De Man zonder eigenshappen ( L’Homme sans qualités I)

De Man zonder eigenshappen ( L’Homme sans qualités I) , d’après Robert Musil, adaptation Filip Vanluchene, Guy Cassiers, Erwin Jans , script fondé sur la traduction en néerlandais de Ingeborg Lesener, mise en scène de Guy Cassiers. Surtitrage en langue française d’après la traduction de Philippe Jaccottet.

musil.jpgOn connaît le célèbre roman de Robert Musil dont l’action se déroule en 1913 à Vienne capitale de l’Empire et Royaume austro-hongrois, surnommé la Cacanie; K et K pour Kaiserlich und Königlich: « Impérial et Royal mais aussi kak= kaka; (dans l’adaptation théâtrale de Cassiers, tous les chevaux ont la diarrhée).
Le roman qui met en scène de nombreux personnages dont le principal: Ulrich, le personnage principal, nommé secrétaire général de « l’Action parallèle » préfère rester spectateur des événements plutôt que d’agir; il a, pour maîtresse, la jeune Bonadea; Walter, un ami d’enfance d’Ulirch. Il y aussi Clarisse, épouse de Walter mais amoureuse d’Ulrich; Diotime mariée à un certain Tuzzi et amoureuse d’un grand industriel allemand, Arnheim, qui va devenir l’adversaire d’Ulrich au sein de l’Action parallèle . Tuzzi semble accepte les sentiments de sa femme pour Arnheim; il y a enfin  Leinsdorf  qui semble être le penseur de l’Action parallèle sans que l’on voit très bien le rôle qu’il joue.
Et Guy Cassiers a ajouté  deux autres personnages à ceux qu’avait imaginés Robert Musil: un cocher au service d’Ulrich, un certain Palmer  qui introduit dans le récit l’histoire de l’épizootie mortelle qui ravagea les rangs des chevaux impériaux , et le comte Von Schattenwalt qui devient un intime de Leinsdorf.  Le scénario imaginé par Guy Cassiers  comprend trois actes: on doit célébrer les soixante dix ans de règne de son empereur, tandis que l’Allemagne doit elle aussi fêter les trente ans de  règne de son empereur; et l’on verra qu’à cette occasion , les individus révéleront leur vraie personnalité, en privilégiant d’abord leurs intérêts personnels. puis à Vienne, la révolte est dans l’air et il y a des manifestations.
Quant aux personnages, ils auront aussi beaucoup évolué: Bonadea et Ulrich se sépareront, comme Walter et Clarisse comprennent que c’est bientôt la fin de leur mariage. Ulrich doit partir à cause du décès de son père… La fin montre Ulrich comme Walter en proie à leur angoisse de vivre dans un monde qui n’ a plus de repères.  Ce n’était certes pas facile d’adapter ce gros roman de plusieurs milliers de pages au théâtre, et  resté inachevé,  où Robert Musil a essayé de rendre compte des dimensions politiques, sociales et relationnelles qui furent celles de son temps, celui d’une Europe qui était, comme dit justement Guy Cassiers, » à la recherche d’une  nouvelle identité commune mais qui ne voulait pas perdre les avantages de l’ancienne ».
Le metteur en scène a gardé  nombre de dialogues de ce gros roman , et à peu près le même plan, qui serait en fait la première partie d’une trilogie. On y retrouve cette même fascination  pour la peinture et les arts plastiques, et il a ici travaillé à mettre  en contraste ( organisation/ chaos) avec l’action dramatique deux tableaux célèbres: La Cène de Léonard de Vinci, avec une  composition tout à fait classique mais dont on ne commence au début qu’à percevoir des détails de peinture très grossis, et L’Entrée du Christ de James Ensor: deux œuvres qui se veulent être comme les symboles, l’une d’une société organisée, et l’autre au bord de l’explosion. Comme celle où vécut Musil avant le tragique épisode européen de la guerre de 14 où ses personnages semblent inconscients de la réalité politique qui va les engloutir.
Cassiers, avec beaucoup de maîtrise, réussit aux meilleurs moments à nous faire sentir cela:  habilement, il introduit une sorte d’onirisme en  déconstruisant le réel de la scène grâce des plages de couleurs mouvantes projetées sur l’écran qui occupe tout le fond du plateau, ce qui procure une sorte . Il y dans le texte quelques allusions au désormais fameux nettoyage au Karcher prôné en son  temps par Sarkozy…
Bien entendu, comme toujours chez  Cassiers, les images vidéo des deux tableaux sont d’une qualité picturale exceptionnelle, avec des tons et des lumières très soignées, si bien que l’œil s’y promène avec le plus grand plaisir. Mais, à vrai dire, on a un peu de mal à saisir le projet de Cassiers: les dialogues restent plus romanesques que vraiment dramatiques: ce qui est fréquent quand il s’agit de passer l’univers et les personnages sont plutôt esquissés et nous restent, comme l’intrigue quelque peu étrangers, d’autant plus que l’emprise picturale est des plus fortes, et la synthèse entre pictural et dramatique ne fonctionne pas vraiment. Même si l’on retrouve avec plaisir la formidable langue de Musil.
On veut bien que Guy Cassiers, comme il aime à le dire, préfère mettre la disposition des spectateurs » les pinceaux et les couleurs mais que c’est à eux de peindre le tableau »… Comme le spectacle dure quand même 3 heures trente entracte compris, même s’il y a de bons moments et si l’on respecte le travail, on ne sort pas de là vraiment séduit par cette proposition…beaucoup moins réussie que celle, exemplaire,de Mephisto for ever qu’il avait présentée en 2007 en Avignon.
Alors à voir? Oui, si vous êtes vraiment un inconditionnel de Cassiers mais  ce n’était sans doute pas l’idée du siècle que de vouloir porter à la scène le roman de Musil qui reste un chef d’œuvre à lire…

Philippe du Vignal

Spectacle présenté du 8 au 12 juillet à l’ Opéra Théâtre d’Avignon; puis les 10 et 11 et du 15 au 19 septembre à Anvers; le 21 septembre à Roselare en Blegique; le 24 septembre à Breda (Pays-bas; du 29 septembre au 2 septembre à Gand et du 6 au  octobre à Orléans. Pour les dates ultérieures, consulter le site du Toneelhuis.

 

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