Les nouvelles Brèves de comptoir

Les nouvelles Brèves de comptoir texte de Jean-Marie Gourio , adaptation et mise en scène de  Jean-Michel Ribes.

breves.jpgEsprit du peuple es-tu là ? Oui, il est là ! Il répond : présent ! Naïf, poussant l’aplomb et le gros bon sens jusqu’à l’absurdité, frondeur, touchant, souvent philosophe malgré lui, en tous cas rafraîchissant par des angles de vision pour le moins inattendus. En 2010, il fleurit au comptoir, malgré télé, Internet, et autres concurrences médiatiques. Jean-Marie Gourio en témoigne. Il a noté patiemment ces « perles » dans les cafés. Rien n’a été réécrit, nous dit le programme. Expressions, tournures, dits, non-dits, et surtout « à peu près dits », des pataquès qui, au final, font mouche. Bravo l’ethnographe ! Merci l’ethnographe ! Il a su écouter, il a su choisir. Nous ne savions pas pouvoir être si drôles.
Sur scène, une équipe de huit comédiens décline styles, âges, professions, sexes, caractères. Un vrai microcosme : la jeune liane blonde craquante, pétulante, avec son carton à dessins, le vieux philosophe rêveur pilier de bistrot qui vient quasiment en chaussons, le duo des égoutiers, les vendeuses en plein air du marché, le joyeux jeune homme, le pince sans rire, la dame aux frisettes et au grand cœur, la fofolle en tailleur, le patron comme un lion dans sa tanière … jusqu’aux croque-morts !
Et bien d’autres surprises qu’il serait dommage de dévoiler. Des costumes dignes eux aussi d’une ethnographie de notre début de siècle. Et surtout un chœur excellent dans lequel les comédiens – tous de fortes personnalités – investissent totalement la folie, la cocasserie des réflexions recueillies. Et ce n’est pas une mince affaire. Des personnages comme ceux-là, il faut y croire à fond, dès la première seconde. Les rendre crédibles immédiatement. La parole n’est que le sommet de l’iceberg, pour paraphraser un moment du spectacle. Avoir l’évidence d’un iceberg, ce n’est pas évident pour un comédien ! Or ils sont tous très forts et très justes.
On s’amuse beaucoup. On se demande si cela va tenir sur la durée. Le spectacle va-t-il enchaîner les « perles » non-stop pendant une heure quarante ? Oui. Et ça marche ! Jean-Michel  Ribes a trouvé, à travers ambiances différentes et coups de théâtre, le moyen de renouveler l’attention. C’est très bien mené, bien composé, bien dirigé. L’espace est beau avec un décor en lignes de fuite.
Derrière la porte du douillet petit café où se déroule le rituel de la conversation à bâtons rompus, les murs de la ville menacent, froids, gris, propres, trop propres. Vive la vie à l’intérieur ! Avec son grouillement et sa folie !   Et une pour la route : « Moi je n’ai jamais pris l’avion, mais si je dois le prendre un jour, avec tous ces accidents qu’on voit dans les journaux, je demande une place dans la boîte noire ! »

Evelyne Loew

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 7 mai.

 


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