs mais les deux heures que durent le spectacle sont bien rythmées et passent t vite. sans aucune esbrouffe et avec un grand respect pour le public.
Alors y aller? Oui, bien sûr, sans aucune hésitation possible, et le bonheur des enfants faisait plaisir à voir; et , de plus, c’est  très facile à trouver.

Philippe du Vignal

Cirque Romanès, 42 boulevard de Reims 75017 Paris. A deux cent mètres du Métro Porte Champerret. Places de 10 à 20 euros. T: 01-40-09-24-20

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AU PARADIS TOUTES LES FEMMES SONT GITANES  CIRQUE ROMANÈS

Mise en piste Alexandre Romanès
Pour fêter la publication de son deuxième livre par les éditions Gallimard Sur l’épaule de l’ange, préfacé par Christian Bobin, Alexandre Romanès nous a invités à une fête superbe, qui s’ouvre bien entendu sur son spectacle de cirque, mené à un rythme endiablé par un ensemble de musiques tziganes, , avec de très beaux numéros d’acrobatie pour la plupart accomplis par ses enfants- (ô l’adorable petite Rose Reine, sa préférée-)emportés par la voix de leur mère Délia infatigable et merveilleuse chanteuse. Il y a comme d’habitude des invités, en particulier une belle chanteuse qui ouvre le spectacle, une extraordinaire danseuse de corde rousse, un jongleur de chapeaux et de balles avec une belle présence comique, un virtuose de ballons et de belles suspensions érotiques d’un couple enlacé tout en haut du chapiteau…. Le public lui fait un triomphe, et Dominique Blanc accompagnée d’un autre acteur lit quelques poèmes et nous faisons la queue pour les dédicaces avant de participer au fastueux barbecue servi généreusement par ce “peuple de promeneurs” (premier livre d’Alexandre).
Edith Rappoport

 

 

Koudip

Koudip,  mise en scène d’Evelyne Guillaume.

        img4778.jpgCe Koudip nous vient de la Guyane ( le plus grand département français  avec plus de 500 kilomètres de frontière avec le Brésil!). A peine peuplé- quelque 200.000 habitants, la Guyane a donné naissance entre autres à Christiane Taubira, Gaston Monerville autrefois président du Sénat, Henri Salvador et au très bon  comédien Edouard Montoute… Il y a là bas , à 8.000 kilomètres de Paris quelques petites compagnies théâtrales dont la Compagnie Ks and co.
Le spectacle a pour thème la rencontre entre Evelyne Guillaume, metteuse en scène et  Serge Anatucci , avec  quelques habitants Saramaka , dénommés aussi noirs marron à cause du « marronnage » du nom de la fuite dans la forêt tropicale à laquelle ils avaient été contraints  par suite des répressions sanglantes en Guyane  hollandaise toute proche; cette population forte d’environ 15.000 personnes  a pour elle  une culture orale de chants et de contes qu’Evelyne Guillaume a su habilement mettre en scène;  Carlos Rémie Seedo, Rosenal Geddeman, Michel Amiemba, Belisong Kwadjani et Marios Kwadjani habitent près de Saint-Laurent du Maroni et, évidemment, n’avaient aucune idée de ce que pouvait être la notion même de théâtre explique Evelyne Guillaume et pourtant bien dirigés, on remonte avec eux aux sources même du théâtre. Aucun décor, juste deux bancs et  une caisse pour s’asseoir, quelques percussions et comme costumes, de simples treillis militaires et des marcels en maille bleu pâle, rouge, jaune ou vert.
Deux contes contemporains: Anasi ( l’araignée) , le léopard et le chasseur et Le Handicapé qu’ils disent, chantent, et dansent, forment une sorte de trame , et même avec la barrière de la langue, le spectacle est très impressionnant, seule Serge Abatucci parle vraiment français et dit quelque phrases de ces contes, aussitôt repris en choeur. Quelle beauté quelle rigueur , quelle force chez ces acteurs… qui n’en sont pas; ils ont une gestuelle,  une présence et un sens de l’oralité que pourraient leur envier bien des acteurs confirmés de métropole. Il y a là un sens du rituel et une intelligence scénique assez rares pour être signalées. » On peut écouter une langue, la comprendre sans la parler » a dit Edouard Glissant, et effectivement, on  se laisse vite prendre, d’autant plus que le spectacle ne dure qu’une heure.
Malheureusement,  le spectacle n’a été présenté qu’une seule fois au Musée Dapper mais la Compagnie Ks and co en joue un autre spectacle Daiti,  au Théâtre de Stains vendredi et samedi prochains.

Daiti écriture et mise en scène d’Evelyne Guillaume au Théâtre de Stains,  les 1er  à 15 heures et les 2 et 3 avril à 20 heures 30.  ( Navette aller et retour les 2 et 3 avril depuis le métro Porte de la Chapelle.)

La robe de Gulnara

La robe de Gulnara d’ Isabelle Hubert, mise en scène de Jean-Sébastien Ouellette.

  La pièce se passe près de la  frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et nous parle des gens qui ont dû  émigrer à la suite  d’une guerre. L’auteure s’est inspirée d’un événement réel, celui du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, qui a obligé un grand nombre de personnes à s’expatrier et à se réfugier dans des wagons de train pendant dix ans. Parmi ceux-ci, Mika (Marilyn Perreault), une jeune fille de 13 ans, sa sœur Gulnara (Annie Ranger) et leurs parents Kazimov (Jack Robitaille) et Vilma (Anne-Marie Olivier).
Gulnara qui va épouser Arif (Jean-René Moisan) a dépensé toutes ses économies pour acheter sa robe de noces. Mais Mika, curieuse, met cette robe, et , par inattention, et la tache. Devant  la colère et le désespoir de Gulnara, Mika promet à sa s
œur d’enlever cette tache,  impossible pourtant à faire disparaître. Cette promesse entraîne la jeune Mika à affronter la dureté et le côté répugnant de la nature humaine.
Le narrateur de cette histoire est Balaja (Sasha Samar),  un  fils que Mika a mis au monde à la suite des viols qu’elle a subis, lors de sa tentative pour racheter une nouvelle robe à Gulnara.Le texte est simple et lamise en scène pleine d’émotion, si bien que le spectacle qui  tous les âges. Le dynamisme des points de transition entre les 33 courts tableaux qui représentent les événements de la pièce comme  le jeu  des acteurs dont la plupart d’eux interprètent deux rôles, rendent  cette représentation particulièrement humaine, porteuse de messages sociaux. ..

 Maria Stasinopoulou

Théâtre de la Bordée, à Québec, jusqu’ au 27 mars 2010

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Le Banquet de Platon

Le Banquet de Platon, mise en scène de Jacques Vincey.

banquet.jpg  Ce fameux Banquet , du disciple de Socrate, écrit autour des années 380 avant J.C., qui a fait l’objet de nombreuses adaptations scéniques,   a d’abord été créé au Théâtre de l’ Ouest Parisien,  est repris au Studio de la Comédie-française. Comme le dit justement Jacques Vincey,  ce Banquet , monument philosophique et littéraire élevé à la mémoire de Socrate, le maître de Platon se révèle d’une incroyable théâtralité. Paradoxalement, puisque Platon n’aimait guère le théâtre de son temps mais la vivacité et l’intelligence des dialogues, la vérité des personnages comme cet Aristophane en proie à un hoquet qu’il ne peut  pas  réprimer ou Alcibiade qui arrive en n’ayant pas bu que de l’eau.
Le thème de ces dialogues est simple:  il y a eu une soirée bien arrosée chez Agathon qui vient de recevoir le prix du concours de tragédie, puis le jeune poète et  quelques amis se mettent à discuter de l’amour et de ses vertus. Il y a là tout du beau monde: Apollodore, Aristodème, Agathon, Eryximaque, Phèdre, Aristophane, Socrate et Diotime et cette discussion philosophique à base de conversations somme toute banales est aussi du plus haut niveau philosophique fondée sur la mémoire  d’Apollodre d’un récit que lui a fait Aristodème. Avec en question : Qu’est-ce que l’amour? Quels sont ses rapport avec le Beau comme avec le Bien?
On n’est donc pas ici dans l’adaptation pure et simple de ce Banquet comme on  pu souvent le voir. Puisque de toute façon, il n’y a que trois comédiens pour les interpréter: Thierry Hancisse, Pierre-Louis Calixte et Serge Bagdassarian,  tout à fait remarquables. Mais c’est dire aussi que le spectateur est prié de se mettre au travail et de démêler l’écheveau de cette conversation brillante où l’on se perd un peu dans les personnages. Cela se joue dans un décor de trois cadres noirs emboîtés de Matthieu Lorry-Dupuy; et les comédiens sont aussi habillés en noir et l’éclairage est, disons assez parcimonieux. Cela fait au total beaucoup de noir pendant 90 minutes pour une pensée aussi grecque…
La mise en scène de Jacques Vincey, à qui l’on doit une très belle réalisation de Madame de Sade de Mishima , est ici tout aussi rigoureuse mais toute cette noirceur, toute cette sévérité et cette quasi immobilité des personnages face public au début du moins  lassent un peu et  il manque sans doute à cette conversation philosophique une véritable truculence en lieu et place de cette pensée platonicienne un peu scolairement répartie entre chacun des personnages  que l’on a du mal le plus souvent à cerner.
Jacques Vincey , à vouloir absolument « questionner, comme il dit « l’articulation entre philosophie et théâtre  en explorant les liens secrets qui unissent la visibilité physique du monde sensible et l’invisibilité de la pensée »  a un peu délaissé la notion de représentation, au profit d’une réflexion personnelle sur le théâtre et la philosophie. Alors à voir? C’est selon… votre humeur. Mais malgré la grande rigueur de cette mise en scène, on ressort quand même un peu déçu…

Philippe du Vignal

 

Studio de la Comédie-Française jusqu’au  9 mai 2010.

MoisMulti (AHR.KI.TEK.TON.IK)

  artificiel.jpgLe MoisMulti est un festival d’arts multidisciplinaires et électroniques auquel participent 50 artistes québécois et étrangers; parmi eux Lynn Pook et Julien Clauss qui ont représenté la Françe. Cet événement s’est passé à Québec, surtout à l’espace Méduse, du 3 au 28 février 2010.
Cette année, les créations artistiques ont été regroupées autour du thème (AHR.KI.TEK.TON.IK), ou la mouvance de l’art.
Emile Morin, le directeur artistique, explique le concept de l’«architectonique» par rapport à l’expression de l’art contemporain: «Nous sommes témoins, ces dernières années, de l’émergence d’une architecture fortement associée aux avancées technologiques. Les outils de conception et les matériaux se multiplient. Comme en d’autres temps pour d’autres formes apparemment fonctionnelles – pensons au cinéma, à la photographie -, l’art se glisse dans l’acte architectural, s’en nourrit et l’enrichit». Les artistes qui y ont participé sont à la recherche d’une «architectonique» nouvelle concernant les moyens de production et de diffusion de l’œuvre. Ceux-ci proposent aux spectateurs de nouvelles pistes de réflexion intellectuelle et sensorielle.
Lynn Pook et Julien Clauss, avec leur création sensorielle Stimuline, proposent une expérience «audio tactile» fondée sur une musique électronique et bruitiste. Pour Lynn Pook,    l’audio tactile, dit-elle, est fondé sur la pose de haut-parleurs placés  sur le corps des spectateurs, afin qu’ils sentent les vibrations du son et les entendent  mais par l’intérieur du corps. Au début, c’était pour moi qui vient de la sculpture et des arts visuels, une envie de ne plus être esclave de la distance qui existe toujours entre l’objet et le spectateur. J’aime travailler avec le corps et essayer toujours d’impliquer de façon intime le spectateur.
Quant à Stimuline, l’idée est non seulement de réduire vraiment la distance entre l’objet et le spectateur mais aussi de créer une œuvre, même dans le corps du spectateur et par là faire découvrir ou redécouvrir le corps comme un espace en trois dimensions, comme un volume, presque comme une sculpture. En 2005, on s’est rencontrés avec Julien qui vient des sciences, il a une grande expérience sur la musique électronique, il est plasticien sonore.
C’est quelqu’un qui fait une sorte de sculpture sonore, qui fait des installations avec comme medium le son. Il considère le son comme une matière plastique, et le travaille comme on travaille  le plâtre ou la terre. Dans stimuline, nous posons quinze haut-parleurs sur le corps du spectateur et nous avons aussi du son à l’extérieur. En fait, il ne s’agit pas d’un haut-parleur complet avec la membrane et le conne, c’est juste l’actuateur, l’électroélément qui se trouve avant la membrane. On  choisit la place des haut-parleurs pour pouvoir «jouer» de toutes les dimensions.
Après, malheureusement, je me suis limité à quinze, nous pourrions en mettre davantage, mais ce serait encore plus cher et encore plus lourd. Ce qui est important, c’est d’aller «jouer» sur des parties du corps que j’appelle des parties «oubliées», des parties qui ne sont pas liées au toucher. Par exemple, le dos de la main, le dessus du pied, les coudes, le sternum, les omoplates, la nuque, le crâne. Le thorax et le sternum sont des architectures corporelles magnifiques conçues pour projeter le son. Je place les quinze haut-parleurs de façon symétrique au corps exactement pour pouvoir les «jouer» de façon asymétrique. Par exemple, je «joue» le coude droit mais je ne joue pas le coude gauche. Stimuline utilise le son comme un informateur qui permet au corps de comprendre et de sentir l’espace; l’ouie donne énormément d’informations, par exemple, sur l’espace qui se trouve derrière nous et  que l’œil ne peut pas voir.
Dans Stimuline, les spectateurs doivent avoir les oreilles bouchées parce que nous évoquons trois types d’architecture, l’architecture du corps, l’architecture fictive et l’architecture de la salle. L’architecture du corps est une sorte d’architecture intime.
En fait, l’idée que nous avons cherché à approfondir, c’est que la peau du tympan est  une continuité de la peau du corps. Donc, notre objectif est de créer une confusion entre la peau du tympan et la peau du corps. Il y a le son qui vient des haut-parleurs de l’extérieur et celui qui se transmet comme une vibration, comme un tuyau par les quinze haut-parleurs placés sur le corps. Le son qui se transmet à travers le corps, est filtré; d’ailleurs, le corps est aussi une matière dont l’eau constitue une grande partie. De cette façon, il y a une sorte de dialogue qui s’établit entre le corps et l’environnement extérieur. Et puis, le troisième espace évoqué, c’est l’architecture de la salle, c’est plutôt l’espace créé par le son dans la salle.
Quant aux sons créés par Julien, ils sont plutôt électroniques, et parfois semblent être très naturels. Ils peuvent évoquer le vent, le bruit d’un tremblement de terre ou des voix humaines. Comment les spectateurs réagissent-ils?  Une partie importante du concept de la performance c’est aussi l’équipement, et l’on a vingt-huit personnes à équiper avec des choses assez complexes. Cela  a un côté un peu futuriste … L’accueil du public est très important, et doit être bien fait parce que cela influence l’écoute après. Les gens discutent,  se calment, et ont une attention déjà particulière dès le début de la performance. Pour décrire ce qu’on sent, c’est comme des petits stimuli qui parcourent le corps et assez vite, les gens sont vraiment tournés vers ce qui se passe à l’intérieur de leur corps ».


Maria STASINOPOULOU

http://www.moismulti.org

MILDIOU

 

MILDIOU  de et par Marcel Mankita, direction  de Catherine Boskowitz.

C’est  à la Maison des Métallos sous la direction du nouveau directeur Philippe Mourrat,  Catherine Boskowitz a repris ce “conte contemporain à la forme sucrée et pimentée”, créé cet été au Tarmac pour seulement cinq représentations, avec son mari Marcel Mankita.
C’est une autobiographie pleine d’humour d’un congolais qui débarque à Paris, en proie à la vindicte raciste de ses voisins, et qui s’installe à la campagne en plein Morvan, victime d’autres mésaventures, le mildiou et les taupes dans son potager, les flics qu’il appelle pour apaiser une bagarre conjugale qui se retourne contre lui…
Un peu tendu en ce soir de reprise dans une chaleur africaine, Marcel Mankita n’a pu donner tout à fait libre cours à son talent d’acteur.

Edith Rappoport

Maison des Métallos jusqu’au 27 mars et du 31 mars au 3 avril

 

Qu’est-ce qu’on va faire de toi, épopée dînatoire contemporaine


Qu’est-ce qu’on va faire de toi, épopée dinatoire contemporaine, écriture, mise en scène et cuisine d’Hélène François et Emilie Vandenameele.

questcequonvafairedetoi56.jpg Cela se passe dans les hauteurs de Belleville à la Bellevilloise; si, si souvenez-vous, c’était le Q.G. de Ségolène Royal pendant les élections présidentielles. Imaginez une assez vaste salle de 800 m2 environ. Avec une table en U capable de recevoir quelque cinquante personnes. Nappes noires, verre de Chiroubles déjà rempli qu’ainsi qu’un verre d’eau. Au menu: – très soignés-trois mets: salade de lentilles aux aromates, soupe au pistou et petits lardons,et comme dessert, crème glacée au café avec miettes de spéculos, le tout impeccablement servi par deux maîtres d’hôtel en pantalon noir et veste blanche, plus vrais que nature.
  Au centre,  deux jeunes femmes , Hélène François et Emilie Vandenameele, et un accordéoniste Laurent Marion.  » Tout ce qui se passe sur le plateau est véridique ou inspiré de faits réels. Nous sommes toutes deux filles de restaurateurs, pour de vrai. par le biais de l’autofiction, nous interrogeons la représentation  et la place du spectateur ». Bref, au-delà de ce discours  un peu prétentieux,  parfumé de Brecht, où semble beaucoup compter  » l’immédiateté de la représentation » les deux jeunes femmes , on l’aura compris, ont des comptes à régler et il y a de l’exorcisme familial  dans l’air; c’est, précisent-elles,  » comme un adieu à la personne que l’on aurait pu devenir, si nous n’avions pas eu l’envie de nous risquer à  » faire du théâtre ».
  Et elles sont tout à fait à l’aise;  il est vrai que les milieux du théâtre et de la restauration ont  souvent des similitudes troublantes. La piste avait été bien explorée côté cuisine par Ariane Mnouchkine avec la célébrissime Cuisine d’Arnold Wesker,   et  cette fois-ci côté palais royal, par Jacques Livchine et Hervée de Lafond avec  leur Bourgeois Gentilhomme d’abord, puis avec leur vrai/faux Mariage, et  enfin, avec Jérôme Deschamps et son célèbre Lapin-Chasseur côté salle et côté cuisine. Et Grimod de la Reynière, comme elles le rappellent,  fut  au I9ème siècle, critique théâtral,   mais aussi gastronomique. Et il n’est pas rare que les spectacles comprennent un petit repas.
 Mais ici,  ce sont les spectateurs qui mangent, sauf la pauvre Emilie obligée par sa mère à ingurgiter des morceaux de tourte , en étant obligée de faire la mise en place des couverts pour le repas du soir, et cela de façon répétitive, jusqu’à ce que la mère balaye  d’un revers de main les couverts et les morceaux de  tourte dans une colère, comme nous en avons pu en entendre dans les coulisses de n’importe quel restaurant, tant le rythme est dur.. Et c’est sans doute inspiré du burlesque américain,  un des moments les  plus réjouissants du spectacle, comme cette tirade de Phèdre déclamée depuis un escalier.
  Les deux comédiennes , qu’elles parlent ,  qu’elles dansent, ou qu’elles chantent , ont  un solide métier. Et les 80 minutes passent assez vite, même si certains moments ont un air un peu potache et si le spectacle a du mal à franchir le mur du théâtre dans le théâtre. Il y a sans aucun doute un déficit de texte, si bien que le spectacle, impeccablement orchestré participe davantage de la performance , voire du happening. En fait, là encore et une fois de plus, il manque une sacrée dose de dramaturgie dans la construction un peu légère  du spectacle: au restaurant » Le restaurant » , ce devait être le jour de congé du dialoguiste et du scénariste….
 Alors à voir? Oui, si vous vous avez envie d’aller jusqu’à  Saint-Ouen  et de tenter l’expérience de cette épopée dînatoire contemporaine , et si vous n’êtes pas trop exigeant. Il vous restera,  de toute façon, quelques belles images et le souvenir d’une soirée sympathique, réalisée avec beaucoup de soin et de travail, avec trois petits mets bien cuisinés…. Pour le reste, autant en emporte les tourtes et les vol-au-vent….

Philippe du Vignal

Spectacle présenté à La Bellevilloise le 24 mars ,  et du 25 au 30 juin à 19h 30 ( relâche le 28 juin) à Mains d’oeuvres 1 rue Charles Garnier à Saint-Ouen Métro Garibaldi. Réservation: 01-40-11-25-25.

Les Suppliantes

Les Suppliantes d’Eschyle, traduction de  Jean Grosjean , mise en scène de Jacques Albert-Canque. 

  dsc9319.jpgEt revoilà Monsieur Eschyle et ses Suppliantes qu’ a monté ce mois-ci Olivier Py comme un petite forme avec trois comédiens  et destinée à tourner dans des lycées et bibliothèques de l’Ile de France. Mais, cette fois,  cela se passe dans un quartier un peu excentré de Bordeaux.
Imaginez un ancien garage un peu étroit  et tout en longueur,  silencieux.Un sol en ciment gris, des murs blancs, un grand voile de coton blanc dans le fond et quelques projecteurs. De chaque côté, une rangée de chaises  noires pliantes (excusez l’adjectif mais on n’en a pas d’autre sous la main). Et de l’encens qui brûle-un peu envahissant l’encens mais bon- et une musique électronique formidable, toute de grondements,  signée Jan-Michel Rivet. Voici le décor planté. 

La pièce d’Eschyle est comme une sorte de légende sur les rapports entre le pouvoir étatique et  l’accueil des émigrés, en l’occurrence un groupe de très jeunes femmes qui ont dû fuir leur patrie pour ne pas être mariées de force à leurs cousins. Elle sont donc venus demander aide et protection au Roi d’Argos. S’il refuse, il renie les lois les plus élémentaires et les plus sacrées de l’hospitalité telles qu’on les pratiquait dans la Grèce antique, alors même que tout son peuple est d’accord pour les accueillir. Mais s’il accepte, c’est alors un motif de guerre avec le pays dont elles viennent.
Avec une équipe de dix jeunes comédiens, Jacques-Albert Canque s’est attaqué à  ces Suppliantes, objet d’une commande de l’association Arelabor-Cnarela dans le cadre d’une quinzaine de l’Antiquité. La pièce est souvent d’une grande beauté mais est loin d’être facile. D’abord, à cause de la traduction qui suscite nombre de problèmes: celle de Jean Grosjean qui coule assez bien dans la bouche d’un acteur, reste souvent d’un hermétisme rebutant. Olivier Py avait , lui, mieux réussi son coup. Et il y a un défaut de dramaturgie qui, et c’est bien dommage, affaiblit le spectacle.  Mieux vaut donc être initié…
La mise en scène en revanche est d’une grande rigueur, et, même dans ce lieu difficile à cause de son étroitesse, il y a quelques images fabuleuses . Le choeur a été réduit, mais ces Suppliantes:  Mathilde Faure, Amandine Cittone, Thibault Compagnon, Caroline Ducros emmenées par leur père Danaos/ Quentin Reynaud  ont une belle présence sur le plateau et s’en sortent bien comme Jean-Baptiste Becq qui joue le Roi d’Argos. Mais mieux vaut oublier les deux choryphées assises elles dans le public, ce qui n’était sans doute pas l’idée du siècle.
Côté costumes, ce sont comme des avatars d’avatars un peu chichiteux de  robes de Lacroix et vraiment pas réussis!.. Mais il y a  de beaux éclairages signés Guillaume Bareille qui sont tout à fait en accord et avec le lieu et avec la musique.` Au total? Le spectacle, encore un peu vert,  n’est pas entièrement convaincant mais y a une chose qui ,dans les meilleurs moments de cette petite heure,  est évidente: on entend- vingt cinq siècles après-le souffle d’ Eschyle et sa formidable poésie des forces qui mènent le monde au détriment des destinées individuelles. Ce n’est déjà pas rien que d’avoir pu réussir à faire passer cela et  les choses devraient mieux se caler après cette première représentation.
Mais on a vraiment envie de demander à Jacques-Albert-Canque de continuer cette recherche et  de poursuivre ce travail sur la pièce, au besoin, en revoyant la traduction. Quant à M. Alain Juppé, maire de Bordeaux,  il n’ira pas voir le spectacle mais s’il pouvait, après expertise par l’un de ses proches, donner un véritable lieu de recherche  à Jacques-Albert Canque. D’abord, ce ne serait pas un luxe pour Bordeaux; la mairie  n’est pas pauvre, loin de là, que l’on sache: cela serait bien utile à cette ville (un peu démunie sur le plan théâtral),  et cela rendrait service au Groupe 33…
D’accord, un lieu de recherche théâtral, à quoi cela peut bien servir dans l’immédiat: à rien, c’est presque garanti, mais  à  dix ans d’intervalle? Allez, croyez-nous,  M. Juppé,  un petit trésor bordelais , cela se protège comme les grands crus de l’année… On entend d’ici la réponse: « vous vous rendez compte, après tout ce que l’on fait déjà pour eux ». ou quelque chose de ce genre…  Mais sait-on jamais? On l’a sans doute  oublié mais , même si la ville elle-même a toujours été à la traîne sous le règne de Chaban-Delmas, Bordeaux a quand même été autrefois l’un des principaux foyers d’avant-garde théâtrale avec le festival Sigma dirigé par Roger Lafosse…

Philippe du Vignal

Le Jus d’Art,  rue Judaïque à Bordeaux jusqu’au 27 mars; puis du 11 au 14 mai dans ce même lieu.

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