Rosa la Rouge

Rosa la Rouge, une épopée musicale de Claire Diterzi et Marcial di Fonzo Bo, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo .

    rosa.jpgRosa Luxembourg fut une brillante théoricienne marxiste et socilaiste allemande. Née en Pologne en 1870, elle fonda la Révolution spartakiste et écrivit plusieurs livres consacrés à la Révolution russe qu’elle considérait comme l’événement le plus considérable de la première guerre mondiale. Elle prit parti pour l’action de Trostsky et critiqua Lénine en qui elle voyait l’organisation d’une dictature, alors que pour elle, la Révolution devait devait absolument être l’oeuvre des masses populaires. Mais en 1919, l’insurrection spartakiste qu’elle mit en place se solda par un échec; elle fut emprisonnée, puis assassinée avec son ami Karl Liebknetch et son corps jeté dans un canal.
Le destin tragique de cette femme exceptionnelle avait déjà été évoqué sur scène par André Benedetto avec Rosa Lux en 70. Puis par Pierre Bourgeade ,avec Etoiles rouges ; Maragrethe von Trotta lui consacra aussi un film, avant qu’Anouk Grinberg ne lise ses Lettres à l’Atelier. Enfin, le premier album du groupe alternatif Rosa Luxembourg raconta sa vie en chansons.
Et c’est maintenant Claire Diterzi, auteur et compositeur notamment du chorégraphe Philippe Découflé et des spectacles de Marcial di Fonzo Bo qui a décidé de se lancer dans l’aventure…  Sur la grande scène nue du Rond-point, des images vidéo en très gros plan de corps de danseur musclé et de fesses en slip rouge de danseuse avec musique de percussions et de synthé. Bon..
Puis l’on passe sans transition à une projection de photos de Rosa Luxembourg et à une petite biographie très édulcorée, et à quelques phrases de ses textes également projetées  où son combat politique apparaît vraiment très peu et la jeune chanteuse décline- sans conviction-quelques extraits de ses lettres. Et l’on a droit à des vues de HLM de banlieue parisienne en bordure de Seine sur grand écran. De jeunes gens  peignent soigneusement sur les murs un slogan révolutionnaire.
Et Claire Literzi chante, assise au bord d’un praticable,  quelques chansons et lit des passages de lettres de Rosa Luxembourg en prison. Tiens , comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence, on voit alors des images de couloir de prison avec une femme qui semble casser des portes. Il y a aussi un petit film avec une maquette de pavillon de banlieue qui s’ouvre pour laisser voir la vie d’un jeune couple avec des aller et retour fiction filmée et réalité de personnages sur scène, emprunté aux choréraphies de José Montalvo.  Mais le clou de la chose est ce long extrait de La Révolte de Spartacus  avec Kirk Douglas et des centaines de figurants rasés de près et tout propres sur eux.
Il y a aussi, entre autres divertissements, un petit film sur grand écran toujours, où des rouge-gorge  chantent sur les  branches d’ un arbre mort. Et l’on annonce  de façon très sobre, après quelques airs de chanson rock, l’assasinnat de Rosa Luxembourge et Karl  Liebknetch. Avant que l’on ait droit toujours à contempler sur grand écran  toujours ,mais cette fois-ci en fond de scène,le corps nu d’une jeune femme sur lequel tombe la neige, et pour faire bon poids, quelques mesures de l’Internationale jouées par les trois musiciens, avec un éclairage latéral violent. De quel couleur l’éclairage? Vous ne devinerez jamais!!!!!! Que dire devant ce salmigondis spectaculaire, au demeurant bien réalisé, avec des moyens conséquents mais où l’on serait bien en peine de trouver le moindre sens et la moindre pensée.
Pourquoi Marcial di Fonzo Bo, excellent acteur, s’est-il laissé  entraîner  dans cette chose pathétique dont il revendique portant la paternité avec Claire Diterzi.Le programme indique que Rosa la Rouge est née de la rencontre entre eux deux , de leur admiration réciproque et de leur désir de travailler ensemble. Si, si, si c’est marqué!   » Rouge gorge Place Rouge, Viande rouge et Du vin rouge Feu rouge Choeurs de l’armée rouge Moulin rouge Et carton rouge Liste rouge La Croix Rouge Rouge Le petit chaperon rouge Je n’ai pas peur et je veux tout », chante Claire Diterzi.
Nous aussi, on  veut bien tout , d’autant qu’elle sait  ce que chanter veut dire  avec rythme et sens de la scène et que ses trois musiciens jouent et l’accompagnent avec rigueur et générosité… Mais ce concert rock aurait dû rester un concert rock,  et ne pas être  transformé en spectacle avec des images aussi débiles, où le second degré rejoint vite le premier!
On avait compris dès les premières minutes que c’était sans aucun espoir! Alors à voir? A entendre seulement, si vous appréciez la belle voix et la musique de Claire Diterzi mais pour le reste, autant en emportent le vent et les « épopées musicales » de ce tonneau. Aucune épopée et pas plus de véritable Rosa Luxembourg,  dont le nom a simplement servi de prétexte. Et cela, c’est tout à fait dommage! La vie exemplaire de courage politique de Rosa Luxembourg méritait quand même autre chose…

Philippe du Vignal

 

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 22 mai.


Archive pour mai, 2010

Un Roi Arthur

Un Roi Arthur d’après Henry Purcell et John Dreyden, par la Compagnie des Grooms, arrangements d’Antoine Rosset et Serge Serafini, mise en scène d’Etienne Grebot.    18.jpgGerald Châtelain a eu la bonne idée de faire venir Les Grooms au Théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses. Quelques dizaines de tables dans la grande salle, où le public peut boire un coup: pour la première fois depuis sa création au Festival de Châlon, les Grooms ont choisi de présenter leur spectacle dans une salle, et non plus à l’extérieur.
La légende du Roi Arthur a été, on le sait,  source d’inspiration pour de nombreuses pièces, opéras et films mais l’adaptation qu’en ont tirée la Fanfare des  Grooms est un savant mélange de jeu sur scène et dans  le public , et d’interprétation rigoureuse et à la fois ludique de l’oeuvre que Purcell écrivit en 1691 quelques années avant de mourir à trente six ans…

   Il y a une chanteuse soprano:  Macha Lemaître, un contre-ténor Damien Ferrante qui va bientôt quitter les Grooms pour Les Arts florissants… Jacques Auffray, baryton et trombone, Danièle Cabasso, soprano et saxo,  Antoine Rosset bariton et et saxo, Serge Serafini ( tenor et saxo, Bruno Travert saxo et alto et Christophe Rappoport ( trompette). Tous excellents interprètes,  et comédiens.
 Cela commence par  de petites interventions dans la salle, dont une chanson zouloue, en attendant (soi-disant…) que des spectateurs très attendus soient là, histoire de chauffer le public, puis  l’un des Grooms raconte vite fait l’histoire de la création de l’opéra baroque de Purcell  : humour et gentillesse, sens inouï de l’échange avec le public  mais  aussi de l’interprétation chorale.
  Le cocktail a été dosé et testé depuis 1984 par Les Grooms qui ont joué un peu partout dans le monde et ont face à toutes les situations avec  un savoir-faire que n’ont pas toujours bien des compagnies de théâtre dans la rue. Il  ont plusieurs spectacles au chaud dont  La Flûte en chantier et La Tétralogie de Quat’Sous,  où Wagner et Mozart tiennent  compagnie à ce Roi Arthur dans cette reconquête de la musique d’opéra.
C’est à la fois simple- les Groomes ne se prennent pas au sérieux mais font les choses  sérieusement… Dans ce spectacle bien construit,  il y a des moments encore plus poétiques que d’ autres, comme l’arrivée de la princesse aveugle avec son grand bâton blanc, un mini-concert de flûtes, des abeilles qui butinent des fleurs derrière les chanteurs assis, ou bien encore la disparition de la princesse dans une coffre de toile..
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 Que l’on arrive à suivre ou non le scénario du Roi Arthur , ce n’est pas grave, de toute façon , on est  séduit tout de suite par cette musique à la fois complexe et populaire que l’on croit connaître et qui reste magique, et par ce théâtre qui n’en est pas vraiment, puisqu’il  a lieu à la  fois sur scène et dans la salle, avec un remarquable sens de la répartie et de l’improvisation,  sans que les comédiens/ chanteurs/ interprètes ne tombent  dans  la facilité.
Etienne Grebot a su diriger Les Grooms avec beaucoup d’intelligence mais aussi d’invention et d’efficacité: aucun décor,  sinon une dizaine de chaises avec housses , quelques accessoires et une machine à fumée. Il y a bien quelques petites longueurs  sur la fin et  un hors d’oeuvre qui mériterait d’être revu,   mais l’ensemble du spectacle assez court (une grande heure) est une belle réussite.  Les Grooms se baladent beaucoup en France comme à l’étranger : si vous voyez programmé ce Roi Arthur , n’hésitez pas…

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses.
 Le 22 mai à St Rémy de Provence; le 29 mai à Dax; le 5 juin à Mayence; le 6 juin à Hachenburg; le 8 juin à Equerdreville; le 12 juin à Clamart; le 4 juillet à Blandy-les-Tours et du 7 au 10 juillet à Rennes; le 12 juillet à Pigna ; le 17 juillet à Sarlat. Puis du 5 au 8 août à Haselt ( Belgique); le 5 septembre à Mably et du 3 au 5 novembre à Charleroi et le 11 décembre à Istres.

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La Ronde du carré

Deux  critiques sur La Ronde du carré: Evelyne Loew, Christine Friedel

La Ronde du carré, de Dimitris Dimitriadis, traduction Claudine Galéa avec Dimitra Kondylaki, mise en scène Giorgio Barberio Corsetti, par Evelyne Loew

  carre.jpgDimitriadis propose, dans une construction quasi géométrique, une série d’expériences. Comme en physique chimie, il s’agit de mettre des corps purs en présence.
Expériences relationnelles, à deux ou trois éléments
, en couple, en trio. Quelles explosions, quelles réactions vont se produire? De l’admiration éperdue, à la dépendance absolue, en passant par les attentes inconciliables et inassouvies, ou au dépeçage du corps de l’aimé (e), vont s’exposer à nu les forces du désir, de l’amour, de l’emprise.

  Le texte est une formidable machine à jouer, certes, mais il aurait pu rester une démonstration un peu abstraite et paraître long avec ses personnages baptisés Bleu, Vert, Violet, Rouge, etc, qui viennent et reviennent, trois fois, quatre fois, dans des reprises très légèrement différentes, jusqu’à la contraction et accélération finale, avec un effet « entonnoir » si on peut dire. Mais rien d’abstrait justement,  rien de contraint. Une mise en scène qui rend le spectacle enthousiasmant de bout en bout, rapide et vigoureux, souvent drôle aussi.  Il faut en premier lieu rendre hommage à la distribution parfaite. Huit comédiens magnifiques – Julien Allouf, Anne Alvaro, Bruno Boulzaguet, Cécile Bournay, Luc-Antoine Diquéro, Maud Le Grevellec, Christophe Maltot, Laurent Pigeonnat. – avec une énergie incroyable, une diction parfaite, des voix accordées, belles, chaudes. Chacun a une présence extrêmement forte qui rend son « personnage-couleur » immédiatement humain, attachant.
La scénographie s’agence en tableaux, là aussi très dessinés, superbement éclairés, donnant à chaque scène un angle de vision inattendu. Cela demande aux comédiens un jeu physique qui arrive néanmoins à rester gracieux, aérien. Ils jouent en équilibre dans de tout petits espaces, contre une paroi souple, ou sur une pente accentuée, ou encore accrochés en hauteur derrière un bureau, il jouent en sautant à la corde, en rebondissant sur un lit … Bien entendu, une telle aisance, une telle sûreté de jeu, ne s’obtiennent qu’avec beaucoup de travail et de talent. C’est vraiment une prouesse.
Mais il en est une autre essentielle:  comédiens et metteur en scène rendent le public intelligent. Ils font passer la subtilité de réflexion de l’auteur: il ne s’agit pas en effet  de variantes qui proposeraient des solutions diverses pour échapper à des situations fermées. Il s’agit, pour chaque couple ou trio, d’un jeu qui se reproduit indéfiniment dans les mêmes structures de comportement mental et affectif. Un jeu qui bute, comme un disque bloqué, l’aiguille revenant toujours au même sillon. Le carré se reproduit en boucle. Le carré des quatre situations de départ, mais aussi celui des structures rigides de chaque personnage, « carré » qui se révèle petit à petit, qui devient de plus en plus apparent.  N’en  serait-il pas, au final, la structure, le noyau, la construction de chaque personnalité ?
C’est une réflexion sur l’étrange et difficilement surmontable propension de chacun à l’auto-enfermement, même dans l’effusion de l’amour, sur l’impossibilité de regarder la vérité en face, sur le fait qu’il semblerait que le sexe et le cœur soient non partageables. A la fin du XIXème siècle, Ibsen poussait son héroïne, Nora, dans Une Maison de Poupée, à quitter le foyer où son mari l’ignorait, pour partir à la recherche d’elle-même. La liberté était derrière la porte.
Au XXIème siècle, avec Dimitriadis, c’est le « elle-même », ou « lui-même », qui est interrogé, toujours, partout, dans sa relation amoureuse à l’autre. La liberté n’est plus derrière la porte. La conclusion de Dimitriadis est moins simple que celle que proposait  Ibsen, mais elle n’est ni cynique, ni désespérante…Il faut aller l’écouter, mise en action comme il se doit au théâtre, et la méditer. Un spectacle magnifique, à tous points de vue.

Evelyne Loew

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La Ronde du carré, de Dimitris Dimitriadis, mise en scène Giorgio Barberio Corsetti par Christine Friedel

cercle.jpg  Deux postulats, au moins, au départ de cette pièce : un: le temps ne passe pas, il reste en travers de la gorge, deux : quatre fois quatre couples ne font pas seize, mais une ronde presque infinie. On tourne en rond. Là-dessus, lire l’éclairage éblouissant donné par Daniel Loayza dans la feuille de salle distribuée au public, il dit tout ce qu’il faut savoir sur cette dramaturgie de la répétition-variation, mais nous vous en dirons quand même un peu.    Quatre couples, donc, dénommés chacun par une couleur, ou par une rencontre de couleurs, couples à deux et à trois, ça arrive. Avec cette présentation très géométrique, abstraite, les situations sont parfaitement réalistes et triviales. Du couple vert, la femme (Anne Alvaro) revient au foyer de son époux (Luc-Antoine Diquéro) après deux ans de fugue. J’ai échoué, dit-elle, dans mon désir de vivre plus, mieux, de s’accomplir, de trouver ma liberté. Et c’est là que tu vas échouer, répond-il, et tu ne reverras jamais tes enfants, punie, humiliée, poussée à bout. Et il n’y a pas de bout, malgré, beaucoup plus tard dans la pièce, un magnifique discours de dignité sur la solidarité fatale entre maître et esclave. À l’exception d’un moment de revanche, avec échange des rôles, dans la construction en spirale de la pièce, ce couple-là ne fait jamais rire. Les autres, si. Et ce, d’autant plus qu’ils sont plongés dans un aveuglement tragique.
N’attendez pas qu’on vous raconte: il y a des épisodes désopilants, comédie, farce, humour noir. Et soudain, le noir pur. Le plus intéressant, le plus neuf, ce qui vous agace, vous cloue à votre fauteuil, vous fatigue, vous promène et vous retient, c’est le parti pris d’expérimenter le couple – le couple impossible – avec cette écriture particulière. Bombe à fragmentation, elle joue sur le fragment d’une façon inédite, par répétitions et décalages d’un motif. Quelque chose des expériences de la peinture (Henri Cueco s’obstinant sur tel motif emprunté à Philippe de Champaigne) ou de la musique répétitive, « toujours semblable et jamais la même, comme l’eau qui coule » (Terry Riley). Il faut ajouter que la rythmique de la répétition n’est pas la même selon les couples en situation, ce qui fait surgir avec d’autant plus de force les résistances intérieures, les contradictions. D’où le rire, s’il y a lieu, et nous voici nous aussi en boucle.
Le plaisir du spectacle, qui n’a rien de gentil, allant dans la crudité et la cruauté jusqu’au langage de la pornographie, vient du dialogue musclé et de l’accord parfait entre l’écriture et la mise en scène. Les machines du décor s’envolent avec beaucoup d’esprit, entraînent les comédiens dans la véritable haute voltige de leur texte à variations. Les comédiens – « il faudrait tous les citer » – poussent le jeu du tragique au burlesque, et pas à sens unique, mais vers une dégringolade générale – on se relève, on retombe–, catastrophe proprement théâtrale.  Inutile d’insister : il est vivement conseillé d’aller se frotter à ce troisième opus de la saison à l’Odéon pour Dimitris Dimitriadis.

Christine Friedel

Théâtre National de l’Odéon – 01 44 85 40 40 jusqu’au 12 juin

Le texte est édité par Les Solitaires intempestifs.

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LES BOULINGRINS

 LES BOULINGRINS Opéra bouffe de Georges Aperghis, d’après les Boulingrins de Georges Courteline, mise en scène de Jérôme Deschamps par Edith Rappoport

 Le projet avait de quoi séduire, c’est la première commande d’État faite par le directeur de l’Opéra Comique au délicieux Georges Aperghis. qui avait mené de 1976 à 1997 un beau parcours avec l’ATEM de Bagnolet.

Hélas, malgré de vrais moyens, quatre bons chanteurs, dix musiciens, le spectacle s’enlise rapidement ! Des Rillettes, un pique assiette pas très malin, rend visite au couple Boulingrin qui l’ont invité. Il est reçu par l’aimable Félicie, leur bonne qui fait un portrait avantageux de ses maîtres, il s’imagine couler un bonheur paisible en venant diner chez eux trois fois par semaine. Mais il est tout de suite englouti dans d’incessantes querelles de ménage, il est sommé de prendre parti et n’en peut mais. Madame Boulingrin finira par mettre le feu au domicile conjugal, Des Rillettes ne s’en tirera que par miracle. Voilà pour l’argument qui n’est pas d’un intérêt majeur
Le décor de Laurent Peduzzi enferme les musiciens dans une structure métallique à deux étages, ils surplombent l’appartement des Boulingrins qui n’est presque pas utilisé, il y a au rez de chaussée un cuisinier percussionniste, ils restent indistincts dans la pénombre. Les chanteurs sont contraints de jouer sur le plateau en contrebas et on s’ennuierait ferme si le spectacle n’était pas sauvé par une partition dynamique et une durée modeste de 1 h 30.

Edith Rappoport

Opéra Comique

Avril 08, conte moderne

Avril 08, conte moderne, écriture et mise en scène de Fabrice Dauby.

         contebis.jpg C’est en effet à une sorte de conte auquel nous convie ce jeune auteur-metteur en scène. Avec trois jeunes hommes qui constituent autant de types de la société contemporaine; il y a le jeune employé de bourse, fasciné par les transactions financières et par l’argent au point de vouloir toujours en gagner davantage pour en donner toujours plus à  sa future jeune épouse et,  ainsi, du moins le croit-il la séduire.Il veut à tout prix fonder sa propre société, une fois  qu’il aura réuni assez de capitaux. Tout en sachant probablement que cela ne le mènera pas à grand chose…
   Mais la dite jeune épouse, qui ne parle pas du tout pendant une une bonne partie de la pièce dont les journées sont pour le moins mystérieuses, se rend souvent dans une cave pour y lire et penser. Elle  a un amant, assez violent,  qui travaillait au sein d’une ONG mais qui va finalement s’engager dans la Légion étrangère et mourra en Afghanistan. Il y a aussi le frère jumeau de cette jeune femme, directeur de la communication dans le groupe de sociétés que dirige son père et qui a une passion presque incestueuse pour sa sœur. Et, passe de temps en temps un homme inquiétant un peu âgé , qui vient voir la jeune femme sans prononcer un mot.
  La pièce est construite sur une suite de monologues de chacun des hommes ; la jeune femme est, la plupart du temps couchée sur un lit  couvert d’une couette rouge vif qui occupe le centre de la scène dans un espace noir où il n’y a que quelques miroirs. Les premières images sont de toute beauté, grâce à la scénographie épurée et fort efficace de Grégoire Faucheux mais le système dramaturgique-un peu faiblard- a du mal à fonctionner, sans doute et surtout parce que l’auteur  qui voudrait témoigner de la violence de son époque ne sait pas trop comment articuler  ce récit qui avance par à-coups un peu répétitifs.        
On a quelque mal à entrer vraiment dans ce conte philosophique qui en a la forme mais pas les couleurs, qui ne dénonce ni ne conteste vraiment dans son écriture la situation angoissante où se trouvent aujourd’hui nombre de jeunes gens. La pièce aurait mérité- et c’est souvent le cas dans les écritures  contemporaines en France- un scénario qui tienne  vraiment la route.
  On nous rétorquera sans doute que ce n’est sûrement pas ce qu’a voulu l’auteur-metteur en scène mais ce conte moderne parait quand même bien long; d’autant plus que les acteurs sont dirigés assez mollement, et dans une pénombre presque permanente ,ce qui n’arrange pas les choses.
  Et revient sans cesse cette lancinante question: on a souvent l’impression que les auteurs actuels se soucient peu de s’adresser  à un public et semblent pratiquer une sorte d’exorcisme qui ne profite qu’à eux-mêmes. Y-a-t-il un seul moment où l’on parle de l’Afghanistan comme d’un problème politique français? Alors que l’un des personnages va y laisser sa peau…
  Vous n’avez rien compris une fois de plus , du Vignal:  ce n’est pas du tout le propos.! Mais avouons-le, malgré de belles images, cette invitation « à venir écouter, éprouver, expérimenter ce que la vie a d’incertain, de sensible, de singulier », dit  Fabrice Dauby, ne nous a guère touché. Peut-être aurez-vous plus de chance…
Il nous semble que le théâtre peut dire des choses plus fortes et plus vraies à un moment où beaucoup de choses se dérèglent  dans la société française!

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Tempête,
Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 6 juin. T: 01-43-28-36-36
 
   

 

Roberto Zucco

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès mise en scène de Pauline Bureau.

 

fr12736703745235.jpgC’est la dernière pièce de l’écrivain décédé des suites du sida en 88 ; il y évoque la figure de ce très jeune tueur en série italien qui défraya la chronique quand il exécuta d’abord son père et sa mère, puis deux policiers  dont un à Chambéry puis un autre à Toulon, avant de s’asphyxier dans sa cellule avec une bouteille de gaz qu’il avait ouverte dans un sac en plastique.
Koltès s’est emparé de ce fait divers hors norme pour essayer de dire l’indicible. Des meurtres sanglants dont celui d’un enfant, une très  jeune fille violée, sa soeur envoyée sans ménagements faire la pute. Mieux valait en effet  ne pas croiser le chemin de cet être profondément meurtri lui-même et aux irrésistibles instincts de mort et de destruction. La pièce donc inspirée par cette tragédie  fut créée à la Schaubühne de Berlin en 90 puis créée en France par Bruno Boëglin au T.N.P. de Villeurbanne, avec notamment Judith Henry, Myriam Boyer, Hélène Surgère;. Et Cédric Kahn réalisa un film: Roberto Succo  du nom véritable du meurtrier (2001) d’après le livre de Pascale Froment.
Que peut nous dire Roberto Zucco aujourd’hui, vingt ans après la création, de la pièce très souvent montée en France comme à l’étranger? Pour Pauline Bureau, c’est, dit-elle, l’envie de voir sur un plateau « nos images sombres et nos fantasmes inavouables. Nos désirs noirs et les forces complexes qui s’emmêlent en nous. Comment la douceur et la violence , l’amour et la destruction, la vie et la mort peuvent exister ensemble. Parce que l’un ne va pas sans l’autre. Et que d’interroger ça m’aide à l’accepter ».
En fait, Koltès n’entre pas dans une démonstration psychologique du personnage qui était  d’abord un grand malade et il  préfère évoquer en quinze tableaux cette descente aux enfers et ce passage à l’acte de ce jeune homme qui commença sa carrière de tueur à 19 ans seulement… Pauline Bureau s’est enfin débarrassée des facilités et autres vulgarités qui encombraient souvent ses réalisations précédentes, et il y a une rigueur remarquable dans ce travail.  Elle sait diriger avec beaucoup de maîtrise une équipe de  treize comédiens, même si la distribution est très inégale- et c’est un euphémisme!
Grâce à une scénographie intelligente d’Emmanuelle Roy, aux lumières  de Jean-Luc Chanonat, et aux costumes d’Alice Touvet,  elle réussit  bien aux meilleurs moments à créer le climat glauque des lieux: rue déserte, bordel… appartement sinistre où évolue le jeune tueur.
zucco.jpgMais Benoîte Bureau,  soeur et dramaturge de la metteuse en scène a  raison de dire que le spectateur n’a pas accès à l’intériorité du personnage, ce qui donne effectivement un côté assez sec au texte, loin de toute émotion, qui est loin d’ être un  chef-d’oeuvre, et ces quinze tableaux déclinés sur deux heures sont longuets surtout vers la fin, où Pauline Bureau maîtrise moins bien les choses et  peine à  donner le rythme nécessaire à cette pièce  sans doute surévaluée et qui a profité du mythe de ce jeune tueur en série.
Ce qui manque dans ce travail, c’est sans doute une interprétation plus convaincante et un peu plus d’audace dans la mise en scène ,pour que l’on puisse se laisse entraîner dans l’errance et le désespoir de ce jeune homme. Pour  » la tragédie moderne d’un écrivain mourant » , telle que la voit Benoîte Bureau,  désolé, mais il faudra repasser!
Alors à voir?  Si vous voulez découvrir la pièce de Koltès, peut-être, et il l y a de vrais beaux moments – plus picturaux d’ailleurs que véritablement dramatiques – et un sens de la mise en place indéniable chez la jeune metteuse en scène. Mais on aimerait bien que Pauline Bureau nous emmène dans des choix de textes un peu plus originaux… 

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 6 juin . T: 01-43-28-36-36

 

Maison de poupées


Maison de poupées
d’ Henrik Ibsen, traduction et mise en scène de Nils Öhlund.

maison.jpgDe la série de la célèbre pièce d’Ibsen créée en 1879 , et  beaucoup jouée cette saison notamment par Braunschweig et  par Martinelli , cette mise en scène est la dernière à Paris, mais elle avait été créée au Moulin du Roc-Scène nationale de Niort. On ne va pas vous  résumer encore une fois le scénario bien connu de tous. C’est la veille  de Noël : tout le monde est heureux, Nora s’émerveille de la vie et de sa chance d’avoir trois beaux enfants, Torvald, son mari va occuper bientôt la très haute fonction de directeur de banque, et Rank, le médecin et leur meilleur ami, malade  est joyeux, même s’il attend le résultat d’analyses. Il y a bien l’arrivée de Kristine, une ancienne amie de Nora , veuve et pauvre, venue lui demander de l’aide et que Torvald va aussitôt embaucher, après avoir viré Korstad, personnage des plus ambigus, qui a eu des ennuis judiciaires mais  va essayer de faire chanter  Nora- elle  a autrefois fait un faux – pour récupérer son poste à la banque…
Bref, le bonheur des fêtes de Noël va inexorablement imploser et Nora partira, seule, en abandonnant mari, enfants et maison, à la recherche de son identité, bien décidée à bâtir son destin personnel, loin de la famille et de ses inévitables compromissions et petites magouilles en tout genre.
« Il faut aider à transcender les archétypes que chacun des archétypes représentent écrit Nils Ôhlund dont c’est une des premières mises en scène ». Le décor- inspiré de ceux d’un studio de cinéma  est une sorte de salon/ bureau des années cinquante plutôt que soixante comme il le dit. Mobilier en bois et skaï noir, lampadaire en cuivre, moquette marron et meuble radio et disques accroché au mur. Avec dans un coin, un grand sapin en plastique.Le tout baigne dans une lumière crépusculaire. Bref, que de la joie….
Comédien de cinéma surtout- et ceci explique peut-être cela- Nils Öhlund dirige ses camarades plan par plan, et sans qu’il y ait beaucoup d’unité dans sa mise en scène. Fedor Atkine, plus âgé que le personnage de Torvald, s’en sort comme il peut, même s’il surjoue souvent , comme Alexis Danavaras ( Rank) et Bernard Mazzinghi ( Krogstad) mais Olivia Brunaux ( Nora)  semble assez mal à l’aise -comme Emmanuelle Grangé- surtout au début et elle  débite le texte comme ce n’est permis.dans aucune école de théâtre.
Et il faut attendre la grande séance d’explications entre Nora et son mari pour que la pièce commence vraiment à vivre un peu. En bonus,  si l’on peut dire, vous n’échapperez  à quelques morceaux de vidéo croquignolesques sans doute tirés de films d’amateurs pour représenter les enfants du couple que l’on ne verra pas, ou simplement non figuratifs, du genre nuages fuyants. La vidéo encore une fois a donc frappé- c’est vraiment devenu une véritable manie.
Bref et pour faire court, une mise en scène propre sur elle, tristounette  et sans véritable parti pris; les jeunes gens autour de nous  regardaient cela calmement mais sans beaucoup d’intérêt, et ils avaient raison. Alors à voir? Si vraiment vous y tenez vraiment, mais, à cette mise en scène de Maison de poupées- dont le s  final nous échappe, il manque à l’évidence une solide direction d’acteurs  et il faudrait que Nils Öhlund   prenne en charge  à la fois le côté immature de Nora et l’espèce de folie qui  s’empare des personnages. Le grand Ibsen méritait mieux que cette chose un peu ennuyeuse où rien n’est vraiment très convaincant…

 

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée jusqu’au 22 mai.

La Maison des cerfs


La Maison des cerfs
, texte, mise en scène, images de Jan Lauwers, musique de Hans Peter Dahl, Maarten Seghers excepté Song for the deer house écrit par Jan Lauwers.

cerf.jpg               Un plateau au sol blanc avec plusieurs châssis sur le côté où sont accrochés des bois de cerfs en résine synthétique blanche, et en fond de scène des corps de cerfs et  d’animaux également blancs. Des étagères roulantes où sont empilées des dizaines de serviettes éponges d’un blanc immaculé ainsi que des oreilles d’animaux que les comédiens s’accrocheront dans les cheveux.. Côté jardin un portant rond en inox  comme on en voit dans les boutiques où sont suspendus des vêtements dont certains avec de la fourrure artificielle, ainsi que des oreilles d’animaux dont s’affublent les comédiens. Au centre de la scène,  trois praticables munis de roulettes inclinés qui serviront à la fois de scène et de lit. La Maison des cerfs, c’est le dernier volet d’un tryptique dont on avait pu déjà pu voir La maison d’Isabella; c’est à la fois une sorte d’exorcisme d’un événement tragique qui a cassé la vie d’une des danseuses de la Need Company et provoqué un désarroi certain au sein  de la vie de la troupe de Jan Lauwers. Kerem Lawton qui  était le frère de Tijen Lawton, a été tué en 2001, alors qu’il était reporter photo et journaliste en Yougoslavie. Et c’est le thème fondateur de ce spectacle. Jan Lauwers, en peintre qu’il commença par être,  s’est souvenu, comme il le dit,  du  très fameux Guernica de Picasso où une  femme  tient son enfant mort dans ses bras, pieta contemporaine.
La mère, admirablement jouée par Viviane de Muynck, essaye d’habiller le corps nu et raide de sa fille Inge que le reporter photo vient de lui rapporter ; il  lui dit avoir été obligé de l’exécuter, sommé de faire un choix: la mère ou l’enfant. et il tuera donc la mère.. Mais le reporter photo se fera tuer par le mari désespéré de sa victime. Et  la petite fille qu’il avait, croyait-il naïvement réussi à sauver finira par se suicider… Tragédie en série comme dans certaines familles abonnées à une sorte de malédiction où les morts se succèdent aux morts pendant plusieurs années de suite. Mais les morts ici évoqués ne sot pas tout à fait morts puisqu’ils continuent à parler aux vivants.
On voit souvent passer de jeunes femmes nues qui dansent quelques minutes  ou font l’amour parmi les corps des cerfs morts, tandis qu’ un des comédiens joue quelques notes sur un piano noir, et qu’un des personnages se lance dans un monologue d’autiste…  » Les lieux de la communauté, du désir et de la mort sont un seul et même lieu. Etre ensemble, aimer et mourir: tout cela imbriqué dans un même nœud inextricable qui a nom l’existence, écrit ,  dans un très beau texte à propos du spectacle, Erwin Jans ». Effectivement aux meilleurs moments,on sent- les professionnels du spectacle connaissent bien cela cette espèce de complicité mêlé parfois d’une sourde hostilité au sein d’une même troupe, les acteurs et/ et ou danseurs  qui se connaissent souvent depuis très longtemps comme dans la troupe de Tadeusz Kantor entretenant entre eux des liens fusionnels qu’une longue migration de vie de tournée a finit par créer. Si bien que le moindre-ou le plus grave événement survenu à l’un d’entre eux, agit par une sorte de contagion sentimentale sur chacun des autres. Comme au sein d’une famille dont le metteur en scène ou le chorégraphe est le chef  et le seul à pouvoir maîtriser les choses pour que la représentation ait quand même lieu dans les moins mauvaises conditions. C’est sans doute ce qu’a voulu dire aussi Jan Lauwers dans ce spectacle.  » Le théâtre en tant que media, a plus de liens avec la condition humaine, dit-il, parce qu’il est présenté par des humains pour des humains. Le théâtre de qualité fait voir des choses que la vidéo, le cinéma ou les arts plastiques ne peuvent pas offrir ».
Et La Maison des cerfs possède quelques moments de beauté fulgurante quand sont évoqués le mythe de la nature silencieuse et du refuge où rien de mauvais ne peut arriver: la maison des cerfs que l’on est quand même obligé de tuer, parce que c’est l’unique possibilité de survivre … Mais il y a en  même temps la menace permanente de la mort , le bruit et la fureur de la guerre onmiprésente, même si elle est peu visible; à la fin, il y a , référence à Rembrandt et à la tragédie grecque des Atrides:  ces cadavres allongés dont l’un saigne, le visage couvert d’un tissu blanc. Les liens familiaux et le tragique  ont toujours été les sujets favoris de Jan Lauwers depuis les débuts de la Need Company il y a déjà quelque vingt ans.
Et il y a  aussi ce personnage assez étonnant- qui peut faire penser à Cassandre-  dans ce  faux conte de fées, de Grace, la fille handicapée mentale de  Viviane, avec ses gants et son bonnet blanc. Oui, mais, malgré  quelques scènes avec Viviane De Muincke, formidable de présence, malgré la remarquable mise en scène et la solidité de chaque comédien, malgré la beauté des chants choraux et de la musique en général, la machine de la Need Company semble tourner à vide et n’a rien de passionnant. La faute à quoi?  A un récit fragmenté, où s’il y a une souvent une poésie intense mais qui se disperse et qui n’arrive pas vraiment à trouver un accord avec les images plastiques et les fragments de dialogue et de danse mélangés sans véritable unité. « 146 jours, 103 représentations et sept pays visités annonce un des comédiens au début, comme si Jan lauwers devait absolument se justifier  Ce qui parait  déjà suspect …
Quelle déception: Jan Lauwers   propose un spectacle remarquablement mis au point – là dessus rien à dire-mais sans véritable chair  et auquel on a beaucoup de  mal à adhérer. D’autant plus que ce qui pourrait constituer à la rigueur une performance d’une heure,  en dure deux, ce qui n’est absolument pas justifié!
On a souvent l’impression que ni le récit ni l’espace ne sont  en harmonie avec le temps. D’autant plus- soyons honnêtes- l’ensemble, pour rigoureux qu’il soit,  n’est quand même pas d’une grande beauté plastique…Et l’hémorragie de spectateurs commença donc  très vite  et se poursuivit sans arrêt. Quant aux applaudissements, ils furent,  disons,  bien chichement accordés, et couverts par de nombreux sifflets.
Gérard Violette , l’ancien -et remarquable- ancien directeur du Théâtre de la Ville aurait sans doute dit , comme il le faisait souvent, que c’était la faute de la presse qui n’avait pas fait son boulot. Mais là,  c’était le public qui ne semblait vraiment pas d’accord….Et celui du Théâtre de la Ville qui connaît Jan Lauwers depuis longtemps, est généreux mais du genre exigeant. Et vraiment là, il n’y a pas le compte!

 

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville jusqu’au 12 mai ;  puis à Vienne du 13 au 20 juin;  à Hanovre le 3 septembre; à Belgrade le 17 septembre et à New York les 5, 7, et 8 octobre.

Le Manuscrit des chiens

Le Manuscrit des chiens, de Jon Fosse, traduction de Terje Sinding, mise en scène Brigitte Bourdon et Danièle Klein.

      manuscrit.jpgChez Jon Fosse, grand auteur de théâtre norvégien, Médor se nomme, bien sûr, Hactor ! C’est un chien de bord. Il remplit consciencieusement ses fonctions à bord du petit caboteur qui navigue sur les fjords, mais sa fonction numéro un est de donner chaleur et amitié à son vieux maître solitaire, le capitaine Phosphore. En échange il reçoit quelques succulents morceaux de lard grillé et peut dormir, ô délice suprême, couché sur les pieds de son maître. Ainsi tout va pour le mieux au pays des Fous (de Bassan). La vie s’écoule doucement.
Mais voilà que le capitaine, saisissant une occasion, adopte une nouvelle chienne, une nommée Loliletta, toute jeunette, pleine d’énergie. Hélas, elle ne s’avère ni gracieuse, ni aimante, comme son nom pouvait le laisser supposer, mais tonitruante, vociférante, et surtout avide. Le pauvre Hactor est écarté en deux temps trois mouvements. Le voilà bientôt qui traîne sur le pont et se laisse mourir de faim. Mais tout est bien qui finit bien. Phosphore, se sentant seul, comprenant que lui aussi est vieux, reprend ses esprits. Il redonne sa place à son chien fidèle. Hactor, aussitôt, renaît.
C’est un récit simple et serein, dans le très beau style économe, tenu, retenu, de Jon Fosse. Une douce fable sur la vieillesse, la reconnaissance, le service, l’amitié. Danièle Klein, seule en scène, incarne librement et joyeusement tous les personnages. Elle est rayonnante, directe, efficace. Dès le premier regard, dès le premier mot, elle accroche. Son « Hactor » est particulièrement réussi, un griffon poivre et sel, tout ébouriffé, tantôt manipulé, marionnette de poils, tantôt joué directement avec comme unique accessoire les grandes oreilles du chien. Les enfants, nombreux, étaient ravis, les adultes aussi.
Merci à  la compagnie La petite Roque, de faire entendre et vivre ce beau texte tout simplement, comme il a été écrit.

Evelyne Loew

Pour les enfants à partir de six ans, et pour leur famille.

Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 9 mai.

Puis en tournée.

Le texte est édité par L’Arche.



VISITES FICTIVES

 

VISITES FICTIVES création de Fabrice Macaux avec Oriane Villatte

 

Fabrice Macaux collabore depuis plusieurs années à ce beau Centre d’art contemporain dans l’ abbaye fondée par Blanche de Castille qui propose une exposition insolite de Bili Bidjocka, artiste venu du Cameroun, installé en France : c’est une fiction, la rencontre improbable entre deux continents, deux histoires, trois espaces/temps, celle de Saint-Louis et de Soundiata Keita, l’un des plus grands empereurs d’Afrique. Cette visite fictive se déroule dans la belle Grange aux Dîmes où nous convie Lili, “chargée des publics”. Dans l’immense nef très sombre, on distingue de longues formes blanche suspendues, telles des aubes des croisades, les arcades s’éclairent avec des guirlandes lumineuses, les robes aussi sont éclairées par instants. Et Lili nous entraîne dans la visite, évoquant des périodes anciennes et rebondissant sur l’étrange, les étrangers, les sans-papiers… Nous la suivons, étonnés et saisis par la beauté de ces grandes formes blanches dans ce vaste espace et ce voyage étrange dans l’histoire où nous entraîne Lili. On peut poursuivre la visite en traversant le splendide parc très fleuri de pâquerettes et de boutons d’or, pour voir d’autres oeuvres de Bili Bidjocka sur des écrans vidéo.. Edith Rappoport

  Les 29 mai, 12 et 16 juin à 15 h 30, Abbaye de Maubuisson, site d’art contemporain du Val-d’Oise 01 34 6436 10

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