Châlon dans la rue (suite et fin)
TRANSITion Pan Optikum (Allemagne) Chalon
Mise en scène Sigrun Fritsch, d’après Wajdi Mouawad
Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face, décor de Llorenc Corbella, Musique Tobias Schwab, pyrotechnie Klaus Ulrich
C’est le dernier spectacle de Chalon dans la rue et c’est la tradition, il faut du gigantesque, d’ailleurs le public a changé, les festivaliers ont plié bagage et des gens de Chalon nous ont demandé où était la fête ! Place Mathias, la jauge est de 6000 personnes, un gigantesque dispositif est installé, des plateformes à deux mètres de haut qui se déplacent dans la foule. Techniquement c’est impeccable, la sono est bien réglée, les éclairages et les artifices sont étonnants, le bon peuple en a plein la vue. Mais la fable est bien faible, Tirésias surjoue et les meilleurs moments sont ceux dépourvus de texte. Et puis une heure debout au quatrième jour de Chalon dans la rue …!
PRINCESSE COURAGE les batteurs de pavé (CH)
Manu Moser et Laurent Lecoultre venus de la Chaux de Fonds en Suisse, s’amusent comme des petits fous à interpeller le public rassemblé sur la place avant le début du spectacle. Ils choisissent les personnages du spectacle parmi les enfants volontaires, d’abord une princesse, ils lui font enfiler une robe et remplacent sa casquette par un diadème, un chevalier petit black très à l’aise qu’ils coiffent d’un casque, un mille pattes et ce sont six enfants rangés par ordre de taille, un mur ! Et ils débitent une histoire à dormir debout en faisant jouer tout ce petit monde. Le public comme les acteurs est associé au jeu devant lever les bras et hurler à chaque fois que le nom du peuple et celui des personnages est prononcé. Comme John Guez qui construisait ses spectacles avec ses spectateurs devant Beaubourg, leur jeu est d’une efficacité redoutable malgré leurs voix fatiguées au bout de dix représentations sans sonorisation (et heureusement) dans le tumulte de Chalon dans la rue.
enfants@batteursdepave.com
Edith Rappoport



Les Corbeaux de Josef Nadj
Que se passe-t-il entre le cerveau droit et le cerveau gauche, quand le gauche (c’est à dire le côté droit, raison, langage etc, puisque tout est inversé) est lésé ? Comment guérit-on, si on guérit ? Violette veille son compagnon Guillaume, tombé dans le coma à la suite d’un accident.
L’apogée de la Révolution française, l’année de tous les dangers pour la toute jeune république : guerre à l’Est, guerre à l’Ouest, guerre extérieure, guerre de Vendée, sans compter la Bretagne et les Anglais.
Ça fait partie de la mélancolie de Shakespeare : le monde est une scène, où nous jouons plus ou moins bien notre rôle, et au bout du conte (il n’y a rien à compter), bien empiffrés, nous servons à notre tour de festin aux vers. Yorick, le pauvre Yorick qui était si drôle quand il faisait sauter sur ses genoux le petit Hamlet : aux vers ! Juliette, fausse morte puis vraie morte dans le tombeau de ses ancêtres : aux vers ! Mercutio : aux vers ! Tous !
Comment devient-on un Macbeth ? Il faut commencer par être un bon et loyal soldat, gagner des batailles pour son Roi, ou son archiduc, puis rencontrer trois sorcières (deux suffisent ici) qui, vous faisant cadeau d’un petit bout de vérité, vous feront croire à tout. Tout, quoi? Tout. Au pouvoir suprême, à « moi roi », à la reine à moi, à l’éternité à moi. Ça donne à penser ?