Les Ames mortes

Les Ames mortes de Nicolas Gogol, mise en scène d’Anton Kounetsov, traduction d’André Markovicz

    ame2.jpgLes Ames mortes, c’ est sans doute le chef d’œuvre le plus  reconnu de toute la littérature russe et que Nabokov,  après bien d’autres écrivains, chérissait tout particulièrement.  En Russie, les âmes, c’était  les hommes-esclaves  dont le nombre servait à évaluer le prix d’une propriété rurale et donc l’impôt foncier. Comme le recensement avait lieu tous les cinq ans, le nombre de serfs décédés et dûment enregistrés continuait à servir de base d’imposition au mépris de toute logique; des escrocs rachetaient  alors, à  bas prix, ces âmes à des propriétaires fonciers, ravis de se débarrasser de ce fardeau fiscal, puis installaient- fictivement s’entend- ces hommes sur des terres  achetées aussi très peu cher, puis les hypothéquaient sur leur valeur supposée.. Escroquerie  qui leur permettait de s’enrichir.
Et c’est Pouchkine qui donna l’idée de  traiter sur ce thème à Nicolas Gogol,  jeune auteur qui n’avait pas encore écrit Le Revizor, d à partir d’un fait divers réel. L’affaire lui prendre plus de quinze ans mais, comme il connaissait aussi  bien le sujet, puisque Gogol était propriétaire terrien,  le résultat est d’une saveur incomparable.
C’est donc l’histoire d’un personnage d’un petit escroc: Tchitchnikov, accompagné de son cocher Sélifane et de son valet Petrouchka, qui part à la recherche de de ses futures victimes, petits propriétaires terriens. Ils sont à la fois méfiants et souvent naïfs mais toujours cupides qui cherchent, dans une partie de poker menteur, à être encore plus rusés que cet escroc aux belles paroles qui finira par revenir de la campagne, tout heureux d’avoir réussi à être devenu millionnaire, terme qu’il
ame1.jpgsavoure avec une joie incomparable…
Mais,  en proie à des soupçons de plus en plus nombreux, il devra s’enfuir au plus vite. Bien évidemment,  le nombre  de scènes et de dialogues hauts en couleurs allait faire l’objet de nombres d’adaptations théâtrales en Russie comme en France. Le thème est resté très actuel :une spéculation sur un bien fictif , immatériel et c’est de la plus brûlante actualité, puisque le spectacle se joue à Bobigny au moment même où s’ouvre le procès de Jérôme Kerviel.
Anton Kounetsov  avec Laurent Lejop a adapté le long texte de Gogol: trois personnages: Tchitchinikov lui-même, joué par Laurent Manzoni, Hervé Briaux qui incarne au début l’auteur puis nombre de clients , et Véra Ermakova qui joue plusieurs des femmes des Ames mortes
Ce n’est jamais pas facile de restituer toute la truculence d’un  long récit mais son adaptation et sa traduction scénique sont ici assez décevantes. D’abord par la façon dont les scènes  s’enchaînent sans véritable fil conducteur et où l’on perçoit assez mal le côté absurde et farcesque du roman de Gogol.
Mais c’est aussi la direction d’acteurs qui fait défaut:  pourquoi Kounetsov s’acharne-t-il à faire crier sans raison Laurent Manzoni et Hervé Briaux? Ce qui finit par tout laminer; il y a bien quelques scènes entre le petit escroc et l’un des clients qui sont tout à fait réussies, mais aussitôt, après l’intérêt retombe. Comme cette succession de petits moments dure plus de deux heures quinze, autant dire tout de suite que le temps parait souvent interminable…
Alors à voir? Pas sûr, même et surtout si l’on est passionné par Gogol dont l’écriture reste succulente, surtout dans la traduction d’André Markovicz.

Philippe du Vignal

MC 93 Bobigny jusqu’au 29 juin.


Archive pour 9 juin, 2010

Les Ames mortes

Les Ames mortes de Nicolas Gogol, mise en scène d’Anton Kounetsov, traduction d’André Markovicz

    ame2.jpgLes Ames mortes, c’ est sans doute le chef d’œuvre le plus  reconnu de toute la littérature russe et que Nabokov,  après bien d’autres écrivains, chérissait tout particulièrement.  En Russie, les âmes, c’était  les hommes-esclaves  dont le nombre servait à évaluer le prix d’une propriété rurale et donc l’impôt foncier. Comme le recensement avait lieu tous les cinq ans, le nombre de serfs décédés et dûment enregistrés continuait à servir de base d’imposition au mépris de toute logique; des escrocs rachetaient  alors, à  bas prix, ces âmes à des propriétaires fonciers, ravis de se débarrasser de ce fardeau fiscal, puis installaient- fictivement s’entend- ces hommes sur des terres  achetées aussi très peu cher, puis les hypothéquaient sur leur valeur supposée.. Escroquerie  qui leur permettait de s’enrichir.
Et c’est Pouchkine qui donna l’idée de  traiter sur ce thème à Nicolas Gogol,  jeune auteur qui n’avait pas encore écrit Le Revizor, d à partir d’un fait divers réel. L’affaire lui prendre plus de quinze ans mais, comme il connaissait aussi  bien le sujet, puisque Gogol était propriétaire terrien,  le résultat est d’une saveur incomparable.
C’est donc l’histoire d’un personnage d’un petit escroc: Tchitchnikov, accompagné de son cocher Sélifane et de son valet Petrouchka, qui part à la recherche de de ses futures victimes, petits propriétaires terriens. Ils sont à la fois méfiants et souvent naïfs mais toujours cupides qui cherchent, dans une partie de poker menteur, à être encore plus rusés que cet escroc aux belles paroles qui finira par revenir de la campagne, tout heureux d’avoir réussi à être devenu millionnaire, terme qu’il
ame1.jpgsavoure avec une joie incomparable…
Mais,  en proie à des soupçons de plus en plus nombreux, il devra s’enfuir au plus vite. Bien évidemment,  le nombre  de scènes et de dialogues hauts en couleurs allait faire l’objet de nombres d’adaptations théâtrales en Russie comme en France. Le thème est resté très actuel :une spéculation sur un bien fictif , immatériel et c’est de la plus brûlante actualité, puisque le spectacle se joue à Bobigny au moment même où s’ouvre le procès de Jérôme Kerviel.
Anton Kounetsov  avec Laurent Lejop a adapté le long texte de Gogol: trois personnages: Tchitchinikov lui-même, joué par Laurent Manzoni, Hervé Briaux qui incarne au début l’auteur puis nombre de clients , et Véra Ermakova qui joue plusieurs des femmes des Ames mortes
Ce n’est jamais pas facile de restituer toute la truculence d’un  long récit mais son adaptation et sa traduction scénique sont ici assez décevantes. D’abord par la façon dont les scènes  s’enchaînent sans véritable fil conducteur et où l’on perçoit assez mal le côté absurde et farcesque du roman de Gogol.
Mais c’est aussi la direction d’acteurs qui fait défaut:  pourquoi Kounetsov s’acharne-t-il à faire crier sans raison Laurent Manzoni et Hervé Briaux? Ce qui finit par tout laminer; il y a bien quelques scènes entre le petit escroc et l’un des clients qui sont tout à fait réussies, mais aussitôt, après l’intérêt retombe. Comme cette succession de petits moments dure plus de deux heures quinze, autant dire tout de suite que le temps parait souvent interminable…
Alors à voir? Pas sûr, même et surtout si l’on est passionné par Gogol dont l’écriture reste succulente, surtout dans la traduction d’André Markovicz.

Philippe du Vignal

MC 93 Bobigny jusqu’au 29 juin.

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