le Festival du Conservatoire

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JOURNÉES DE JUIN

Le « festival » du Conservatoire

Depuis des dizaines d’années, le mois de juin est, dans la vie théâtrale parisienne, le mois du Conservatoire. Le concours de sortie, auquel se pressait déjà le Tout-Paris il y un siècle et plus, a été, avec sa dérisoire idée que les artistes de théâtre se comparent entre eux comme des sauteurs à la perche, heureusement supprimé il y a trente ans.
Mais les « Journées de juin », qui lui ont succédé, en ont gardé l’efferves­cence ensoleillée, l’éclat estival et festif, celui d’une efflorescence annuelle de l’avenir. «Estival et festif»: un festival, en effet. Car ce n’est pas autre chose que ce mois où chacune des six classes dites à juste titre d’« interprétation» vient à son tour – pour certaines, en deux ou trois programmes – présen­ter le travail de recherche et de création théâtrales effectué par les élèves sous la direction de leurs professeurs. Un festival des venues au monde – celles autant de moments artistiques intenses que celles des artistes eux-mêmes, pour quelques-uns d’entre eux arpentant pour la première fois les planches, emportés par ce maelstrom de langue, de voix, de corps et de pensée. Mais: «classe», «élèves», «professeur»? Certes, certes. Cependant, aussi bien, en l’occurrence, doit-on dire : « troupe », « ac­teurs », « metteur en scène »… Car, soudain, pour ces quelques semaines, le Conservatoire n’est plus du tout une école, mais, tout simplement, un théâtre. À la fois «stagione» et d’alternance, de création et de répertoire, d’avant-garde et de patrimoine, un théâtre où ce qui se « conserve», à jamais, c’est l’irrépressible pen­chant à plonger «au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau».

Les journées se poursuivent  avec le programme suivant; l’on vous en reparlera dès demain…Après la classe de Dominique Valadié, commence cet après-midi celle du patron Daniel Mesguich.Le programme est copieux et les auteurs joués très alléchants… Même si ce la ressemble parfois à un super marché. Donc à  suivre… Mais quand même plutôt orienté vers les modernes et les contemporains, ce qui n’est pas un luxe!

Ph. du V.

 


Salle Louis-Jouvet Classe de Daniel Mesguich

Répertoire, 27

Camus, Copi, Feydeau, Fo, Hugo, Kalinoski, Musset, Norén, Penhall, Pinter, Ribes, Shakespeare, Sperr, Tardieu, Tchekhov, Wedekind

LUNDI 14 ET MARDI 15 JUIN À 15 H 00

La Fiancée aux yeux bandés

de Hélène Cixous

LUNDI 14 ET MARDI 15 JUIN À 20 H 00

avec

Daria Appolonova Moustafa Benaïbout Barbara Bolotner Julien Campani Morgane Choupay Johann Cuny William Edimo Sophie Fontaine Chorik Grigoryan Sterenn Guirriec Fehmi Karaarslan Sofian Khammes Marie Marquis Clara Noël Aurélie Nuzillard Fannie Outeiro Alix Riemer Zoé Schellenberg Pierre Yvon

Théâtre du Conservatoire Classe de Nada Strancar

La Troade

de Robert Garnier

JEUDI 17 JUIN À 14 H 30 ET VENDREDI 18 JUIN À 19 H 30

Homère, Iliade

de Alessandro Baricco

JEUDI 17 JUIN À 19 H 30 ET VENDREDI 18 JUIN À 14 H 30

avec

Joris Avodo Julien Barret Julien Bouanich Sigrid Bouaziz Hadrien Bouvier Manon Combes Florent Dorin Marie Kauffmann Yannik Landrein Étienne Lefoulon Barthélémy Meridjen Yasmine Nadifi Pierre Niney Mélodie Richard Fanny Santer Laure-Lucile Simon Tamaïti Torlasco

Salle Louis-Jouvet

Classe de Jean-Damien Barbin

Régates, scènes du répertoire

Adonis, Aragon, Bond, Caragiale, Claudel, Darwich, Genet, Ionesco, Jeffreys, Kwahulé, Lautréamont, Lorca, Marivaux, Molière, Perse, Racine, Regnaut, Tchekhov

SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 JUIN À 15 H 00

Dans les royaumes de l’irréel

d’après l’œuvre de Henry J. Darger

SAMEDI 19 JUIN À 19 H 30 ET LUNDI 21 JUIN À 15 H 00

Lars Norén, traversée

DIMANCHE 20 ET LUNDI 21 JUIN À 19 H 30

avec

Juliette Allain Anthony Audoux Nadine Baier Claire Chastel Bénédicte Choisnet Ludmilla Dabo Maxime Dambrin Matthieu Dessertine David Houri Thibault Mullot Lena Paugam Clara Ponsot Fanny Sintès Sylvie Thiénot Élie Triffault Mathurin Voltz Benjamin Wangermée Stanley Weber Lorena Zabrautanu

Théâtre du Conservatoire Classe de Philippe Duclos

Passage(s)

Albee, Beckett, Claudel, Gabily, Hugo, Marivaux, Mrozek, Shakespeare, Sophocle, Strindberg, Tchekhov

VENDREDI 25 ET SAMEDI 26 JUIN À 15 H 00 ET 19 H 30

avec

Muriel Corneille-Lanneau Victoire Du Bois Quentin Faure Romain Francisco Thierry Françoise India Hair Daria Kapralska Jean-Christophe Legendre Marine Liquard Martin Loizillon Leslie Menu Julie Moulier Jean-René Oudot Charlotte Van Bervessellès

Salle Louis-Jouvet Classe de Sandy Ouvrier

Tribus intimes

Lagarce, Racine, Tchekhov

«… parce que celui que j’ai aimé aima cet autre, qui t’aima, toi… »

Andromaque, Bérénice, Le Pays lointain, Juste la fin du monde

SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUIN À 16 H 00

Platonov

SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUIN À 20 H 30

avec

Yacine Aït Benhassi Flore Babled Astrid Bayiha Leslie Bouchet Valentin de Carbonnières Vanessa Fonte Yordan Goldwaser Manon Kneusé Sylvain Levitte Yohan Lopez Clara Mayer Julien Oliveri Marc Plas Guillaume Ravoire Camille Rutherford Anna Lena Strasse Manon Vincent

Théâtre du Conservatoire

MERCREDI 9 JUIN À 14 H 30 MERCREDI 9 JUIN À 19 H 30 JEUDI 10 JUIN À 14 H 30 JEUDI 10 JUIN À 19 H 30

LUNDI 14 JUIN À 15 H 00 LUNDI 14 JUIN À 20 H 00 MARDI 15 JUIN À 15 H 00 MARDI 15 JUIN À 20 H 00

JEUDI 17 JUIN À 14 H 30 JEUDI 17 JUIN À 19 H 30 VENDREDI 18 JUIN À 14 H 30 VENDREDI 18 JUIN À 19 H 30

SAMEDI 19 JUIN À 15 H 00 SAMEDI 19 JUIN À 19 H 30 DIMANCHE 20 JUIN À 15 H 00 DIMANCHE 20 JUIN À 19 H 30 LUNDI 21 JUIN À 15 H 00 LUNDI 21 JUIN À 19 H 30

VENDREDI 25 JUIN À 15 H 00 VENDREDI 25 JUIN À 19 H 30 SAMEDI 26 JUIN À 15 H 00 SAMEDI 26 JUIN À 19 H 30

SAMEDI 26 JUIN À 16 H 00 SAMEDI 26 JUIN À 20 H 30 DIMANCHE 27 JUIN À 16 H 00 DIMANCHE 27 JUIN À 20 H 30

Travaux Classe de Dominique Valadié Travaux «  » Travaux «  » Travaux «  »

 

La Troade Classe de Nada Strancar Homère, Iliade «  » Homère, Iliade «  » La Troade «  »

Régates, 1 Classe de Jean-Damien Barbin Dans les royaumes de l’irréel «  » Régates, 2 «  » Lars Norén, traversée «  » Dans les royaumes de l’irréel «  » Lars Norén, traversée «  »

Passage(s) Classe de Philippe Duclos Passage(s) «  » Passage(s) «  » Passage(s) «  »

Tribus intimes, 1 Classe de Sandy Ouvrier Tribus intimes, 2 «  » Tribus intimes, 1 «  » Tribus intimes, 2 «  »

Entrée libre dans la limite des places disponibles

RÉSERVATION INDISPENSABLE AU 01 53 24 90 16

à partir du 31 mai 2010 du lundi au vendredi de 14 h 00 à 18 h 00

OU SUR WWW.CNSAD.FR

Salle Louis-Jouvet

 

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Entrée libre dans la limite des places disponibles

RÉSERVATION INDISPENSABLE AU 01 53 24 90 16

à partir du 31 mai 2010 du lundi au vendredi de 14 h 00 à 18 h 00

OU SUR WWW.CNSAD.FR

2bis, rue du Conservatoire 75009 Paris
téléphone 01 42 46 12 91 télécopie 01 48 00 94 02 www.cnsad.fr

 

CONSERVATOIRE D’ART DRAMATIQUE NATIONAL SUPÉRIEUR


Archive pour juin, 2010

L’impardonnable revue pathétique et dégradante de Monsieur Fau

L’impardonnable revue pathétique et dégradante de Monsieur Fau, mise en scène d’Emmanuel Daumas, avec Michel Fau.

 Le sacre de Michel Fau, Roi de Cœur !

fau.jpgC’est une Revue revue ! Le Rond-Point produit et accueille la nouvelle revue française, mille fois bravo ! Le genre de la revue est à revisiter, comme l’ont été le cirque ou la danse, et ce coup d’essai est un coup de maître. Michel Fau a choisi comme thème la grandiose impudeur des sentiments : le cœur s’y révèle à nu, tout palpitant, assez féroce, terriblement avide et insatiable. Le cœur grimpe aux rideaux, fait des bêtises, hurle, gémit, se roule par terre : « Je suis moche ! Je veux qu’on m’aime ! Regarde-moi ! Prends-moi ! Viens ! Ne reviens pas ! »
Michel Fau est le Roi de cœur. On le voit se consumer lui-même dans le feu de l’enfer passionnel – et professionnel ! – en grand comédien qui sait aller loin. Faire rire puis retourner le public d’un seul coup. Et la salle explose de rire, et l’instant suivant reste impressionnée et silencieuse. On rit beaucoup certes, mais avec l’élégance du désespoir. Le rire vient des décrochages, des accidents imprévus, des petites tricheries de l’amour-propre. C’est d’abord un spectacle poignant sur l’être humain, homme ou femme, éperdu d’amour.
Michel Fau a joué Shakespeare et Claudel avec talent. On l’a vu et admiré dans de nombreux spectacles d’Olivier Py. Il a aussi mis en scène des pièces –
Maison de poupée- et des opéras – on avait vu à Dijon sa magnifique mise en scène de Madame Butterfly de Puccini -. Tout cela a nourri son art.
Il brille ici en majesté. Il est femme, il est homme, il chante, joue, bouge avec un extraordinaire sens du rythme, du plateau, du public. Il a l’engagement total et la rigueur d’un grand acteur de kabuki, d’une diva d’opéra, d’un meneur de revue. Il est une sorte d’incroyable Joconde qui tient fermement le public sous son regard.
Le théâtre s’incarne à travers chaque histoire, avec une entrée qui démarre  au quart de tour, un développement et une chute, tout cela en quelques minutes. C’est le principe de la Revue, chantée et jouée, toute auréolée de plumes, parures, soyeuses couleurs (robes très réussies de David Belugou), petites lumières et grand escalier, avec changement total à chaque épisode.
Cela va vite, cela accroche mais suppose une technique impeccable. Les variations s’enchaînent à vive allure sur un même thème. C’est une forme qui n’a rien de naturel. Mais à travers un maquillage qui fait penser à ceux du théâtre japonais qui en devient presque un masque, à travers des déplacements et des gestuelles archi codées, la liberté de l’acteur est pourtant très grande. Elle se voit mieux puisqu’elle part d’une connivence avec le public qui attend avec jubilation les variations inspirées à l’acteur sur un modèle connu de tous.
Quant à la vérité des sentiments, elle est poignante. Complètement transposée. On pense au cinéma muet, à l’opéra, à la commedia dell’arte, à la noblesse de ces grandes formes de l’art scénique populaire dans lesquelles la revue a sa place. C’est « criant de vérité », comme on dit, parce que ce n’est pas vrai du tout. Le choix des chansons et des textes poétiques, cocasses et savoureux, est très bien fait, et on aimerait pouvoir en citer les auteurs qui ne sont pas indiqués dans le programme. Michel Fau n’est pas seul. Deux excellents danseurs de revue, Delphine Beaulieu et Joël Lancelot, qui l’accompagnent avec grâce, donnent le contrepoint de vrais numéros de revue, rappellent les pôles féminin et masculin et permettent des changements rapides de costumes sans interruption de jeu.. La mise en scène, les costumes et la scénographie sont à l’unisson : beaucoup d’art et d’artifice pour aller vers la vérité, loin dans la vérité. Un spectacle à ne pas rater.

 

Evelyne Loew

 

Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 27 juin.

 

Les Peintres au charbon

Les Peintres au charbon

Lee Hall

 

halllespeintresaucharbon.jpgUn art en appelle souvent un autre, car ils se nourrissent mutuellement. Au théâtre, à l’opéra, l’occasion est fréquente d’apprécier des décors de toiles peintes, ou des peintures en trompe-l’œil. À charge de revanche : aujourd’hui, c’est le théâtre qui se fait le serviteur zélé de la peinture. Les Peintres au charbon délivre en effet un office presque cérémonieux, et totalement au service de l’art pictural.
Lee Hall appartient à la pure tradition des storytellers anglais qui, comme Mike Leigh, commettent dans le champ de la comédie sociale, ou comme Ken Loach, investissent les couches sociales défavorisées. Cet excellent conteur a ainsi été le scénariste du tendre Billy Elliot.

Peut-être parce qu’elle se fonde sur une histoire vraie, l’intrigue des Peintres au charbon s’avère solide et originale : la découverte, dans l’Angleterre des années 30, de l’art par un groupe de mineurs. Rapidement, ils délaissent la théorie (les cours d’histoire de l’art) pour la pratique. Et leurs œuvres remportent davantage qu’un succès d’estime : elles finissent par figurer dans quelques musées et galeries. Et ces peintres du dimanche se voient plébiscités par de riches collectionneurs.
Toutefois, aucun d’entre eux ne troquera sa lampe de mineur pour les pinceaux en soie : quel que soit leur génie, ils se sentent viscéralement charbonniers, non pas artistes. Cette pièce de théâtre tient donc un peu du récit d’apprentissage : des hommes, autodidactes, découvrent qu’ils ont un réel talent. Se pose ensuite inévitablement à eux la fameuse question : qu’en faire ?
Dans un style vif et piquant, rehaussé d’un zeste d’humour tout britannique, Lee Hall offre une lecture à plusieurs niveaux. En filigrane, cette pièce fait état de la condition ouvrière des mineurs dans les années 30, de leur politisation avec l’importance des théories de Marx en vigueur, et de son devenir durant la mobilisation de la Seconde Guerre mondiale.
Elle offre par ailleurs un beau tableau des relations entre mineurs, de leur solidarité très fraternelle. Mais surtout, elle sert un discours sur l’art, passionnant et pointu, et sur la condition de l’artiste. Au sujet de la nature, du rôle et du sens de l’art, le texte est intelligent, enrichissant, et tout à fait accessible à des amateurs. Tout donne à penser que Lee Hall est non seulement féru de peinture, mais surtout qu’il aime l’art, qu’il est un esthète. « On ne prend pas le chemin de l’art pour se renseigner sur le monde, on en prend le chemin pour se renseigner sur soi-même ».
Les Peintres au charbon
devrait donc, on le souhaite, intéresser les metteurs en scène : une comédie savoureuse (quoique peut-être un peu longue), et une problématique pittoresque. Qu’on se le dise, pour sortir de la traditionnelle impasse, Tchekhov ou Shakespeare !

 Barbara Petit

Éditions de l’Arche, collection « scène ouverte », 124 pages, 13 euros.

 

 

Une anthologie de l’optimisme

Une anthologie de l’optimisme, création et interprétation Pieter De Buysser et Jacob Wren.

optimisme.jpg   Il y a Pieter  qui est optimiste, et Jacob pessimiste. Les deux amis ont décidé de plancher sur cette disposition de l’esprit radicalement opposée. Leur cheminement les amène à envisager la possibilité d’un optimisme critique, sorte de praxis pour se hisser vers le haut dans un monde globalisé et dévoré par le capitalisme. Soit, comme Gramsci le préconisait, « allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté ».
Durant une heure trente, les comparses vont donc nous faire part de leurs recherches, de l’avancée de leurs travaux, des contributions qu’ils ont reçues après avoir sollicité, à l’international,  artistes, intellectuels, financiers et autres chefs d’entreprise dans le but de composer une véritable anthologie. Cette Anthologie de l’optimisme n’est donc pas une pièce de théâtre. C’est un work in progress, une espèce d’exposé de bon élève, une conférence magistrale. Un show à l’américaine où l’on interpelle le public et le fait réagir dans un esprit « participatif », avec force bons mots (le spectateur lui-même est invité à envoyer ses idées par courriel). Une performance, ce genre de spectacle à la mode.
Au cours de cette (longue) soirée, les propositions se suivent et ne se ressemblent pas : projections d’images et de vidéos, de textes qui passent le relais à de la musique, à des saynètes faussement improvisées (servir un thé dans des conditions démentes, balancer un slogan optimiste quand on a reçu un tee-shirt sur la tête…) dont on cherche encore le sens et l’intérêt.
Leurs auteurs ne parviennent pas à assembler entre eux
ces moments juxtaposés sans armature préalable, et totalement décousus. Le résultat est d’un ennui prodigieux. Le problème de la langue n’arrange rien : Jacob (canadien qui s’interroge à bon droit sur les problèmes de communication) se fait fort de ne s’exprimer qu’en anglais, et il faut constamment lire la traduction de ses propos en surtitrage (une phrase sur cinq environ).
Quant à Pieter (belge), s’il parle le français, c’est avec de grosses fautes de syntaxe et de vocabulaire. Des erreurs grammaticales également visibles sur les panneaux fluorescents où les compères écrivent des messages qui sont la substantifique moelle de leur propos, à l’attention de nos petites cervelles. Du coup, ça flaire un peu l’amateurisme, oscillant avec une certaine désinvolture.

Bref, une représentation décevante, où il ne se passe pas grand-chose sur scène. À se demander les raisons pour lesquelles le théâtre de la Bastille a programmé ce spectacle. Mais grâce à Pieter et Jacob, nous pouvons sortir du théâtre sereins, et  optimistes comme un Gramsci: nous savons désormais qu’il est possible de trouver mieux…

Barbara Petit

 Théâtre de la Bastille jusqu’au 11 juin.

Prométhée 2071

Prométhée 2071 de Jacques Kraemer, librement inspiré d’Eschyle, mise en scène et scénographie de l’auteur.

 

promthecjjulienkraemer106.jpgCela se passe, en plein cœur de Chartres, au Studio des Epars salle de travail et de spectacle de Jacques Kraemer, au troisième d’un immeuble contemporain , avec pour voisins une association d’anciens combattants et un bureau de coaching comme on dit dans la langue de Molière.
La salle n’est pas grande ( 37 places) mais la scène est tout fait correcte. On connaît l’histoire: Prométhée s’est rebellé contre la toute puissance de Zeus et a donné le feu aux hommes. Mais Zeus l’a puni en le clouant à un rocher dans le Caucase pour des millénaires, et, double peine, un aigle commis par Zeus lui dévore sans cesse le foie. Et seules les Océanides, filles du titan Océan, parent de Prométhée , viennent le consoler. Et une belle jeune femme Io vient voir Prométhée que Zeus, malgré la jalousie d’Héra, a séduit, et Io court le monde, sans cesse piqué par un taon… Zeus a appris que Prométhée le menaçait de lui faire perdre son trône et lui envoie donc Hermès pour le sommer de lui révéler le secret qu’il détient. Mais Prométhée est inflexible et ne dira rien; alors Zeus , d’un coup de foudre si l’on peut dire, fracasse le roc où il est attaché et et l’enfoncera dans les profondeurs de la Terre.
C’est ainsi que se termine la tragédie d’Eschyle qui formait à l’origine une trilogie avec Prométhée délivré et Prométhée porte-feu... Ce n’est pas véritablement une pièce mais plus un grand et beau poème où fleurissent les images originales, mais , bien entendu, très difficile à monter. Jacques Kraemer a choisi -et avec raison -une toute autre voie: s’inspirer du texte pour arriver à une écriture originale: Prométhée est ici un vieillard beckettien, aveugle et paralysé aux longs cheveux blancs qui ne bouge pas d’un  fauteuil rouge défoncé, enfermé dans un réduit nommé Keinaber.
Le vieillard devine que Zeus veut remplacer les homo sapiens par une autre espèce d’hominidés: les Magnonsses qui lui obéiront davantage. Prométhée a bien quelques petites visites: d’abord, la belle Océane qui viendra de la mer pour le consoler, puis Io , autre belle jeune femme séduite par Zeus mais qui commence à se transformer en génisse déjà couverte de poils, et un jeune homme, Hermès, ambassadeur officiel de Zeus , venu lancer à Prométhée un ultimatum, en exigeant de lui une véritable soumission: l’espèce des homos sapiens est priée de renoncer d’urgence aux bêtises qui risquent fort de défigurer à jamais notre pauvre Terre…Au moment où la fuite de pétrole dans le golfe du Mexique n’est toujours pas maîtrisée!
C’est donc une sorte de fable contemporaine que Kraemer, en soixante minutes, nous dispense dans une mise en scène intelligente et une scénographie rigoureuse. Les images sont souvent d’une grande beauté- un peu bande dessinée mais ce n’est pas un défaut- et, malgré quelques petites longueurs, comme c’est dirigé au cordeau, Kraemer , avec cet ovni théâtral, n’a aucune difficulté à faire passer ce mythe revisité. C’est lui qui incarne le vieux Prométhée, entouré de trois jeunes et bons comédiens: Roxane Kasperski (Io) , Pauline Ribat (Océe) et Clément Peltier ( Hermès). Signe qui ne trompe pas: les jeunes collégiens qui étaient là , semblaient tout à fait passionnés…

 

Philippe du Vignal

 

Studio des Epars à Chartres jusqu’au 19 juin.Réservations: 02-37-28-28-20

Festival d’Avignon: Théâtre du Petit Louvre ( Chapelle des Templiers) 3 rue Félix Gras du jeudi 8 au mercredi 28 juillet à 18 h 30. Réservations: 04-90-86-04-24.

 

Le Balayeur céleste

Le Balayeur céleste par le collectif Le Bruit des nuages

  balayeur10.jpg Sous-titré, non sans fantaisie, « hara-kiri écologique pour 3 comédiens, 8 tourne-disques et quelques mètres cube de déchets plastiques », cette pièce au propos revendiqué servi par une scénographie prometteuse (une maison vitrée sophistiquée par des technologies de projection) et un mélange artistique appétissant (une danseuse, un comédien et un circassien) est une déception.  Après une habile et progressive entrée en matière dans un univers aux sonorités et aux formes d’une grande étrangeté, nous étions captivés, presque envoûtés, acquis à ce qui se déroulerait sous nos yeux. Mais rapidement viennent les images faciles (l’humain aliéné, le plastique omniprésent, la translucidité des matières laissant apparaître des lumières provoquant un effet « joli ») et un discours creux porté par une voix robotisée censée nous faire prendre conscience de l’horreur d’un monde imminent pour cause de consumérisme accru dans nos sociétés contemporaines.
Bref, des poncifs plastiques et des propos qui deviennent assez  vite lassant. Sans compter les lenteurs occasionnées par une mise en scène qui a largement trop misé sur l’effet « poésie visuelle » en se permettant des temps  morts aussi longs.  Les mouvements sont peu précis (la chorégraphie, au sens propre, semble presque absente…et cela ne relève pas d’un parti pris « dépouillé » semble-t-il), peu expressifs, redondants, gâchés au regard des compétences initiales des interprètes.
Les possibilités de la scénographie semblent avoir été peu explorées, et le jeu en huis clos qui est censé s’y dérouler ne fonctionne pas pour cause de soucis d’interprétation (on ne croit jamais aux personnages, à l’exception de celui qui reste en dehors de la maison). Seuls la musique et le jeu dudit artiste finissent par retenir l’attention. Ce spectacle est encore jeune, espérons qu’il gagnera en intensité (pour le jeu) et en lisibilité (pour le propos), car la matière,elle,  est absolument prometteuse, on le redit.  

Par Jérôme Robert

Au Théâtre de Chelles

Les Ames mortes

Les Ames mortes de Nicolas Gogol, mise en scène d’Anton Kounetsov, traduction d’André Markovicz

    ame2.jpgLes Ames mortes, c’ est sans doute le chef d’œuvre le plus  reconnu de toute la littérature russe et que Nabokov,  après bien d’autres écrivains, chérissait tout particulièrement.  En Russie, les âmes, c’était  les hommes-esclaves  dont le nombre servait à évaluer le prix d’une propriété rurale et donc l’impôt foncier. Comme le recensement avait lieu tous les cinq ans, le nombre de serfs décédés et dûment enregistrés continuait à servir de base d’imposition au mépris de toute logique; des escrocs rachetaient  alors, à  bas prix, ces âmes à des propriétaires fonciers, ravis de se débarrasser de ce fardeau fiscal, puis installaient- fictivement s’entend- ces hommes sur des terres  achetées aussi très peu cher, puis les hypothéquaient sur leur valeur supposée.. Escroquerie  qui leur permettait de s’enrichir.
Et c’est Pouchkine qui donna l’idée de  traiter sur ce thème à Nicolas Gogol,  jeune auteur qui n’avait pas encore écrit Le Revizor, d à partir d’un fait divers réel. L’affaire lui prendre plus de quinze ans mais, comme il connaissait aussi  bien le sujet, puisque Gogol était propriétaire terrien,  le résultat est d’une saveur incomparable.
C’est donc l’histoire d’un personnage d’un petit escroc: Tchitchnikov, accompagné de son cocher Sélifane et de son valet Petrouchka, qui part à la recherche de de ses futures victimes, petits propriétaires terriens. Ils sont à la fois méfiants et souvent naïfs mais toujours cupides qui cherchent, dans une partie de poker menteur, à être encore plus rusés que cet escroc aux belles paroles qui finira par revenir de la campagne, tout heureux d’avoir réussi à être devenu millionnaire, terme qu’il
ame1.jpgsavoure avec une joie incomparable…
Mais,  en proie à des soupçons de plus en plus nombreux, il devra s’enfuir au plus vite. Bien évidemment,  le nombre  de scènes et de dialogues hauts en couleurs allait faire l’objet de nombres d’adaptations théâtrales en Russie comme en France. Le thème est resté très actuel :une spéculation sur un bien fictif , immatériel et c’est de la plus brûlante actualité, puisque le spectacle se joue à Bobigny au moment même où s’ouvre le procès de Jérôme Kerviel.
Anton Kounetsov  avec Laurent Lejop a adapté le long texte de Gogol: trois personnages: Tchitchinikov lui-même, joué par Laurent Manzoni, Hervé Briaux qui incarne au début l’auteur puis nombre de clients , et Véra Ermakova qui joue plusieurs des femmes des Ames mortes
Ce n’est jamais pas facile de restituer toute la truculence d’un  long récit mais son adaptation et sa traduction scénique sont ici assez décevantes. D’abord par la façon dont les scènes  s’enchaînent sans véritable fil conducteur et où l’on perçoit assez mal le côté absurde et farcesque du roman de Gogol.
Mais c’est aussi la direction d’acteurs qui fait défaut:  pourquoi Kounetsov s’acharne-t-il à faire crier sans raison Laurent Manzoni et Hervé Briaux? Ce qui finit par tout laminer; il y a bien quelques scènes entre le petit escroc et l’un des clients qui sont tout à fait réussies, mais aussitôt, après l’intérêt retombe. Comme cette succession de petits moments dure plus de deux heures quinze, autant dire tout de suite que le temps parait souvent interminable…
Alors à voir? Pas sûr, même et surtout si l’on est passionné par Gogol dont l’écriture reste succulente, surtout dans la traduction d’André Markovicz.

Philippe du Vignal

MC 93 Bobigny jusqu’au 29 juin.

THREE SOLOS AND A DUET

« THREE SOLOS AND A DUET » Ana Laguna et Mikhaïl Baryshnikov

photo.jpgMikhaïl Baryshnikov est né en 1948 à Riga en Lettonie. Il intègre la prestigieuse école de danse classique de Vaganova à Leningrad. En 67, il entre dans la compagnie de ballet du Kirov (l’actuel Théâtre Maryinski ) et est nommé Etoile en 69. C’est lors d’une tournée au Canada en 74 qu’il disparaît pour quelques jours et demande l’asile politique qu’il obtient. Misha, de son surnom, entre alors à l’American Ballet Theater, à New York entre 74 et 78 et il en devient le directeur artistique de 80 à 89. Pendant un an ( en 79) ,il est l’interprète de George Balanchine et de Jerome Robbins au New York City Ballet. Le 3 Juillet 86, il est naturalisé américain et va fonder le « White Oak Dance Project » avec Mark Morris. Il aide ainsi les chorégraphes contemporains à trouver un public plus large.
Enfin, en 2005, il crée le Baryshnikov Arts Center dit « BAC » où la création contemporaine est à l’honneur : les studios sont ouverts aux chorégraphes, comédiens, musiciens, cinéastes et plasticiens. Le BAC est situé dans un bâtiment de 4000 m2 comportant quatre studios et un amphithéâtre appelé le Jerome Robbins Theater. La photographie est également l’ une de ses passions. En 80, il publie un album : « Moments in Time » et, en 2009, « Merce my Way » en hommage à Cunningham. Il connut aussi de beaux succès comme acteur au cinéma et à la télévision et il est aujourd’hui un des plus grands noms de la danse contemporaine.

 

Nathalie Markovics : Pouvez-vous nous parler de la création du Baryshnikov Arts Center ?

Mikhaïl Baryshnikov : Ici, nous donnons la possibilité aux jeunes créateurs de danse et de théâtre de montrer leur travail et de rencontrer des maîtres de la scène contemporaine. New York avait besoin d’un lieu comme celui-ci parce qu’il n’y en avait pas. C’est une ville commerciale tournée vers l’économie et l’immobilier, où le coût de la vie est très cher. Mais l’art et l’éducation par l’art passent au second plan. Nous essayons de faire en sorte que les gens se rencontrent pour créer un spectacle ensemble ou séparément…
Nous pratiquons une politique de bas prix pour faire venir le jeune public qui ne peut s’offrir les théâtres de Broadway, les spectacles de ballet et l’Opéra où les prix varient de 100$ à 150$ la place. Ici, cela va de 20 à 25$.

- Vous accueillez des « bénévoles » au BAC, dans quel but ?

M.B : Ce sont des danseurs, des acteurs, des scénographes ou des artistes qui font partie d’un projet. Ils ont la volonté de passer leur temps libre soit en travaillant comme ouvreur soit en assistant aux répétitions et aux spectacles. C’est pour moi, l’activité la plus admirable.

- Qu’a représenté pour vous l’entrée comme danseur principal chez George Balanchine ?

M.B : C’était, pour moi, très important, dense et court, d’être pendant un an au New York City ballet et c’était un jeu de travailler en même temps avec George Balanchine et Jerome Robbins, un véritable tour de force. L’expérience qui dura un an fut vraiment très intéressante, productive et controversée à tout point de vue. J’ai beaucoup appris sur le sens du théâtre et sur le processus de création. C’était fascinant.

- Quel a été le rôle de Jérôme Robbins dans votre vie ?

M.B : J’ai travaillé avec lui, il a participé à ce que je suis devenu, et c’était un ami et un maître ; nous lui avons donné au BAC, le nom de l’ amphithéâtre qui vient d’ouvrir. Jerome Robbins est un personnage important dans ma vie américaine.

- Merce Cunningham, Martha Graham et Twyla Tharp ont été, chacun dans leur style, une révolution dans la danse contemporaine ? Pouvez-vous préciser pourquoi ?

M.B : Tout d’abord il n’y a pas qu’eux : je pense entre autres à Paul Taylor, Mark Morris et Alvin Aley ; tous ont ouvert une page pour la nouvelle génération. Et faire partie de cette page qui se tourne est un privilège pour moi ou pour n’importe qui : n’oublions pas que nous sommes, nous les danseurs, des instruments.

-Vous vous sentez exister comme instrument ?

M.B : Oui, toujours car je ne suis pas chorégraphe. Certains sont danseurs et chorégraphes.. Et ils utilisent les instruments que sont les danseurs.

- Que ressentez-vous quand vous êtes sur scène ?

M.B : C’est un sentiment complexe : il y a, à la fois , des moments de peur, d’excitation et parfois de frustration. Et c’est aussi un devoir. Mais il est très difficile d’expliquer ce que l’on ressent: à la fois l’amour de la haine et la haine de l’amour de la scène : si vous aimez tout ce que vous faites, c’est terrible ; si vous haïssez ce que vous faites, c’est aussi pour cela que vous le faites. Il y a une contradiction surprenante entre vouloir être sur scène et en même temps rejeter la scène : il faut être prudent.

- Quelle est votre opinion concernant le théâtre contemporain aux Etats-Unis et en Europe ?

M.B : Ce que vous, les européens, connaissez de notre théâtre est avant tout un théâtre avant-gardiste comme ,par exemple, le « Wooster Group » qui est un de nos partenaires au BAC. En Europe, il y a plus de choix : du théâtre polonais, russe, français (Ariane Mnouchkine) anglais (Peter Brook )ou italien ( Giorgio Strehler). C’est un théâtre avec des fondements plus anciens. Vous, les européens, avez commencé à casser les règles du théâtre traditionnel bien avant nous; les américains, eux ont appris le théâtre à partir de ces règles .
Mais du théâtre russe et anglais, nous avons aussi puisé des choses. Stanislavski a immigré, Peter Sellars, Stella Adler, Lee Strasberg (acteur américain qui a contribué à faire de l’Actor’s Studio, l’école d’art dramatique la plus réputée au monde), ils se sont nourris du théâtre européen. C’est comme cela que le théâtre et le cinéma américain ont émergé. Sans Adler il n’y aurait pas eu Robert de Niro, et sans Strasberg il n’y aurait pas eu Al Pacino. Le théâtre en Europe est plus inventif comme par exemple avec Jerzy Grotowski. La manière dont travaillent Bob Wilson et Peter Sellars semble plus libre en Europe car le public accepte plus de choses.

- Quelles sont vos relations avec l’Europe concernant la danse contemporaine ?

M.B : A Paris, je vois autant de spectacles que possible, comme ceux du Festival d’Automne. Il y a beaucoup de chorégraphes intéressants mais je ne peux les citer tous car j’en oublierai. Je suis toujours très inspiré par les spectacles auxquels j’assiste en Europe. Depuis ces cinquante dernières années, de plus en plus d’artistes français viennent à New York dans le cadre d’échanges. Plus souvent en fait de la France vers les Etats-Unis. Et je félicite la politique culturelle d’échanges internationaux l’Etat Français pour sa politique d’échanges culturels et je lui dis : « chapeau ». C’est une chose merveilleuse.

- Vous allez danser avec Ana Laguna à Paris dans « Three Solos and a Duet », pourquoi au Théâtre de la ville ?

M.B : Ce type de spectacle ne s’adapte pas aux scènes du Palais Garnier ou du Théâtre du Châtelet qui sont des endroits trop vastes. Le spectacle comprend deux personnes : Ana Laguna et moi-même. L’intérêt de danser au Théâtre de la ville est d’être face à un public éduqué et sensibilisé à l’art, à la danse contemporaine et au théâtre. J’aime l’architecture de ce théâtre, et de plus je n’y ai jamais dansé. J’ai pensé que celui-ci était le mieux adapté pour cette chorégraphie intimiste composée entre autre par Mats Ek. C’est lui la star de la soirée et bien sûr, Ana Laguna . D’aucune manière, ce n’est ma représentation, mais un travail collectif que nous partageons et qui est au croisement de différentes générations et nationalités : française avec Benjamin Millepied, suédois avec Mats Ek et russe avec Alexeï Ratmansky. Ce sont « les Etés de la Danse » qui m’ont proposé le Théâtre de la Ville et c’est ainsi que le projet a pris forme.

- Vous sentez-vous plus libre pour danser au Théâtre de la Ville ?

M.B : Si vous décidez d’aller sur scène, vous êtes libre où que vous soyez. Mais il y a une expression juive qui décrit cela : tout artiste qui accepte de l’argent pour monter sur scène, qu’il soit bon ou mauvais, est comme un prostitué de l’Art.

- Avez-vous des regrets ?

M.B : Je ne regrette rien. Nous avons tous passé du temps sur certains projets en se disant qu’on aurait pu faire quelque chose de différent. Mais on apprend de ses erreurs, dans la vie : je crois à un certain équilibre. Quand vous faites une erreur , vous ne reproduisez pas la même et , petit à petit, vous apprenez. Je ne préciserai pas ce que j’ai pu regretter, en général, j’ai eu de la chance d’être à la bonne place au bon moment avec les bonnes personnes. Je n’ai vraiment pas à me plaindre.

- Avez-vous des rêves ?

M.B : Je n’ai pas de rêves, je dors peu, je n’ai pas le temps de rêver.

- Ce rêve impossible existe t-il malgré tout ?

M.B : En réalité, je n’ai jamais espéré pouvoir encore danser à mon âge. Et je n’ai jamais pensé aborder autant de formes différentes de danse dans ma vie.Pour ce spectacle, j’ai la chance d’avoir rencontré Ana Laguna, Mats Ek, Benjamin Millepied et Alexeï Ratmansky avec qui je peux avoir un véritable échange. Je ne le ferai pas si je n’en avais pas envie. C’est l’envie qui me guide. Nous formons une belle association.Alors, oui, grâce à tout cela, je peux dire que la vie est un rêve.


Nathalie Markovics.

New York, Baryshnikov Arts Center, mai 2010.

Au Théâtre de la Ville du 15 au 20 juin.

Theâtre Jeune Public. Good bye Mr Muffin

Good bye Mr Muffin, un spectacle en anglais pour les 6 à 10 ans, présenté par le Teater Refleksion (Théâtre Reflexion) et De Røde Heste (le Cheval rouge) danois

   muffin.jpgUne œuvre  sophistiquée, voire osée, puisqu’elle aborde un sujet rarement traité par le théâtre destiné aux  jeunes : la maladie et la mort. Une  violoncelliste produit une musique atonale, parfois inquiétante et énigmatique, pour nous libérer de notre monde de références habituelles. Un manipulateur de marionnettes, d’une voix très douce et avec un sourire accueillant, nous présente une boîte en carton, la  maison de M. Muffin.
Dès lors nous entrons dans la vie de ce petit rongeur,  Muffin le cobaye, vieilli et fatigué.  Il  a pris du poids et se déplace difficilement. Il réfléchit sur le passé,  évoque les moments de grand bonheur et nous rassure qu’il est bien préparé pour l’inévitable car il voudrait enfin se reposer.   Le manipulateur donne à ce petit morceau de fourrure délabré, une présence presque humaine. Avec ses mouvements de la tête et le rythme de ses réactions, le petite bête, blottie dans les bras de son manipulateur, semble faire partie de ce  corps qui le tient, le protège et parle à sa place.
Malgré des moments mélancoliques, le spectacle est réussi; les concepteurs font sentir que la vieillesse et la mort sont les mouvements inévitables de la vie, et qu’il ne faut pas en avoir peur. Ainsi, lorsque la petite boule de fourrure ne réagit plus, nous sommes émus mais pas étonnés.  Tous les enfants étaient touchés par cette leçon de vie qu’ils avaient peut-être déjà rencontrée dans leur propre quotidien.  Le côté didactique du théâtre jeune public est  toujours présent et  aurait pu finir par gêner certains mais ici le sujet est traité lavec simplicité, et une grande sensibilité, et l’on  évite volontairement d’infantiliser les jeunes spectateurs qui  l’ont bien senti.   

 

Alvina Ruprecht
Spectacleprésenté dans les ateliers du Musée de la guerre à Ottawa, dans le cadre du  Festival international jeune public, du  26 au 28 mai.

Entre ciel et chair

Entre ciel et chair, mise en scène de Clara Ballatore d’après Une passion – Entre ciel et chair de Christiane Singer.

laine1.jpgParis, Île-Saint-Louis, XIIe siècle. Héloïse, une jeune élève brillante de dix-huit ans, rencontre son précepteur, Abélard, un philosophe réputé. Ils se reconnaissent instantanément et s’éprennent l’un de l’autre. Leur passion est aussi intense que fulgurante.
Mais Héloïse tombe enceinte, et les amants décident de se marier secrètement. Malheureusement, il ne leur sera plus permis de se voir : plein de rage et de haine, Fulbert, l’oncle et tuteur d’Héloïse, décide de faire châtrer Abélard. Et tandis que lui voit sa carrière ecclésiastique ruinée à jamais,  elle doit se retirer au couvent et prendre le voile. Cette histoire d’amour contrarié et tragique n’aurait peut-être pas autant marqué les esprits sans la cruauté démesurée de la punition, ni sans la correspondance des deux amants qui l’a définitivement ancrée dans la littérature.
Il y a quelques années, c’est Christiane Singer, écrivain dont l’œuvre est baignée de spiritualité, qui donnait la parole à l’Héloïse au soir de sa vie. La mise en scène de Clara Ballatore restitue l’austérité toute monacale autour de l’Abbesse du Paraclet : point de décor hormis deux chaises. En simple robe de bure blanche, Héloïse se confesse et sa voix trouve un écho auprès du contrebassiste. Amante abandonnée par un homme qui se retira et se réduisit au silence, elle fait retour sur son existence, aujourd’hui où elle est enfin soulagée par l’abnégation.
Héloïse est celle dont le désir de jouissance, si atypique pour une femme bercée par la scolastique, n’était en fait que le symptôme de son amour de Dieu. Une femme exceptionnelle dont le talent et l’érudition trouvèrent leur source dans la sensualité. Si le texte est magnifique, il n’est toutefois peut-être pas assez vivace et suffisamment adapté à la scène pour maintenir le public  en haleine durant une heure quinze. Christelle Willemez, qui campe une bien belle Héloïse, surjoue un peu son personnage. Un hommage sincère à l’alliance du sacré et de l’érotisme, pour le meilleur et surtout, pour le pire.

 

Barbara Petit

Théâtre Aire Falguière, jusqu’au 1 er juin.

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