Sorry Foostbarn Travelling Theatre

Sorry Foostbarn Travelling Theatre, Idée originelle de Pierre Byland, Vincent Gracieux et Paddy Hayter

    375.jpgLe mythique Footsbarn Theatre a fait son retour pour un mois à la Cartoucherie, avec un spectacle à mi-chemin entre le cirque et le théâtre, intitulé : Sorry ! sous chapiteau, mais presque…
Plein hiver, il fait froid, le vent souffle, la neige tombe. Nous sommes l’assemblée funeste conviée à l’enterrement du compositeur Theodor. Mais ces funérailles relèvent de l’impossible, sans cesse perturbées par des intrus : un écuyer et son cheval, deux Tziganes et leur chèvre, un homme et son perroquet, un couple d’agriculteurs sur un tracteur, débarquent sur le plateau et dérangent la cérémonie (discours, chant et musique)
   Ces derniers prennent le parti de couper le manège et les gradins en deux, pour célébrer de leur côté un mariage avec l’assemblée festive. Ils sortent cotillons, ballons, guirlandes, pièce montée et champagne, et tant pis pour le mort. Bien entendu, deux événements aussi antinomiques qu’un enterrement et un mariage ne peuvent cohabiter ensemble très longtemps.
Rapidement, la situation dégénère et nous approchons du chaos et surtout du déluge. Le chanteur, pragmatique, convie comédiens et spectateurs à embarquer sur le bateau, comme Noé avant nous,  il y a quelques siècles. Et tout se termine bien : l’humanité entière est sur le navire, donc sauvée : animaux, femmes enceintes ou avec bébé, hommes vigoureux et vieillards, enfants…
Certes, décrit ainsi, l’argument est simple, voire bien mince. Le spectacle n’échappe  pas à quelques longueurs, et bien des passages mériteraient d’être davantage réglés : on est parfois un peu perdu, et on ne comprend pas toujours où l’on veut nous emmener…

 Mais pour cette dernière, la salle était comble, et le public a vivement réagi tout au long de la représentation. De fait, la faiblesse du scénario est rattrapée par le grand talent des artistes réunis. La compagnie nomade s’est en effet entourée de deux autres équipes : La Compagnie des fusains, avec le clown Pierre Byland et sa femme Marieke Schnitkler, et le cirque Werdyn, équestre et tzigane. Résultat : beaucoup d’émotion, de passion et de cosmopolitisme.
L’on prend plaisir à voir évoluer d’excellents cavaliers et dresseurs, de jeunes Tziganes dansant le flamenco, mais aussi à entendre de bons musiciens : violon, violoncelle, basson, gong, grosse caisse, et un baryton. Et l’on rit (un peu, beaucoup) des clowns aguerris, des gags bon enfant (est-ce du chocolat ou une crotte ?), de voir débarquer sur scène une poule, un chat, un petit poney, des chevaux, une chèvre… ainsi que de faux lapins, un faux perroquet et un faux gorille.

Ce spectacle convoque évidemment des tours de passe-passe, et c’est bien d’atmosphère magique dont il s’agit. Est-ce un oiseau ou un vieux morceau de tissu au bout d’un fil ? La solution est peut-être là : se laisser porter par ce qui est léger, sans oublier ce qui gît dessous. Après tout, on nous parle d’un mort, dont le cercueil est sur scène, là, avec les croque-morts. Et c’est autant Shakespeare qui est cité, que le douloureux Roi des Aulnes de Goethe qui est ici déclamé et illustré.
En bref, Sorry ! est un spectacle familial, grand public mais de qualité.


Barbara Petit

Spectacle vu au  théâtre de l’Épée de Bois, à la Cartoucherie. Et à Elbeuf, du 12 au 14 mars.


Archive pour 1 mars, 2010

KICHINEV 1903

KICHINEV 1903 de Haïm Nahman BIALIK mise en scène et jeu de Zohar Wexler.

  visuelkichinev1903.jpgKichinev, Kichina aujourd’hui, capitale de la Moldavie, autrefois en Bessarabie et dans l’empire russe, où Pouchkine fut exilé en 1920, fut le théâtre en 1903 puis en 1905 de terribles pogromes. Les habitants de Kichinev, pour  venger un crime attribué à tort à des juifs, se déchaînèrent contre eux avec une sauvagerie incroyable sans que la police ni l’armée n’interviennent. Et en mai 1903, le poète Haïm Nahman Bialik, déjà reconnu comme le défenseur de la littérature hébraïque en Russie, fut envoyé par la Commission Historique Juive pour recueillir des témoignages auprès des survivants . Témoignages qu’il a transcrits en hébreu dans huit  petits cahiers qui sont conservés dans les archives de la maison du poète à Tel-Aviv. Des extraits en seront publiés seulement en 1990.
  Bialik n’a pas publié son rapport en 1903 mais il a écrit un poème » Dans la ville du massacre », sous un autre titre « La vision de Namirov » pour déjouer la censure. Le poème retrouvera ensuite  son titre original…
« Lève toi et va dans la ville du massacre », ainsi commence le poème .
Zohar Wexler, étudiant en Israël , connaissait l’oeuvre de Bialik devenu grand poète national.
Il savait que ses grands parents étaient venus de Kichinev dès 1930 s’installer en Palestine. Il savait aussi qu’ils avaient échappé avec 14 autres membres de sa famille aux massacres d’Avril 1903, mais il ne savait pas pourquoi.
   Alors il veut comprendre et il obéit à l’injonction de Bialik. Et il nous entraîne, avec des images et des mots, dans son voyage, voyage dans le temps d’abord avec la lecture des carnets de Bialik découverts à Tel- Aviv , voyage dans l’espace ensuite avec sa visite à Kichina…
Il veut comprendre, et le massacre et comment ils y ont échappé. Il retrouve des traces de sa famille puis la cour où ils se sont cachés, car c’est tout simplement en se cachant qu’ils ont eu la vie sauve.
 Après ce voyage qui laisse ouvertes toutes les interrogations sur le pourquoi de la haine, il laisse la parole au poète et nous fait entendre ces mots qui l’ont incité au voyage et qui dénoncent aussi bien la barbarie des bourreaux que la passivité des victimes, qui exhorte ce peuple décimé à gronder, à lever le poing, à ne pas tout attendre d’un dieu impuissant, à ne pas reprendre la vie comme avant.
  La langue de Bialik, portée par Zohar Wexler, tout en rage contenue, n’élude pas l’horreur, elle la met en images à la force inouïe.
… »Plus loin les acacias se montreront à tes yeux,
Parés de fleurs et de plumes et exhalant une odeur de sang
Tes narines en respireront de force
L’étrange encens offert par un aimable printemps… ».
  Tout au long du spectacle, entre les murs blancs de la petite salle de la Maison de la Poèsie, que ce soit avec le récit de son voyage ou avec les mots de Bialik, Zohar Wexler, comédien, metteur en scène, traducteur, nous fait entendre, force et fragilité mêlées, sa révolte contre le destin des siens. Ceux de sa famille qui avaient échappé au pogrom de 1903 ont presque tous péri dans la chute du ghetto de Kichinev.
Il y a quelques mois, à la Maison de la Poésie, nous écoutions Mahmoud Darwich ,par la voix de Mohamed Rouabhi, aujourd’hui, nous écoutons Bialik. Les voix des poètes nous aident à rester des veilleurs.

Françoise du Chaxel

Maison de la Poésie, 157 rue Saint- Martin 75003, 01 44 54 53 00.
 Du 17 février au 21 Mars, du mercredi au samedi 20h, dimanche 16h.

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