J’aimerais pouvoir rire

J’aimerais pouvoir rire par la Compagnie Angela Laurier

jaimerai.jpgPeu de spectacles de cirque de création n’ont été aussi bouleversant que Déversoir, le spectacle précédent porté par Angela Laurier, encore en tournée.

 

Il s’agissait de plonger à la lisère de l’univers mental et physiologique de l’artiste, à l’endroit où se jouent ses relations avec sa grande fratrie, la façon dont elle compose avec la maladie mentale dont est victime son frère Dominique.
On y devinait une rupture familiale lointaine et une réconciliation depuis un voyage fait en commun – plus tard – et on y percevait les liens entretenus entre sa pratique de la contorsion et la schizophrénie de son frère, tout cela, avec une distance suffisante pour que l’on ne soit pas dans un « déversoir », précisément.
Ce propos était servi par une mise en scène dépouillée : Angela Laurier commentant à l’aide de mouvements chorégraphiques aux influences variées (de la contorsion à la danse contemporaine la plus épurée en passant par des déplacements sur les « pointes ») un documentaire familial qu’elle a réalisé pendant et après le fameux voyage. A la fin du spectacle, comme un consentement à ce qui venait de nous être relaté et telle la farouche volonté de montrer qu’il est pleinement acteur de ce récit – non pas seulement de cette vie -, Dominique apparaissait sur le plateau, troublant la frontière entre présentation et représentation.
On pouvait souhaiter à Angela Laurier de ne plus s’adonner à la contorsion, preuve alors que ses démons auraient vieilli. Mais non, avec J’aimerais pouvoir rire, elle revient avec Dominique pour un nouveau chapitre du roman familial dans une écriture très différente de celle du spectacle précédent, avec un propos plus ambigu, l’écriture fragmentaire le conduisant d’impasse en impasse.
Toutes les techniques actuelles du spectacle vivant sont utilisées avec des effets d’optiques incroyables servis par un beau travail de vidéo (sauf le documentaire, redondant par rapport au précédent spectacle et monté de façon convenue pour ceux qui n’avaient pas vu Déversoir) et de lumières (ce qui peut valoir en soit le déplacement, mais tel n’était pas le but d’Angela Laurier, a priori).
Bref, on s’accrochera au travail formel, à la beauté plastique de ce travail, bien moins à l’écriture dramatique qui ne permet plus de conserver la distance qui fonctionnait si bien dans le spectacle précédent. Là nous sommes les voyeurs d’une histoire qui ne semble plus maîtrisée – donc d’un fragment de vie – où il semble que Dominique trouve la rédemption en se pensant artiste peintre, et où Angela Laurier ne semble pas loin de croire que c’est la maladie de son frère qui la conserve « artiste ».
Sans les connaître intimement, il paraît clair que les deux dernières affirmations sont fausses. Souhaitons leur trois choses : le bonheur fraternel, à Dominique la quiétude, à Angela un prochain spectacle sur un tout autre sujet qui lui tient à cœur : son talent devrait le rendre brillant.

 

Jérôme Robert

Théâtre Silvia Monfort de Paris

 

 

 


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