L’encens et le goudron

L’encens et le goudron, de et avec Violaine de Carné

 

 wbimg464.jpgQue se passe-t-il entre le cerveau droit et le cerveau gauche, quand le gauche (c’est à dire le côté droit, raison, langage etc, puisque tout est inversé) est lésé ? Comment guérit-on, si on guérit ? Violette veille son compagnon Guillaume, tombé dans le coma à la suite d’un accident.
Attendre, c’est beau (et encore…) mais elle a envie de vivre, de parler, et qu’on lui réponde ! Ce sera le docteur, et puis les autres patients, en voie de rééducation par une bonne fée qui apparaît sur écran. C’est Marie-Paule Ramo, qui a aidé à construire le spectacle.
Il s’agit de refaire les petits sentiers du cerveau droit au cerveau gauche en retrouvant les mots. Et de retrouver les mots par les odeurs, d’où le titre. On savait le rôle du goût, en particulier celui de la madeleine, dans le réveil de la mémoire : avec l’odorat, ça marche aussi.
Peu à peu, les mots reviennent, le petit groupe des plus ou moins patients (surtout pas Violette) change, évolue, et Violette, qui n’était là que pour son bel au bois dormant, y entre à pieds joints et en apprend un rayon sur ses propres cheminements.
L’encens et le goudron est l’aboutissement d’un travail très sérieux - trois ans d’observation (forcément, on se prend au jeu…) et de documentation à l’hôpital -, mais Violaine de Carné l’a voulu poétique et léger. Elle chante, raconte, se métamorphose, jouant d’un geste et d’une voix chacun des personnages, dialogue avec le violoncelle et la bonne fée de l’écran…
On retrouve la vitalité et la sensualité de Chœur d’artichaut, dégustation œnologique mise en scène et en chansons,
avec Véronika Soboljevski au violoncelle. L’imposante statue évoquant le dormeur joue bien son rôle de « calme bloc », à côté d’un petit lit de fer (trop) tournoyant. Ça va bien, ça va vite, avec bravoure et talent. On aurait juste envie que ce soit un peu plus structuré. Ou alors, c’est qu’on a un petit problème au cerveau droit. Ou gauche.

 

 

 

Christine Friedel

 


 

Avignon off. Théâtre des Corps Saints, 15h15


Archive pour 22 juillet, 2010

Quatrevingt-treize

Quatrevingt-treize, de Victor Hugo, adaptation et mise en scène Godefroy Ségal

 

93.jpgL’apogée de la Révolution française, l’année de tous les dangers pour la toute jeune république : guerre à l’Est, guerre à l’Ouest, guerre extérieure, guerre de Vendée, sans compter la Bretagne et les Anglais.
Victor Hugo, sur le tard, revient sur cette période héroïque et sanglante. Ça donne presque envie d’écrire « à la manière de… », avec des points partout. Héroïque. Et sanglante. La vérité, c’est que là-dedans Victor Hugo aime tous ses personnages : le vieux marquis en acier trempé – « Les blessés ? Achevez-les »- , l’homme des bois qui sauve le ci-dessus marquis et s’effondre d’horreur à le voir mener ainsi sa guerre, Gauvain, le neveu républicain pur et trop clément, le bataillon de Parisiens fait de Gavroches qui auraient eu, un peu, le temps de grandir, un ancien prêtre mettant sa foi au service d’une juste guillotine… Un échantillonnage complet de raisons et de déraisons d’agir. Et surtout, l’invraisemblable de l’affaire : trois petits enfants pris en otage, qui vont bouleverser le jeu d’échecs. L’art d’être grand-père au milieu de la tuerie. Et la mort, donnée, reçus, acceptée (par Gauvain l’utopiste, le martyre illuminé de l’espoir), inacceptable.
Godefroy Ségal retrouve avec Quatrevingt-treize, la violence qui animait sa pièce Les chiens nous dresseront. Mais avec une rigueur qui manquait à celle-ci : le théâtre-récit nous est adressé frontalement, tribunal révolutionnaire, avec de brusques irruptions du jeu. L’œil est arrêté par tel geste précis, ou s’égare dans les toiles du peintre Jean-Michel Hannecart projetées au-dessus de la scène. Pas de couleurs, sinon le gris, le beige, le noir fumée. Pas vraiment des illustrations : des images brumeuses d’où pourrait naître le récit. Pas d’autre décor, bien sûr, ni de costumes, sinon une certaine façon pour les comédiens de porter leurs vêtements : allusive, propre à la suggestion, surtout, tremplin.
La violence est dans le sang-froid des mots, avec de brusques flambées. Elle se joue dans le rythme, les accents des percussions, les ruptures, les enjeux. L’adaptation est sévère : ne restent du texte que le tronc et les branches. Cela suffit pour soutenir le débat posé par le vieil Hugo : quel pouvoir, quelle action pourraient être à la fois justes et efficaces ? Question qu’il laisse sans réponse, à la fin de sa vie, en humaniste et en citoyen.
À chacun d’agir à l’endroit exact de sa responsabilité, de sa conscience et de son cœur. Sur ce point, la troupe se garde de toute sentimentalité, mais pas de tout lyrisme. Ce Quatrevingt-treize a été joué sur des scènes plus vastes  et y gagnait sans aucun doute, Godeffroy Ségal et sa troupe étant de ceux qui voient (parfois trop) grand. Tel quel, il tient sa qualité de sa précision et de son économie, accoucheuse d’une véritable émotion.

 

 

 

Christine Friedel

 

 

 

Avignon off -Théâtre Le Ring, jusqu’au 27 juillet à 13h30

L’asticot de Shakespeare

L’Asticot de Shakespeare, textes de Baudelaire, Caubère, Caussimon, Giono, Jankélévitch, et surtout Shakespeare. Spectacle de Clémence Massart mise en scène par Philippe Caubère.

 

 

  asticot.jpg Ça fait partie de la mélancolie de Shakespeare : le monde est une scène, où nous jouons plus ou moins bien notre rôle, et au bout du conte (il n’y a rien à compter), bien empiffrés, nous servons à notre tour de festin aux vers. Yorick, le pauvre Yorick qui était si drôle quand il faisait sauter sur ses genoux le petit Hamlet : aux vers ! Juliette, fausse morte puis vraie morte dans le tombeau de ses ancêtres : aux vers ! Mercutio : aux vers ! Tous !
Et de  Baudelaire , la belle amante  de La Charogne : aux vers ! Quelle triste homonymie entre ces voraces ultimes et les formes de la poésie…
En fait de mélancolie, Clémence Massart a choisi celle du clown. Promenez-vous déguisés en ver blanc (genre abat-jour japonais) et vous verrez : en donnant un peu de la voix, on arrive à une Annie Cordy qui aurait encore moins peur de faire peur.
Avec un faux nez, on peut vous parler droit dans les yeux de la mort. Il faut bien cela pour imposer au public médusé un passage du Grand troupeau, de Giono : l’horreur est là, vigoureuse, objective, précise, lisez donc le livre pour vous en convaincre, et, si vous l’osez, à haute voix. Elle, elle le fait magistralement.
Ça marche moins bien avec le philosophe Jankélévitch : les petits pas de la pensée sont balayés par la silhouette grotesque du bonhomme. Dommage. Baudelaire résiste avec plus de force, et Shakespeare, donc ! L’actrice, qui a trempé le temps de quelques tournées dans le Footsbarn, y est chez elle, au comble de la virtuosité. Apparaissent le fossoyeur, Hamlet, le crâne de Yorick, on y verrait presque les asticots, et sa propre mélancolie. Distance, distance : pour cette fois, après sa Vieille au bois dormant, elle ne revêt que des personnages masculins, une veste, un couvre chef, un coup d’accordéon par ci, un coup de trompette par là, sans éviter, crânement, la sonnerie aux morts. Rire de défense, rire de dérision, qui détruit tout, rire enfantin devant le culot de la performance, rire né de l’exercice du droit de chacun au « mauvais goût », le public est mort de rire : c’est la moindre des choses.

 

 

 

Christine Friedel

 

Avignon Off – Théâtre des Carmes-André Benedetto, à 20h15 , jusqu’au 31 juillet

 

P.S. Il y eut, en son théâtre, des hommages à André Benedetto, émouvants, sérieux, drôles, vigoureux. Il manquait quand même quelqu’un: André Benedetto, dont les paroles habitaient le corps vivant. Dites par d’autres, elles s’affaiblissent.

Macbett

Macbett,  farce tragique d’Eugène Ionesco, mise en scène Jérémie Le Louët

 

macbeth.jpgComment devient-on un Macbeth ? Il faut commencer par être un bon et loyal soldat, gagner des batailles pour son Roi, ou son archiduc, puis rencontrer trois sorcières (deux suffisent ici) qui, vous faisant cadeau d’un petit bout de vérité, vous feront croire à tout. Tout, quoi? Tout. Au pouvoir suprême, à « moi roi », à la reine à moi, à l’éternité à moi. Ça donne à penser ?
Le problème, c’est que ça ne donne rien du tout à penser à Macbeth, chez Shakespeare – si on ose ce bégaiement « chéché » -, et encore moins à son avatar de cartes à jouer, le Macbett d’Ionesco. L’espérance du pouvoir, le rêve du pouvoir aveuglent et assomment. Et le roi abusif évolue très naturellement vers son incarnation suprême (vers le bas), Ubu, dont la méthode de gouvernement est réduite à : «  à la trappe ! » – et à la fuite.
Ionesco se souvient fidèlement de la pièce de Shakespeare, avec une ironie quelque peu potache. Il supprime quelques meurtres en passant: le sang l’intéresse moins que les mensonges qu’on se fait à soi-même, surtout quand on est un brave soldat loyal.!
Mais là, pour la mauvaise foi, il nous la montre en virtuose : le poignard déjà à la main, les honnêtes Banquo et Macbeth se croient encore bons et fidèles sujets. Ionesco expose sur le plateau, non sans amertume, la fatalité de la montée au pouvoir et de la chute rapide qui s’ensuit : qui y a mis le doigt verra son corps entier pris dans la machine à bascule. À la trappe, le tyran qui a pris sans s’en rendre compte et mot pour mot le langage des « traîtres » qu’il vient de combattre et de vaincre.
Là est le point important, et trop démonstratif, chez Ionesco : la corruption du langage. Évidemment, Jérémy Le Louët et sa troupe font ça très bien : ils appliquent à la lettre leur théorie d’un jeu rapide, rythmé, stylisé et plein d’énergie physique, confrontant le grotesque et le lyrique, bien servis par la pièce, qui leur offre un bon terrain d’exercice. Et s’ils avaient choisi Shakespeare ? On comprend que le dramaturge Ionesco ait voulu donner une forme dramatique à ses réflexions sur le Macbeth de Shakespeare et sur la question du pouvoir : pour autant, ça ne fait pas de Macbett une grande pièce…
Le spectacle musclé et rapide des Dramaticules y perd, parfois.

 Christine Friedel

 Théâtre du Petit Louvre, à Avignon – 20h

 Autre spectacle de la compagnie : Le Horla, de Guy de Maupassant, à 22h15 au Théâtre Le Petit Chien

BAAL

BAAL  mise en scène François Orsoni de Bertolt Brecht, Théâtre de Neneka, Ajaccio

2055137130.jpgNous avions pu faire la belle découverte de cette compagnie avec Jean Lachance, pièce inédite de Brecht à l’époque, à Mains d’Œuvres de Saint-Ouen, il y a quelque  trois ans. Une extraordinaire énergie musicale, une vraie troupe d’acteurs pour interpréter cette descente aux enfers volontaire d’un imbécile heureux ! Baal apporte une nouvelle preuve du dynamisme de cette équipe qui s’est lancée dans cette œuvre énigmatique du jeune Brecht, publiée la première fois en 1919, qui connaîtra cinq versions différentes dont la dernière en 1955,  à la veille de sa mort.
Pièce inachevée, Baal est construite en vingt huit fragments successifs, c’est la course folle vers la mort d’un jeune poète nihiliste que rien n’arrête dans son désir de destruction si ce n’est la puissance du verbe. Étrangement, c’est une jeune femme (Clotilde Hesme) qui incarne la force brute de Baal, Tomas Heuer son complice dans leurs méfaits arrosés de schnaps  a composé la musique est lui aussi un acteur étonnant, les cinq autres acteurs tiennent eux aussi le public en haleine.
Comme pour Jean Lachance, François Orsoni a suivi un “étrange pressentiment” dont parle Peter Brook, il a réalisé avec sa troupe un petit chef d’œuvre ! Avant de fonder le Théâtre de Neneka en 1999, François Orsoni était spécialiste de macro-économie monétaire …


Edith Rappoport

du 11 au 13 octobre Théâtre universitaire de Nantes, 15 au 22 Comédie de Reims, 4 et 5 novembre Théâtre d’Arles, 8 au 10 novembre Théâtre de Lorient, 17 Corte, 19 Bastia, 22 Ajaccio, du 30 novembre au 22 décembre Théâtre de la Bastille à Paris.

Stupeur et tremblements (extraits) Fubuki

Stupeur et tremblements (extraits) Fubuki, mise en scène de Layla Metssitane, Layla Metssitane.

stupeurettremblementsphoto.jpgLe spectacle commence par l’énoncé d’une série d’interdits, interdits destinés tout spécialement aux femmes, allant du plus trivial au plus moral, encadrant toute la vie, de la naissance à la mort. La comédienne, seule en scène, Layla Metssitane, étonnante de maîtrise et de grâce, les édicte avec précision et netteté, une distance qui laisse le spectateur libre de faire son chemin. Parallèlement, elle se transforme à vue. Un rituel théâtral mené comme une cérémonie secrète. Maquillée progressivement en délicate japonaise, blanche comme neige, bouche carminée, yeux noirs d’autant plus expressifs qu’ils lancent des appels derrière un véritable masque. Le raffinement d’une beauté travaillée, très étroitement contrôlée, trop contrôlée. Admiration et effroi. Stupeur et tremblements.

C’est une excellente idée que de commencer ce spectacle, adapté du célèbre roman d’Amélie Nothomb, non pas directement par le récit initiatique des tribulations de l’auteur, mais par ce prélude grave qui nous plonge, sans jugement ni commentaire, dans le bain des soubassements mentaux de la société nippone. Pas que nippone d’ailleurs, hélas ! Les présupposés misogynes hantent le monde ; ils sont profondément intériorisés par les femmes elles-mêmes. On ne se débarrasse pas en un clin d’œil de centaines d’années de culture et de traditions. La mise en scène évoque très justement cet élargissement du propos, avec intelligence, sans l’appuyer.
Le spectacle se poursuit avec les aventures d’Amélie, jeune femme occidentale née au Japon, à la charnière de deux mondes – ce qui lui permet d’interpréter et de tenter de comprendre le japonais, et les réactions des japonais – durant l’année passée dans une grande entreprise sous la direction d’une femme cadre, un personnage extraordinairement théâtral, sa « chef », Fubuki, une femme « parfaite ». Une femme qui a de la tenue, physique et psychique, jusqu’au moment où …
Il y a de bons auteurs dans tous les siècles. Il y a aussi de bons auteurs qui sont au bon endroit pour écrire sur leur siècle. Le bon endroit au bon moment. Comme il n’est pas innocent pour son œuvre que Dickens, au XIXème, ait travaillé, enfant, comme manoeuvre dans une usine de cirage, il n’est pas innocent qu’Amélie Nothomb, une femme, à la toute fin du XXème, ait travaillé dans le bureau d’une grande entreprise japonaise au carrefour d’un commerce devenu mondial…
Il y a des lieux où se concentre l’esprit du temps. Peu de pièces de théâtre traitent de ce monde des cadres et des employés, avec ses rapports hiérarchisés, ses joies et ses humiliations, ses aspirations, ses objectifs, avec les croisements improbables et obligés de cultures et de mœurs.
La scène de l’arrivée d’un cadre européen, transpirant, sa chemise laissant apercevoir des auréoles de sueur sous les bras (tabou absolu au Japon), s’agitant en ne se doutant de rien, alors qu’il consterne, renverse, horrifie sur son passage tous les occupants d’un immense bureau paysager, est absolument hilarante. La finesse d’observation, la cocasserie, la gravité aussi, quand la comédie humaine tourne à l’aigre, sont rendues avec précision par la comédienne en solo qui passe du récit à l’incarnation des divers personnages. Une grande élégance de jeu.
Ce spectacle, présenté dans un petit lieu en Avignon, s’épanouirait sans problème sur un plus grand plateau. La jeune compagnie, Théâtre des Hommes, a un regard clair, observateur, curieux, qui se hisse, et nous hisse avec elle, sans effort, vers la fraternité. Que l’on ait lu le roman ou non, le spectacle apporte le supplément de l’incarnation et de la réflexion collective. Layla Metssitane, après deux spectacles, l’un en relation avec Taslima Nasreen, l’autre avec Aimé Césaire, est une artiste qui donne envie de suivre son travail, tant pour son talent, qui est grand, incontestablement, que pour son engagement fin et intelligent pour les causes de notre temps.

 

Evelyne Loew

 

Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb, éditions Albin Michel.

 

Nous confirmons; les Dieux savent combien le off est encombré de monologues mais celui-ci est d’une exceptionnelle qualité. A la fois, par la qualité de mise en scène que par le jeu de  Layla Metsitanne: c’est à la fois clair, rigoureux, sobre, sans aucun pathos.La jeune comédienne dit les choses avec une petite dose d’esplièglerie et d’ironie tout à fait croustillantes et elle sait nous embarquer dans le monde impitoyable du monde des affaires nippon qu’a décrit Amélie Nothomb.
Comparaison  n’est pas raison, et la France n’est pas le Japon, mais bon, les  humiliations  et les engueulades sans raison de supérieurs, les coups bas des collègues soi-disant amis, le lâchage des représentants syndicaux quand l’enjeu pour vous défendre n’en vaut pas vraiment la chandelle, la solitude ,mise au placard à laquelle l’on vous condamne, les mises à l’écart, voire les licenciements déguisés en contrats non renouvelés…Les grandes boîtes privées comme les ministères français se sont fait une vraie spécialité de ce genre de coups tordus qui ne les honorent pas spécialement. Le public a vite fait de transposer la situation. C’est aussi une des raisons du succès bien mérité du spectacle de Layla Metssitane, à la fois adapté ( et bien ) d’un roman !
Petite question à M. le Proviseur du Lycée Pasteur qui ne nous répondra sans doute pas. Est-il normal qu’il loue à un entrepreneur privé qui, ensuite, sous-loue ensuite des locaux divers dont il sait sans doute qu’ils ne respectent pas du tout, mais alors pas du tout les normes de sécurité les plus élémentaires, comme celui-précisément où jouait Layla Metssitane. L’Education nationale a sans doute des besoins d’argent mais ce ne doit pas être à n’importe quel prix…

Philippe du Vignal

 

Présence Pasteur – Festival Off d’Avignon, à 12 heures 15, jusqu’au 31 juillet.

Puis Studio Raspail à Paris et en tournée.

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Stupeur et tremblements (extraits-Fubuki), d’Amélie Nothomb, interprété par Layla Metssitane


On connaît le roman, l’un des plus réussis de l’auteur-vedette. Elle y rend compte, pour l’avoir vécue, de la subtile et terrible oppression qui règne dans la société nipponne, et plus particulièrement dans l’entreprise. Par un cheminement tortueux et implacable qu’on vous laisse à découvrir, ou à relire, la femme au travail – ici, la parfaite mademoiselle Mori Fubuki- se trouve prise dans le “double lien“ qui rend fou/folle. De ses perfections mêmes naît une inacceptable imperfection : à 28 ans, elle n’est pas mariée… Condamnée au manquement, elle reporte les humiliations – même non dites, ce sont les pires…- sur sa subordonnée, Amélie, qui a commis la faute absolue : avoir vu sa supérieure hiérarchique en pleurs et avoir exprimé sa sympathie. De quoi descendre au sous-sol pour exercer le dernier des métiers.
Layla Metssitane a choisi très intelligemment de mettre en scène l’oppression féminine, dans une sorte de prologue, par la contrainte du corps. Elle apparaît entièrement voilée, de ce niquab que la société française ne saurait voir, puis se défait une à une de ces pièces de tissu qui doivent faire échapper tout fragment de peau aux regards, pour entreprendre le maquillage traditionnel japonais, blanc relevé d’une bouche en cœur rouge et de sourcils dessinés en noir, les vrais étant dissimilés sous le fard blanc, bien entendu.  Car il est bien entendu que le corps de la femme, au Japon ou ailleurs, ne doit en aucun cas être laissé au naturel (transpirer, quelle horreur !), ni à la singularité. Forcément, dans les respirations des mésaventures d’Amélie et du calvaire de Fubuki, on pense à l’idéal féminin occidental… Et dans la diabolique organisation de l’entreprise imaginée (imaginée, vraiment ?) par l’auteur, on reconnaît le harcèlement au travail, le “management“ qui ne ménage personne, jusqu’au délirant craquage.  Le spectacle, bien commencé, on l’a vu, perd ensuite de son énergie : trop de contraintes pour jouer la contrainte ? Récit donné avec un trop grand respect ? Heureusement, la liberté et l’humour reviennent, et on retrouve le style Nothomb.


Christine Friedel

Avignon off –Présence Pasteur 12h15, jusqu’au 31 juillet

 

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