Kean

Kean, comédie en cinq actes par Alexandre Dumas et Due Hamletmaschine par Heiner Muller, mise en scène de Frank Castorf.

      kean.jpgAlexandre Dumas n’est pas seulement le romancier bien connu des Trois Mousquetaires, du Comte de Monte-Cristo. mais ce fut aussi-on le sait moins- le premier auteur d’un bonne vingtaine de  drames historiques à succès.Où l’action se passe aussi bien dans la Rome ancienne -Caligula- qu’au Moyen-Age- La Tour de Nesle ou au 19 ème siècle comme ce Kean qu’il écrivit en 1836 soit trois ans seulement après la mort du célèbre acteur anglais Edmund Kean qui défraye la chronique londonienne en séduisant l’épouse d’un personnage important. Jean-Paul Sartre en fit une adaptation que joua Pierre Brasseur, puis en 87 Jean-Paul Belmondo. avec Béatrice Agenin.
Quant à   Frank Castorf, l’intendant et metteur en scène du grand théâtre allemand le Volksbühne am Rosa Luxembour-Platz où officièrent jadis de  très célèbres metteurs en scène comme Max Reinhardt, Pisactor et Beno Besson, il ne fait pas à proprement parler une adaptation de la pièce mais se livre à une une sorte de chantier de démolition auquel il associe- en hommage post mortem- le grand Heiner Muller avec des extraits d’ Hamlet-Machine. Mais tout cela ait un peu brouillon et n’ guère de ligne directrice…
Il introduit aussi quelques citations de Goethe et de Kleist, une publicité pour une crème anti-rides, et un faux enregistrement d’une conversation téléphonique d’Andy Warhol avec ses copains de la factory- écrite par Castorf lui-même. Pas vraiment de décor sinon une grande bâche vert acide et trois cabines de plage en carton ondulé, quelques lits et accessoires divers. Castorf s’amuse aussi à braquer pendant de longues minutes une batterie de projecteurs sur le public, et il y a des litres de faux sang généreusement dispersés sur les comédiens.  De temps en temps, un chanteur guitariste rock accompagne une chanson de Kean..Bref, on l’aura compris, Castorf essaye de  se livrer à une provocation tous azimuts quatre heures durant, provocation- on ne voudrait pas être méchant-qui date d’une bonne quarantaine d’années ( Voir Le Living Theater avec  Julian Beck et Judtih Malina qui fut l’élève de Reinhardt, ,justement. Castorf est un incomparable directeur d’acteurs et les siens  sont tous excellents, en particulier Inka Löwendorf, Luise Berndt, Silvia Rieger et  Alexander Scheer. Ce qui frappe surtout, c’est à la fois la personnalité, l ‘humilité et en même temps la solidité du jeu en particulier gestuel, la maîtrise de l’espace,et l’unité de la troupe. Zéro défaut. Ce sont tous des comédiens de grande valeur… Et on ne voudrait pas dire mais on le dira quand même: quel est le théâtre national français qui pourrait aligner une pareille distribution? Ne répondez pas tous à la fois… Du côté de la dramaturgie -on voit mal où Castorf veut nous emmener avec cette mosaïque de textes assez sèche- comme de la mise en scène, c’est beaucoup moins moins réussi et Castorf , à vouloir trop s’amuser, est un peu trop
nombriliste et ne parait guère se soucier du public qui se met vite à somnoler. ce n’est pas pour rien si, après deux heures, la salle s’est en partie vidée. à l’entracte. Et un ex ministre de la Culture qui s’y connaît bien en matière de  théâtre,  n’ a pas résisté, et, en sortant,  avait l’air bien peu convaincu par la démonstration assez prétentieuse de Castorf.
En fait, même s’il y a quelques images très fortes comme cet entassement de corps dans une cabine de bains , ces glissades sur la grande bâche ou ce corps de Christ emmêlé dans des fils de fer barbelé, tout couvert de sang, et les deux autres heures après l’entracte, même si elle sont plus  vivantes , nous laissent quand même un peu sur notre faim.
D’autant plus que la traduction signée Pascal-Paul Harang du surtitrage est bourrée de fautes d’orthographe, et que le fonctionnement de l’engin surtitreur est assez défectueux, ce qui est inadmissible dans un théâtre national… Alors y aller ou pas? Si c’est pour un vrai plaisir théâtral, la réponse est non; si ces quatre heures bien pesées qui passent assez lentement ne vous font pas peur et si vous voulez  savourer un jeu de comédiens exceptionnel, vous pouvez tenter l’expérience. Mais Castorf avait mieux réussi son coup avec Les Mains sales de Sartre il y a quelques années… Voilà; comme dirait du Vignal, vous êtes prévenu…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 15 avril. Attention, c’est  à 19 heures. T: 01-44-85-40-40

 


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