La Maison de Carlo Goldoni

 

La Maison de Carlo Goldoni (Venise)
    marionnetteteste.jpgCe palais gothique, qui présente aujourd’hui encore les caractéristiques de l’architecture civile vénitienne comprise entre le XIVème et le XVème siècle,  est « une invitation au voyage ».A travers ce lieu nous redécouvrons ce dramaturge surnommé le « Molière italien ». Les Goldoni, originaires de Modène, vinrent y habiter vers la fin du XVIIème siècle  et c’est le 25 février 1707 que nacquit Carlo Goldoni. Il y vécut jusqu’à l’âge de douze ans et garda, malgré les difficultés financières de la gestion de la maison assombrissant l’atmosphère familiale,  un souvenir idéal de cette période passée à Ca’ Centani où s’est dessiné le destin artistique qui l’attendait: « je revois mentalement la maison de Venise, où je suis né: je revois cette grande porte gothique entre le pont de Nomboli et le pont de Donna Onesta, dans la Paroisse de San Tommaso, sur le côté de la Calle di Caccentanni; j’ai l’impression de revoir encore cette haute loggia couverte, que nous appelons dans notre langue, terrazza, où était installé un théâtre de marionnettes très actif, que vous-même, mon Père, et d’autres compagnons à vous actionniez admirablement; et voici que le destin, qui voulait me conduire au théâtre, commençait dès cette époque à en semer les graines dans mon imagination et dans mon cour » (extrait de la dédicace à Antonio Maria Zanetti, 1761). En 1914, naît le désir de dédier cet espace à Carlo Goldoni et à l’art dramatique italien. En 1953, elle sera restaurée et ouverte au public avec l’inauguration d’une Bibliothèque-Musée qui su très vite s’imposer comme un grand centre culturel. A l’issue de considérables interventions d’assainissement et de restauration, elle se présente aujourd’hui avec un tout autre visage: les visiteurs et les chercheurs peuvent y découvrir une vie entière consacrée au théâtre, et consulter les nombreux supports (archives, bibliothèque, instrument multimédia) leur permettant de connaître un théâtre qui a voulu et a su être la vie. Dans le portego (ou grand salon): on trouve l’évocation le théâtre de Carlo Goldoni qui facade.jpgdécrit  avec fidélité et acuité le monde vénitien du XVIIIème siècle avec ses transformations culturelles et les conflits sociaux, le rôle de la femme et son émancipation progressive, la naissance de figures et de rôles inconnus jusque-là. La première salle et la principale nous met au contact du monde de Goldoni : de grandes sérigraphies  reproduisent des gravures illustrant les volumes de la dernière édition de l’ouvre goldoniennne (Venise, Zatta 1788-1795). Il s’agit d’images recréées en une libre association analogique, visant à reconstituer les thématiques autour desquelles gravitent les pièces de Goldoni: masques et personnages, le monde des femmes, le théâtre comique, voyageurs et aventuriers, la famille, les nobles, marchands et hommes du peuple. Une fiche explicative les accompagne et nous explique les principaux points critiques que  Goldoni a voulu et a su aborder, au sein d’une Venise qui occupait encore une place d’avant-garde dans la civilisation théâtrale européenne.  Dans une autre salle, on retrouve son théâtre de marionnettes: « Un délicieux divertissement »  que son père avait fait construire pour son plaisir personnel. Ce théâtre constituait une sorte de « théâtre de chambre », s’opposant au « théâtre de rue », auquel donnaient vie les spectacles de marionnettes qui datent du XVIIIème siècle et qui  proviennent de la collection  que la famille Grimani conservait dans son palais (situé dans le Sestiere de Cannaregio);elles témoignent de l’excellence atteinte par l’artisanat vénitien, raffiné et authentique: richesse des costumes (tissus précieux et coupes à la mode). Les interprètes de la vie cosmopolite vénitienne de l’époque sont en représentation. Le mécanisme des marionnettes est ingénieux et sophistiqué.

 

Un tableau du XVIIIème siècle , »Le parloir », orne un des murs: un musicien ambulant fait danser, grâce à un fil attaché à la jambe, » trois marionnettes à la planchette ». Les murs latéraux présentent des agrandissements de scènes extraites de célèbres tableaux de Pietro Longhi, qui estimait sincèrement Goldoni et avec qui il partageait de nombreuses affinités culturelles et artistiques.
Dans une autre salle » Goldoni entre la vie et le théâtre sont exposés différents portraits de Goldoni: d’une gravure anonyme à d’autres plus célèbres qui marquèrent sa carrière ( réalisés par le graveur Marco Pitteri sur un dessin de Giambattista Piazzetta). Les différents visages de son existence sont présentées, à même les murs et sont les illustrations d’ouverture de chacun des tomes de l’édition de Pasquali (Venise,1761-1780).
L’auteur avait voulu représenter par ces images, certains moments significatifs de sa vie, racontées par épisodes dans les préfaces générales de chacun marionnettef.jpgdes tomes. Antonio Baratti a réalisé ces gravures, elles semblent encadrées « par un petit rideau de théâtre » accompagnées par une citation latine. Une légende descriptive accompagne les images et nous comprenons combien le parcours de formation et l’exercice de sa profession « écrivain de théâtre » ont été accidentés. Etudiant pas toujours exemplaire, apprenti médecin, fonctionnaire public, consul, avocat; ce n’est qu’à l’âge de quarante ans qu’il se serait entièrement dédié à sa profession d’auteur de théâtre. Des triomphes contrariés sur la scène vénitienne et nationale, à la conquête exaltante de la scène parisienne. Mais le célèbre auteur  finira sa vie dans l’amertume et abandonnera le théâtre.
Au centre de la salle se trouve une reproduction de la carte topographique de Lodovico Ughi (1729), le dernier et le plus détaillé document cartographique et urbanistique représentant la ville de Venise où sont indiqués les différentes demeures où a vécu Goldoni ainsi que les édifices qui, au XVIIIème siècle, faisaient de Venise une des capitales de la vie théâtrale européenne.
Enfin, cette intensité de vie théâtrale vénitienne est illustrée par quelques exemplaires des plus célèbres éditions goldoniennes du XVIIIème siècle ainsi que par le manuscrit du Giustino, une tragi-comédie de ses débuts où nous trouvons le dernier autographe préservé de l’énorme corpus théâtral de Carlo Goldoni. Quand vous irez à Venise, laissez-vous tenter par ce voyage à travers le temps et le théâtre du XVIIIème siècle.
Nathalie Markovics.

 

 

Musée Carlo Goldoni,Santa Croce, San Polo 2794, Venise

 

 


Un commentaire

  1. Livchine dit :

    Merci pour cette fine description. Je suis allé à Venise au début de la saison,je ne manquerai pas cette maison la prochaine fois.

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