Rosa la Rouge
Rosa la Rouge, une épopée musicale de Claire Diterzi et Marcial di Fonzo Bo, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo .
Rosa Luxembourg fut une brillante théoricienne marxiste et socilaiste allemande. Née en Pologne en 1870, elle fonda la Révolution spartakiste et écrivit plusieurs livres consacrés à la Révolution russe qu’elle considérait comme l’événement le plus considérable de la première guerre mondiale. Elle prit parti pour l’action de Trostsky et critiqua Lénine en qui elle voyait l’organisation d’une dictature, alors que pour elle, la Révolution devait devait absolument être l’oeuvre des masses populaires. Mais en 1919, l’insurrection spartakiste qu’elle mit en place se solda par un échec; elle fut emprisonnée, puis assassinée avec son ami Karl Liebknetch et son corps jeté dans un canal.
Le destin tragique de cette femme exceptionnelle avait déjà été évoqué sur scène par André Benedetto avec Rosa Lux en 70. Puis par Pierre Bourgeade ,avec Etoiles rouges ; Maragrethe von Trotta lui consacra aussi un film, avant qu’Anouk Grinberg ne lise ses Lettres à l’Atelier. Enfin, le premier album du groupe alternatif Rosa Luxembourg raconta sa vie en chansons.
Et c’est maintenant Claire Diterzi, auteur et compositeur notamment du chorégraphe Philippe Découflé et des spectacles de Marcial di Fonzo Bo qui a décidé de se lancer dans l’aventure… Sur la grande scène nue du Rond-point, des images vidéo en très gros plan de corps de danseur musclé et de fesses en slip rouge de danseuse avec musique de percussions et de synthé. Bon..
Puis l’on passe sans transition à une projection de photos de Rosa Luxembourg et à une petite biographie très édulcorée, et à quelques phrases de ses textes également projetées où son combat politique apparaît vraiment très peu et la jeune chanteuse décline- sans conviction-quelques extraits de ses lettres. Et l’on a droit à des vues de HLM de banlieue parisienne en bordure de Seine sur grand écran. De jeunes gens peignent soigneusement sur les murs un slogan révolutionnaire.
Et Claire Literzi chante, assise au bord d’un praticable, quelques chansons et lit des passages de lettres de Rosa Luxembourg en prison. Tiens , comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence, on voit alors des images de couloir de prison avec une femme qui semble casser des portes. Il y a aussi un petit film avec une maquette de pavillon de banlieue qui s’ouvre pour laisser voir la vie d’un jeune couple avec des aller et retour fiction filmée et réalité de personnages sur scène, emprunté aux choréraphies de José Montalvo. Mais le clou de la chose est ce long extrait de La Révolte de Spartacus avec Kirk Douglas et des centaines de figurants rasés de près et tout propres sur eux.
Il y a aussi, entre autres divertissements, un petit film sur grand écran toujours, où des rouge-gorge chantent sur les branches d’ un arbre mort. Et l’on annonce de façon très sobre, après quelques airs de chanson rock, l’assasinnat de Rosa Luxembourge et Karl Liebknetch. Avant que l’on ait droit toujours à contempler sur grand écran toujours ,mais cette fois-ci en fond de scène,le corps nu d’une jeune femme sur lequel tombe la neige, et pour faire bon poids, quelques mesures de l’Internationale jouées par les trois musiciens, avec un éclairage latéral violent. De quel couleur l’éclairage? Vous ne devinerez jamais!!!!!! Que dire devant ce salmigondis spectaculaire, au demeurant bien réalisé, avec des moyens conséquents mais où l’on serait bien en peine de trouver le moindre sens et la moindre pensée.
Pourquoi Marcial di Fonzo Bo, excellent acteur, s’est-il laissé entraîner dans cette chose pathétique dont il revendique portant la paternité avec Claire Diterzi.Le programme indique que Rosa la Rouge est née de la rencontre entre eux deux , de leur admiration réciproque et de leur désir de travailler ensemble. Si, si, si c’est marqué! » Rouge gorge Place Rouge, Viande rouge et Du vin rouge Feu rouge Choeurs de l’armée rouge Moulin rouge Et carton rouge Liste rouge La Croix Rouge Rouge Le petit chaperon rouge Je n’ai pas peur et je veux tout », chante Claire Diterzi.
Nous aussi, on veut bien tout , d’autant qu’elle sait ce que chanter veut dire avec rythme et sens de la scène et que ses trois musiciens jouent et l’accompagnent avec rigueur et générosité… Mais ce concert rock aurait dû rester un concert rock, et ne pas être transformé en spectacle avec des images aussi débiles, où le second degré rejoint vite le premier!
On avait compris dès les premières minutes que c’était sans aucun espoir! Alors à voir? A entendre seulement, si vous appréciez la belle voix et la musique de Claire Diterzi mais pour le reste, autant en emportent le vent et les « épopées musicales » de ce tonneau. Aucune épopée et pas plus de véritable Rosa Luxembourg, dont le nom a simplement servi de prétexte. Et cela, c’est tout à fait dommage! La vie exemplaire de courage politique de Rosa Luxembourg méritait quand même autre chose…
Philippe du Vignal
Théâtre du Rond-Point jusqu’au 22 mai.

Gerald Châtelain a eu la bonne idée de faire venir Les Grooms au Théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses. Quelques dizaines de tables dans la grande salle, où le public peut boire un coup: pour la première fois depuis sa création au Festival de Châlon, les Grooms ont choisi de présenter leur spectacle dans une salle, et non plus à l’extérieur.
Dimitriadis propose, dans une construction quasi géométrique, une série d’expériences. Comme en physique chimie, il s’agit de mettre des corps purs en présence.
Deux postulats, au moins, au départ de cette pièce : un: le temps ne passe pas, il reste en travers de la gorge, deux : quatre fois quatre couples ne font pas seize, mais une ronde presque infinie. On tourne en rond. Là-dessus, lire l’éclairage éblouissant donné par Daniel Loayza dans la feuille de salle distribuée au public, il dit tout ce qu’il faut savoir sur cette dramaturgie de la répétition-variation, mais nous vous en dirons quand même un peu. Quatre couples, donc, dénommés chacun par une couleur, ou par une rencontre de couleurs, couples à deux et à trois, ça arrive. Avec cette présentation très géométrique, abstraite, les situations sont parfaitement réalistes et triviales. Du couple vert, la femme (Anne Alvaro) revient au foyer de son époux (Luc-Antoine Diquéro) après deux ans de fugue. J’ai échoué, dit-elle, dans mon désir de vivre plus, mieux, de s’accomplir, de trouver ma liberté. Et c’est là que tu vas échouer, répond-il, et tu ne reverras jamais tes enfants, punie, humiliée, poussée à bout. Et il n’y a pas de bout, malgré, beaucoup plus tard dans la pièce, un magnifique discours de dignité sur la solidarité fatale entre maître et esclave. À l’exception d’un moment de revanche, avec échange des rôles, dans la construction en spirale de la pièce, ce couple-là ne fait jamais rire. Les autres, si. Et ce, d’autant plus qu’ils sont plongés dans un aveuglement tragique.

C’est la dernière pièce de l’écrivain décédé des suites du sida en 88 ; il y évoque la figure de ce très jeune tueur en série italien qui défraya la chronique quand il exécuta d’abord son père et sa mère, puis deux policiers dont un à Chambéry puis un autre à Toulon, avant de s’asphyxier dans sa cellule avec une bouteille de gaz qu’il avait ouverte dans un sac en plastique.
Mais Benoîte Bureau, soeur et dramaturge de la metteuse en scène a raison de dire que le spectateur n’a pas accès à l’intériorité du personnage, ce qui donne effectivement un côté assez sec au texte, loin de toute émotion, qui est loin d’ être un chef-d’oeuvre, et ces quinze tableaux déclinés sur deux heures sont longuets surtout vers la fin, où Pauline Bureau maîtrise moins bien les choses et peine à donner le rythme nécessaire à cette pièce sans doute surévaluée et qui a profité du mythe de ce jeune tueur en série.
De la série de la célèbre pièce d’Ibsen créée en 1879 , et beaucoup jouée cette saison notamment par Braunschweig et par Martinelli , cette mise en scène est la dernière à Paris, mais elle avait été créée au Moulin du Roc-Scène nationale de Niort. On ne va pas vous résumer encore une fois le scénario bien connu de tous. C’est la veille de Noël : tout le monde est heureux, Nora s’émerveille de la vie et de sa chance d’avoir trois beaux enfants, Torvald, son mari va occuper bientôt la très haute fonction de directeur de banque, et Rank, le médecin et leur meilleur ami, malade est joyeux, même s’il attend le résultat d’analyses. Il y a bien l’arrivée de Kristine, une ancienne amie de Nora , veuve et pauvre, venue lui demander de l’aide et que Torvald va aussitôt embaucher, après avoir viré Korstad, personnage des plus ambigus, qui a eu des ennuis judiciaires mais va essayer de faire chanter Nora- elle a autrefois fait un faux – pour récupérer son poste à la banque…
Chez Jon Fosse, grand auteur de théâtre norvégien, Médor se nomme, bien sûr, Hactor ! C’est un chien de bord. Il remplit consciencieusement ses fonctions à bord du petit caboteur qui navigue sur les fjords, mais sa fonction numéro un est de donner chaleur et amitié à son vieux maître solitaire, le capitaine Phosphore. En échange il reçoit quelques succulents morceaux de lard grillé et peut dormir, ô délice suprême, couché sur les pieds de son maître. Ainsi tout va pour le mieux au pays des Fous (de Bassan). La vie s’écoule doucement.