Le Théâtre National de Chaillot en grève…


           Il y a  un bon moment que cela couvait et Dominique Hervieu avait dû sentir que la place n’était pas aussi confortable qu’elle l’avait pensé , puisqu’elle a préféré partir bientôt pour La Maison de la Danse à Lyon. Chaillot est en grève le soir de deux premières dont la création d’Orphée par José Montalvo et Dominique Hervieu… C’est dire que le personnel devait être à bout de nerfs et entendait bien, avec raison,  se faire entendre.
 Pour que M. Hirch, directeur de la D.G.C.A. au ministère de la Culture se soit déplacé aujourd’hui pour essayer de négocier les choses et supplier pour   que les deux représentations aient lieu ce soir,  montre bien l’étendue des dégâts. Sur l’air bien connu: « reprenez le travail, on négociera ensuite ». Quelle belle naïveté!  Le personnel de Chaillot comme celui des grandes institutions n’est pas tombé de la dernière pluie et l’on sait très bien que,  dans ces cas-là, seul le rapport de forces est le seul qui compte…Il devait rendre compte, semble-t-il,  dès ce soir à tonton Frédéric de la situation.
 Mais , au delà du cas Chaillot , c’est bien entendu toute une politique culturelle qui a depuis un bon moment été flinguée par le gouvernement actuel ; il semble naviguer dans ce domaine au doigt mouillé: du genre , on gèle certains crédits pour s’apercevoir ensuite que ce n’est pas possible et qu’il faut donc les rétablir. Et chaque année, le petit pas de danse- c’est le cas de le dire pour Chaillot,  recommence , pathétique et dérisoire…
Depuis quelque temps, non remplacement de postes et recrutement de contractuels moins bien rémunérés, conflit larvé puis ouvert entre  Yves Jouen, le  nouveau directeur technique et son personnel, mise en place par  le nouvel administrateur, Patrick Marijon, d’une politique de rigueur, et d’un recours systématique au mécénat (qui serait appelé à être le grand pourvoyeur de fonds)  et à la location des lieux, avec tout ce que cela suppose de compromissions avec une politique artistique : deux espèces de gangrènes qui s’attaquent avec efficacité à la notion de service public. Bref, la RGPP a encore frappé et  le personnel qui se dit souvent humilié n’est pas à la fête: démissions, arrêts-maladie en rafale, surcharge de travail impossible à gérer, etc…
Désolé, un théâtre ne se gère pas comme une agence de banque privée. Jamais Chaillot n’avait connu cela. José Montalvo est monté au créneau  il y a quelques heures avec courage pour essayer d’apaiser les choses et pour écouter les revendications des salariés. Mais l’on sait bien -et lui le premier- que l’affaire dépasse  nettement le Ministère de la Culture lui-même, puisque c’est l’Elysée qui prend directement les grandes décisions. Même si le petit Nicolas qui ne fréquente guère les théâtres , a , en ce moment, d’autres chats à fouetter…

 Et c’est aujourd’hui l’explosion-qui se profilait déjà sous l’ère  de Goldenberg dont la direction n’a certes pas été des plus réussies- c’est le moins que l’on puisse dire- puisqu’il avait , entre autres , réussi sans état d’âme à supprimer l’ Ecole créée par Vitez puis maintenue par Savary pendant dix sept ans. Bravo Goldenberg … Quel courage!   Mais, juste retour des choses, la fin de  son mandat ne fut pas glorieuse, puisque c’est lui qui fut invité à démissionner!
 Le distingué M. Hirch qui ,a dû dans sa longue carrière, gérer d’autres conflits sociaux réussira-t-il  à calmer le jeu? On lui souhaite bien du courage. Mais  le personnel très remonté a bien raison de l’être, et cette fois ,que l’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’une grève sectorielle du plateau,  mais de l’ensemble du  personnel, fait assez rare pour être salué. Ce qui montre bien l’ampleur de la crise.
  Il faudrait sans doute que l’administration de ce grand établissement comprenne d’abord  que les questions de management passent avant tout par une prise en en compte et par le respect  des femmes et des hommes qui  sont les forces vives d’une entreprise. C’est une chose qui s’apprend dans toutes les bonnes écoles de commerce… mais qui semble, en, l’occurrence, être passée à la trappe. C’est aussi sans aucun doute,  toute une politique du personnel qui est à revoir.
 Visiblement, le grave échec dans ce domaine de  France-Télécom avec sa cascade de drames et  de suicides n’a pas été suffisant pour rappeler au Ministre de la Culture qu’il y avait aussi le feu dans sa propre maison. Et la petite phrase ridicule lancée le soir des Molières lui a valu une  une bordée de huées bien méritée.
 Quant à la  D.G.C.A. ( ex DMDTS) , qui avait  été complice de la disparition de l’Ecole de Chaillot, on peut douter qu’elle soit vraiment apte à trouver des solutions, pas plus que ce comité de pilotage présidé par Marin Karmitz, auquel appartient d’ailleurs… Dominique Hervieu.
Des cahiers de doléances vont être remis  par le personnel de Chaillot à M. Hirch mais il a intérêt à ne pas laisser les choses pourrir comme c’est l’habitude dans ce Ministère, et à y répondre de façon concrète et ultra-rapide,  s’il ne veut pas que la contagion atteigne très vite les autres grands établissements culturels. Ce n’est quand même pas si difficile  de comprendre qu’une entreprise ne peut bien fonctionner que si les employés forment un corps uni et possède des conditions de travail correctes, et où l’on ne le met pas sans arrêt devant le fait accompli.

Après tant de coups tordus dont la D.G.C.A. est familière,  rappelons-nous , parmi les plus récents:  la tentative de mettre la main sur la MC 93 de Bobigny, au bénéfice de la Comédie-Française,  le remplacement d’un directeur nommé au Centre dramatique de Vire au bénéfice de quelqu’un d’autre, de par la volonté de la Princesse Albanel, la nomination élyséenne de Jean-Maire Besset à Montpellier: tout cela au mépris des lois les plus élémentaires de la démocratie… la  D.G.C.A. n’a que ce qu’elle mérite. Quant à Dominique Hervieu, elle  a intérêt à reprendre les choses en main,    Les employés de Chaillot ont eu la volonté collective  de se révolter contre les conditions inadmissibles de travail  qui leur étaient faites; On ne peut que saluer leur courage et leur détermination et les soutenir dans leur lutte. Frédéric Mitterrand ferait bien  de prendre garde à cet événement – qui ne va sans doute pas l’empêcher de dormir… Mais , que l’on se s’y trompe pas, il est d’une exceptionnelle gravité et révélateur d’une faillite de l’Etat. Pourtant on le sait , gouverner c’est prévoir!
 De toute façon,   nous vous tiendrons au courant de la suite des événements.

Philippe du Vignal

 


Un commentaire

  1. vsedolod dit :

    La DMDTS n’existe plus, elle est remplacée par DGCA. Direction générale de la création artistique.
    Sinon rien à dire le papier est parfait, direct, cinglant.

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