Une maison de poupée

Une maison de poupée
Texte Henrik Ibsen
Mise en scène Jean-Louis Martinelli

           maisondepoupe.jpg En plein débat provoqué par l’ouvrage d’Elisabeth Badinter, Le Conflit : la femme et la mère, c’est au tour du théâtre de se mêler de la condition et de l’émancipation féminines.
Car c’est bien de l’épanouissement personnel d’une femme dont il est question dans Maison de Poupée. Une femme, une personne, non pas seulement une mère ou une épouse.
Et si c’est en 1879 que la pièce a été créée par le dramaturge norvégien, elle passe en 2010 pour résolument moderne, totalement dans l’ère du temps. Et il est même probable qu’elle attise encore la haine des antiféministes conservateurs, qui ne verraient dans ce texte qu’un ramassis de sottises.
Mais reprenons depuis le départ. Dans un décor bourgeois, une demeure splendide aux murs lambrissés et immenses. Un salon gigantesque. Nora (Marina Foïs) papillonne, légère et superficielle, en apparence seulement. Pour son mari, elle est l’oiseau joueur. Le petit écureuil qui dépense son argent. Car il est beaucoup question d’argent : Torvald (Alain Fromager) vient d’être promu directeur de la banque. Grâce à lui, Nora et les enfants n’auront plus à compter. Nora n’a qu’à être la jolie femme qui égaie son mari par sa joie de vivre et sa beauté. Elle n’a à s’occuper de rien. Son amie, Christine (Camille Japy), semble même la mépriser, elle qui est obligée de travailler pour gagner sa vie. Tout bascule quand Krogstad (Laurent Grévill) fait son apparition et vient faire chanter Nora pour qu’elle l’aide à retrouver sa place à la banque. Car Nora a un secret. Et tente de tout faire pour qu’il ne soit pas révélé. Par amour pour son mari.
L’apparition de Krogstad provoque un virage à 180° : d’insouciante et souriante, Nora bascule dans l’inquiétude et la tourmente. Le quotidien devient un enfer de chaque instant, parasité par l’angoisse de la révélation du secret.
Mais Nora avait bien raison de ne pas vouloir cette révélation. Quand la vérité éclate, le mari est lui aussi percé à jour : il préfère condamner et répudier sa femme plutôt que voir son honneur et sa réputation mises en jeu. C’est donc qu’il ne l’aime pas. Le merveilleux qu’attendait Nora ne s’est pas produit. Elle n’est pas estimée pour l’ampleur de son sacrifice, ni son père ni Torvald ne lui en savent gré. Elle réalise que pour le premier comme pour le second, elle n’a jamais été qu’une poupée. D’ailleurs les enfants aussi ne voient leur mère qu’en compagne de jeu. Et même pour Rank (l’excellent Grégoire Œstermann), le docteur et ami, elle n’est qu’une proie désirable dont il est tombé amoureux. Il semble que pour Nora, les quatre murs de sa maison soient bel et bien la cage dorée dans laquelle elle était enfermée.
Nouveau virage à 180°. Nora demande à Torvald de s’asseoir. Pour la première fois depuis leurs huit années de mariage, elle veut discuter sincèrement, authentiquement. Elle veut découvrir qui elle est, hors de toutes ces étiquettes plaquées sur elle. Ce sera désormais son but, elle doit quitter pour cela mari et enfants, pour lesquels elle était avant tout utilitaire, simple moyen d’obtenir leurs fins, d’assouvir leurs désirs. La mort de Rank symbolise en ce sens la mort du couple, la fin des illusions, le départ vers un ailleurs inconnu et angoissant.
Marina Foïs est époustouflante. Si l’on avait déjà pu l’apprécier dans de nombreuses pièces souvent comiques, elle montre l’étendue de son talent avec ce rôle tragique qu’elle incarne à la perfection. Au départ, Nora est aussi radieuse, heureuse, attirante dans sa robe près du corps et ses chaussures dernier cri, que Christine est triste, emmitouflée dans ses pulls et ses bottines, mal coiffée. Par la suite, la comédienne exécute très bien les virages successifs du bonheur à la catastrophe, dégageant physiquement le désastre moral qui la submerge. Elle en éclipserait presque les autres personnages par la qualité de son jeu et de sa diction. Dans la salle transformable des Amandiers, en effet, le dernier rang ne permet pas d’entendre toujours toutes les répliques. Dommage.
Alain Fromager incarne l’homme droit, obéissant aux injonctions de la morale mais n’écoutant jamais son cœur. Bref, le réactionnaire antiféministe typique.
Cette Maison de Poupée est donc un très bon spectacle. La mise en scène rend ses préoccupations terriblement actuelles.

Barbara Petit
Du 10 mars au 17 avril au théâtre Nanterre Amandiers


Archive pour 15 mars, 2010

Cymbeline

Cymbeline, de William Shakespeare – mise en scène de Bernard Sobel

                 cymbeline.jpgDans le désordre – quoique la pièce soit très bien construite, si compliquée qu’elle soit - : une méchante reine, comme dans Titus Andronicus, la jalousie d’Othello, le travestissement de La Nuit des rois ou de Comme il vous plaira, avec sa forêt rude et protectrice, une fausse mort comme dans Romeo et Juliette, ou, version grotesque, le Pyrame et Thisbé du Songe d’une nuit d’été… Sans compter un méli-mélo politico-militaire à la Périclès, prince de Tyr .Tout Shakespeare en une pièce, le « menu échantillon » du maître.
Et où est le roi Cymbeline, là-dedans ? C’est lui le point obscur de cette affaire : un petit Lear, injuste envers sa fille, aveuglé par sa seconde épouse, sorte de petite Agrippine appliquée à propulser sur le trône son petit Néron de fils, quelque chose de rêveur comme dans le Conte d’hiver, avec ça honnête diplomate… Curieusement, il donne son titre à la pièce à laquelle il assiste. La vraie “meneuse de revue“, c’est Imogène, la fille : séparée de force de son époux aimé, condamnée par les manœuvres d’un “romain“ plus florentin décadent qu’on ne saurait dire à tenir tête – et cœur – à l’injuste jalousie du susdit époux, menacée de périr comme Blanche Neige en personne, et j’en passe, elle finit par sauver son père à la guerre, retrouver deux frères dont on avait oublié qu’ils avaient disparu, et retrouver sans rancune son cher soupçonneux. Ouf !
Et toujours ce roi un peu absent, à côté.
Pour Bernard Sobel, la rhapsodie de Cymbeline met en œuvre ce qu’écrit Pic de la Mirandole de la nature “patchwork “ de l’Homme qui emprunterait  « les dons particulier de toutes les autres créatures ». À chacun de se débrouiller et de se constituer avec sa liberté. C’est vertigineux, du coup, ça va à toute vitesse, dans un large couloir où galopent l’action, le temps et les jeunes comédiens de l’ENSATT. Charmants, valeureux, ils ne déméritent pas. On a quand même envie de tirer un coup de chapeau particulier  à Clément Carabédian dans le double rôle de Cloten, le méchant fils, et de Posthumus Léonatus, le “bon“ mari trop jaloux, et à Aurore Paris, fraîche et franche Imogène. Et aussi au travail de Bernard Valléry sur le son, qui emmène le public de la (grande)Bretagne à Rome, du palais à la guerre, soutenant vigoureusement le rythme constamment efficace de l’ensemble.
Christine Friedel

MC 93 Bobigny – jusqu’au 30 mars
Avec les élèves de l’École nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre.

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