Mon cœur caresse un espoir

 Mon cœur caresse un espoir, création et mise en scène de Valérie Antonijevich, d’après les archives de l’Occupation et Déposition, Journal de guerre 1940-1944 de Léon Werth.

    moncoeur70.jpg Le beau titre du spectacle » Mon cœur caresse un espoir et nous partons pleins d’ivresse » est l’un des messages codés envoyé par Radio-Londres annonçant le débarquement en Normandie, et le commencement de la fin d’un cauchemar de plus de quatre ans pour de millions de Français, et c’est en lisant le Journal de guerre de Léon Werth, (1878-1955) , qui fit la guerre de 14 et devint un pacifiste convaincu,  que la metteuse en scène eut l’idée de ce spectacle qui est une comme une sorte de chronique  au quotidien,  de la vie de  ceux qui entraient secrètement dans la Résistance, mais aussi ceux qui n’hésitaient pas à collaborer avec l’occupant, sous l’influence du maréchal Pétain, et tous les autres qui, surtout dans la France rurale de l’époque avaient peu d’informations et attendaient que les choses se calment, sans vouloir prendre parti.
  « La mise en scène, écrit Valérie Antonijevich , met à distance la reconstitution d’une vérité historique, exclut tout naturalisme et s’appuie sur une métaphore de la mémoire ». Donc un plateau nu, dans le bel espace du Théâtre de l’Epée de Bois avec ce grand mur de fond aux pierres apparentes, et, avec de chaque côté , des portants pour les costumes, quelques chaises et tables. La metteuse en scène pense que « ce plateau dépouillé exhausse l’éphémère et la fragilité tangible  d’existences disparues ».On veut bien mais cela ne fonctionne pas du tout.
Sur le mur du fond apparaissent des textes, notamment de Pétain… où il y a un savant mélange de flatterie, mais aussi de naïveté douceâtre chez ce vieil homme ( né en 1854!  ))qui ne voulait -pouvait?  pas voir ce qui allait se passer. Et,  en contre-point, ceux de Ribbentrop, Goebbels, qui sont précis et menaçants. 

  C’est tout le pays qui ne sait plus du tout où il en est,  et les faits sont bien connus: compromissions avec l’armée allemande, marché noir, mais aussi manque de nourriture permanent dans les villes,  amours de jeunes femmes avec des officiers ennemis, qui seront tondues sans pitié après la victoire, familles dispersées,  bombardements, exécutions sommaires, graves conflits  quant à l’attitude à avoir, position des plus ambigües du gouvernement, débâcle  sur les routes vers le Sud qui voyait arriver des milliers de réfugiés, soldats faits prisonniers en Allemagne pour de longues années séparés des leurs * et,  de l’autre côté de la Manche, la revanche de de Gaulle  et le salut de la France qui se préparaient. Oui, il faut se rappeler que notre pays il y a quelque soixante ans a vécu cela… Et au moins, un  spectacle comme celui-ci  peut y contribuer.
  Oui, mais voilà! Comment dire les choses  maintenant, alors que pour nombre de spectateurs, cette époque, à part quelques grands faits, doit être synonyme de Moyen-Age ou presque, et que faire vivre ce genre d’épopée sur un plateau de théâtre n’est pas du genre facile… Il y faut évidemment une dramaturgie et une mise en scène de premier ordre, claire et efficace, des dialogues forts, et des personnages  convaincants, et une interprétation des plus solides.
   Mais, comme il n’y a rien de tout cela, le spectacle s’enlise dès les premières minutes, et il y en a pour presque deux heures de saynètes sans intérêt et bien mal jouées. D’autant plus que  l’éclairage est des plus parcimonieux… Sans doute pour faire plus tragique? Bref, que peut-on sauver de ce spectacle qui a des allures de B D mal fagotée.? Sans doute les textes qui s’affichent: là au moins, on est bien dans le concret le plus impitoyable, et non dans la petite illustration de scènes qui se succèdent donc  sans beaucoup d’unité, et si l’ on parle tout le temps de l’armée allemande, on ne voit pas le moindre uniforme et l’ on n’entend même pas les ordres qui étaient hurlés dans les rues!  Dans les villes du moins, l’armée allemande imposait une présence permanente et obsédante,  de jour comme de nuit avec couvre-feu obligatoire.
   On veut bien que le spectacle soit mis sous le haut patronage de François Marcot, historien et spécialiste de la Résistance mais Valérie Antonijevich  qui assure, avec un sérieux inimitable  » que la violence n’est pas dans l’acte mais dans la potentialité de l’acte » ne s’est pas beaucoup fatiguée pour rendre  les choses crédibles un instant, et il y a loin des intentions affichées au médiocre spectacle proposé. Et des extraits du Journal de Léon Werth dits en voix off n’ont guère plus d’efficacité!
   Quand il s’agit d’une période tragique que beaucoup de Français vivants ont connu, on ne traite pas les choses aussi légèrement. Désolé, mais mieux vaut dire les choses, on n’a pas le droit de faire n’importe quoi dès lors que l’on veut faire du théâtre et que l’on dispose d’une belle scène et de quelques moyens.
  Que Valérie Anronijevich relise Antonin Artaud et Roland Barthes. Mais de toute façon, c’était sans doute un faux bon sujet que la metteuse en scène aurait mieux fait d’éviter, au lieu de nous infliger cette épreuve; mieux vaut donc relire  Léon Werth, et son analyse lucide et désespérée d’une des époques les plus dures que la France ait jamais connues….

* Une des histoires que l’on chuchotait dans la petite ville où ma famille habitait: le mari d’une jeune  femme  avait été fait prisonnier et envoyé en Allemagne où il  travaillait dans une ferme. Mais il avait été porté disparu. Et la jeune femme s’était donc retrouvée présumée veuve. Oui, mais voilà, quelques années après la fin de la guerre, un habitant de cette petite ville avait croisé par hasard  et bien reconnu cet homme-qui avait sans doute refait sa vie avec une autre femme- dans une rue d’un village allemand…
  Il me souvient aussi de cette autre jeune femme, mère d’une amie,  dont le mari officier était mort au combat, alors que son beau-frère, lui, milicien, avait été fusillé à la Libération… Pas très belle,  la vie de l’époque…

Philippe du Vignal

 
Théâtre de l’Epée de bois. Cartoucherie de Vincennes.  

 


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