La petite sirène

La petite sirène adaptation théâtrale du conte d’Hans Christian Andersen mise en scène Rouslane Koudachov.

Pénétrer dans le théâtre Maly c’est un peu comme se plonger dans les riches heures du théâtre européen et mondial. Au frontispice de l’édifice est indiqué « Académie dramatique du Théâtre Maly,  Théâtre de l’Europe » Le théâtre Maly est associé  aux  grandes scènes européennes, en particulier  le théâtre de l’Odéon et le Piccolo  Théâtre de Milan, et , dans le hall d’entré, il y a des photos de Giorgio Strehler, Jack Lang et  Lev Dodine , le directeur-metteur en scène du Maly, témoignages des grands moments d’échanges du passé. Dans la galerie d’accueil , sont affichés les portraits des permanents: techniciens administratifs du théâtre, à la différence des autres salles russes qui affichent plutôt leurs comédiens vedettes.
  La troupe revient des Etats-Unis; elle a fêté ses 25ans cet hiver à la MC93 de Bobigny, et  repart prochainement en Asie. La salle de 800 places avec un orchestre et un balcon est sobre, juste peinte en noir.La petite Sirène a été réalisé par l’atelier des jeunes acteurs de l’Académie de Lev Dodine,  mais chacun de ces acteurs participent  à la vie de l’ensemble de la troupe.  Rouslane Koudachov ne cache pas l’illusion théâtrale, et les mécanismes du jeu de scène sont montrés. Une sorte d’illustration du traité de scénographie de Pierre Sonrel où  les poulies,  guindes, praticable mobile et voiles sont manipulés à vue, dans une belle chorégraphie d’Irina Liakhovskaya, par les cinq membres de la troupe, à la fois comédiens et serviteurs de plateau. En fonction des besoins de la fable, le praticable devient bateau, les voiles gonflés d’air , une mer démontée.Comédiens et éléments scéniques mobiles sont mis en valeur par la création lumière de Gleb Filchtinski. Et des musiques de Bach, Vivaldi, F de Milano accompagnent les chorégraphies. 
Deux peintres Alevtina Torik et Andrei Zaporojki ont fabriqué à partir du  même tissu des grands voiles ,les costumes et éléments de décors. Peu de texte, et le spectateur peut suivre l’intrigue sans comprendre le russe : le voyage de cette « petite sirène » qui découvre à ses dépens l’inconstance de l’amour humain d’un jeune prince, qu’elle a sauvé du  naufrage.
Le jeu des jeunes acteurs  dynamique, un peu trop souvent expressionniste, l’acteur russe est, on le sait, toujours  sur le point d’en faire un peu trop… .Le spectacle d’une durée d’une heure vingt, témoigne d’un réel travail professionnel, rarement rencontré dans le théâtre jeune public  chez nous et les enfants  ont déjà acquis les rituels de la scène, très  à l’écoute pendant le jeu, et  viennent offrir à la fin des bouquets de fleurs aux comédiens. Grâce à une démarche d’un théâtre de qualité et  non commercial, le  Théâtre Maly  éduque son  jeune public, qui gardera en mémoire la nostalgie de ce beau moment et reviendra  ensuite découvrir d’autres textes une fois devenus adulte.
C’est ainsi que le « goût du théâtre » en Russie se perpétue et que cet art reste ancré dans la cité.Un exemple à suivre … déjà compris d’ailleurs par des metteurs en scène directeur comme Olivier Py au théâtre de l’Odéon.

Jean Couturier


Archive pour 20 mai, 2010

Le Théâtre National de Chaillot en grève…


           Il y a  un bon moment que cela couvait et Dominique Hervieu avait dû sentir que la place n’était pas aussi confortable qu’elle l’avait pensé , puisqu’elle a préféré partir bientôt pour La Maison de la Danse à Lyon. Chaillot est en grève le soir de deux premières dont la création d’Orphée par José Montalvo et Dominique Hervieu… C’est dire que le personnel devait être à bout de nerfs et entendait bien, avec raison,  se faire entendre.
 Pour que M. Hirch, directeur de la D.G.C.A. au ministère de la Culture se soit déplacé aujourd’hui pour essayer de négocier les choses et supplier pour   que les deux représentations aient lieu ce soir,  montre bien l’étendue des dégâts. Sur l’air bien connu: « reprenez le travail, on négociera ensuite ». Quelle belle naïveté!  Le personnel de Chaillot comme celui des grandes institutions n’est pas tombé de la dernière pluie et l’on sait très bien que,  dans ces cas-là, seul le rapport de forces est le seul qui compte…Il devait rendre compte, semble-t-il,  dès ce soir à tonton Frédéric de la situation.
 Mais , au delà du cas Chaillot , c’est bien entendu toute une politique culturelle qui a depuis un bon moment été flinguée par le gouvernement actuel ; il semble naviguer dans ce domaine au doigt mouillé: du genre , on gèle certains crédits pour s’apercevoir ensuite que ce n’est pas possible et qu’il faut donc les rétablir. Et chaque année, le petit pas de danse- c’est le cas de le dire pour Chaillot,  recommence , pathétique et dérisoire…
Depuis quelque temps, non remplacement de postes et recrutement de contractuels moins bien rémunérés, conflit larvé puis ouvert entre  Yves Jouen, le  nouveau directeur technique et son personnel, mise en place par  le nouvel administrateur, Patrick Marijon, d’une politique de rigueur, et d’un recours systématique au mécénat (qui serait appelé à être le grand pourvoyeur de fonds)  et à la location des lieux, avec tout ce que cela suppose de compromissions avec une politique artistique : deux espèces de gangrènes qui s’attaquent avec efficacité à la notion de service public. Bref, la RGPP a encore frappé et  le personnel qui se dit souvent humilié n’est pas à la fête: démissions, arrêts-maladie en rafale, surcharge de travail impossible à gérer, etc…
Désolé, un théâtre ne se gère pas comme une agence de banque privée. Jamais Chaillot n’avait connu cela. José Montalvo est monté au créneau  il y a quelques heures avec courage pour essayer d’apaiser les choses et pour écouter les revendications des salariés. Mais l’on sait bien -et lui le premier- que l’affaire dépasse  nettement le Ministère de la Culture lui-même, puisque c’est l’Elysée qui prend directement les grandes décisions. Même si le petit Nicolas qui ne fréquente guère les théâtres , a , en ce moment, d’autres chats à fouetter…

 Et c’est aujourd’hui l’explosion-qui se profilait déjà sous l’ère  de Goldenberg dont la direction n’a certes pas été des plus réussies- c’est le moins que l’on puisse dire- puisqu’il avait , entre autres , réussi sans état d’âme à supprimer l’ Ecole créée par Vitez puis maintenue par Savary pendant dix sept ans. Bravo Goldenberg … Quel courage!   Mais, juste retour des choses, la fin de  son mandat ne fut pas glorieuse, puisque c’est lui qui fut invité à démissionner!
 Le distingué M. Hirch qui ,a dû dans sa longue carrière, gérer d’autres conflits sociaux réussira-t-il  à calmer le jeu? On lui souhaite bien du courage. Mais  le personnel très remonté a bien raison de l’être, et cette fois ,que l’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’une grève sectorielle du plateau,  mais de l’ensemble du  personnel, fait assez rare pour être salué. Ce qui montre bien l’ampleur de la crise.
  Il faudrait sans doute que l’administration de ce grand établissement comprenne d’abord  que les questions de management passent avant tout par une prise en en compte et par le respect  des femmes et des hommes qui  sont les forces vives d’une entreprise. C’est une chose qui s’apprend dans toutes les bonnes écoles de commerce… mais qui semble, en, l’occurrence, être passée à la trappe. C’est aussi sans aucun doute,  toute une politique du personnel qui est à revoir.
 Visiblement, le grave échec dans ce domaine de  France-Télécom avec sa cascade de drames et  de suicides n’a pas été suffisant pour rappeler au Ministre de la Culture qu’il y avait aussi le feu dans sa propre maison. Et la petite phrase ridicule lancée le soir des Molières lui a valu une  une bordée de huées bien méritée.
 Quant à la  D.G.C.A. ( ex DMDTS) , qui avait  été complice de la disparition de l’Ecole de Chaillot, on peut douter qu’elle soit vraiment apte à trouver des solutions, pas plus que ce comité de pilotage présidé par Marin Karmitz, auquel appartient d’ailleurs… Dominique Hervieu.
Des cahiers de doléances vont être remis  par le personnel de Chaillot à M. Hirch mais il a intérêt à ne pas laisser les choses pourrir comme c’est l’habitude dans ce Ministère, et à y répondre de façon concrète et ultra-rapide,  s’il ne veut pas que la contagion atteigne très vite les autres grands établissements culturels. Ce n’est quand même pas si difficile  de comprendre qu’une entreprise ne peut bien fonctionner que si les employés forment un corps uni et possède des conditions de travail correctes, et où l’on ne le met pas sans arrêt devant le fait accompli.

Après tant de coups tordus dont la D.G.C.A. est familière,  rappelons-nous , parmi les plus récents:  la tentative de mettre la main sur la MC 93 de Bobigny, au bénéfice de la Comédie-Française,  le remplacement d’un directeur nommé au Centre dramatique de Vire au bénéfice de quelqu’un d’autre, de par la volonté de la Princesse Albanel, la nomination élyséenne de Jean-Maire Besset à Montpellier: tout cela au mépris des lois les plus élémentaires de la démocratie… la  D.G.C.A. n’a que ce qu’elle mérite. Quant à Dominique Hervieu, elle  a intérêt à reprendre les choses en main,    Les employés de Chaillot ont eu la volonté collective  de se révolter contre les conditions inadmissibles de travail  qui leur étaient faites; On ne peut que saluer leur courage et leur détermination et les soutenir dans leur lutte. Frédéric Mitterrand ferait bien  de prendre garde à cet événement – qui ne va sans doute pas l’empêcher de dormir… Mais , que l’on se s’y trompe pas, il est d’une exceptionnelle gravité et révélateur d’une faillite de l’Etat. Pourtant on le sait , gouverner c’est prévoir!
 De toute façon,   nous vous tiendrons au courant de la suite des événements.

Philippe du Vignal

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