Le Chagrin des ogres

 Le Chagrin des ogres, texte et mise en scène de Fabrice Murgia

 Un spectacle de Fabrice Murgia, artiste associé au Théâtre National de Bruxelles,  qui rassemble autour de lui le collectif  de musiciens, performeurs, plasticiens et vidéastes.   A peine entré dans la salle, on perçoit un bruit assourdissant de basse très agressif qui pénètre même dans le corps comme un supplice savamment distillé , et cela pendant plusieurs minutes.   Une scène nue au sol de toile blanche et sur chaque  côté aux rideaux de voile blanc éclairé de bleu où marche sans arrêt une jeune femme en robe courte de mariée, le visage couvert de sang. Un micro à la main, elle raconte une histoire d’ogre qui mange son père et ses enfants. Dans le fond de scène, deux  fenêtres de verre où l’on aperçoit la silhouette d’une très jeune femme qui va raconter qu’elle est enfermée dans une cave depuis bien des années par un certain M. Wolz, qui a des relations sexuelles avec elle mais auquel elle semble très attachée! Elle rêve d’un avenir radieux: se marier avec un bon mari et avoir des enfants quand elle sortira de ce cachot. Mais on ne sait si elle dit la vérité ou si elle simplement hospitalisée dans un établissement psychiatrique, comme la fin le laisse entendre.  Derrière la paroi vitrée à droite, il y a un jeune homme, élève dans un lycée, face à l’écran de son ordinateur qui semble lui aussi avoir de sérieux problèmes psychiques. En fait, pour tous les deux  dont on peut voir le visage en gros plan,filmé par une caméra qu’ils tiennent eux-même dans leur petite cellule, il s’agit là aussi d’une sorte d’exorcisme de l’enfance et de l’adolescence  lui s’en prend particulièrement à ses parents. « Pourquoi mes parents ne m’acceptent pas tel comme je suis?  » Pourquoi est-ce que tu n’es pas normal, Bastian? «   Pour ces jeunes adultes, il leur faudrait accepter de quitter les rives de l’enfance pour devenir adulte et en subir les contraintes. Malaise d’une génération assoiffée de jeux vidéo et sans cesse gavée d’images en tout genre, partout et toujours, comme si l’on voulait lui apprendre à refuser le réel? Ou malaise de toutes les générations quand il s’agit de passer d’un statut à un autre, et d’apprendre que  se paye l’indépendance? Le public pourra choisir… Le texte ne brille pas toujours par le style, mais les trois comédiens: Emilie Hermans, David Murgia et Laura Sépul font un travail impeccable. La balance entre parole et musique est parfois  approximative mais, si l’on a bien compris, malgré ce que l’auteur semble vouloir dire, les images sont souvent très fortes et remarquablement maîtrisées. Et on gardera longtemps-image presque  sans doute inspirée du grand Kantor- le souvenir de cette jeune femme errant,seule sur la scène, dans sa robe de mariée ensanglantée…

 Philippe du Vignal

  Spectacle joué à l’Odéon-Ateliers Berthier (Paris XVII ème) les 17 et 18 juin.

 Prochaines Impatiences: Toby ou le saut du chien, texte et mise en scène de Frédéric Sontag les 24 et 25 juin à 21 h aux Ateliers Berthier.   Les Souffrances de Job d’Hanokh Levin, mise en scène de Laurent Berthomé, Odéon les 25 et 26 juin à 19 heures; Chez les nôtres d’après La Mère de Maxime Gorki.  Des paroles documentaires, des textes du comité invisible, mise en scène d’Olivier Coulo-Jablonka   


Archive pour juin, 2010

Festival Impatience Made in Italy

Festival Impatience: Made in Italy, texte et mise en scène d’Enrico Castellani et Valeria Raimondi.

 

  madeinitaly200.jpgc’est la seconde édition de ce Festival qui donne comme une photo instantanée de la création théâtrale d’aujourd’hui. Pas de maquettes ni d’ateliers ni de travaux d’école mais de sept véritables spectacles comme c’était le cas pour le Festival des jeunes compagnies autrefois et qui avait connu les débuts de Chéreau. Il y a cette année, comme le souligne Agnès Troly, directrice de la programmation de l’Odéon, plusieurs auteurs-metteurs en scène et une ouverture sur les pays voisins:Italie et Belgique francophone.
  Made in Italy est une sorte de patchwork de théâtre- avec un jeu permanent sur le langage- et de musique rock très présente qui participe aussi d’une installation plastique, comme cette multitude de minces guirlandes blanches, rouges et vertes, au couleur bien sûr de leur pays Une scène nue avec un homme et une femme en peignoir blanc dans le fond, queils vont enlever en prenant bien garde de dissimuler leur sexe,  une jeune femme en bikini et chaussures à talons dorées à la console son, et un machiniste près de ses fils, que l’on retrouvera plus tard en ange blanc. Enrico Castellani et Valeria Raimondi débitent des comptes absurdes de multiplication d’euros, oude suites de mots qui font comptines. Cela tient sans doute d’une sorte d’exorcisme devant l’avalanche de chiffres qui nous sont assénés quotidiennement. Pas de scénario bien entendu ni de véritable narration… L’ensemble se veut brut de décoffrage.
  Il y a aussi la retransmission radiophonique de l’enterrement de Luciano Pavarrotti à la cathédrale de Modène devant des dizaines de milliers de fidèles.Et des phrases assez crues ressemblant à des petites annonces comme: « Cherche une pute pas laide pour coucher ».
  De temps en temps une musique rock enregistrée à décorner les bœufs, et à la fin, une pluie de pétales rouges, jaunes et vertes dispensées en direct par le machiniste. Et une Blanche Neige et ses nains en carton qu’ils alignent face public dans le plus grand silence. Ruptures de ton, de rythme et d’éclairage: l’ensemble- bien fait et bien interprété- est nettement teinté de  happening, de collages surréalistes avec quelques références au cabaret politique…
   C’est assez tonique et joyeux, même si cela peut paraître un peu  irritant par moments mais peu des quelque cent cinquante spectateurs prennent le chemin de la sortie. Il ne faudrait pas que ce qui ressemble d’assez près à une performance/ happening avec juste ce qu’il faut de moments où il ne se passe pas grand chose, dure trop longtemps mais , une heure pile, la petite messe du Babilonia Teatri est précisément et bien expédiée.
Que demande de plus le Vatican et Benoît XVI?

Philippe du Vignal

 

Spectacle joué au Théâtre de l’Odéon jeudi 17 et vendredi 18 juin.

Conservatoire; les journées de Juin. Classe de Nada Strancar

  Conservatoire; les journées de Juin. Classe de Nada Strancar: La Troade de Robert Garnier.

  Du dramaturge  Robert Garnier ( 1541-1590 ), on connaît finalement peu de choses sauf peut-être Les Juives et encore… Pourtant ce prédécesseur de Corneille et Racine, fortement influencé à la fois par Sénèque et Euripide à qui l’on doit l’introduction de la tragédie antique en France,  gagne à être connu. La Troade comme ses autres pièces est un véritable festival du langage et de la parole, plus que de la véritable action. Beaucoup de monologues souvent trop longs, beaucoup de récits mais quelle langue , ciselée et précise, parfois rocailleuse mais pleine d’intelligence et de sensibilité! Et Nada Strancar, comme Christian Schiaretti l’an passé, a eu raison de la confier à de très jeunes comédiens. C’est une aire de travail idéale, pas facile certes mais sans doute efficace à long terme.
  La Troade, c’est un peu le récit des horreurs de la guerre. la vieille reine Hécube rappelle qu’ Achille a tué son mari Priam mais aussi Hector. Et l’on apprendra que, loi de la défaite oblige, la belle et jeune Cassandre devra entre dans le lit d’Agamemnon, comme nombre de ses amies devront elle aussi devenir les  amantes d’un chef ennemi…
  Quant à Andromaque, il faudra qu’elle livre son petit Astyanax à Ulysse qui, dans une très belle scène, lui fait comprendre qu’il n’ aps d’autre choix que de le faire tuer… Pour qu’une fois grand, il ne veuille venger son père et donc recommencer la guerre entre Troie et la Grèce!  » Mais d’un autre côté cet enfant me fait peur »: cest aussi clair et précis que le meilleur de Racine.
   Et l’ombre d’Achille exige le sacrifice de Polyxène la fille d’Hécube qui accepte sa mort avec résignation…Un messager viendra dire que l’on a tué Astyanax, puis Polyxène et Polydore son frère… Mais la vielle reine Hécube crèvera les yeux de Polymnestor, le gardien de Polydore. Et c’est en fait cet enchaînements de morts annoncées puis finalement réalisées par meurtre qui donne la trame de la pièce de Garnier.
  Nada Strancar a choisi le parti pris d’une scène bi frontale, ce qui n’est pas l’idéal quand il s’agit d’y faire évoluer  de jeunes comédiens. D’autant plus que la surface de jeu est singulièrement réduite par des sortes de tombes figurées- Boltanski a encore frappé!- par huit rectangles de vêtements féminins jetés en vrac: ce qui est assez beau, surtout quand ils sont éclairés par des pinceaux lumineux mais  encombrant pour le jeu.
  Malgré cette scénographie douteuse, Nada Strancar se sort assez bien de cet exercice difficile:la  diction, le chant choral  et la gestuelle sont parfaits,à l’opposé de tout réalisme facile, et l’on entend  bien le texte de Garnier, truffé d’images magnifiques: « La jeunesse ne peut commander à soi-même; cet âge toujours porte une fureur extrême. Il aurait sans doute fallu couper dans le monologue interminable d’Hécube mais bon…
  Les acteurs-en particulier celles qui interprètent Cassandre Andromaque, Hécube,et celui qui joue Ulysse,   sont tout à fait remarquables de sensibilité  et  de vérité. Même si les filles ne semblent pas très à l’aise dans ces robes longues à bustier… Cet exercice d’acteurs , par son ambition et sa rigueur, est sans doute l’un de ceux où l’on voit mieux leurs qualités: c’était finalement le but de l’opération. Pari tenu…

Philippe du Vignal 

La Réconciliation Italo-américaine

La Réconciliation Italo-américaine (The Italian American Reconciliation)  de John Patrick Shanley, mise en scène de P. Kelly

   3149008.jpgPlus connu pour ses pièces réalistes  qui ont pour cadre des quartiers populaires de New York, John Patrick Shanley est le scénariste du film Moonstruck, qui a tellement charmé le public américain  et qui a révélé le côté lyrique, sentimental et plutôt gentil de cet auteur devenu,  il y a peu, important aux États-Unis.
La Réconciliation italo-américaine »  suit cette lignée plutôt gentille: c’est surtout un psychodrame romantique qui s’inspire à la fois de l’opéra, (Puccini) et des films que nous avons vus récemment, où la rencontre entre un gangster (Robert De Niro) et un psychothérapeute ( Billy Crystal) produit un dialogue décapant,  lorsque l’un  aide l’autre  à se libérer de ses peurs existentielles.
P.Kelly, d’origine irlandaise , comme l’auteur , semble repérer des similarités entre les tempéraments irlandais et italien pour ce qui est des relations amoureuses.  En effet, la réconciliation en question ici, n’a rien à voir avec des gangsters mais elle concerne le milieu italien à New York ou l’auteur a essayé de  se débarrasser des stéréotypes sur les italiens avec un dialogue qui ressemble plutôt à une confession devant un psy.
Aldo aime sa maman. Il aime aussi son copain Huey qui souffre de douleurs atroces depuis son divorce il y a trois ans. Janice, son ex, est un monstre qui n’a pas la langue dans sa poche. Mais, Huey l’adore et est prêt à laisser tomber sa copine actuelle, Teresa pour retrouver  Janice, qui , elle, le déteste tellement qu’elle avait même tué son chien.  Aldo, jouera un rôle central en préparant Janice au  retour inattendu et  problématique du pauvre Huey.
Par ailleurs,  pour compliquer encore plus la situation, Aldo  pense  séduire Janice lui-même pour que celle-ci refuse de revenir avec Huey ;  Teresa ne serait donc  plus obligée de partir.  Une rencontre nocturne entre Aldo et Janice sous un balcon dans la cour d’un jardin plein de fleurs artificielles, devient une parodie décapante d’un dialogue amoureux mal tourné entre  Roméo et Juliette !
Janice, dévoreuse d’hommes, réagit comme un animal enragé  avec  ses insultes, ses vulgarités et  son impatience devant les phrases vides. Elle ne supporte pas les faussetés que les hommes contrariés en amour ont l’habitude de proférer.  Cette image  d’un féminisme assez  musclé, trouve son contraire lorsque la pièce examine également une  masculinité en douceur :  les deux amis italiens révèlent leurs côtés sensibles, puisqu’ils sont à la recherche d’une intimité, d’une tendresse que seule une relation stable avec une femme pourrait leur apporter. Et pourtant, comment avouer une telle chose à un autre homme, même s’il s’agit de son meilleur ami?. Dans cette parodie amusante  de Shakespeare, l’on découvre que Janice, la dévoreuse de mâles,  n’est peut-être pas aussi dure qu’elle le croyait. Cette rencontre entre un public qui tient lieu de psychiatre et un protagoniste qui nous avoue toutes ses inquiétudes dans l’intimité d’un monologue confessionnel,  devient rapidement une forme de  théâtre dans le théâtre…  Aldo, tout en racontant sa propre vie,  gère les éclairages, la bande sonore, les entrées, les sorties et tous les personnages qu’il manie comme des marionnettes.  Une parodie du psychodrame qui s’appuie sur le théâtre classique,  l’opéra italien, le cinéma et la réalité de la vie urbaine newyorkaise. Un divertissement bien orchestré par le metteur en scène qui, avec son expérience dans le domaine de la farce à la française et sa prédilection pour les parodies urbaines,  a su cerner le rythme et l’ambiance de la pièce.

 

Alvina Ruprecht

 



 

Théâtre Gladstone à Ottawa jusqu’au  27 juin.

 

 

 

THREE SOLOS AND A DUET

THREE SOLOS AND A DUET d’ Ana Laguna & Mikhail Baryshnikov

image0011.jpgC’est la manifestation d’ouverture des Etés de la Danse qui affiche complet au Théâtre de la Ville : uniquement pour la première, le spectacle commence par Sarabande , un hommage sobre à Jerome Robbins sur une musique de J.S. Bach. Puis, projection du film d’un cours de Jerome Robbins en 1995 à Mihkail Baryshnikov qui, ensuite, reproduit sur scène les pas de danse initiés par son maître qu’il développe à sa manière. Court moment qui se termine par la projection d’une photo de J. Robbins qui disparaît en fondu dans le noir.
Dans Valse-Fantaisie, la chorégraphie d’Alexeï Ratmansky accompagnée d’une musique de Mikhaïl Glinka commence le programme. Baryshnikov entre en silence et s’observe dans un miroir imaginaire, une voix off raconte une histoire d’amour entre Glinka et Yekaterina Kern, une jeune fille de la haute société russe à l’époque napoléonienne. Il doit alors quitter cet amour et quand il revient, il se rend compte qu’il n’a plus de sentiments pour elle. C’est un ballet que Baryshnikov nous offre rythmé par les fragments de musique émouvante de Glinka. Gestes d’empathie et jeu doté d’une point d’humour qui nous entraîne avec lui dans cette danse teintée de désir d’un amour perdu.
C’est Mats Ek qui a chorégraphié ce Solo For Two, au titre contradictoire sur une musique d’Arvo Pärt. Décor minimaliste : un mur seul sert à cacher Baryshnikov qui apparaît furtivement et magnétise la danse de la muse de Mats Ek, Ana Laguna. Ses mouvements sont charnels, le jeu avec sa robe rend la danse légère et le style non figuratif évoque l’incompréhension entre les hommes et les femmes, et la difficulté de vivre à deux. Ce Solo for two transmet, à travers le mouvement et la musique, une émotion profonde : vivre à deux et se sentir seul, et illustre la tentation de la rencontre manquée : Mats Ek nous dit sa vision pessimiste du couple.
Dans Years Later , Baryshnikov revient seul sur scène; la chorégraphie est de Benjamin Millepied, la musique de Philip Glass et d’Akira Rabelais, la vidéo d’Asa Mader. On y voit Misha dansant au Kirov à 17 ans: technique est pure et éblouissante, et en même temps, trace d’une époque. Baryshnikov devient alors l’ombre de lui-même et reproduit certaines postures classiques, les mouvements sont vifs et fluides et il garde la décontraction propre à Robbins: l’interprète d’aujourd’hui regarde sa virtuosité d’hier sur l’écran géant. Outrage du temps: le jeune danseur exécute une série de pas qu’il regarde et qu’il ne peut plus faire. L’insolence de la jeunesse est bien présente et Baryshnikov lui répond par un bras d’honneur. Years est un face à face avec lui-même et avec le temps.
Place est le dernier tableau dont la chorégraphie est de Mats Ek et la musique de Fläskkvartetten. Ana Laguna et Mikhaïl Baryshnikov dansent le parcours d’une vie à deux : ses joies, ses peines, ses illusions et ses retrouvailles. Mats Ek nous donne ainsi plusieurs tableaux avec des musiques de tonalité très différente : gaies puis nostalgiques, parfois proches du jazz . Le couple est représenté comme des enfant s qui jouent: ils se séduisent autour d’une table… La table et le tapis, sont le lien permanent entre les deux danseurs qui les sépare et les réunit. Deux mondes cohabitent, celui de l’homme représenté par une chorégraphie autiste et répétitive, et celui de la femme, à terre, masquée par le tapis qui la recouvre. Joies et disputes se succèdent, ils jouent sur cette table recouverte du tapis et courent vers une destination inconnue.
La dynamique d’Ana Laguna entraîne son complice dans la danse. Ses mouvements à elle sont d’une fluidité extrême et donnent au couple une certaine allégresse. La lumière accompagne la métamorphose de chaque objet et donne une intimité aux deux danseurs . Le public a applaudi debout les deux danseurs. Complicité, tendresse et amitié lient les deux protagonistes et leurs chorégraphes et on sent que l’envie de travailler ensemble les guide plus que jamais.

Nathalie Markovics

Théâtre de la Ville jusqu’ au 20 juin

UNRELATED SOLOS

Au BAC, Baryshnikov Arts Center, en février dernier, a été inauguré le Jerome Robbins Theater où ont été dansés ces solos indépendants dont deux font partie du spectacle donné actuellement au Théâtre de la Ville. Mikhaïl Baryshnikov y a dansé trois solos dont Years later et Valse-Fantaisie et y a ajouté une belle performance avec For You.
On a pu voir aussi The Beast chorégraphié et dansé par Steve Paxton. Fondateur du « contact improvisation « , il a cofondé en 62 le Judson Dance Theater avec Yvonne Rainer . C’est sans doute le solo le moins accessible. Debout sous un cercle de lumière sombre, il est en conversation interne avec lui-même. Son corps s’exprime de temps à autre par de petits bruits et par son visage en mouvement, reflet des années qui passent: Paxton a 71 ans… Ses pieds sont parallèles et, seul, son torse se tourne de temps en temps. Paxton, anti-virtuose du mouvement où rien n’est suggéré…
Quant à David Neumann, il danse un solo qu’il a chorégraphié sur une musique de Tom Waits.qu’il théâtralise avec et autour d’une chaise. Il illustre les mots et parfois s’en détache avec beaucoup d’humour : l’expression de son visage est proche du mime. Ses pas de danse s’enchaînent et s’équilibrent avec le jeu de la chaise comme seul support. Puis, il interprète Though the Though, en costume noir et chapeau. Allure décontractée et élégante.Récit de la journée d’un homme par une voix off: on l’appelle « Steve » ou un autre dérivé de ce prénom. Cet homme doit prendre des décisions : celles de sa vie qu’il met en danse. Indécis et maladroit, il nous montre les folies de l’humanité. David Neumann manie ironie et humour dans sa danse et dans son jeu. Un jeu prévisible où il ne prendra pas aucune décision et reviendra à son quotidien.
Ces Unrelated Solos se terminent sur celui de Mikhaïl Baryshnikov For You où il commence simplement par quelques pas. Mais avec le but de danser pour quelqu’un : il choisit alors une personne dans le public, l’invite sur scène à s’asseoir sur une chaise et danse devant elle. Trois spectateurs vont être tour à tour choisies pour le rejoindre et il dansera devant chacun d’eux avec une expression de gratitude. Il sont différents et il doit donc trouver une écoute différente à chaque fois pour trouver de nouveaux aspects de lui-même. Une intimité se crée alors, et c’est fascinant de voir Baryshnikov les déplacer et jouer avec eux. Il sourit et le monde le suit.

Nathalie Markovics

Barysnhnikov Arts Center, du 19 au 22 mai 2010.

Le vent dans les peupliers (Heroes)

Le vent dans les peupliers (Heroes) de Gérald Sibleyras,

 

  heroes.jpgConnu en français sous le titre Le Vent dans les peupliers, la pièce de Gérald Sibleyras devient Les Héros (Heroes) dans la traduction anglaise de Tom Stoppard.  Curieux choix puisque ce nouveau titre indique un changement radical quant à la signification de l’œuvre. Le vent dans les peupliers, évoque les traces de mémoire alimentées par la vue de ces arbres élégants balayés par le vent à l’autre bout du champ derrière la maison où habitent trois camarades de la Grande Guerre : Gustave, Henri et Philippe.  L’image du peuplier interpelle nos trois « héros » par cette allusion à la liberté qui évoque les  souvenirs de leur passé militaire auxquels ils se cramponnent pour ne pas s’étouffer d’exaspération dans cette maison gérée par des bonnes sœurs.
Le titre en anglais, évoque lui une œuvre ironique qui  annonce plutôt  la confrontation entre les trois camarades fatigués de leur vie et à la recherche d’une aventure à la hauteur de leurs possibilités. Il enlève donc toute la portée symbolique de l’œuvre, et justifie un jeu quasi réaliste, en mettant en évidence le côté comique du récit.
Le résultat est malgré tout amusant, et touchant, avec des moments de tristesse.  Et le  trio d’excellents acteurs nous emporte pour toute la durée du spectacle. Trois vieux camarades , se retrouvent donc sur la terrasse d’une maison destinée aux retraités
de la Première guerre mondiale. C’est ici qu’ils  doivent terminer leur jours  dans une inactivité et un ennui insupportables. La grogne de Gustave s’oppose au sens de l’humour enragé de Henri, alors que Philippe, vieux .gentleman optimiste et conciliateur mais touché par la mort des autres pensionnaires, n’arrive pas à contrôler sa jalousie , quand il apprend que  Gustave a le droit de lire la correspondance familiale de Henri.  Les trois sont néanmoins de très bons camarades qui, malgré leurs différences, se défendent mutuellement et ce lien profond  est le point de départ d’une aventure émouvante pour eux. lIs ont en effet pris possession de cette terrasse, et en interdisent l’accès à tous les autres pensionnaires de la maison, sous «  peine de mort ».   En effet, c’est ici qu’ils peuvent se raconter leur secrets et s’exprimer librement au sujet de tout ce qu’ils détestent de cette maison, surtout l’attitude autoritaire de la sœur Madeleine qui leur interdit tout plaisir dans cette « prison ».
Un gros chien en pierre leur tient compagnie. Il empêche les autres d’y entrer (Henri est convaincu que le chien bouge) et surtout il ne fait pas de bruit, ce que le trio apprécie par dessus-tout. Un jour, ils  décident de partir vers la liberté,  là où se trouvent  les peupliers de l’autre coté du cimetière, en effet, au-delà de la mort.  Ils préparent leur stratégie de départ comme de vrais militaires et, dès lors, leurs rapports avec la vie semblent se transformer. L’espoir de sortir de cette « prison » les incite à manifester leur indépendance, même s’ils ne peuvent se mettre d’accord sur la manière de la réaliser. ..
Très vite, Gustave, pris de panique, se rend compte qu’il ne peut supporter la vie à l’extérieur de la maison. Puisqu’il boîte, Philippe craint de ne pas  tenir le coup, et Henri,  trop souvent victime d’évanouissements  dus à une blessure de guerre, a peur de s’engager. Leur entreprise semble donc condamnée d’avance.
Reste, cependant la signification symbolique de leur escapade , ce  que la scénographie  ne rend pas du tout . Puisque les peupliers dont ils ne cessent de parler deviennent le signe d’une libération désirée, quelque chose à quoi ils aspirent, mais qu’ils ne peuvent atteindre,  nous ne devrions pas les voir! La réalité matérielle tue la magie du symbole, comme disait Maeterlinck,  et ici, cela n’a jamais été si vrai…  Le scénographe a en effet peint de gros arbres laids sur la toile de fond, directement derrière le mur en pierre  placé derrière leur petite terrasse, comme pour insister sur le cloisonnement de leur monde. Cette représentation concrète d’une prison n’était  pas nécessaire,  puisque  tout passe dans l’ imagination des trois pensionnaires et leurs échanges pétillants de vie.. Mais  le texte est  bien écrit, (et bien traduit) et le  trio de comédiens est  superbe:  ils sont tellement à l’écoute de leurs discours mutuels que leur travail  dépasse cette défaillance et nous fait envoler avec eux vers le monde des plaisirs interdits.
Un merveilleux moment de théâtre qui pourra toucher tous les âges.

 

 

 

Heroes de Gérald Sibleyras, traduite par Tom Stoppard,  Irving Greenberg Theatre Centre à Ottawa dans une production du Great Canadian Theatre Company, jusqu’au 27 juin.

Conservatoire. Les Journées de juin, classe de Dominique Valadié

Les Journées de juin, classe de Dominique Valadié; Travaux:  Fin de partie de Samuel Beckett  et Rouge, noir et ignorant d‘Edward Bond.

On connaît bien sûr le fameux texte de Beckett mais il y a a toujours une grande difficulté à rendre crédibles,  quand ce sont de jeunes acteurs qui les incarnent, ces pauvres débris humains que sont Clov, Hamm et Nagg, et, malgré une diction irréprochable et une gestuelle souvent intéressante, on est un peu loin du compte.A moins de ne considérer ces travaux que comme une présentation d’exercices privée.
C’est un peu la même chose avec  la première de ses pièces dites Pièces de guerre du grand dramaturge anglais qu’Alain Françon avait si magnifiquement montées( et il a quelquefois remplacé Dominique Valadié pour  ces travaux) ; quant à Rouge, noir et Ignorant, cette courte pièce avait été montée il y a une dizaine d’années par Laurent Fréchuret à Villeurbanne. C’est, en neuf petites scènes très intenses, une sorte d’interrogation presque philosophique de Bond, des moments de vie avec des situations très dures, lorsqu’on a, dit-il, « du rouge sur les mains, du noir dans le coeur et de l’ignorance dans l’esprit ». Les hommes , quels qu’ils soient, deviennent alors des barbares, à la fois par bêtise et  manque de discipline personnelle, bref par une amoralité librement consentie.
Bond, qui a vécu la seconde guerre mondiale, est obsédé, et on le comprend, par  l’idée du mal et par la puissance de l’armée qui fait d’hommes apparemment normaux des robots prêts à salir et à tuer sans beaucoup d’état d’âme au nom de je ne sais quel idéal de mort que la machine militaire leur a inculqué.
Et son pessimisme est total et sans appel:  » Je suis d’Auschwitz  et un citoyen d’Hiroshima. Je suis un citoyen du monde qui est encore à construire ». Les scènes sont courtes, d’une écriture serrée et constituent un excellent terrain d’exercice pour des apprentis comédiens… Mais le résultat ici n’est pas vraiment convaincant: le texte est souvent récité ou presque dans la séquence: quatre: Manger , ou bien carrément joué un peu faux dans la suivante Vendre, et pourquoi les élèves crient-ils souvent sans nécessité? Il y a de très bons moments dans la dernière séquence: Funérailles… Mais sans doute les élèves sont-ils encore trop peu expérimentés pour affronter en public ce type de textes… Dommage,  parce que l’enseignement de Dominique Valadié reste exemplaire. Nous n’avons pu voir le reste des travaux qui portaient sur Tchekov,et Feydeau avec ces mêmes futurs acteurs.

Philippe du Vignal

Conservatoire national Séance du 10 juin à 19h 30.

GRAND PRIX DE LITTERATURE DRAMATIQUE 2010

GRAND PRIX DE LITTERATURE DRAMATIQUE 2010  

Gérard Watkins a obtenu le 10 Juin dernier le Grand Prix de Littérature Dramatique, décerné par un jury d’auteurs, à l’initiative du Ministère de la Culture et de la Communication et sous la houlette d’ANETH ( Aux Nouvelles Ecritures Théâtrales), pour son texte publié à la toute jeune maison d’ édition » Voix Navigables ».
Après quelques textes foisonnants et passionnants ( La Capitale Secrète, Dans la Forêt Lointaine. entre autres..) Gérard Watkins, que l’on connaît aussi comme acteur chez les plus grands, donne la mesure de son engagement dans le monde d’aujourd’hui, avec  » Identité », une pièce énigmatique, drôle et terrible à la fois.
Un couple, André et Marion Klein, un couple à bout d’argent et de désir, qui ne possède plus que deux bouteilles fauchées dans un fête, une boîte de thon et un portable en fin de forfait, un couple dont on comprend que chacun porte une histoire lourde qui ne s’efface pas, finit de se désintégrer, miné par une question posée par un jeu auquel André répond et qui leur fait miroiter de l’argent, une question qu’on dirait inventée par le Ministère de L’Identité Nationale: »Vos parents sont-ils vraiment vos parents? ». Une question pour voir si on est éligible , si on peut participer à un test pour gagner de l’argent.
Cette question réveille chez Marion d’étranges réminiscences qui la précipitent à la bibliothèque où elle découvre que le 18 octobre 1940 on lisait dans le journal officiel: « Est regardé comme juif, pour l’application de la présente loi, toute personne issue de trois grands parents de race juive ou de deux grands-parents si son conjoint lui même est juif ». Et les parents? Oubliés!
Ils reçoivent les tests, pour 6 personnes, eux deux et leurs parents, 6 enveloppes dans lesquelles ils doivent glisser des ongles coupés, des cheveux, des mégots, des tâches de sang, de sperme etc… Iront-ils voir leurs parents? Sauront-ils qui ils sont?
Les jours passent, André n’est plus sûr de pouvoir répondre aux tests, Marion qui fait la grève de la faim se perd de plus en plus dans ses réflexions métaphysiques. A chacun son cocon, à chacun ses hallucinations, à chacun ses parents dont ils parlent enfin: André et son père malade qui a toujours eu peur de lui, Marion et ses parents qui s’aiment trop.
« Je vais partir, je ne sais pas qui tu es » dit André. « J’étais amoureuse d’André Klein et j’étais très heureuse pendant un temps » dit Marion, en écho à la Mary Tyrone du »Long voyage vers la nuit » d’Eugene O’Neill.Une écriture d’une grande économie mais seulement en apparence tant elle est chargée de passé, de références, de colères. Des dialogues qui nous entraînent du côté du théâtre de l’absurde mais un absurde d’aujourd’hui où se glissent soudain Tarzan, Lady Di ou Coluche . Une parole qui se lâche parfois lorsqu’André puis Marion sont seuls avec leur passé.
Une pièce intime et politique, révoltée contre le sort fait aux hommes, contre la bêtise criminelle des lois, contre le mépris. Ecrite en 2008, elle a été mise en scène par Gérard Watkins, à la Comète 347 à Paris ( voir le Théâtre du Blog). Elle tournera la saison prochaine et sera donnée au Théâtre de la Bastille.

 

Françoise du Chaxel

 

 

Les Enfants perdus


Les Enfants perdus
, texte de D’ de Kabal, mise en scène et chorégraphie de D’ de Kabla et Farid Berki.

   L’ an dernier, le  groupe R.I.P.O.S.T.E ( Réactions Inspirées par Les Propos Outrageux et Sécuritaires Théorisés chez l’Elite) était passé aux rencontres de la Villette mais nous avait échappé; cette année, après Chelles, Saint- Gratien, Le Blanc-Mesnil, Montreuil,  et à Paris, à La maison des Métallos , le spectacle s’est retrouvé pour un soir au Centre Pompidou, les Dieux savent comment! Dans la petite salle du sous-sol où la scène  malheureusement tient plutôt du placard à balais.
 Les Enfants perdus, c’est d’abord et surtout un texte formidable de finesse et d’intelligence , au langage acéré où D’ de Kabal raconte la vie des banlieues:  » C’est une culture, dit-il, qui s’est construite dans la rue, dans un univers de tours et de béton, à partir de presque rien dans ces endroits relégués des banlieues où habite une partie de la population qu’on ne veut pas entendre, qu’on ne veut pas écouter, qu’on ne veut pas prendre en compte et dont on dénigre régulièrement la culture d’origine ».
Ce n’est pas vraiment un spectacle de théâtre mais une sorte de slam dit par une excellent acteur/rappeur Karim Ammour avec une belle précision et que D’ de Kabal a très bien su diriger. (Il n’est pas vraiment un novice dans le domaine théâtral puisqu’on avait déjà pu le voir jour avec Mohamed Rouabhi). Sur le côté, un DJ : Fab , dont le savoir-faire et la gestuelle sont assez étonnants,  et deux danseurs de hip hop: Olivier Lefrançois et Johny Martinage tout aussi convaincants. Aucune frime
mais une véritable performance physique et chorégraphique.
  Cela a un côté brut de décoffrage mais, en même temps, tout est extrêmement soigné dans la mise en scène, le son et les lumières. et puis il y a les paroles de ce texte  d’une violence inouïe qui n’a  guère d’équivalent  dans le théâtre contemporain. Avec une élégance orale et une beauté poétique dans  la langue vraiment rares. Exemple:  » Il a fallu qu’on se redresse pour dire et redire que nous étions à nouveau debout et droits. Que nous ne croyons ni en leurs prêches ni en leurs tables de bois. Dangereusement motivés, décidés à en découdre, chacun de nos membres se crispe comme touché par la foudre ».
   Il y a une telle énergie, une telle volonté de proclamer son identité que l’on est vite touché par ce que dit Karim Ammour. C’est un peu, et même très,  dommage que Pompidou n’ait pas offert  à D’ de Kabal, une scène plus adaptée à la danse!
Mais tel qu’il est, l’ensemble fonctionne déjà remarquablement.  Si vous avez l’occasion , même si l’univers du slam, du rap et du hip  hop est  loin de vos préoccupations, il y a là quelque chose d’exceptionnel. Les banlieues ont par le passé donné maint exemples de leur vitalité mais ce spectacle le confirme une fois de plus.
En un peu plus d’une heure,  tout est dit, et bien dit. Allez  1) Daniel Mesguich devrait faire appel à lui pour un enseignement au Conservatoire : une grande bouffée d’air frais, cela ne se refuse jamais 2) Ne rêvons pas trop, mais Carlita ou un conseiller d’un de ses conseillers escorté par Tonton Fred, ministre de la Culture, pourrait aller voir le spectacle et en parler à son petit mari: cela lui éviterait -peut-être? -de dire des bêtises sur les banlieues.
Ce spectacle black/ blanc /beur dit bien des choses et pas n’importe lesquelles: il suffit d’écouter et de les entendre…

Philippe du Vignal

Prochaine date: le 2 juillet à Epinay-sous-Sénart.

Flowers in the mirror

Flowers in the mirror, de Li Ju Chen, par l’opéra chinois du Sichuan. Mise en scène et scénographie de Charles et Vincent Tordjman. Les Digitales vagabondes, par la Station Miao

       fleurs.jpg Querelle parmi les immortels : la fée des Cent Fleurs a laissé l’Impératrice fleurir son jardin en plein hiver, à contre-saison. Punition : elle devra se réincarner en fille de l’érudit Tang Ao, jusqu’à ce que sa peine soit levée.
La voilà partie : son « père », chassé de la cour, se consacre à son art et à ses études de Lettré ? Elle va en faire autant, ce qui est rare pour une femme chinoise, que ce soit à l’époque de l’écriture (fin du XVIIIe siècle, début du XIXe) ou à celle de la fiction (VIIe-VIIIe siècle). Mais tout a commencé par une histoire entre femmes… L’auteur se délecte de ce renversement, jusqu’à inventer un royaume utopique et carnavalesque où les hommes prennent la place des femmes et réciproquement. Ainsi, le brave beau-frère de Tang Ao, commerçant sûr de son esprit pratique et de sa maîtrise des situations, sorte de Sancho Panza de notre Lettré rêveur, se trouve contraint à se bander les pieds pour plaire à son « époux »…
Le tout donne un spectacle (surtitré en français) souvent drôle, populaire malgré l’immense pont culturel à passer, et farci de prouesses spectaculaires – acrobates, cracheurs de feu, virtuoses du « double visage » consistant à ôter et à remettre un masque en une seconde -, de musique rythmée et de ce chant dont l’émission nasillarde – on n’ose pas dire miaulante – surprend.
La mise en scène de Charles et Vincent Tordjman ne bouscule pas le jeu traditionnel de l’opéra. Elle l’installe sur le grand plateau de Nanterre, avec ce que cela change nécessairement dans les « entrées ». Elle lui apporte ce qu’il faut de sonorisation, lasers et autres outils, et un décor contemporain – dont de contestables alvéoles suspendues figurant forêts ou montagnes – avec quelques rideaux de paillettes, inévitable hommage au « kitsch » chinois d’aujourd’hui. Elle le « fait passer ». Du coup l’étonnement s’émousse, et l’étrange s’apprivoise. C’est comme ça, fraternisation culturelle, sourire mondial.
Les Digitales vagabondes raconte également une histoire de fleurs et de Chine, mais d’un point de vue à peu près opposé : Laurence Hertenstein et Stéphanie Barbarou ne sont pas allée en Chine. Mais elles ont suivi l’histoire, la géographie, la botanique, les grandes lignes de commerce « qui ruine les populations qu’elles traversent » pour arriver à leur « conférence » en cinq « stations ». Elles nous obligent à mettre des guillemets partout, parce qu’elles ne font rien comme tout le monde ; donc, aucune catégorie adéquate. Parce que leur projet est né d’une histoire d’amour – les femmes Miao (minorité de Chine) chantent pour leurs prétendants du sommet des montagnes- , elles se sont prises d’amour pour les Miao, et pour les minorités menacées -même si ce ne sont que des plantes- . Elles chantent, trouvant des sons inouïs,  dessinent des cartes de géographie où tout redevient « terra incognita », elles investissent les lieux, parcs, jardins, terrains vagues : vrai voyage, qui ne détruit pas son objet. Le 13 juin, vous avez manqué la Station 1 : Avancer tout en restant là, Périphérique.
Mais la Ferme du Bonheur accueille tous les dimanches à 15h jusqu’au 11 juillet chacune des quatre dernières stations : que leurs titres vous invitent et vous inspirent ! 20 juin, Station 2 : Zig-zag, Caucase. 27 juin, Station 3 : Estomper la carte, Bosphore.4 juillet, Station 4 : Relier à l’oreille le sommet des montagnes, Asie centrale.11 juillet, Station 5 : Surgir dans le Far-est chinois.


Christine Friedel

 Théâtre des  Amandiers- Nanterre jusqu’au 20 juin ; 01 46 14 70 00 La Ferme du Bonheur 220 avenue de la République Nanterre: 01 47 24 51 01  24  contact@lafermedubonheur.fr

12345

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...