Madeleine Marion
Adieu Madeleine,
Madeleine Marion est morte avant-hier à 80 ans; nous la connaissions depuis bien longtemps: elle avait joué autrefois pour Sacha Pitoëff dans Les trois soeurs, pour Jean Négroni,( Le prince de Hombourg) dont il y a quelques jours, curieusement, une photo du spectacle, signe du destin? glissa d’un dossier; puis, avec Antoine Vitez pour qui elle joua Bérénice et le célèbre Soulier de satin. Elle avait joué aussi au cinéma mais très connue dans le milieu professionnel, elle l’était peu de ce que l’on appelle le grand public.
Elle avait enseigné au Conservatoire national de 88 à 95 puis nous lui avions demandé ensuite de venir à l’ Ecole du Théâtre national de Chaillot où elle fut aussi, pendant cinq ans, une remarquable pédagogue, attentive, très exigeante mais aussi très aimée de tous.
Nous lui avions demandé entre autres de faire travailler les élèves sur L’Echange de Claudel, et cet atelier- un des plus remarquables que nous ayons connus – fut sans doute l’un de ceux où elle avait su mettre le mieux en valeur les qualités de chaque élève. Puis, trop prise, après son engagement à la Comédie-Française, elle avait dû nous quitter. Mais elle avait toujours gardé une affection pour ses anciens élèves et un attachement à l’Ecole dont nous ne pouvons que lui être reconnaissants.
Elle avait monté au Studio de la Comédie-Française une brillante Cantate à trois voix de Claudel. Nous garderons d’elle l’image d’une femme droite, dont la vie, qui ne lui épargna pas les très mauvais coups, ne fut pas toujours un long fleuve tranquille, mais elle avait une capacité de résistance, une énergie et une volonté de se battre qui forçaient le respect.
Adieu, et merci encore, chère Madeleine.
Philippe du Vignal
