Flowers in the mirror

Flowers in the mirror, de Li Ju Chen, par l’opéra chinois du Sichuan. Mise en scène et scénographie de Charles et Vincent Tordjman. Les Digitales vagabondes, par la Station Miao

       fleurs.jpg Querelle parmi les immortels : la fée des Cent Fleurs a laissé l’Impératrice fleurir son jardin en plein hiver, à contre-saison. Punition : elle devra se réincarner en fille de l’érudit Tang Ao, jusqu’à ce que sa peine soit levée.
La voilà partie : son « père », chassé de la cour, se consacre à son art et à ses études de Lettré ? Elle va en faire autant, ce qui est rare pour une femme chinoise, que ce soit à l’époque de l’écriture (fin du XVIIIe siècle, début du XIXe) ou à celle de la fiction (VIIe-VIIIe siècle). Mais tout a commencé par une histoire entre femmes… L’auteur se délecte de ce renversement, jusqu’à inventer un royaume utopique et carnavalesque où les hommes prennent la place des femmes et réciproquement. Ainsi, le brave beau-frère de Tang Ao, commerçant sûr de son esprit pratique et de sa maîtrise des situations, sorte de Sancho Panza de notre Lettré rêveur, se trouve contraint à se bander les pieds pour plaire à son « époux »…
Le tout donne un spectacle (surtitré en français) souvent drôle, populaire malgré l’immense pont culturel à passer, et farci de prouesses spectaculaires – acrobates, cracheurs de feu, virtuoses du « double visage » consistant à ôter et à remettre un masque en une seconde -, de musique rythmée et de ce chant dont l’émission nasillarde – on n’ose pas dire miaulante – surprend.
La mise en scène de Charles et Vincent Tordjman ne bouscule pas le jeu traditionnel de l’opéra. Elle l’installe sur le grand plateau de Nanterre, avec ce que cela change nécessairement dans les « entrées ». Elle lui apporte ce qu’il faut de sonorisation, lasers et autres outils, et un décor contemporain – dont de contestables alvéoles suspendues figurant forêts ou montagnes – avec quelques rideaux de paillettes, inévitable hommage au « kitsch » chinois d’aujourd’hui. Elle le « fait passer ». Du coup l’étonnement s’émousse, et l’étrange s’apprivoise. C’est comme ça, fraternisation culturelle, sourire mondial.
Les Digitales vagabondes raconte également une histoire de fleurs et de Chine, mais d’un point de vue à peu près opposé : Laurence Hertenstein et Stéphanie Barbarou ne sont pas allée en Chine. Mais elles ont suivi l’histoire, la géographie, la botanique, les grandes lignes de commerce « qui ruine les populations qu’elles traversent » pour arriver à leur « conférence » en cinq « stations ». Elles nous obligent à mettre des guillemets partout, parce qu’elles ne font rien comme tout le monde ; donc, aucune catégorie adéquate. Parce que leur projet est né d’une histoire d’amour – les femmes Miao (minorité de Chine) chantent pour leurs prétendants du sommet des montagnes- , elles se sont prises d’amour pour les Miao, et pour les minorités menacées -même si ce ne sont que des plantes- . Elles chantent, trouvant des sons inouïs,  dessinent des cartes de géographie où tout redevient « terra incognita », elles investissent les lieux, parcs, jardins, terrains vagues : vrai voyage, qui ne détruit pas son objet. Le 13 juin, vous avez manqué la Station 1 : Avancer tout en restant là, Périphérique.
Mais la Ferme du Bonheur accueille tous les dimanches à 15h jusqu’au 11 juillet chacune des quatre dernières stations : que leurs titres vous invitent et vous inspirent ! 20 juin, Station 2 : Zig-zag, Caucase. 27 juin, Station 3 : Estomper la carte, Bosphore.4 juillet, Station 4 : Relier à l’oreille le sommet des montagnes, Asie centrale.11 juillet, Station 5 : Surgir dans le Far-est chinois.


Christine Friedel

 Théâtre des  Amandiers- Nanterre jusqu’au 20 juin ; 01 46 14 70 00 La Ferme du Bonheur 220 avenue de la République Nanterre: 01 47 24 51 01  24  contact@lafermedubonheur.fr

 


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