Chez les nôtres, d’après La Mère

Chez les nôtres, d’après La Mère de Maxime Gorki, des paroles documentaires, des textes du comité invisible, mise en scène d’Olivier Coulon-Jablonka


chezlesnotres2.jpgUne compagnie d’Ile de France, le Moukden-théâtre, présentait, cette pièce créée au Théâtre de l’Echangeur en février. Un travail théâtral intelligemment composé par Eve Gollac et Olivier Coulon-Jablonka à partir de textes très divers.

Un point de départ simple et fort : Que faire?  comme disait Lénine. Vaste question qui se pose et se repose à chaque génération d’hommes et de femmes de bonne volonté révoltés par l’injustice. Est-ce très « scénique » ? Mais oui. Dans la version du Moukden-théâtre, ça l’est, vraiment. Il y a d’abord six excellents comédiens à la fois chanteurs, diseurs, et acteurs. Ensuite un bon fil conducteur : la rédaction d’un tract. Un plateau nu, parfait en salle de réunion, foyer ou cantine. Des chaises. Des tables. Des ustensiles de cuisine. C’est tout. Et un public de théâtre qui se pose exactement la même question en ouvrant son journal tous les matins et en tentant de surmonter moult absurdités et injustices dans la France d’aujourd’hui.
La pièce commence par une discussion entre syndicalistes. Des licenciements sont prévus. Un tract doit être rédigé et diffusé. A quoi cela sert, que dire, à qui, comment, pour quoi ? Le recueil et le montage des paroles -très bien fait-et les chants donnent du rythme. Cela accroche tout de suite. Et nous voici transportés chez Pélagie Vlassova, La Mère vue par Gorki, figure du peuple en 1905. On retrouve les interrogations autour de l’impression d’un tract clandestin. Pélagie – la comédienne est formidable – a transporté ses hésitations, son regard perplexe et chaleureux, de 2010 à 1905. C’est le privilège du théâtre…
La bascule d’un siècle à l’autre est totalement fluide et claire, avec juste le jeu des acteurs, et quelques éléments de costumes. On passe un manteau, on met un foulard. Ainsi signifié, l’aller et retour entre les deux époques fonctionne à plein pour laisser le public enregistrer échos, similitudes et différences. Les comédiens font preuve d’une grande aisance dans cette performance, très investis et crédibles dans les deux époques.
Après cette danse à deux temps, retour en 2010, pour une séance de remotivation, ou de coach, imposée autoritairement aux comédiens par un cadre volubile et autoritaire. Un Trissotin moderne qui parle à Très Grande Vitesse  dans une langue de bois absconse : mélange de psychologie à deux sous, de termes de marketing, d’anglais, de concepts philosophiques mal digérés, d’enfumage, de n’importe quoi. Comme Trissotin : emphase, verbiage, hypocrisie. Le comédien rend finement le double aspect, drôle et inquiétant, de ce genre de discours. Les ouvriers-employés essaient de suivre, s’amusent tant bien que mal, s’exercent au lancer à la catapulte (oui), pour finir par se battre nerveusement comme des enfants pris de folie.
Résiste dignement à cette hystérie une femme qui dit des textes qu’on imagine être ceux du comité invisible. On en entend juste des bribes au milieu de la cacophonie. Mais malgré quelques essais, le moderne Trissotin n’arrive pas à les faire entrer dans sa machine à laver la parole. Pas recyclables ! La femme qui les profère est loin pourtant de représenter un retour de l’humain sur le plateau. Froide, comme absente, elle laisse les mots sortir de sa bouche presque automatiquement. Ainsi, les deux discours qui devraient sembler opposés, celui du « coach » et celui de la femme solitaire du comité invisible, dégagent en fait une même violence.
A la fin, retour à Gorki, où la grève a pris forme, les ouvriers se sont regroupés. On les retrouve dans une manifestation de rue pour un face-à-face avec l’armée , où la mère se trouve au premier rang des grévistes. Et nous revoici, nous, face à nos questions d’aujourd’hui, ici et dans le monde.
Un spectacle bien composé, et bien joué, tout à fait passionnant dans une mise en scène rigoureuse. On sent un collectif qui a une vraie démarche, respectueuse du public, qui donne envie de la partager et de la suivre.


Evelyne Loew

Festival Impatience au Théâtre de l’Odéon les 26 et 27 juin puis  au Forum du Blanc-Mesnil, du 10 au 15 décembre.

 

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