Extinction

Extinction de Thomas Bernhard, adaptation de Jean Torrent, lecture par Serge merlin, réalisation de Blandine Masson.

  sergemerlinextinction.jpg Une première et unique lecture d’Extinction avait  été organisée par France-Culture pour un enregistrement de ce texte écrit en 1986 soit trois avant la mort de l’écrivain autrichien qui trouve l’occasion de régler définitivement ses comptes avec son pays. A Rome où il séjourne, le narrateur  Franz Josef Murnau, écrivain, apprend , par télégramme, la mort brutale de ses parents et de son frère dans un accident de la route , ce qui fait immédiatement de lui l’héritier et le légataire  universel du domaine familial de Wolfsegg, lieu à la fois béni du paradis de  son enfance et haï parce qu’il a abrité des dignitaires  nazis après la guerre. Et , comme le dit justement Jean Torrent, dans une ultime pirouette, Murnau offre tout Wolfsegg au rabbin Eisenberg , son ancien camarade d’études, qui accepera ce don au nom de la la communauté israélite de Vienne.
Et dans ce texte, Thomas Bernhard cultive  l’art de l’exagération avec une violence inouïe,profondément théâtrale, et l’on comprend que Serge Merlin, qui avait déjà joué Minetti , Le Neveu de Wittgenstein, Le Réformateur, La Force de l’habitude et Simplement compliqué ait eu envie de  s’attaquer à ce texte magnifique de Thomas Bernard. Il est seul, dans une salle faiblement éclairée par un vitrail, avec pour seul ornement une tête de cerf accroché sur un mur sale. Assis à une table noire, il se lance dans la lecture de ce monologue à la fois tragique et d’un comique grinçant où, en quelque quatre vingt minutes;  l’acteur exceptionnel qu’est Serge Merlin  s’empare avec jubilation de cette entreprise de libération où enfin Murnau va pouvoir dans un geste ultime se débarrasser d’un passé des plus encombrants où sa famille comme les SS-Obersturmbannführers occupent une place envahissante.La joie d’être à Rome, le dégoût d’avoir à affronter d’anciens nazis aux obsèques, la colère de vivre dans un pays pareil,  le rire sarcastique, la nostalgie de la jeunesse, la nécessité intérieure de décomposer et d’éteindre à la fois Wolfsegg, les souvenirs d’ enfance et finalement lui-même: Serge Merlin dit tout cela avec précision et simplicité, grâce à la complicité de Blandine Masson et Alain Françon qui signe là une belle mise en scène. Il y a, à quelques reprises, des cartes postales en voix off que dit aussi  Serge Merlin et quelque petites musiques viennoises aussi ridicules qu’efficaces. On entend aussi, comme un lointain rappel de l’enfance, dans le lointain des sonneries de cloches…Du grand théâtre, même si le spectacle est intitulé lecture Ne ratez surtout pas ce rendez-vous avec Serge Merlin vraiment exceptionnel: c’est un de ces moments précieux dont on ressort à  la fois bouleversé mais profondément heureux.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Madeleine jusqu’au 18 avril.

 


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