LES 80 ANS DE MA MÈRE

LES 80ANS DE MA MÈRE  à Vandoncourt, une opération du Théâtre de l’Unité sur le patrimoine humain de la Communauté d’agglomération de Montbéliard.

 

C’est le deuxième compte-rendu d’étape sur une série de rencontres opérées depuis le début de la saison avec des “trésors nationaux vivants”.
Une brigade de cinq mobylettes bleues armées d’oriflammes débarque dans les villages, à la boulangerie, à la mairie, à la poste quand elle subsiste, à la recherche d’octogénaires ou de personnes encore plus âgées.  Des visites sont organisées, on mène des entretiens, ils (en majorité elles) racontent leurs vies:  souvent le travail dès 14 ans, Peugeot, une vie difficile et puis une libération avec l’arrêt du travail, et parfois le veuvage.
La plupart des rencontres sont plutôt toniques. Et  on vient fêter les anniversaires par surprise avec un gâteau du meilleur pâtissier de Montbéliard, et une chorale qui arrache les larmes aux heureuses retraitées. La fanfare de Vandoncourt accueille en musique les trésors vivants et leurs familles qui vont être honorées. Un « musée de l’intime »  a été aménagé dans une petite salle, avec de belles photos de Michel Nowak, les noms et des phrases des entretiens, ainsi que des objets de grande valeur sentimentale confiés par les octogénaires
On  déroule d’abord trois immenses photos à l’extérieur, puis tout le monde pénètre dans la salle des Catherinettes. Peuplée elle aussi de photos et de phrases. On  s’assied autour de petites tables pour assister à un émouvant montage audiovisuel qui relate les rencontres et des élèves des cours de théâtre lisent des extraits des entretiens.
Puis l’on  se jette à la sortie sur les gâteaux,  et le jus de pomme offerts par la ville dont les élus n’ont pas ménagé leur peine pour accueillir cette rencontre.. Ce n’est pas du théâtre, c’est autre chose qu’on a peine à nommer mais qui semble essentiel dans ce monde froid et technique en passe de nous engloutir. Il faut préciser que c’est Jean Bojko qui avait le premier inventé cette opération dans le Nivernais, il y a quelques années.

Edith Rappoport


Archive pour 9 avril, 2010

Occident

Occident de Rémi de Vos, mise en scène de Dag Jeanneret.

Rémi de Vos à 37 ans, est l’auteur de pièces maintenant bien connues comme André le Magnifique, Jusque ce que la mort nous sépare . Occident (2005) que reprend aujourd’hui Dag Jeanneret est une pièce courte ( 60 minutes) qui est plutôt une tranche de vie, une sorte de dissection d’un couple de petits bourgeois aux rapports assez troubles. Un homme et une femme la quarantaine avancée: lui est à la fois ultra-nationaliste, alcoolique et n’est pas seulement impuissant d’en bas , mais a aussi la cervelle morte comme le le lui fait remarquer sa compagne… Il en a contre les Yougoslaves, et les Arabes, et fréquente deux cafés Le Palace et le Flandre où il passe plus de temps qu’à la maison.
Quant à elle, elle a de plus en plus de mal à le supporter, c’est bien clair et elle-fantasme ou vérité-finira par lui avouer qu’elle fait boutique-mon-cul justement avec les Arabes. Et elle en rajoute une louche en lui indiquant bien que cela lui fait plaisir.Et c’est comme si elle lui avait porté un énorme coup de poing. Elle ne bouge pas,attendant qu’il répète en sanglots une bonne vingtaine de fois: « Je t’aime ».
Cette petite pièce vaut surtout pour la précision et la violence des dialogues où chacun essaye d’abattre l’autre. Sans aucune concession. Sans jamais rien céder , puisqu’ils n’ont rien à perdre dans un monde que l’on devine sans espoir et qui ne veut pas d’eux, eux qui ne savent même plus si ils ont vraiment envie de continuer à vivre ensemble.
On est ici au bout du bout de la misère humaine, et si l’on rit parfois de cette échange violent fondé sur une sorte de machine implacable, on rit évidemment jaune., et autant dire tout de suite que le dialogue, jamais vulgaire, est des plus crus, et interprété par Stéphanie Marc et Philippe Hottier , qui sont bien dirigés par Dag Jeanneret, et tout à fait remarquables.
Reste à savoir ce que peut nous dire la pièce? Que la violence , la bêtise et le racisme font excellent ménage avec l’alcool? Cela n’est pas très nouveau… Que cela a à voir avec la France sarkosienne? Sans doute, mais c’était déjà au programme sous Chirac, et bien avant! N ième dénonciation du racisme,  c’est sans aucun doute un texte bien écrit mais assez bon chic bon genre  et  l’on ressort un peu déçu. Même si De Vos a au moins le mérite de faire court…
Alors à voir? A la rigueur, si vous habitez à côté , mais sinon vous pouvez sans doute oublier d’y aller..

Philippe du Vignal

Festival Villes jusqu’au 18 avril.
Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis T: 01- 48 -13 -70 – 00

2010 Médée(s)

2010 Médée(s) : tragi-comédie, texte et mise en scène de Clyde Chabot (La Communauté inavouable)

mede.jpgCette Médée n’est plus un sorcière ou une magicienne, ni la meurtrière vengeresse de ses propres enfants. Elle est la femme quittée. Parce que l’amour ne dure pas toujours, parce qu’elle est du côté du nid, qui emprisonne l’homme et ses désirs vagabonds. Parce que l’homme aurait besoin de se retremper dans la séduction pour se sentir homme…
Voici une Médée multiple : elles sont trois, face à deux Jason. La création du spectacle aussi est multiple : elle s’est faite en tranches de millefeuille, chaque étape apportant une sensibilité particulière, comme chaque regard. Gilles Ruard, auteur, a apporté son regard masculin sur le personnage de Jason, le chorégraphe Faustin Linyekula a « infiltré » la mise en scène en inspirant les marches et parcours des acteurs.
Musique, danse, vidéo : le spectacle embauche de multiples disciplines et styles, y compris dans le traitement du meurtre de l’enfant en comedia dell’arte – pas le meilleur moment, du reste, par manque de virtuosité-. Le spectateur subit une sorte de fascination, dans la lenteur, réveillée par quelques sourires, par l’entrée en scène de chansons populaires revisitées avec bonheur par le musicien Xavier Guerlin. Les comédiennes, Françoise Huguet, Aliénor de Mezamat et Anna Schmutz-Lacroix, donnent une juste énergie au texte, avec le charme de leurs différentes personnalités. Un « ancêtre » (Boris Lémant) crée une belle présence énigmatique. Avec tout ça, on n’est pas totalement emporté.
Le spectacle se joue sur le parquet de bal de la Ferme du bonheur, à Nanterre : on entend la rumeur de la circulation, le bruit des trains, le cri du paon de la ferme. Quelles belles métaphores sonores au service de cette Médée(s) moderne ! Dommage que le spectacle ne les écoute pas davantage. On sait bien que le théâtre est fragile, que les acteurs doivent tracer leur route envers et contre tout obstacle, et, après tout, c’est le travail du spectateur, de construire l’édifice des émotions et du sens. Mais quand même, on aurait aimé pouvoir rebondir sur l’énergie de ces intrusions.
Allez, il faut aller à la Ferme du bonheur, avec ses poiriers en fleurs, l’âne qui brait, la basse-cour, la cheminée où brûlent de grosses bûches, du vin rouge à la Jean Ferrat, et une Médée(s) moderne, femme d’aujourd’hui, de tous les quartiers, face à un double Jason (Xavier Guerlin et Stéphane Schoukroun) qui défend bien son morceau.
La tragédie est peut-être là : pas d’innocent, pas de coupable, la femme crée l’homme comme tel, l’homme la rend femme, et après… Après, il faut parfois se quitter.

 

Christine Friedel

 

A la Ferme du Bonheur 01 47 24 51 24 . Jusqu’au 11 avril

 

« mailto:contact@fermedubonheur.fr »

 

à suivre : les activités de la Ferme du bonheur, bals, pique-niques, jardinage, à cinq minutes du RER Nanterre Université.-

Été

Été, texte et mise en scène Carole Thibaut

Juste le bonheur : la mer, le soleil, les premières vacances à trois, avec le bébé… Ah, le bébé, c’est difficile : la jeune mère croit ne pas devoir, pouvoir, savoir, avoir envie de lâcher un instant son petit bout de fille. L’homme respecte. Il sera gentil, patient, délicat, tendre, gentil jusqu’à l’exaspération réciproque aussitôt bâillonnée de tendresse cotonneuse et convenue. Ne rien dire qui pourrait fâcher, qui pourrait gâcher ce merveilleux moment de bonheur, cet été si réussi. Par chance, l’homme est appelé à s’absenter quelques jours, pour son travail. Elle, cette pauvre « elle » qui s’excuse sans cesse, rencontre une autre femme, différente, artiste, plus âgée, seule. Et une autre sorte de petite faille s’ouvre, non pas du côté de la peur ou de l’agressivité, mais du côté de la liberté. Un tout petit courant d’air. Au retour de l’homme, tout est comme avant, mais un peu changé, un peu plus ouvert, un peu plus gai.

 

Avec Été , Carole Thibaut, répond en toute douceur à la brutalité de Avec le couteau le pain et aux contradictions burlesques et effrayantes de Fantaisies. Mais ça travaille toujours du côté de la famille, des rapports homme-femme. C’est drôle et lucide, et cruel. Ici, on n’est plus dans la domination masculine frontale, au contraire, l’homme, « nouveau père », est autant que la femme victime d’une terrible injonction sociale : l’obligation du bonheur. Au bord des larmes, au bord de l’exaspération, elle et lui fredonnent d’une voix étranglée le refrain du bonheur, vérifient leur bonheur, le testent, le mesurent, et ne savent plus où ils en sont. Là est la cruauté, dans l’asphyxie de la parole, et dans l’enfermement du couple. À leur modeste façon, Elle et Lui ont quelque chose de l’Ariane et du Solal d’Albert Cohen : le besoin vital du « social », d’un tiers, au moins – et ce ne sera pas le bébé, dont la naissance semble plutôt un facteur de régression- pour que vive leur amour.
Dans un décor réduit au minimum – une table, deux chaises, puis un bout de plage sur fond d’écran projetant la respiration de l’été, vagues et fête foraine – , Isabelle Andréani, Jacques Descordes et Sophie Daull portent avec scrupule et tendresse les enjeux pas si simples de ce croquis de vacances.
D’un côté, des fêlures qui font d’autant plus mal qu’il est interdit – et impossible – d’en parler, de l’autre des failles qui ouvrent sur quelque chose de plus vivant. De quoi commencer à se réconcilier avec soi-même.

 

Christine Friedel

 

Théâtre de l’Étoile du nord – 01 42 26 47 47 – jusqu’au 24 avril.

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