Les amours tragiques de Pyrame et Thisbé

Les amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau mise en scène Benjamin Lazar

 

pyrame.jpg« Je veux faire des vers qui ne soient pas contraints/Promener mon esprit par de petits desseins/Chercher des lieux secrets où rien ne me déplaise/Méditer à loisir, rêver tout à mon aise… » Ainsi Théophile de Viau exprime-t-il son grand amour pour l’art poétique. Le poète a toutefois su déplacer son goût du verbe et la force rythmique de l’alexandrin dans le théâtre, même s’il reste moins connu pour son activité de dramaturge. Et Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé sont cette romance d’amour interdit et tragique, issue des Métamorphoses d’Ovide et que l’on retrouve parodiée par les paysans du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare.
Ce texte est une petite perle, le joyau d’un orfèvre baroque. Un univers où les âmes s’épanchent sur la scène, où le langage, tout en métaphores et en images, imprégné de figures mythologiques, redonne tout sa puissance à la nature, où les rêves sont emplis de présages auxquels on prête foi. Une pièce toute classique où, comme chez Racine, rien ne se passe sur scène. Tout est raconté et décrit.
Benjamin Lazar a déjà commis de nombre mises en scène de pièces baroques, pour l’opéra notamment avec l’ensemble du Poème harmonique de Vincent Dumestre (comme
Fasolo en 2002) mais aussi pour le théâtre , lorsqu’il recomposa en 2004 le magnifique et virtuose Bourgeois gentilhomme de Molière et Lully.
Le metteur en scène a désormais ses marques de fabriques : la bougie comme unique éclairage sur scène, à l’origine de somptueux clairs-obscurs, ou les sublimes costumes d’époque (Alain Blanchot) tout en broderies, soie, dentelles et autres pierres précieuses. Mais surtout, ce sont la gestuelle et la déclamation baroque (Benjamin Lazar a été formé auprès d’Eugène Green) qui impriment définitivement sa facture. Une diction (supposée) d’époque qui réserve à tout le moins ce spectacle aux amateurs et aux avertis. Nul accompagnement musical pour alléger l’implacable et écrasante présence du texte, même si les comédiens en ont une maîtrise déconcertante.
Dans ce spectacle où le langage a la vedette, les déplacements sont quasi nuls et le décor inexistant. Sans doute le metteur en scène aura-t-il préféré observer la rigueur et l’austérité d’un anachorète de Port-Royal pour cette pièce du début du XVIIe siècle, merveille baroque que le faste et l’essence même réservent à une élite.

Barbara Petit

 

Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet jusqu’ au 12 juin.

 

 


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