Céline Monsarrat, Evelyne de la Chenelière, histoires de couples en formation.
Hasard de la semaine, curiosité pour des représentations plus confidentielles : la Rue du Conservatoire ( association des anciens du Conservatoire national supérieur d’art dramatique les lectures vagabondes) nous ont conviés à la pièce de Céline Monsarrat, La mère de la mariée, une affaire de rencontre entre un homme et une femme en fin de soirée très arrosée, tandis que le Centre culturel canadien nous invitait aux Chinoiseries d’Evelyne de la Chenelière, affaire de rencontre entre un homme et une femme vivant sur le même palier. Points communs, outre le fond de l’affaire et Aneth, l’association vouée aux nouvelles écritures théâtrales : le charme de ces écritures féminines contemporaines.
On pourrait dire que Céline Monsarrat a davantage que sa consœur canadienne les pieds sur terre – encore que l’ivresse de ses deux personnages les fasse assez vite décoller, surtout la femme -, et que si ses répliques font rire, c’est qu’elles font mouche. On regrettera qu’elle ait dévoilé avec le titre le vrai drame caché sous la coquetterie et le caprice. Bref, un très joli texte qui s’apparente, précisément, au Caprice de Musset, blessure et légèreté, avec un refus bien contemporain de l’illusion comme du pathétique. Le tout fort bien enlevé par Sylvie Lafontaine et Emmanuel de Sablet, sous la baguette bienveillante et tonique d’Ariane Pick et de Françoise Viallon-Murphy.
La pièce d’Evelyne de la Chenelière, mise en scène par Danièle Delaire, s’apparente plutôt au conte : Madame Potée et Monsieur Chiton se croisent et ne se connaissent pas, et il faut une série d’accidents et de transgressions imaginaires – sa mère à Lui meurt, le « lâchant » peu à peu, Elle tue son patron brocanteur par maladresse – pour que leur rencontre soit possible. Racontez -vous des histoires, il en restera toujours quelque chose. Dans une langue merveilleusement pauvre, à leur image, les « héros » s’envolent comme dans les dessins de Folon ou se rétrécissent à la taille des petits personnages de Sempé. Le phrasé parfait des acteurs, Christophe Carrère et Aurélia Labayle, rend avec beaucoup de grâce le tendre pessimisme et la fantaisie de l’auteure.
Christine Friedel
Céline Monsarrat est l’auteur d’une douzaine de pièces, jouées entre autres au Théâtre du Bélier, à Avignon.
Evelyne de la Chenelière, est passée par le Nouveau Théâtre Expérimental de Montréal, plusieurs de ses pièces ont été traduites et montées au Québec et à l’étranger. Chinoiseries sera repris l’automne prochain à la Scène Watteau, à Nogent-sur-Marne.