La robe de Gulnara

La robe de Gulnara d’ Isabelle Hubert, mise en scène de Jean-Sébastien Ouellette.

  La pièce se passe près de la  frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et nous parle des gens qui ont dû  émigrer à la suite  d’une guerre. L’auteure s’est inspirée d’un événement réel, celui du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, qui a obligé un grand nombre de personnes à s’expatrier et à se réfugier dans des wagons de train pendant dix ans. Parmi ceux-ci, Mika (Marilyn Perreault), une jeune fille de 13 ans, sa sœur Gulnara (Annie Ranger) et leurs parents Kazimov (Jack Robitaille) et Vilma (Anne-Marie Olivier).
Gulnara qui va épouser Arif (Jean-René Moisan) a dépensé toutes ses économies pour acheter sa robe de noces. Mais Mika, curieuse, met cette robe, et , par inattention, et la tache. Devant  la colère et le désespoir de Gulnara, Mika promet à sa s
œur d’enlever cette tache,  impossible pourtant à faire disparaître. Cette promesse entraîne la jeune Mika à affronter la dureté et le côté répugnant de la nature humaine.
Le narrateur de cette histoire est Balaja (Sasha Samar),  un  fils que Mika a mis au monde à la suite des viols qu’elle a subis, lors de sa tentative pour racheter une nouvelle robe à Gulnara.Le texte est simple et lamise en scène pleine d’émotion, si bien que le spectacle qui  tous les âges. Le dynamisme des points de transition entre les 33 courts tableaux qui représentent les événements de la pièce comme  le jeu  des acteurs dont la plupart d’eux interprètent deux rôles, rendent  cette représentation particulièrement humaine, porteuse de messages sociaux. ..

 Maria Stasinopoulou

Théâtre de la Bordée, à Québec, jusqu’ au 27 mars 2010

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Archive pour 27 mars, 2010

Le Banquet de Platon

Le Banquet de Platon, mise en scène de Jacques Vincey.

banquet.jpg  Ce fameux Banquet , du disciple de Socrate, écrit autour des années 380 avant J.C., qui a fait l’objet de nombreuses adaptations scéniques,   a d’abord été créé au Théâtre de l’ Ouest Parisien,  est repris au Studio de la Comédie-française. Comme le dit justement Jacques Vincey,  ce Banquet , monument philosophique et littéraire élevé à la mémoire de Socrate, le maître de Platon se révèle d’une incroyable théâtralité. Paradoxalement, puisque Platon n’aimait guère le théâtre de son temps mais la vivacité et l’intelligence des dialogues, la vérité des personnages comme cet Aristophane en proie à un hoquet qu’il ne peut  pas  réprimer ou Alcibiade qui arrive en n’ayant pas bu que de l’eau.
Le thème de ces dialogues est simple:  il y a eu une soirée bien arrosée chez Agathon qui vient de recevoir le prix du concours de tragédie, puis le jeune poète et  quelques amis se mettent à discuter de l’amour et de ses vertus. Il y a là tout du beau monde: Apollodore, Aristodème, Agathon, Eryximaque, Phèdre, Aristophane, Socrate et Diotime et cette discussion philosophique à base de conversations somme toute banales est aussi du plus haut niveau philosophique fondée sur la mémoire  d’Apollodre d’un récit que lui a fait Aristodème. Avec en question : Qu’est-ce que l’amour? Quels sont ses rapport avec le Beau comme avec le Bien?
On n’est donc pas ici dans l’adaptation pure et simple de ce Banquet comme on  pu souvent le voir. Puisque de toute façon, il n’y a que trois comédiens pour les interpréter: Thierry Hancisse, Pierre-Louis Calixte et Serge Bagdassarian,  tout à fait remarquables. Mais c’est dire aussi que le spectateur est prié de se mettre au travail et de démêler l’écheveau de cette conversation brillante où l’on se perd un peu dans les personnages. Cela se joue dans un décor de trois cadres noirs emboîtés de Matthieu Lorry-Dupuy; et les comédiens sont aussi habillés en noir et l’éclairage est, disons assez parcimonieux. Cela fait au total beaucoup de noir pendant 90 minutes pour une pensée aussi grecque…
La mise en scène de Jacques Vincey, à qui l’on doit une très belle réalisation de Madame de Sade de Mishima , est ici tout aussi rigoureuse mais toute cette noirceur, toute cette sévérité et cette quasi immobilité des personnages face public au début du moins  lassent un peu et  il manque sans doute à cette conversation philosophique une véritable truculence en lieu et place de cette pensée platonicienne un peu scolairement répartie entre chacun des personnages  que l’on a du mal le plus souvent à cerner.
Jacques Vincey , à vouloir absolument « questionner, comme il dit « l’articulation entre philosophie et théâtre  en explorant les liens secrets qui unissent la visibilité physique du monde sensible et l’invisibilité de la pensée »  a un peu délaissé la notion de représentation, au profit d’une réflexion personnelle sur le théâtre et la philosophie. Alors à voir? C’est selon… votre humeur. Mais malgré la grande rigueur de cette mise en scène, on ressort quand même un peu déçu…

Philippe du Vignal

 

Studio de la Comédie-Française jusqu’au  9 mai 2010.

MoisMulti (AHR.KI.TEK.TON.IK)

  artificiel.jpgLe MoisMulti est un festival d’arts multidisciplinaires et électroniques auquel participent 50 artistes québécois et étrangers; parmi eux Lynn Pook et Julien Clauss qui ont représenté la Françe. Cet événement s’est passé à Québec, surtout à l’espace Méduse, du 3 au 28 février 2010.
Cette année, les créations artistiques ont été regroupées autour du thème (AHR.KI.TEK.TON.IK), ou la mouvance de l’art.
Emile Morin, le directeur artistique, explique le concept de l’«architectonique» par rapport à l’expression de l’art contemporain: «Nous sommes témoins, ces dernières années, de l’émergence d’une architecture fortement associée aux avancées technologiques. Les outils de conception et les matériaux se multiplient. Comme en d’autres temps pour d’autres formes apparemment fonctionnelles – pensons au cinéma, à la photographie -, l’art se glisse dans l’acte architectural, s’en nourrit et l’enrichit». Les artistes qui y ont participé sont à la recherche d’une «architectonique» nouvelle concernant les moyens de production et de diffusion de l’œuvre. Ceux-ci proposent aux spectateurs de nouvelles pistes de réflexion intellectuelle et sensorielle.
Lynn Pook et Julien Clauss, avec leur création sensorielle Stimuline, proposent une expérience «audio tactile» fondée sur une musique électronique et bruitiste. Pour Lynn Pook,    l’audio tactile, dit-elle, est fondé sur la pose de haut-parleurs placés  sur le corps des spectateurs, afin qu’ils sentent les vibrations du son et les entendent  mais par l’intérieur du corps. Au début, c’était pour moi qui vient de la sculpture et des arts visuels, une envie de ne plus être esclave de la distance qui existe toujours entre l’objet et le spectateur. J’aime travailler avec le corps et essayer toujours d’impliquer de façon intime le spectateur.
Quant à Stimuline, l’idée est non seulement de réduire vraiment la distance entre l’objet et le spectateur mais aussi de créer une œuvre, même dans le corps du spectateur et par là faire découvrir ou redécouvrir le corps comme un espace en trois dimensions, comme un volume, presque comme une sculpture. En 2005, on s’est rencontrés avec Julien qui vient des sciences, il a une grande expérience sur la musique électronique, il est plasticien sonore.
C’est quelqu’un qui fait une sorte de sculpture sonore, qui fait des installations avec comme medium le son. Il considère le son comme une matière plastique, et le travaille comme on travaille  le plâtre ou la terre. Dans stimuline, nous posons quinze haut-parleurs sur le corps du spectateur et nous avons aussi du son à l’extérieur. En fait, il ne s’agit pas d’un haut-parleur complet avec la membrane et le conne, c’est juste l’actuateur, l’électroélément qui se trouve avant la membrane. On  choisit la place des haut-parleurs pour pouvoir «jouer» de toutes les dimensions.
Après, malheureusement, je me suis limité à quinze, nous pourrions en mettre davantage, mais ce serait encore plus cher et encore plus lourd. Ce qui est important, c’est d’aller «jouer» sur des parties du corps que j’appelle des parties «oubliées», des parties qui ne sont pas liées au toucher. Par exemple, le dos de la main, le dessus du pied, les coudes, le sternum, les omoplates, la nuque, le crâne. Le thorax et le sternum sont des architectures corporelles magnifiques conçues pour projeter le son. Je place les quinze haut-parleurs de façon symétrique au corps exactement pour pouvoir les «jouer» de façon asymétrique. Par exemple, je «joue» le coude droit mais je ne joue pas le coude gauche. Stimuline utilise le son comme un informateur qui permet au corps de comprendre et de sentir l’espace; l’ouie donne énormément d’informations, par exemple, sur l’espace qui se trouve derrière nous et  que l’œil ne peut pas voir.
Dans Stimuline, les spectateurs doivent avoir les oreilles bouchées parce que nous évoquons trois types d’architecture, l’architecture du corps, l’architecture fictive et l’architecture de la salle. L’architecture du corps est une sorte d’architecture intime.
En fait, l’idée que nous avons cherché à approfondir, c’est que la peau du tympan est  une continuité de la peau du corps. Donc, notre objectif est de créer une confusion entre la peau du tympan et la peau du corps. Il y a le son qui vient des haut-parleurs de l’extérieur et celui qui se transmet comme une vibration, comme un tuyau par les quinze haut-parleurs placés sur le corps. Le son qui se transmet à travers le corps, est filtré; d’ailleurs, le corps est aussi une matière dont l’eau constitue une grande partie. De cette façon, il y a une sorte de dialogue qui s’établit entre le corps et l’environnement extérieur. Et puis, le troisième espace évoqué, c’est l’architecture de la salle, c’est plutôt l’espace créé par le son dans la salle.
Quant aux sons créés par Julien, ils sont plutôt électroniques, et parfois semblent être très naturels. Ils peuvent évoquer le vent, le bruit d’un tremblement de terre ou des voix humaines. Comment les spectateurs réagissent-ils?  Une partie importante du concept de la performance c’est aussi l’équipement, et l’on a vingt-huit personnes à équiper avec des choses assez complexes. Cela  a un côté un peu futuriste … L’accueil du public est très important, et doit être bien fait parce que cela influence l’écoute après. Les gens discutent,  se calment, et ont une attention déjà particulière dès le début de la performance. Pour décrire ce qu’on sent, c’est comme des petits stimuli qui parcourent le corps et assez vite, les gens sont vraiment tournés vers ce qui se passe à l’intérieur de leur corps ».


Maria STASINOPOULOU

http://www.moismulti.org

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