Le nouveau Testament

nouveautestament.jpg On est en 1934, peu de temps avant le fameux 6 février,  où la France faillit s’embraser quand les les gens de droite s’en prirent aux partis de gauche; cela  se passe chez un grand bourgeois, médecin de son état, le docteur Jean Marcelin; il a bien compris  que son épouse Lucie passe d’agréables moments avec le jeune fils de ses bons amis Marguerite et Adrien Worms. Attendu chez lui  pour le dîner avec ces bons mais il n’arrive toujours pas,  et quelqu’un-évidemment  commandité par lui- ce que le public a tout de suite compris, mais bien entendu, ni sa femme,ni  son jeune amant ni ses bons amis-  confie au valet la veste du docteur, sans décliner son identité et sans dire le pourquoi du comment du retour à domicile de cette sacrée veste.
 Et, bien sûr, on trouve dans une poche  une chose plutôt compromettante:  un testament  où l’on apprend qu’il lègue une forte somme à parts égales entre son épouse,  une madame Lecourtois, et une troisième: femme :  Juliette Lecourtois . Et il ajoute: » l’une de ces personnes est ma fille et l’autre ma maîtresse ». Et la nouvelle et jolie  secrétaire de Marcelin  que son épouse fort jalouse ne peut pas supporter et soupçonne d’être sa maîtresse -se révélera plus tard être sa fille.  Quant à madame Worms, on apprend qu’elle a aussi été la maîtresse de Jean Marcelin…
 Bref, comme le disait , à la même époque, un vieux paysan normand à un jeune  journaliste qui enquêtait  sur un crime: « De toute façon, vous ne saurez rien, tous ces gens-là ont tous couché ensemble. » Mais ici, il n’y a pas de crime en jeu et, comme est dans la  « bonne » société parisienne, on règle ses comptes en famille :  le brave docteur Marcelin choisira finalement, comme pour exorciser une situation devenue  intenable,  de tout étaler  dans une sorte de jeu de la vérité.
   La  leçon de morale  un peu longuette et ras les pâquerettes que Guitry se croit  obligé de nous infliger à la fin est cynique, comme lui-même devait l’être dans la vie:  » A notre âge, à notre époque et dans notre situation, nous devons considérer que tous les événement qui nous arrivent sont heureux , sinon nous n’en sortirons jamais ».
 On n’est pas encore aux constats doux amers  de Catherine Millet à la fin de Jours de souffrance : « Je sais maintenant que chacun peut, si le regard rétrospectif ne lui fait pas peur, découvrir que son passé est vraiment un roman, et que, serait-il chargé d’épisodes douloureux, cette découverte est un bonheur ».
  Le nouveau Testament, sans être,  et de loin, un chef d’œuvre, est quand même une comédie bien construite. Guitry, quand il parle de relations amoureuses, est parfois proche de Feydeau et de Marivaux, et  les dialogues de la pièce  sont  ciselés  du genre:  » Ce qui fait rester les femmes, c’est la peur qu’on soit vite consolé de leur départ »  Une femme  qui s’en va avec son amant n’abandonne pas son mari, elle le débarrasse d’une femme infidèle ». Plus les homme sont intelligents, moins ils sont malins ».  » Ceux qui n’ont pas droit au bonheur, n’ont pas non plus  droit au malheur ». D’accord, ce n’est pas du Confucius,  mais enfin…
   En revanche, mieux  vaut oublier les mots d’auteurs un peu trop faciles comme : »Je la trouve un peu voyante/ – Tu as peur qu’elle te prédise l’avenir », ou   » Si elle est en grand deuil, ce n’est pas urgent, je ne peux plus rien faire pour elle ». La pièce ne repose heureusement pas que  sur ces mots d’auteur, même si Guitry adore (un peu trop) en parsemer  son théâtre.
  Daniel Benoin qui monta la pièce il y a trois ans avait été plus subtil dans sa direction d’acteurs, même si sa mise en scène souffrait d’une scénographie compliquée; ici, on est dans le théâtre privé, et donc sur une scène  frontale. Avec un  beau décor aux meubles luxueux et aux vitres Arts Déco, tout fait crédible. Mais, dès les premières minutes, les choses se mettent à déraper et l’on s’aperçoit vite que la mise en scène est  conventionnelle pour ne pa dire bâclée et la direction d’acteurs inexistante.
   Côté dramaturgie, il semble bien que l’on ait supprimé une scène, ce qui rend la pièce bancale.  C’est comme chez Feydeau, on n’enlève pas une roue dentée sinon la mécanique patine. Quant aux comédiens, ils  surjouent le texte sans raison, ou  font le minimum syndical en le débitant: consternant de médiocrité.
  Moralité: on n’est pas obligé de monter un Guitry, même si c’est très mode, ou alors autant le monter correctement,  comme l’avait fait, fort  intelligemment, Serge Lypszyc avec Désiré ( voir le Théâtre du Blog). Mais ici, il  faut se pincer très fort pour croire aux personnages; comme  le rythme est  mou, la pièce n’en finit pas d’avancer  et il n’y aucune scène pour rattraper l’autre, si bien que cette comédie qui pourrait être agréable devient vite un monument d’ennui. Cela dit, la salle était loin d’être pleine mais le public sans doute pas très difficile, riait parfois… Pas nous, et n’écoutant que notre courage, à l’entracte, nous nous sommes enfuis, incapables d’avaler encore une dose de plus de cet affligeant breuvage…
   Alors à voir? Comme vous voudrez, mais vous aurez été prévenu de tout le bien que l’on en pensait !

Philippe du Vignal
 


Comédie des Champs-Élysées  

 


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