Les règles du savoir-vivre dans la société moderne

Les règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce. Création Luk.M Cie Frédérique Wolf-Michaux

lag2.jpg« Si l’enfant naît mort, est né mort, il faut quand même, tout de même, déclarer sa naissance et déclarer sa mort et un médecin devra attester que la mort a précédé la naissance. » Ainsi l’ont décrété l’étiquette, la coutume.
Ce protocole, Jean-Luc Lagarce l’exhibe, le dépèce, le torture et le met à mort dans Les règles du savoir-vivre. L’auteur détourne le code et le démantibule pour en extirper son insanité, son ridicule, sa folie, sa perversité même. Exit le naturel, fi des sentiments, gare à la rumeur, mesurons nos effets, attention au qu’en-dira-t-on.
Pour donner à ce texte toute l’attention qu’il mérite, il ne fallait pas moins que l’excellence du jeu de Frédérique Wolf-Michaux. Amoureuse de la langue, fétichiste de la diction, la comédienne a une présence incomparable sur scène comme dans un autre registre,  Laurence Février…   Accompagnée d’une talentueuse Dalila Khatir, elle incarne une sorte de monstre bicéphale, une méduse qui tente de tout circonscrire dans les tentacules de sa loi. Les deux comédiennes se répondent l’une l’autre, alternant avec subtilité et humour jeux d’échos et chants (remarquables soprano et contralto).
Car c’est un spectacle drôle : ces femmes, plongées dans leurs explications des devoirs et des contrats qui décident, contrôlent et légifèrent tout, de la naissance à la mort, nous captivent littéralement. Leur langue bégaie, se répète, bute, créant contradictions, absurdités, et autres non-sens. Bref, de jouissifs abus de langage qui démontrent le regard acerbe et lucide du dramaturge. Le décor est réduit à l’essentiel de manière à resserrer toute l’attention sur le texte : une toile contemporaine au mur, une table et deux chaises autour desquelles s’agitent et se pavanent nos coquettes et précieuses bourgeoises.   Qui, comme il se doit, ont revêtu les habits d’usage, plein d’élégance et de retenue, et bien entendu, portent les fameux petits colliers de perle. (scénographie et costumes Pascale Hanrot).
Si vous ne connaissez pas Largarce, c’est une entrée en matière formidable pour pénétrer son univers. Si vous le connaissez déjà, il y a fort à parier que vous n’avez jamais vu d’interprétation aussi jubilatoire. Courez-y, il ne reste plus beaucoup de dates.

 

Barbara Petit
Du 29 mars au 10 mai à L’apostrophe, théâtre des Arts (Cergy centre)

 

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