Été

Été, texte et mise en scène Carole Thibaut

Juste le bonheur : la mer, le soleil, les premières vacances à trois, avec le bébé… Ah, le bébé, c’est difficile : la jeune mère croit ne pas devoir, pouvoir, savoir, avoir envie de lâcher un instant son petit bout de fille. L’homme respecte. Il sera gentil, patient, délicat, tendre, gentil jusqu’à l’exaspération réciproque aussitôt bâillonnée de tendresse cotonneuse et convenue. Ne rien dire qui pourrait fâcher, qui pourrait gâcher ce merveilleux moment de bonheur, cet été si réussi. Par chance, l’homme est appelé à s’absenter quelques jours, pour son travail. Elle, cette pauvre « elle » qui s’excuse sans cesse, rencontre une autre femme, différente, artiste, plus âgée, seule. Et une autre sorte de petite faille s’ouvre, non pas du côté de la peur ou de l’agressivité, mais du côté de la liberté. Un tout petit courant d’air. Au retour de l’homme, tout est comme avant, mais un peu changé, un peu plus ouvert, un peu plus gai.

 

Avec Été , Carole Thibaut, répond en toute douceur à la brutalité de Avec le couteau le pain et aux contradictions burlesques et effrayantes de Fantaisies. Mais ça travaille toujours du côté de la famille, des rapports homme-femme. C’est drôle et lucide, et cruel. Ici, on n’est plus dans la domination masculine frontale, au contraire, l’homme, « nouveau père », est autant que la femme victime d’une terrible injonction sociale : l’obligation du bonheur. Au bord des larmes, au bord de l’exaspération, elle et lui fredonnent d’une voix étranglée le refrain du bonheur, vérifient leur bonheur, le testent, le mesurent, et ne savent plus où ils en sont. Là est la cruauté, dans l’asphyxie de la parole, et dans l’enfermement du couple. À leur modeste façon, Elle et Lui ont quelque chose de l’Ariane et du Solal d’Albert Cohen : le besoin vital du « social », d’un tiers, au moins – et ce ne sera pas le bébé, dont la naissance semble plutôt un facteur de régression- pour que vive leur amour.
Dans un décor réduit au minimum – une table, deux chaises, puis un bout de plage sur fond d’écran projetant la respiration de l’été, vagues et fête foraine – , Isabelle Andréani, Jacques Descordes et Sophie Daull portent avec scrupule et tendresse les enjeux pas si simples de ce croquis de vacances.
D’un côté, des fêlures qui font d’autant plus mal qu’il est interdit – et impossible – d’en parler, de l’autre des failles qui ouvrent sur quelque chose de plus vivant. De quoi commencer à se réconcilier avec soi-même.

 

Christine Friedel

 

Théâtre de l’Étoile du nord – 01 42 26 47 47 – jusqu’au 24 avril.

 


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