ÇA VA

ÇA VA écriture et mise en scène d’Hélène Hamon, écriture et interprétation d’ Hubert Mahela, scénographie de Jean-Baptiste Manessier,

 Sous ce titre lapidaire, il y a un un sous-titre : “Scènes de la vie ordinaire à Kinshasa, là où malgré la guerre et la vie dure, les gens savent rire, désirer, pardonner”…. Hubert Mahela, seul en scène crée toute une vie autour de lui et  fait vivre tout son quartier de Kinshasa. Il est venu installer un “Nikablo”, échoppe de rue pour le mariage de son ami Christian Zola. Il est occupé à placer des ampoules dans un invraisemblable carpharnaüm, qu’il déblaie peu à peu, parlant, dansant, riant avec une énergie de tous les instants, au son de musiques qui entretiennent sa bonne humeur.
L’espace prend forme sous ses mains, la devanture devient coquette, il mitonne des beignets dont l’odeur parfumée chatouille agréablement les narines du petit Kolia 7 ans qui n’en perd pas une miette.
Et puis panne d’électricité, un mois à la bougie, plus rien à manger, les tueurs partis de 800 kilomètres se rapprochent de la capitale, y entrent. Ce sont des enfants soldats, le pire d’entre eux n’a pas 12 ans…Christian Zola qui a porté un homme  blessé dans un accident de voiture jusqu’à la polyclinique, se fait arrêter car il aurait dû attendre les secours, quitte à laisser mourir la victime. Mais c’est son grand-père qui le premier s’est établi dans ce quartier, tout le monde le connaît et on le libère et la joie revient. Les invités du mariage arrivent.
A lui seul, Hubert Mahela est porteur de l’incroyable énergie des petites gens dans ce pays ravage et pillé qui renaît sans cesse de ses cendres..

Edith Rappoport

 

Théâtre Jeune Public de Strasbourg puis au Théâtre Dunois

 


Archive pour mai, 2010

LE ROI, LA REINE LE CLOWN ET L’ENFANT

 

LE ROI, LA REINE LE CLOWN ET L’ENFANT  d’ Éric Louis et Pascal Collin, mise en scène d’ Éric Louis.

La Nuit surprise par le jour, collectif d’artistes inventifs et généreux, a suscité de belles aventures théâtrales, notamment Le bourgeois, la mort et le comédien, trilogie de Molière et surtout un insolite Songe d’une nuit d’été aux ateliers Berthier en 2007.
Ils ont mitonné à leur sauce ce conte pour enfants, Le roi, la reine, le clown et l’enfant, histoire d’un roi qui doit impérativement marier sa fille avant ses 18 ans révolus, faute de quoi le royaume deviendrait la proie d’une vilaine sorcière, source de grands malheurs.
Un prétendant est choisi, il doit rencontrer sa promise la veille des noces, mais la princesse ne veut pas épouser un homme qu’elle n’a jamais vu. Elle veut s’enfuir pour découvrir le monde, mais la Reine, sa mère veille au grain; la princesse retrouvera un père compréhensif et un mari qu’elle connaît grâce à un subterfuge. Les quatre acteurs font preuve d’ironie et d’une belle agilité en faisant appel à une amusante participation du public averti par l’équipe du Théâtre 71.

Edith Rappoport

Théâtre 71 de Malakoff

 

GARY JOUVET 45 51

 

GARY JOUVET 45 51d’après la correspondance de Louis Jouvet et de Romain Gary et Tulipe ou la protestation de Romain Gary, mise en scène de Gabriel Garran

garryjouvet2.jpgC’est un retour émouvant pour Gabriel Garran au Théâtre de la Commune qu’il avait créé il y a plus de trente ans! De grands souvenirs reviennent : L’instruction de PeterWeiss, La mort d’un commis voyageur parmi bien d’autres. Didier Bezace a invité l’ancien maître des lieux et de nombreux amoureux de ce premier théâtre public de banlieue s’y pressent et la moyenne d’âge est élevée ! Mais l’attente est vive, Gabriel Garran  revient avec une œuvre étrange où il a mêlé la correspondance de ces deux artistes et une pièce de Romain Gary sur des émigrés rescapés de la seconde guerre mondiale rejetés par les USA…
Mais la grande salle du Théâtre de la Commune est étroite et profonde et André Diot, grand éclairagiste devant l’Éternel aime bien les ombres. Et l’on ne distingue pas les visages des six acteurs, plutôt bons au demeurant,et l’ on se perd dans les personnages (il a fallu lire le programme à la sortie pour s’apercevoir que l’excellent Jean Paul-Farré jouait le rôle de Tulipe l’émigré de Harlem). On ne sait pas très bien  qui est Jouvet, qui est Gary… On n’y voit rien, on entend mal loin du plateau… Il est donc difficile,  dans ces conditions, d’apprécier à sa juste mesure ce spectacle énigmatique, malgré toute l’admiration que l’on peut porter à Gabriel Garran, artiste généreux entre tous.

Edith Rappoport

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, jusqu’au 29 mai Tél 01 48 33 16 16


 

Zelda.F (ou l’incroyable vie de Zelda Fitzgerald)

Zelda.F (ou l’incroyable vie de Zelda Fitzgerald)

Mise en scène Julianne Plée, conception:  Bénédicte Dessombz et Julianne Plée

Un immense talent d’écrivain sacrifié sur l’autel de la jalousie, ainsi pourrait-on résumer le destin tragique de Zelda Fitzgerald. On connaît peu l’épouse de l’écrivain américain, cette femme hors-du-commun, assoiffée d’indépendance, et qui,  toute sa vie, a dû se battre pour conquérir liberté et reconnaissance.
Et c’est tout le mérite de ce spectacle que de nous donner à mieux connaître cette artiste exigeante. Ainsi le spectateur appréhende-t-il Zelda par ceux qui l’ont connue : une amie d’enfance ou une comédienne de Broadway, son éditeur ou son médecin, le garçon de café ou le journaliste radio, une voyante ou Scott lui-même, méprisant et indifférent.

 zelda.jpgDe Montgomery (Alabama), le village d’enfance, à Manhattan, de Saint-Raphaël à Montparnasse, de Naples à Hollywood, l’existence de Zelda est une fuite en avant éperdue, entre l’Amérique de la prohibition et l’Europe d’après-guerre, où elle courrait après le bonheur. Une quête illusoire: Scott ne croit pas au génie de Zelda. Leurs frasques et leurs escapades extraconjugales montrent assez la fumisterie sur laquelle reposait le couple. Ce qui n’empêcha pas l’auteur de Gatsby de se servir de sa femme comme d’une muse et d’en faire l’héroïne de ses romans, trahissant sa maladie et exploitant sa souffrance, allant même jusqu’à recopier des extraits de ses lettres ou de son journal. La gloire importe davantage que le respect ou la considération, semble-t-il, et vaut bien quelques sacrifices.
Ainsi le sort de Zelda est-il étroitement lié à Scott. C’est peu dire que tous deux brûlèrent la chandelle par les deux bouts. Ce couple exubérant et fantasque a multiplié les excentricités et les excès jusqu’à ce que Scott en meure le premier , d’alcoolisme et de tuberculose, suivi quelques années plus tard par une Zelda schizophrène. Un couple fou et trop passionné, évoquant celui de Diego Rivera et de  Frida Kahlo.
Bénédicte Dessombz est aussi stupéfiante que la Zelda qu’elle incarne. Courant sur scène, bougeant au rythme du jazz, elle s’amuse et nous séduit, nous ravit et nous conquiert. Avec un simple tailleur pantalon déclinable à l’envi et quelques accessoires, la jeune actrice se métamorphose littéralement. Véritable caméléon, elle change de peau avec une facilité déconcertante.Chacun de ses personnages est abouti et convaincant mais elle requiert aussi notre attention à chaque instant : on ne s’ennuie pas une minute durant cette représentation à la mise en scène vraiment très réussie.
Voilà donc un spectacle chargé d’émotion qui sort de l’ordinaire. C’est avec une grande sincérité que l’on lui souhaite bonne chance !

 

 

Barbara Petit

Le 6 mai à 20h30 au Petit Théâtre – Odyssée, à L’Escale, 25 rue de la Gare, Levallois.

Gabriele, un voyage Paris-Rome

Gabriele, un voyage Paris-Rome de Fausto Paradivino et Giampiero Rappa mise en scène de Stéphane Miglierina et  Catherine Monnot

Parlate italiano ? (parlez-vous italien ?) Voilà qui serait bien utile pour assister à la représentation de Gabriele, cette pièce franco-italienne semi-autobiographique de Fausto Paradivino et Giampiero Rappa sur les difficultés des débuts de la vie d’artiste et de la vie… tout court.
Ici, plaisir du jeu et du langage font vibrer les comédiens autant que les personnages. Car Gabriele, c’est un peu L’Illusion comique de Corneille mâtinée de L’Auberge espagnole de Klapisch. Mais reprenons : nous, les spectateurs, sommes à peine assis que Catherine Monnot, la metteuse en scène, nous situe le lieu de l’action : Rome, les personnages et la situation : ces cinq jeunes hommes sont sortis de l’école et partagent le même toit ; ils ont décidé de monter ensemble Richard III de Shakespeare. D’emblée, la cloison entre la réalité et la fiction s’explose.
Quid du quatrième mur ? La pièce est-elle commencée ? D’autant que le décor tout en trompe-l’œil (toiles peintes de Christophe Therrien) donnent l’illusion d’un frigidaire, d’un escalier en colimaçon, d’une table de cuisine dressée pour le repas ou encore d’un balcon (Vérone n’est pas loin), que viennent éclairer des lampadaires en dur.
L’histoire se complique avec la venue de trois filles, françaises passionnées de théâtre, qui se mêlent des affaires des hommes et voudraient participer à leur spectacle. Un défi pas simple à relever car le monde de l’art est un monde de requins, en italien, « mundo di lupi ». Mais le ver est déjà dans le fruit : Angela, qui flirte avec chacun, tombe enceinte. Qui est le père ? Les hommes jouent aux rois, mais ils se défilent quand il s’agit d’assumer la paternité, comme au moment de payer les factures. L’un d’eux sera-t-il à la hauteur de son devoir ? De la vie en colocation à l’univers professionnel en passant par les désirs amoureux, jalousie, rivalité et problèmes d’argent apparaissent comme d’imparables fils conducteurs.
La troupe Polygène offre un hommage à la jeunesse avec cette représentation fraîche, légère, ouverte sur la diversité culturelle et le partage, à l’heure où nous avons bien besoin d’Europe ! Les comédiens français et italiens font preuve d’une belle vivacité. À cet égard, le duo d’amies espiègles (Virginie Rodriguez et Flora Seigle-Murandy) fonctionne vraiment bien : ces Pythies modernes croisées des sorcières de Macbeth qui commentent, interviennent (en disant les didascalies), chantent et s’amusent avec des rubans, bref viennent mettre leur grain de sel et un zeste de fantaisie: elles  sont savoureuses et à croquer. Un peu de piano pour la tension dramatique (Didier Massein) achève de composer une scénographie réussie et une dramaturgie assez convaincante. Même si,  ce serait mieux  de  comprendre l’italien : plus de passages traduits ou un surtitrage auraient été bienvenus.
A suivre, donc, les aventures de ces comédiens nomades et cosmopolites !

Barbara Petit
A Lilas en scène du 3 au 5 mai

Stabat Mater

Stabat Mater
D’Antonio Tarantino
Mise en scène Éric-Gaston Lorvoire

 

1266403668affiche300.jpg     Une Marie moderne souffrant le martyre du Christ, c’est le Stabat Mater médiéval dans le prisme plein d’ironie d’Antonio Tarantino.
Une Marie qui se réfléchit en fille-mère, ex-prostituée, alcoolique vivant dans une HLM au cœur de l’Italie traversée par le Pô, à la recherche de son Jésus de fils unique. Ne jetez pas trop vite la pierre. Dans son appartement misérable, la fumée de cigarette cache la pacotille des cierges et des icônes. Il y a ce Jésus-Christ dans un cadre entouré de roses, dont on ne mesure pas encore toute la signification. Et la petite Vierge dans sa grotte de Lourdes s’illumine au moment où, sur le mur, la guirlande se met à scintiller, renvoyant à ce cœur qui bat, le cœur d’une femme terriblement vivante, douloureusement fière, à la présence incomparable. Ici, l’indigence résonne dans la table en formica comme dans les espadrilles de toile rose. Marie alterne le café au cognac et le cognac seul, les cigarettes et les histoires de fesses ou de jalousie. Elle attend Jean, le maq’, père de son fils et obsédé sexuel notoire, Madeleine l’amoureuse de son fils. Qui pourrait lui donner des nouvelles de Jésus qu’elle a élevé seule ? Apparemment, pas l’employée de mairie, ni le commissaire Ponce, ni le Père Aldo. Or Jésus a disparu avec un revolver, et Marie imagine le pire car il s’est entiché de politique, et fait même partie d’une bande. Et ces rendez-vous qui n’arrivent pas. Marie fait les cent pas et tourne en rond, mouvant ce corps massif, incandescent mais plein de grâce. Elle ressasse son inquiétude dans une gouaille faite de grossièretés, une verve emplie de pauvreté et de poésie. La poésie, c’est cet art pour lequel était doué le fils disparu, c’est également ce qu’on trouve dans les chansons elles aussi faciles et pleines de promesses non tenues, comme Domenico Modugno entonnant « Volare, oh oh, cantare ho ho hoho… ».

Petit à petit, le spectateur reconstitue le puzzle de cette histoire, le destin de cette Vierge brossé à grands traits. Annie Mercier à son meilleur incarne brillamment cette femme simple, démunie mais terriblement attachante. Finalement, dans ce spectacle, c’est peut-être moins l’ironie qui se dégage que la compassion du dramaturge pour sa créature blessée et révoltée.
Et la nôtre avec lui.

Barbara Petit

Au théâtre Le Lucernaire jusqu’au 15 mai à 21h30 du mardi au samedi.

À la défense des moustiques albinos

À  la défense des moustiques albinos   de Mercès Sarrias Traduction et mise en scène : Philippe Soldevila, coproduction du Théâtre de la Vieille 17 (Ottawa) et du Théâtre Sortie de Secours (Québec)

 

    Une comédie pétillante,  une vision scénique rafraichissante, des propos intelligents, actuels et satiriques,  tout concourt pour que cette collaboration entre une troupe franco-ontarienne, et  une troupe québécoise réussisse. Au centre du projet : une pièce de Mercès Sarrias, une auteure catalane parfaitement inconnue au Canada mais dont l’écriture scénique est si  surprenante qu’elle nous accroche dès les premiers moments. Les bruits de lphoto8.jpga ville remplissent la salle alors que Marta enrage. On vient de remorquer sa voiture et elle doit payer une forte amende pour la récupérer. La dame pimpante et souriante derrière la caisse à la fourrière ne sympathise pas du tout avec la pauvre Marta qui se voit piégée par la police pour la énième fois. Frustrée, énervée, quasi hystérique, cette petite femme explose sur scène, incarnation même de tous les maux qui harcèlent les habitants des grands centres urbains où la vie devient de plus en plus insupportable.
Mais elle n’est pas la seule! Sa fille Laïa, une petite révoltée de quinze ans supporte mal la séparation de ses parents et semble tout faire pour provoquer sa mère, y compris raconter qu’elle couche avec son prof de littérature.  Horrifié par ses accusations, Victor, le professeur méprisé par tous ses élèves, devient à son tour hystérique  alors que la  fille  à la fourrière rêve de sauver  les tortues de la Nouvelle-Zélande.  Albert, écologiste frustré et ex-mari de Marta,  se dédie  à la cause d’un village qui sera englouti par la construction d’une future  autoroute.
Marta,  conseillère économique de l’état,  pourrait freiner le projet mais des problèmes personnels compliquent la situation. Et  Albert découvre des moustiques albinos, dans les eaux glauques du village.  Il s’agit d’une  espèce rare en voie de disparition et qui ne survivra certainement pas si la construction de l’autoroute continue;  raison supplémentaire de se mobiliser pour sauver la planète, en l’occurrence, ce paysage de névrosés qui ne survivront peut-être pas la durée du spectacle.
Cinq comédiens jouent cinq personnages, Chacun a son histoire à raconter mais ces expériences différentes convergent à travers soixante-dix courtes scènes qui accaparent l’espace en nous projetant vertigineusement d’un lieu à un autre, pour faire avancer l’intrigue, dont le mouvement est découpé en brèves  rencontres les unes plus grotesques que les autres. La structure fait croire que l’auteur est formé par la télévision, ou les jeux vidéo. Puisque le spectateur serait incapable de concentrer son regard pendant  plus de cinq minutes,  voilà  les
photo3.jpgpersonnages  qui grimpent sur le frigo, sur les tables, sur les divans. Les meubles se transforment en tribunes, en marécages, en salles de classe, en lit d’amoureux, en parking, en routes bruyantes, en pistes de danse. Parfois les personnages se parlent les uns aux autres. Parfois ils s’adressent au public pour créer un effet de  mise en abyme, très conscients du fait qu’ils sont observés.
Le metteur en scène Philippe Soldevila avec la collaboration de son concepteur sonore et maître de cérémonies cruelles Pascal Robitaille, dirigent avec brio ce cirque, et  cette accumulation  d’activités chaotiques. Nous comprenons vite que les moustiques repérés dans les eaux pourries du village nous renvoient  aux habitants névrosés de ce centre urbain. Soldevila et Robitaille, les grands manipulateurs du  spectacle, font déplacer leurs personnages à une allure frénétique comme des acrobates, des clowns, ou des personnages sortis d’une farce à la française.
On devine toute la confusion, le stress des  habitants; comme les moustiques albinos, sont peut-être, eux aussi, des espèces en voie de disparition. Il suffit de suivre le personnage de Marta, de plus en plus hystérique alors qu’elle sombre dans un quotidien qui la dépasse. On sent que tous sont à bout, sauf le spectateur qui voudrait en voir encore davantage!   L’extraordinaire énergie des comédiens transforme les personnages en  créatures hyperactives de bandes dessinées dont le jeu est méticuleusement réglé.
Même si le jeu est clownesque,  le réalisme violent des situations dérange : problèmes de couple séparé,  luttes quotidiennes dans la circulation des grandes villes, préoccupations écologiques, difficultés dans les salles de classe et  révolte des jeunes.
Le texte catalan, qui situe les choses près de Barcelone, évoque, entre autres, la campagne  menée pour sauver les ours des Pyrénées, références que le traducteur n’a pas enlevées,  même si cela ne signifie rien chez nous. Toutefois, ce texte, à peine « adapté » au contexte canadien,  dépasse quand même l’espace européen pour se fondre dans  l’espace du parler québécois. La mondialisation implicite du processus  théâtral renvoie à la  mondialisation des préoccupations écologiques et ceci malgré les  particularités linguistiques. Tout ceci surprend, dérange et amuse et surtout,  ouvre des possibilités d’une nouvelle forme d’écriture scénique qui fait le pont entre la télévision, l’ordinateur et la scène… 

 

Alvina Ruprecht

UN CERTAIN SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ

UN CERTAIN SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ . d’après William Shakespeare, écriture et mise en scène Richard Demarcy Naïf Théâtre 

 songedete178.jpg Richard Demarcy, artiste généreux et prolixe a monté plus d’une trentaine de spectacles depuis 1972. Il a mené parallèlement une riche carrière universitaire et constitué une troupe multiculturelle avec des acteurs venus du Sénégal (où il écrit dans sa maison), du Cameroun, du Congo, du Portugal, d’Angola, du Québec et de Taïwan.

Un certain songe d’une nuit d’été interprété par 11 acteurs venus de tous ces horizons recèle une belle énergie grâce à une adaptation à la fois fidèle et libertaire. C’est “un théâtre naïf de brocanteurs (…) qui se doit d’être éruptif, volcanique sous le regard du dieu Pan”! Les couples d’amoureux, Thésée et Hyppolita, Obéron et Titania, Démétrius et Hermia, Lysandre et Hélena sont des couples mixtes, un noir, une blanche, le masculin s’accorde avec le féminin…Un plateau nu, de riches tissus, des costumes d’apparat, un jeu clownesque très maîtrisé, par moments enfantin, le Naïf théâtre ne recule pas devant la bataille d’oreillers au demeurant très efficace , ce Certain songe d’une nuit d’été séduit le public qui lui fait un triomphe. “Les enfants fous fuient le paradis qu’on leur a fait”, comme le dit Thésée à la fin du spectacle…Au delà des nombreuses mises en scène de cette pièce, celle de Richard Demarcy peut se confronter avec les magnifiques souvenirs de la réalisation de Peter Brook vue au Théâtre de la Ville dans les années 70!

 

Edith Rappoport

Le Grand Parquet.  du 16 avril au 23 mai 2010

 

Prague sous la pluie qui passe et qui sourit

Prague sous la pluie qui passe et qui sourit de Jean Bois.

          999743501.jpg Jean Bois reprend le spectacle qu’il avait créé  au dernier festival d’Avignon. Ce sont six tableaux ou six sketchs à deux, qu’il joue avec Dominique Constantin. Cela fait  longtemps – une bonne vingtaine d’années qu’il a mis au point cette curieuse approche du théâtre où , la plupart du temps, seul avec une unique partenaire, il essaye d’exorciser à la fois  les démons de la scène et ceux du couple. Ce théâtre dans le théâtre est parfois drôle, et,  en même temps ,doux amer ,mais semble souvent écrit pour la chute que l’on devine aisément. Avec une petite musique poétique qui n’appartient qu’à lui..
Jean Bois introduit souvent un phrase un peu crue au moment où on ne l’attendait pas et flirte avec des mots d’auteur que ne renierait pas  un Sacha Guitry, du genre » Plus elle picole, plus le vieux marin prend l’eau ». En gros, cela fonctionne quand même, comme ce premier sketch où un vieux chanteur assez cabot reçoit la visite d’une curieuse spectatrice tout habillée de noir, métaphore de la mort ,  qui a réussi à pénétrer dans sa loge. Cela se passe  dans la petite ville de Médon Saint-Sauveur dont on devine que ce sera la fin du parcours pour Jacky Jack…
C’est écrit avec beaucoup de nuances et de délicatesse. Mais selon les tableaux, cet exorcisme flamboyant est  inégal et le dernier -pas très fameux,- semble bien long, même si une belle colombe blanche apparaît soudain.  Il y a aussi l’histoire – sans doute la meilleure- d’un pauvre joueur  d’orgue de Barbarie, aveugle,  qui écoute , tout en tournant la manivelle, ce que lui confie une belle jeune fille de quinze ans qui s’est enfuie de chez ses parents.
En fait,  c’est une pauvre pute, habillée de façon  vulgaire ( photo  ci-dessus) qui a travesti sa voix, et-c’est un peu téléphoné-qui lui révélera à la fin sa véritable identité. Pas de doute là dessus, les cinq premiers tableaux tiennent la route sur le plan textuel comme on dit. Mais… oui, il y a un mais, l’ensemble n’est pas vraiment dirigé: Jean Bois, alors qu’ il possède un vrai métier et une voix magnifique,  surjoue presque tout le temps après le premier sketch, et se met parfois à crier, alors que la salle est très petite ; par ailleurs,  il est difficile de croire une seconde aux personnages campés par Dominique Constantin qui sert souvent de faire-valoir. Et  l’on reste un peu-et même beaucoup sur sa faim.!
De toute façon, le spectacle est maintenant installé et donc  impossible à rectifier. Mais autant dire les choses: ce qu’il faudrait  à Jean Bois, c’est un metteur en scène et  directeur d’acteurs qui prenne les spectacle en main… Alors à voir, oui, si vous êtes un inconditionnel de Jean Bois-et il y en a- sinon, il n’est pas  sûr que vous y trouviez votre compte, malgré les qualités indéniables  du texte.

Philippe du Vignal

Théâtre du Marais 37, rue Volta 75003 PARIS (M° Arts et Métiers). 01 45 35 75 87 les jeudi, vendredi et samedi à 21h.


 

VITEZ EN EFFIGIE

VITEZ EN EFFIGIEantoinevitez.jpg

Pour les 20 ans de la disparition d’Antoine Vitez, l’association THEMAA et le Théâtre aux mains nues ont organisé 2 jours de colloque, une exposition et un spectacle et un film pour marquer sa mémoire.
Mes souvenirs de Vitez remontent : un voyage en 2 CV à Caen avec René Gaudy pour voir sa mise en scène des Bains de Maïakowski, un plateau tournant circulaire avec le fonctionnaire Pobedonossikov qui recule devant les solliciteurs, La parade de Loula Anagnostaki (?) avec la magnifique Brigitte Jacques et Collin Harris (?) puis Le précepteur de Lenz au TEP ou encore La grande enquête de François Felix Kulpa de Xavier Pommeret, ses débuts au TQI après Nanterre et surtout La magnifique Électre qu’il n’a cessé de remonter, plus tard, Le Partage de midi à la Comédie Française, L’Echange à Chaillot. Et puis une interview publiée dans France Nouvelle, “Le Conservatoire, haras de la Comédie-Française”, que de souvenirs lumineux, inoubliables !
Vitez avait une amitié de jeunesse avec Alain Recoing, infatigable amoureux de la marionnette ( nous l’avions invité en 1975 à la MJC d’Issy-les-Moulineaux avec L’enfant d’éléphant). Dès son arrivée à la direction du Théâtre National de Chaillot, Vitez avait fondé un espace pour la marionnette et le jeune public dans le grand foyer ouvert sur la Seine, il y avait programmé plusieurs marionnettistes importants, comme Grégoire Calliès ou Pierre Blaise, je me souviens de Tout le cirque magnifique. À l’époque, la marionnette n’était pas à l’honneur…
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Après plusieurs interventions introduites par Eloi Recoing qui a pris la succession de son père à la tête du Théâtre aux mains nues, de trois jeunes chercheuses universitaires, dont celle très vivante de LenaÏck Talarmin de Paris 3 commentant le jeu d’Elmire transformée en marionnette dans la scène de séduction de Tartuffe, d’après un vieux film en noir et blanc de 1978, place au théâtre.
Éloi Recoing a mis en scène un impromptu sur ce que Vitez désignait comme” le théâtre en gaz rare, le théâtre sans rien”. Cyril Bourgeois, Alain Recoi
ng et Jeanne Vitez retracent l’aventure exceptionnelle du parcours de Vitez aux côtés de la marionnette à partir de la création de La ballade de Mister Punch au Théâtre Paul Éluard de Choisy le Roi en 1976, battant les différentes expériences et les textes, sur un plateau circulaire et un castelet blanc. “ Crayonné dans l’urgence, vite et mal selon le précepte claudélien” cet impromptu est un réjouissant et ironique délice.

Edith Rappoport

Théâtre National de Chaillot

 

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