En vie (titre provisoire), chemins dans la langue de Pierre Guyotat

En vie (titre provisoire), chemins dans la langue de Pierre Guyotat, adaptation et mise en scène de Sébastien Derrey.

 

image1.jpgVoilà une épreuve à laquelle il faut se confronter. Ce n’est pas une plaisanterie : Sébastien Derrey et ses comédiens nous donnent leur version tendre, respectueuse, très sérieuse de Progénitures.
 
Pierre Guyotat y invente “le putain », sorte d’esclave, de sous-homme, soumis à tous les caprices de ceux qui accèdent à l’ “humain “, et parlent le français comme vous et moi (mais méritons-nous le titre d’humains ?).
Eux, les putains, parlent une langue fondamentale, cachée dans la langue française, pleine de terre, de nuit, de sang, de ciel. Une langue physique qu’il ne faut pas chercher à comprendre, mais à ressentir. 
Jean Boissery souvent, Frédéric Gustaedt, et Catherine Jabot parfois, parviennent à en trouver la force. Les interventions du metteur en scène sont bien venues, apportant un repos à la tension créée par cette langue étrange, sinon étrangère.
L’élégant dispositif scénique de Sallahdyne Khatir- tiges musicales pendues aux cintres -, est souvent caché dans la pénombre, tandis qu’une lampe portée à la main crée des lumières à la Georges de la Tour, ( Raphaël de Roza) en contre-point poétique à un film en noir et blanc de Yoana  Urruzola. C’est beau mais  discutable : la lampe éblouit le spectateur et l’obscurité rend l’écoute plus difficile.
Trop de respect envers l’auteur ?

Christine Friedel

L’Echangeur, à Bagnolet – 01 43 62 71 20-

 


Archive pour 22 juin, 2010

La Cruche cassée

La Cruche cassée d’Heinrich von Kleist, mise en scène Thomas Bouvet.

 

   cruche.jpg C’est l’histoire d’une chute, aussi vertigineuse qu’inexorable. Adam, juge dont l’ancêtre fut le premier pécheur, va connaître une descente aux Enfers mémorable. En quittant sa maîtresse d’un soir, il casse une cruche de grande valeur. Lorsque les plaignants viennent à la cour, Adam croit pouvoir rapidement classer l’affaire, mais c’est sans compter le sort qui s’acharne sur le fauteur de trouble. Et, les indices venant confirmer les propos des témoins, le menteur paiera le prix de sa faute, et n’échappera ni à la condamnation ni à l’opprobre publique.

La scénographie de la compagnie Daf Maira est toute imprégnée de références cinématographiques, du film d’horreur type Dracula avec un Adam à l’allure de cafard, des rubans rouge sang, le son d’un violon déchirant, des hurlements ou des coups de marteau qui se perdent dans la nuit, ou du merveilleux de Tim Burton avec des maquillages extravagants (teint livides, immenses yeux noirs…), des costumes de carton pâte, ou bien du fantastique d’Une nuit en enfer de Quentin Tarantino (lumière rouge tamisée puis aveuglante, rock assourdissant,  juge mi-loup garou mi-vampire).

  La mise en scène est également riche en propositions : des séances de torture aux bourreaux cachés sous des bures de moines, au juge qui se déplace en rampant comme le cafard de Kafka, en passant par l’imagerie infernale : pied de bouc, homme vautour, vapeur d’eau…

Chez Kleist, on a beau être juge, on n’en est pas moins homme, avec tout ce que cela comporte de perversité, d’hypocrisie et de lâcheté. Et son histoire est teintée de morale, la vérité finissant par éclater au grand jour. Quant à l’homme de loi, il erre, anéanti, misérable, déshonoré.

C’est le mérite de cette jeune troupe d’avoir proposé un texte assez rare au théâtre et pourtant intéressant. Si la dramaturgie est plutôt bien calée, il subsiste toutefois quelquefois longueurs dans le déroulement du procès lui-même. Couper un peu les interventions de chacun des témoins aurait été judicieux. Mais ce spectacle est la preuve que l’absence de moyens n’oblitère pas la réussite de bonnes volontés.

Barbara Petit

Théâtre de l’Odéon les 19 et 20 juin.

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