Le festival off en Avignon.

pont.jpgLa question que l’on nous pose souvent mais nous n’avons pas vraiment les clés avant d’être sur place: comment s’y retrouver dans cette jungle de plusieurs centaines de spectacles où le meilleur côtoie souvent le pire, et où toutes les jeunes compagnies considèrent souvent, et malheureusement à tort, qu’Avignon est un précieux sésame et une chance inespérée de trouver la structure qui les accueilleront et.. qui les feront vivre.
  Alors,  déjà quelques pistes: commençons par les lieux connus depuis longtemps:  à la Chapelle du Verbe Incarné, dirigée par Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet le 15 juillet à 10 h 30, le film de Manthia Diawara qui a suivi le grand poète Edouard Glissant sur le Queen Mary II pour une traversée de l’Atlantique; Edouard Glissant sera « présent »,  en liaison depuis la Martinique, et c’est un homme aussi passionné que passionnant. Inutile de vous dire que vous avez intérêt à réserver… D’autant plus que l’entrée est libre!
  Il y a aussi deux jeunes femmes remarquables;  chacune dans un genre différent: au Théâtre du Chêne noir dirigé par Gérard Gélas, celui qui, en 68, mit le feu aux poudres avec un spectacle écrit et mis en scène par luiLa Paillasse aux seins nus qui fut aussitôt interdite par le préfet du Gard pour « risque de trouble à l’ordre public et atteinte à la personne du chef de l’Etat » sans crainte du ridicule!
L’acteur principal un inconnu ( Daniel Auteuil, si, si c’est vrai) tomba malade et Gélas dut le remplacer mais très peu de gens purent voir la pièce ce  qui, paradoxalement, l’aida beaucoup en le plaçant  tout de suite sur orbite. Donc chez Gélas, vous pourrez voir Alice Belaïd qui vient de remporter un Molière pour Confidences à Allah qu’il a mis en scène .
laylametssitanecolor.jpgIl y a aussi Layla Metssitane, une autre jeune femme à la fois intrépide et talentueuse, à l’énergie sans défaut qui monte et qui joue  des extraits de Stupeurs et tremblements d’Amélie Nothomb; c’est à Présence Pasteur à 12 heures 15;
  Gélas crée cette année dans son Théâtre du Chêne noir: Ernesto Che Guevara, La dernière nuit de José Pablo Feinman. Et il a invité  Jérôme Savary- inoxydable et généralement haï par une bonne partie de la profession… Après avoir dirigé Chaillot et l’Opéra- Comique, il continue à faire des mises en scène un peu partout à l’étranger; et il a mis en scène Paris Frou Frou avec son vieux copain Michel Dussarat, excellent comédien mais aussi costumier;  c’est encore on s’en doute du théâtre dans le théâtre mais aussi une occasion de voir Dussarat et  les costumes du Magic Circus qui lança Savary, il y a… plus de quarante ans.
  Pas très loin au Théâtre des Carmes, d’André Benedetto qui crut bon de  s’envoler l’an passé à la même époque, on pourra voir Urgent crier, avec des textes et des poèmes de lui,  par ses amis acteurs, musiciens et performeurs. Une occasion aussi pour beaucoup de découvrir un homme attachant qui fit partie du paysage théâtral avignonnais.
  Philippe Avron qui fut autrefois  comédien chez Vilar et qui vient souvent au Festival, monte cette année Montaigne , Shakespeare , mon père et moi avec la collaboration  d’Alain Timar, le directeur du Théâtre des Halles qui l’accueille à 19 h 30. L’humour et l’impertinence du grand comédien au service de Montaigne, cela donne très envie d’aller voir. Dans ce même Théâtre des Halles, Timar met en scène une adaptation de Simples mortels du roman bien connu de Philippe de la Génardière.
  Vous pourrez aussi avoir une bonne occasion de voir cette pièce incroyablement violente et la plus jouée de l’Autrichien Werner Schwab Les Présidentes qu’avait magnifiquement joué la regrettée Christine Fersen: c’est à Présence Pasteur à 16 heures, mise en scène par Françoise  Delrue.
Edith Rappoport vous recommande: KING KONG THÉORIE  (voir son article)  Du 7 au 27 juillet à 21 h 05, la manufacture Avignon www.lamanufacture.org

 

  Signalons aussi,  loin du bruit ,de la fureur et de la chaleur d’Avignon, la 37 ème édition des  Rencontres d’été de la Chartreuse de l’autre côté du Rhône,  avec tout un programme de spectacles comme La Mort d’Adam de Jean Lambert-wild, ( voir Le Théâtre du Blog)  et sur une  thématique associant des gens  de théâtre et des scientifiques l’opération: Théâtres du Globe avec nombre de performances, spectacles installations, lectures, conférences ,dont celles de Frédéric Ferrer à l’origine, géographe devenu metteur en scène ,sur l’importance de la glace dans la compréhension du monde.
  La suite du programme après demain….

Philippe du Vignal
 


Archive pour 30 juin, 2010

The Giant Match

The Giant Match, création de la compagnie « Les grandes Personnes » en Afrique du Sud.

article1.jpgLa compagnie Les grandes personnes  ont débarqué en Afrique du Sud, afin de réaliser The Giant Match. Leurs marionnettes géantes ont participé à l’inauguration de la coupe du monde de football et vont la clôturer. Mais ce spectacle n’est pas lié au football. A l’initiative de Laurent Clavel, directeur de l’Institut culturel Français de Johannesburg, de la province du Gauteng, et du responsable de la compagnie, Christophe Evette, ce parcours spectacle a été découvert par un vaste public, dans différents lieux symboliques comme : les townships de Soweto, la Johannesburg Art gallery du centre de la capitale ou le National Arts festival de Grahamstown.

Il s’agit d’un spectacle déambulatoire joué, chanté, et dansé par 30 marionnettes géantes, autour d’une adaptation sud africaine de « Roméo et Juliette ». La magie du travail de la compagnie est de donner une mobilité incroyable à ces marionnettes, manipulées chacune par un seul acteur; elles sont faites d’une structure légère, de montage et de manipulation aisée. Une première parade effectuée par quelques marionnettes, avec des distributions de journaux relatant l’événement, prépare le public.

Puis selon une scénographie de rue, définie à l’avance en fonction du lieu , les marionnettes viennent attirer les spectateurs, dans une histoire familiale opposant la famille Mkhize et la famille Majakathat. Le plus remarquable dans cette création est le résultat, depuis plusieurs mois, d’un échange et d’un partage, entre un collectif d’artistes français, et une centaine d’artistes Sud-Africains, danseurs, musiciens, artisans, provenant de différentes communautés en particulier des townships de la périphérie de la capitale. Chacun de ces partenaires, ayant apporté son savoir-faire d’univers très différents. Une fois de plus, le théâtre de rue s’est inscrit au cœur de la vie de la cité, pour le plus grand plaisir d’un public non formaté; cela n’avait évidemment rien à voir avec nos habitudes de sorties culturelles occidentales…  

Jean Couturier

Le 3 et 4 juillet National Arts Festival : Grahamstown

Du 5 au 11 juillet Publics Viewing Areas and Fans Parks : Gauteng

Le 11 juillet Soccer city : Soweto, Clôture de la Coupe du monde de football de la FIFA 2010

 

  www.lesgrandespersonnes.org

 

 

 

 

Entretien avec Jean Lambert-wild.

Entretien avec Jean Lambert-wild.

 jean.jpg Jean Lambert-wild, qui passa les dix sept premières années de sa vie à La Réunion,  fut d’abord acteur, puis metteur en scène et fut un jour nommé  à la tête de la Comédie de Caen à 34 ans où il succéda à Michel Dubois; il a monté cette année Le Recours aux forêts sur un texte du philosophe Michel Onfray, et une libre adaptation de La Chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet, spectacle qui sera aussi présenté en Avignon.
Exigeant avec lui-même, créateur hors normes , s’il ne craint pas d’arborer sa casquette de directeur de centre dramatique avec les responsabilités que cela suppose,il a surtout , chevillée au corps, la volonté d’accomplir une œuvre personnelle, autant sur le plan du texte que sur scène.Mais  il n’est bien, dit-il qu’entouré de ses partenaires, que ce soit pour la musique, la vidéo, la scénographie, l’art de la magie, et bien entendu, l’équipe technique et administrative son théâtre: Comédie de Caen et Théâtre d’Hérouville. L’homme, simple et direct,
sait de quoi il parle…

- Il y a beaucoup de gens dans le milieu du théâtre contemporain qui vous prennent comme une sorte d’électron et qui ont un peu de mal à vous situer…

-  Ce n’est pas étonnant. J’ai toujours revendiqué,et ce n’est pas d’hier, un travail personnel d’écriture et un travail d’équipe, en particulier avec mon compositeur Jean-Luc Therminarias qui m’accompagne dans mes projets depuis douze ans mais aussi, l’an passé,  avec des artistes comme avec Carolyn Carlson pour Le Recours aux forêts. J’aime bien, ou plutôt  je ressens profondément la nécessité de bouleverser les codes de la narration.
Pour  La Mort d’Adam, j’ai demandé à  François Royet, scénographe et chef constructeur une machine à jouer exceptionnelle et avec Thierry Collet, magicien et comédien qui fut élève au Conservatoire,  des effets que j’ai intégrés au spectacle. Ce  sont des gens qui ont une grande culture théâtrale qu’ils savent mettre au service d’une création, humblement mais avec un grand savoir-faire et  beaucoup d’efficacité.

   En fait,  ce que j’aime dans le théâtre, c’est que les gens puissent y  trouver leur autonomie; d’accord, c’est moi qui dirige et  qui ai le regard final, parce que c’est indispensable et , croyez-moi, j’ai une mémoire éléphantesque mais je leur fais totalement confiance. Parce que je suis certain d’être entouré de gens ultra-compétents qui arrivent toujours à trouver la solution dont j’ai besoin et qui, surtout, savent accompagner un projet.
 François Royet possède  à la fois une formation  de menuisier-charpentier, de machiniste,mais a aussi été chef-opérateur de cinéma…et cinéaste: c’est lui qui a tourné ce beau documentaire sur le monde des exclus et vous l’avez vue: la scène qu’il a construite ressemble beaucoup aux magnifiques scènes en bois du 18 ème siècle;  quant à Thierry Collet, il sait tout de la magie traditionnelle, je le connais depuis quinze ans  mais il se sert aussi  de moyens électroniques  sophistiqués. pour moi, la magie participe d’une réflexion profonde sur le théâtre et j’ai une obsession : retrouver le savoir-faire et les techniques du théâtre à l’italienne pour faire pénétrer le spectateur dans une espèce de fantasmagorie. Il y aura, je pense une relation très particulière avec le public quand il verra le mouchoir voler au-dessus de la scène, faire un tour dans la salle puis revenir à son point de départ.
   Thierry Collet, lui, a toujours eu une réflexion dramaturgique, et il cherche à lier magie et perception/quête de sens; ce n’est pas pour rien qu’il a travaillé avec des gens comme Kokkos ou Laurent Laffargue, et qu’il enseigne aussi au Conservatoire. Tous sont comme des « traducteurs » de ce que je veux scéniquement parlant: ils me sont d’une aide très précieuse.

-  Et cette Mort d’Adam, c’est un voyage de retour vers l’enfance disparue avec votre fils  comme guide, comme une sorte d’Hermès…

  Oui, je dirais que c’est comme une  mélopée qui est un des éléments de cette grande fresque personnelle que je peins depuis pas mal d’années: L’hypogée avec trois Mélopées, trois confessions: Crise de nerfs-Parlez moi d’amour  que je n’avais pas pu présenter au Festival, en 2003.
   Autour précisément de cette île de mon enfance où j’essaye de raconter , à travers la vie d’un taureau appelé Adam, qui est mort et que j’ai mangé avec ma famille, et c’est le sacrifice de cette bête qui me rend particulièrement attachante l’histoire fameuse du Minotaure qui me fascinait quand j’étais enfant. Et  cette  autobiographie un peu fantasmée, c’est celle de mes racines,toute la part un peu sauvage qui a construit mon identité. C’est la fable  qui m’intéresse dans  cette quête incroyable du passé et de l’enfance, dont on sait pas trop , dans le cas de cette Mort d’Adam, ce qu’elle comporte de réalité ou d’imaginaire d’imaginaire; beaucoup de choses enfouies  étaient encore présentes ( les parfums de la nature, l’odeur de la terre mouillée, etc..), quand je suis retourné il y a quelques mois à la Réunion pour filmer certains paysages qui font partie de ce spectacle. C’est impossible mentalement pour moi  de m’échapper de cette île…
   Pour en revenir à l’enfance, j’avais emmené là-bas Camille mon fils et ce thème des relations père/fils et de l’enfance est aussi celui qui est,  bien sûr, au cœur de cet autre spectacle qu’est cette adaptation de La chèvre de M. Seguin. L’enfance , c’est surtout la continuité de l’enfance qui ne cesse de me surprendre, même arrivé à l’âge adulte et   père de deux jeunes enfants. C’est ce que j’ai voulu montrer dans les images de ce film, avec cette relation si particulière entre un père et son fils.
   Vous avez parlé tout à l’ heure d’exorcisme: oui, c’est cela, j’ai vécu dix sept ans à la Réunion et seul, le théâtre, me semble-t-il, me permet d’accomplir cet exorcisme des dieux  et de mes peurs. Pas le cinéma.
Ce qui est irremplaçable au théâtre, c’est cet  espace de vie et de mort à la fois, cet espace hors normes:  comment imaginer un théâtre sans public? Une représentation participe de  tout un rituel et je crois que je travaille sur des ellipses et surtout sur un échange de signes entre la salle et la scène, grâce aussi à la narration de la fable que je fais dire par Bénédicte Debilly.
Le spectateur verra les images du film de François Royet et entendra le texte sans  qu’il ait nécessairement un lien entre les deux, et ce sera au spectateur de relier cette fable à son histoire personnelle à lui.

- Pouvez-vous nous parler de Jeremiah McDonald, seul acteur mais silencieux  qui est sur scène?

 - C’est en surfant sur You Tube que je l’ai découvert, grâce à une incroyable ressemblance avec moi qui m’a aussitôt frappé. Comme une sorte de sosie… Et ensuite,  j’ai découvert  son personnage de clown et la série de courts métrages assez étonnants qu’il a réalisés, alors qu’il gagnait sa vie comme contrôleur de parking… Et, à son étonnement, je l’ai fait venir des Etats-Unis : il a accepté, et je l’ai engagé comme artiste associé à la Comédie de Caen. Il ne parle que quelques mots de français mais  je communique avec lui en anglais et il est d’une rigueur tout à fait remarquable dans le travail sur scène.

 - Comment voyez vous votre avenir théâtral?

 - Bonne question! Ce qui compte pour moi, c’est de parvenir à boucler mon  projet d’écriture et de le mettre en scène; ensuite,  j’irai vendre des crêpes en Bretagne!  Ou bien  je ferais du théâtre mais  tout à fait autrement!  Après tout, j’ai commencé le théâtre à 20 ans à partir de zéro, j’ai été à l’ école de la marine marchande, j’ai joué de petits rôles  chez  Langhoff, et puis enfin, j’ai travaillé avec Michel Dubois… Donc je verrai bien,  mais,  en ces temps difficiles, une chose  dont je suis sûr, c’est  que le théâtre peut être un lieu de rassemblement des énergies  qui appartient à tous, un véritable bien collectif, un lieu où peuvent œuvrer des artistes engagés dans des processus de création différents. Et je reste convaincu qu’il n’y a que le théâtre pour accomplir cette mission…

Philippe du Vignal

 A Caen, mai 2010

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