MoisMulti (AHR.KI.TEK.TON.IK)

  artificiel.jpgLe MoisMulti est un festival d’arts multidisciplinaires et électroniques auquel participent 50 artistes québécois et étrangers; parmi eux Lynn Pook et Julien Clauss qui ont représenté la Françe. Cet événement s’est passé à Québec, surtout à l’espace Méduse, du 3 au 28 février 2010.
Cette année, les créations artistiques ont été regroupées autour du thème (AHR.KI.TEK.TON.IK), ou la mouvance de l’art.
Emile Morin, le directeur artistique, explique le concept de l’«architectonique» par rapport à l’expression de l’art contemporain: «Nous sommes témoins, ces dernières années, de l’émergence d’une architecture fortement associée aux avancées technologiques. Les outils de conception et les matériaux se multiplient. Comme en d’autres temps pour d’autres formes apparemment fonctionnelles – pensons au cinéma, à la photographie -, l’art se glisse dans l’acte architectural, s’en nourrit et l’enrichit». Les artistes qui y ont participé sont à la recherche d’une «architectonique» nouvelle concernant les moyens de production et de diffusion de l’œuvre. Ceux-ci proposent aux spectateurs de nouvelles pistes de réflexion intellectuelle et sensorielle.
Lynn Pook et Julien Clauss, avec leur création sensorielle Stimuline, proposent une expérience «audio tactile» fondée sur une musique électronique et bruitiste. Pour Lynn Pook,    l’audio tactile, dit-elle, est fondé sur la pose de haut-parleurs placés  sur le corps des spectateurs, afin qu’ils sentent les vibrations du son et les entendent  mais par l’intérieur du corps. Au début, c’était pour moi qui vient de la sculpture et des arts visuels, une envie de ne plus être esclave de la distance qui existe toujours entre l’objet et le spectateur. J’aime travailler avec le corps et essayer toujours d’impliquer de façon intime le spectateur.
Quant à Stimuline, l’idée est non seulement de réduire vraiment la distance entre l’objet et le spectateur mais aussi de créer une œuvre, même dans le corps du spectateur et par là faire découvrir ou redécouvrir le corps comme un espace en trois dimensions, comme un volume, presque comme une sculpture. En 2005, on s’est rencontrés avec Julien qui vient des sciences, il a une grande expérience sur la musique électronique, il est plasticien sonore.
C’est quelqu’un qui fait une sorte de sculpture sonore, qui fait des installations avec comme medium le son. Il considère le son comme une matière plastique, et le travaille comme on travaille  le plâtre ou la terre. Dans stimuline, nous posons quinze haut-parleurs sur le corps du spectateur et nous avons aussi du son à l’extérieur. En fait, il ne s’agit pas d’un haut-parleur complet avec la membrane et le conne, c’est juste l’actuateur, l’électroélément qui se trouve avant la membrane. On  choisit la place des haut-parleurs pour pouvoir «jouer» de toutes les dimensions.
Après, malheureusement, je me suis limité à quinze, nous pourrions en mettre davantage, mais ce serait encore plus cher et encore plus lourd. Ce qui est important, c’est d’aller «jouer» sur des parties du corps que j’appelle des parties «oubliées», des parties qui ne sont pas liées au toucher. Par exemple, le dos de la main, le dessus du pied, les coudes, le sternum, les omoplates, la nuque, le crâne. Le thorax et le sternum sont des architectures corporelles magnifiques conçues pour projeter le son. Je place les quinze haut-parleurs de façon symétrique au corps exactement pour pouvoir les «jouer» de façon asymétrique. Par exemple, je «joue» le coude droit mais je ne joue pas le coude gauche. Stimuline utilise le son comme un informateur qui permet au corps de comprendre et de sentir l’espace; l’ouie donne énormément d’informations, par exemple, sur l’espace qui se trouve derrière nous et  que l’œil ne peut pas voir.
Dans Stimuline, les spectateurs doivent avoir les oreilles bouchées parce que nous évoquons trois types d’architecture, l’architecture du corps, l’architecture fictive et l’architecture de la salle. L’architecture du corps est une sorte d’architecture intime.
En fait, l’idée que nous avons cherché à approfondir, c’est que la peau du tympan est  une continuité de la peau du corps. Donc, notre objectif est de créer une confusion entre la peau du tympan et la peau du corps. Il y a le son qui vient des haut-parleurs de l’extérieur et celui qui se transmet comme une vibration, comme un tuyau par les quinze haut-parleurs placés sur le corps. Le son qui se transmet à travers le corps, est filtré; d’ailleurs, le corps est aussi une matière dont l’eau constitue une grande partie. De cette façon, il y a une sorte de dialogue qui s’établit entre le corps et l’environnement extérieur. Et puis, le troisième espace évoqué, c’est l’architecture de la salle, c’est plutôt l’espace créé par le son dans la salle.
Quant aux sons créés par Julien, ils sont plutôt électroniques, et parfois semblent être très naturels. Ils peuvent évoquer le vent, le bruit d’un tremblement de terre ou des voix humaines. Comment les spectateurs réagissent-ils?  Une partie importante du concept de la performance c’est aussi l’équipement, et l’on a vingt-huit personnes à équiper avec des choses assez complexes. Cela  a un côté un peu futuriste … L’accueil du public est très important, et doit être bien fait parce que cela influence l’écoute après. Les gens discutent,  se calment, et ont une attention déjà particulière dès le début de la performance. Pour décrire ce qu’on sent, c’est comme des petits stimuli qui parcourent le corps et assez vite, les gens sont vraiment tournés vers ce qui se passe à l’intérieur de leur corps ».


Maria STASINOPOULOU

http://www.moismulti.org

 


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