La Maison des cerfs


La Maison des cerfs
, texte, mise en scène, images de Jan Lauwers, musique de Hans Peter Dahl, Maarten Seghers excepté Song for the deer house écrit par Jan Lauwers.

cerf.jpg               Un plateau au sol blanc avec plusieurs châssis sur le côté où sont accrochés des bois de cerfs en résine synthétique blanche, et en fond de scène des corps de cerfs et  d’animaux également blancs. Des étagères roulantes où sont empilées des dizaines de serviettes éponges d’un blanc immaculé ainsi que des oreilles d’animaux que les comédiens s’accrocheront dans les cheveux.. Côté jardin un portant rond en inox  comme on en voit dans les boutiques où sont suspendus des vêtements dont certains avec de la fourrure artificielle, ainsi que des oreilles d’animaux dont s’affublent les comédiens. Au centre de la scène,  trois praticables munis de roulettes inclinés qui serviront à la fois de scène et de lit. La Maison des cerfs, c’est le dernier volet d’un tryptique dont on avait pu déjà pu voir La maison d’Isabella; c’est à la fois une sorte d’exorcisme d’un événement tragique qui a cassé la vie d’une des danseuses de la Need Company et provoqué un désarroi certain au sein  de la vie de la troupe de Jan Lauwers. Kerem Lawton qui  était le frère de Tijen Lawton, a été tué en 2001, alors qu’il était reporter photo et journaliste en Yougoslavie. Et c’est le thème fondateur de ce spectacle. Jan Lauwers, en peintre qu’il commença par être,  s’est souvenu, comme il le dit,  du  très fameux Guernica de Picasso où une  femme  tient son enfant mort dans ses bras, pieta contemporaine.
La mère, admirablement jouée par Viviane de Muynck, essaye d’habiller le corps nu et raide de sa fille Inge que le reporter photo vient de lui rapporter ; il  lui dit avoir été obligé de l’exécuter, sommé de faire un choix: la mère ou l’enfant. et il tuera donc la mère.. Mais le reporter photo se fera tuer par le mari désespéré de sa victime. Et  la petite fille qu’il avait, croyait-il naïvement réussi à sauver finira par se suicider… Tragédie en série comme dans certaines familles abonnées à une sorte de malédiction où les morts se succèdent aux morts pendant plusieurs années de suite. Mais les morts ici évoqués ne sot pas tout à fait morts puisqu’ils continuent à parler aux vivants.
On voit souvent passer de jeunes femmes nues qui dansent quelques minutes  ou font l’amour parmi les corps des cerfs morts, tandis qu’ un des comédiens joue quelques notes sur un piano noir, et qu’un des personnages se lance dans un monologue d’autiste…  » Les lieux de la communauté, du désir et de la mort sont un seul et même lieu. Etre ensemble, aimer et mourir: tout cela imbriqué dans un même nœud inextricable qui a nom l’existence, écrit ,  dans un très beau texte à propos du spectacle, Erwin Jans ». Effectivement aux meilleurs moments,on sent- les professionnels du spectacle connaissent bien cela cette espèce de complicité mêlé parfois d’une sourde hostilité au sein d’une même troupe, les acteurs et/ et ou danseurs  qui se connaissent souvent depuis très longtemps comme dans la troupe de Tadeusz Kantor entretenant entre eux des liens fusionnels qu’une longue migration de vie de tournée a finit par créer. Si bien que le moindre-ou le plus grave événement survenu à l’un d’entre eux, agit par une sorte de contagion sentimentale sur chacun des autres. Comme au sein d’une famille dont le metteur en scène ou le chorégraphe est le chef  et le seul à pouvoir maîtriser les choses pour que la représentation ait quand même lieu dans les moins mauvaises conditions. C’est sans doute ce qu’a voulu dire aussi Jan Lauwers dans ce spectacle.  » Le théâtre en tant que media, a plus de liens avec la condition humaine, dit-il, parce qu’il est présenté par des humains pour des humains. Le théâtre de qualité fait voir des choses que la vidéo, le cinéma ou les arts plastiques ne peuvent pas offrir ».
Et La Maison des cerfs possède quelques moments de beauté fulgurante quand sont évoqués le mythe de la nature silencieuse et du refuge où rien de mauvais ne peut arriver: la maison des cerfs que l’on est quand même obligé de tuer, parce que c’est l’unique possibilité de survivre … Mais il y a en  même temps la menace permanente de la mort , le bruit et la fureur de la guerre onmiprésente, même si elle est peu visible; à la fin, il y a , référence à Rembrandt et à la tragédie grecque des Atrides:  ces cadavres allongés dont l’un saigne, le visage couvert d’un tissu blanc. Les liens familiaux et le tragique  ont toujours été les sujets favoris de Jan Lauwers depuis les débuts de la Need Company il y a déjà quelque vingt ans.
Et il y a  aussi ce personnage assez étonnant- qui peut faire penser à Cassandre-  dans ce  faux conte de fées, de Grace, la fille handicapée mentale de  Viviane, avec ses gants et son bonnet blanc. Oui, mais, malgré  quelques scènes avec Viviane De Muincke, formidable de présence, malgré la remarquable mise en scène et la solidité de chaque comédien, malgré la beauté des chants choraux et de la musique en général, la machine de la Need Company semble tourner à vide et n’a rien de passionnant. La faute à quoi?  A un récit fragmenté, où s’il y a une souvent une poésie intense mais qui se disperse et qui n’arrive pas vraiment à trouver un accord avec les images plastiques et les fragments de dialogue et de danse mélangés sans véritable unité. « 146 jours, 103 représentations et sept pays visités annonce un des comédiens au début, comme si Jan lauwers devait absolument se justifier  Ce qui parait  déjà suspect …
Quelle déception: Jan Lauwers   propose un spectacle remarquablement mis au point – là dessus rien à dire-mais sans véritable chair  et auquel on a beaucoup de  mal à adhérer. D’autant plus que ce qui pourrait constituer à la rigueur une performance d’une heure,  en dure deux, ce qui n’est absolument pas justifié!
On a souvent l’impression que ni le récit ni l’espace ne sont  en harmonie avec le temps. D’autant plus- soyons honnêtes- l’ensemble, pour rigoureux qu’il soit,  n’est quand même pas d’une grande beauté plastique…Et l’hémorragie de spectateurs commença donc  très vite  et se poursuivit sans arrêt. Quant aux applaudissements, ils furent,  disons,  bien chichement accordés, et couverts par de nombreux sifflets.
Gérard Violette , l’ancien -et remarquable- ancien directeur du Théâtre de la Ville aurait sans doute dit , comme il le faisait souvent, que c’était la faute de la presse qui n’avait pas fait son boulot. Mais là,  c’était le public qui ne semblait vraiment pas d’accord….Et celui du Théâtre de la Ville qui connaît Jan Lauwers depuis longtemps, est généreux mais du genre exigeant. Et vraiment là, il n’y a pas le compte!

 

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville jusqu’au 12 mai ;  puis à Vienne du 13 au 20 juin;  à Hanovre le 3 septembre; à Belgrade le 17 septembre et à New York les 5, 7, et 8 octobre.


Archive pour 12 mai, 2010

La Maison des cerfs


La Maison des cerfs
, texte, mise en scène, images de Jan Lauwers, musique de Hans Peter Dahl, Maarten Seghers excepté Song for the deer house écrit par Jan Lauwers.

cerf.jpg               Un plateau au sol blanc avec plusieurs châssis sur le côté où sont accrochés des bois de cerfs en résine synthétique blanche, et en fond de scène des corps de cerfs et  d’animaux également blancs. Des étagères roulantes où sont empilées des dizaines de serviettes éponges d’un blanc immaculé ainsi que des oreilles d’animaux que les comédiens s’accrocheront dans les cheveux.. Côté jardin un portant rond en inox  comme on en voit dans les boutiques où sont suspendus des vêtements dont certains avec de la fourrure artificielle, ainsi que des oreilles d’animaux dont s’affublent les comédiens. Au centre de la scène,  trois praticables munis de roulettes inclinés qui serviront à la fois de scène et de lit. La Maison des cerfs, c’est le dernier volet d’un tryptique dont on avait pu déjà pu voir La maison d’Isabella; c’est à la fois une sorte d’exorcisme d’un événement tragique qui a cassé la vie d’une des danseuses de la Need Company et provoqué un désarroi certain au sein  de la vie de la troupe de Jan Lauwers. Kerem Lawton qui  était le frère de Tijen Lawton, a été tué en 2001, alors qu’il était reporter photo et journaliste en Yougoslavie. Et c’est le thème fondateur de ce spectacle. Jan Lauwers, en peintre qu’il commença par être,  s’est souvenu, comme il le dit,  du  très fameux Guernica de Picasso où une  femme  tient son enfant mort dans ses bras, pieta contemporaine.
La mère, admirablement jouée par Viviane de Muynck, essaye d’habiller le corps nu et raide de sa fille Inge que le reporter photo vient de lui rapporter ; il  lui dit avoir été obligé de l’exécuter, sommé de faire un choix: la mère ou l’enfant. et il tuera donc la mère.. Mais le reporter photo se fera tuer par le mari désespéré de sa victime. Et  la petite fille qu’il avait, croyait-il naïvement réussi à sauver finira par se suicider… Tragédie en série comme dans certaines familles abonnées à une sorte de malédiction où les morts se succèdent aux morts pendant plusieurs années de suite. Mais les morts ici évoqués ne sot pas tout à fait morts puisqu’ils continuent à parler aux vivants.
On voit souvent passer de jeunes femmes nues qui dansent quelques minutes  ou font l’amour parmi les corps des cerfs morts, tandis qu’ un des comédiens joue quelques notes sur un piano noir, et qu’un des personnages se lance dans un monologue d’autiste…  » Les lieux de la communauté, du désir et de la mort sont un seul et même lieu. Etre ensemble, aimer et mourir: tout cela imbriqué dans un même nœud inextricable qui a nom l’existence, écrit ,  dans un très beau texte à propos du spectacle, Erwin Jans ». Effectivement aux meilleurs moments,on sent- les professionnels du spectacle connaissent bien cela cette espèce de complicité mêlé parfois d’une sourde hostilité au sein d’une même troupe, les acteurs et/ et ou danseurs  qui se connaissent souvent depuis très longtemps comme dans la troupe de Tadeusz Kantor entretenant entre eux des liens fusionnels qu’une longue migration de vie de tournée a finit par créer. Si bien que le moindre-ou le plus grave événement survenu à l’un d’entre eux, agit par une sorte de contagion sentimentale sur chacun des autres. Comme au sein d’une famille dont le metteur en scène ou le chorégraphe est le chef  et le seul à pouvoir maîtriser les choses pour que la représentation ait quand même lieu dans les moins mauvaises conditions. C’est sans doute ce qu’a voulu dire aussi Jan Lauwers dans ce spectacle.  » Le théâtre en tant que media, a plus de liens avec la condition humaine, dit-il, parce qu’il est présenté par des humains pour des humains. Le théâtre de qualité fait voir des choses que la vidéo, le cinéma ou les arts plastiques ne peuvent pas offrir ».
Et La Maison des cerfs possède quelques moments de beauté fulgurante quand sont évoqués le mythe de la nature silencieuse et du refuge où rien de mauvais ne peut arriver: la maison des cerfs que l’on est quand même obligé de tuer, parce que c’est l’unique possibilité de survivre … Mais il y a en  même temps la menace permanente de la mort , le bruit et la fureur de la guerre onmiprésente, même si elle est peu visible; à la fin, il y a , référence à Rembrandt et à la tragédie grecque des Atrides:  ces cadavres allongés dont l’un saigne, le visage couvert d’un tissu blanc. Les liens familiaux et le tragique  ont toujours été les sujets favoris de Jan Lauwers depuis les débuts de la Need Company il y a déjà quelque vingt ans.
Et il y a  aussi ce personnage assez étonnant- qui peut faire penser à Cassandre-  dans ce  faux conte de fées, de Grace, la fille handicapée mentale de  Viviane, avec ses gants et son bonnet blanc. Oui, mais, malgré  quelques scènes avec Viviane De Muincke, formidable de présence, malgré la remarquable mise en scène et la solidité de chaque comédien, malgré la beauté des chants choraux et de la musique en général, la machine de la Need Company semble tourner à vide et n’a rien de passionnant. La faute à quoi?  A un récit fragmenté, où s’il y a une souvent une poésie intense mais qui se disperse et qui n’arrive pas vraiment à trouver un accord avec les images plastiques et les fragments de dialogue et de danse mélangés sans véritable unité. « 146 jours, 103 représentations et sept pays visités annonce un des comédiens au début, comme si Jan lauwers devait absolument se justifier  Ce qui parait  déjà suspect …
Quelle déception: Jan Lauwers   propose un spectacle remarquablement mis au point – là dessus rien à dire-mais sans véritable chair  et auquel on a beaucoup de  mal à adhérer. D’autant plus que ce qui pourrait constituer à la rigueur une performance d’une heure,  en dure deux, ce qui n’est absolument pas justifié!
On a souvent l’impression que ni le récit ni l’espace ne sont  en harmonie avec le temps. D’autant plus- soyons honnêtes- l’ensemble, pour rigoureux qu’il soit,  n’est quand même pas d’une grande beauté plastique…Et l’hémorragie de spectateurs commença donc  très vite  et se poursuivit sans arrêt. Quant aux applaudissements, ils furent,  disons,  bien chichement accordés, et couverts par de nombreux sifflets.
Gérard Violette , l’ancien -et remarquable- ancien directeur du Théâtre de la Ville aurait sans doute dit , comme il le faisait souvent, que c’était la faute de la presse qui n’avait pas fait son boulot. Mais là,  c’était le public qui ne semblait vraiment pas d’accord….Et celui du Théâtre de la Ville qui connaît Jan Lauwers depuis longtemps, est généreux mais du genre exigeant. Et vraiment là, il n’y a pas le compte!

 

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville jusqu’au 12 mai ;  puis à Vienne du 13 au 20 juin;  à Hanovre le 3 septembre; à Belgrade le 17 septembre et à New York les 5, 7, et 8 octobre.

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