WHERE WERE YOU ON JANUARY 8th

WHERE WERE YOU ON JANUARY 8th  scénographie et mise en scène Amir Reza Koohestani, Mehr Theatre Group de Téhéran

Depuis le début des années 2000, Amir Reza Koohestani s’est révélé en Iran, il s’est ensuite imposé en Europe grâce à la productrice Françoise Lebeau, avec notamment Amid the clouds, Recent expériences et Des utopies réalisé en 2009 avec Sylvain Maurice et Oriza Hirata qui a tourné en France et au Japon. Dans un dispositif bi-frontal cerné de deux écrans géants, six jeunes gens sont assis sur des bancs, c’est une troupe de théâtre rassemblée dans la banlieue de Téhéran pour la dernière répétition des Bonnes de Genet que Fati présente pour son diplôme universitaire. Son fiancé Ali qui fait son service militaire, a dû dormir chez elle bloqué par la neige, il se réveille, tout le monde est parti pour l’université et il découvre que son arme de service a été subtilisée, ce qui peut lui coûter de graves ennuis.
Toute la pièce se résume à un échange de communications téléphoniques sur des portables pour retrouver ce revolver dont on ne saura pas à quelle fin il a été subtilisé, entre personnages qui se côtoient. On sent le poids de l’oppression policière omniprésente cernant ces jeunes gens qui veulent simplement mener une vie normale, mais on aimerait bien qu’il y ait un peu plus de véritable chair théâtrale, au delà de projections et d’une technologie soignées.

Edith Rappoport

 

Festival EXIT  Maison de la Culture de Créteil.


Archive pour 24 mars, 2010

La Contrebasse

La Contrebasse, de Patrick Süskind, mise en scène de Natascha Rudolf.

Pudeur de l‘orchestre symphonique : le musicien est souvent appelé du nom de son instrument, derrière lequel il se cache, particulièrement quand il s’agit de la contrebasse. Pudeur exacerbée de celle-ci : elle fait le poids, soutient tous les autres pupitres, mais est priée de se faire oublier, de côté, derrière.
Le texte de Süskind fait sauter cette réserve : la
contrebasse parle. L’homme, de son amour fou pour une jeune cantatrice qui ne fera attention à lui que s’il se fait entendre par le seul moyen – suicidaire – à sa portée : la fausse note.     L’instrument, en faisant entendre enfin tous les sons qui sont en elle, de la vibration de sa pique traînée sur le sol, au gémissement de sa caisse caressée, avec ses percussions profondes, ses petits cris aigus, et cette grande voix, que le musicien dit désagréable, qui emplit toutes les cavités résonantes de la salle de concert et du corps.
Depuis la création à l’automne 2008, le spectacle d’ Hubertus Biermann et Natascha Rudolf s’est encore affûté, si possible : le jeu entre l’acteur et sa contrebasse tourne à la lutte, à la punition, à la scène d’amour, sur fond de concert qui se prépare et de tragédie qui ne se jouera pas..Il ne fera pas sa fausse note. Quoique… Ce contrebassiste-là a quelque chose d’un sportif de haut niveau – il faut ça, avec son mastodonte – et d’un travailleur de la scène à la Hugo, mouillant sa chemise soir après soir en serrant les dents sur son amour impossible, et sur son cœur, comme un “doudou“, la housse de son instrument …

Christine Friedel
MC93, Bobigny jusqu’au 28 mars  01 41 60 72 72 -

 

http://www.dailymotion.com/video/xcmfc3_la-contrebasse-suskind-rudolf-bierm_creation

 

lacontrebasse.jpg

 

 

Les noces du rétameur et La fontaine aux saints

Les Noces du rétameur et La Fontaine aux saints de J.M. Synge, mise en scène de Guy-Pierre Couleau

  Au bout du bout du monde à l’ouest, il y a encore ceux qui sont encore plus loin, de côté. Ceux que John Millington Synge est allé chercher vers les îles d’Aran. Juste avant le tournant du XXe siècle, il a écouté la langue des paysans, photographié leurs chaumières et leur travail de ramasseurs de tourbe, et attrapé du coin de l’œil les rétameurs errants et les mendiants des routes.
De ce voyage, il a tiré son bref et sidérant théâtre, aujourd’hui remarquablement traduit par Françoise Morvan. La traductrice a mis au service de la langue théâtrale forgée par Synge sa double culture de lettrée française et de petite-fille de Bretons, certes soumis au Français de la République, mais pratiquant une syntaxe toute celtique. Cela donne une langue rugueuse et poétique, pleine d’obstacles qui sont autant de tremplins pour le jeu des comédiens. Mollesse, conformisme : impossibles, avec une langue pareille. En revanche, elle vous donne de ces claques de vent…

Donc, là-bas, là-haut, il était une fois une « fille du voyage » qui avait bien envie d’épouser son compagnon le rétameur. Pour ça, il faut un curé. Pour avoir celui-là, il faut payer. Et pour payer, il faudrait que la maman du rétameur ne pique pas les sous pour aller les boire… Bref, de boire en déboires, de curé pingre en fille têtue, de fiancé traînant la patte en mère changeant tout en liquide – à fort taux d’alcool -, peut-être bien qu’ils ne se marieront pas, et peut-être bien que les gens bien ce seront eux, finalement, pour avoir reconquis leur liberté.

vx.jpgBon. Une autre histoire : Martin et Mary Doul sont aveugles et mendient au bord du chemin, elle tissant vaguement des roseaux. Ils s‘aiment comme ils sont, beaux en rêve, et sourient aux plaisanteries des voisins. Et puis voilà que…, et puis voilà que… – car c’est ainsi que commencent les pièces de théâtre-, voilà que leur voisin le forgeron leur trouve un « saint » qui va faire un miracle et leur rendre la vue. Aïe ! Évidemment ce sera dur, et pas seulement pour ce qu’il y a à voir. Plus question de mendier, maintenant, il faut mouiller sa chemise comme les autres.
Heureusement, les miracles ne durent pas, et ils pourront chercher un autre chemin, d’autres roseaux, chanceux d’être redevenus aveugles dans un monde finalement bien plus aveugle qu’eux. En un beau rire métaphysique, Martin et Mary Doul cousinent ici avec Tirésias et Œdipe, les grands aveugles clairvoyants de la tragédie. Ici, le metteur en scène a eu un trait de génie : ces deux « vieux » que les villageois disent laids, il les a choisis beaux, exaspérants de charme. Philippe Mercier et Flore Lefebvre des Noëttes irradient littéralement d’énergie, de plaisir de jouer, en face de quoi leurs partenaires tiennent crânement le coup.
Un sol inégal, un rideau derrière lequel passent en ombres les diableries de chacune des pièces à jouer : ça danse, ça boite, ça vacille, ça va de l’avant. Un théâtre concentré, fort de son dépouillement, qui est celui de ces hommes et de ces femmes au bout de ce bout du monde, ne craignant que Dieu et le diable, ou ni l’un ni l’autre.

Christine Friedel

Théâtre Firmin Gémier à Antony, jusqu’au 28 mars 01 46 66 02 74

ombres.jpg

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