Macbett

Macbett,  farce tragique d’Eugène Ionesco, mise en scène Jérémie Le Louët

 

macbeth.jpgComment devient-on un Macbeth ? Il faut commencer par être un bon et loyal soldat, gagner des batailles pour son Roi, ou son archiduc, puis rencontrer trois sorcières (deux suffisent ici) qui, vous faisant cadeau d’un petit bout de vérité, vous feront croire à tout. Tout, quoi? Tout. Au pouvoir suprême, à « moi roi », à la reine à moi, à l’éternité à moi. Ça donne à penser ?
Le problème, c’est que ça ne donne rien du tout à penser à Macbeth, chez Shakespeare – si on ose ce bégaiement « chéché » -, et encore moins à son avatar de cartes à jouer, le Macbett d’Ionesco. L’espérance du pouvoir, le rêve du pouvoir aveuglent et assomment. Et le roi abusif évolue très naturellement vers son incarnation suprême (vers le bas), Ubu, dont la méthode de gouvernement est réduite à : «  à la trappe ! » – et à la fuite.
Ionesco se souvient fidèlement de la pièce de Shakespeare, avec une ironie quelque peu potache. Il supprime quelques meurtres en passant: le sang l’intéresse moins que les mensonges qu’on se fait à soi-même, surtout quand on est un brave soldat loyal.!
Mais là, pour la mauvaise foi, il nous la montre en virtuose : le poignard déjà à la main, les honnêtes Banquo et Macbeth se croient encore bons et fidèles sujets. Ionesco expose sur le plateau, non sans amertume, la fatalité de la montée au pouvoir et de la chute rapide qui s’ensuit : qui y a mis le doigt verra son corps entier pris dans la machine à bascule. À la trappe, le tyran qui a pris sans s’en rendre compte et mot pour mot le langage des « traîtres » qu’il vient de combattre et de vaincre.
Là est le point important, et trop démonstratif, chez Ionesco : la corruption du langage. Évidemment, Jérémy Le Louët et sa troupe font ça très bien : ils appliquent à la lettre leur théorie d’un jeu rapide, rythmé, stylisé et plein d’énergie physique, confrontant le grotesque et le lyrique, bien servis par la pièce, qui leur offre un bon terrain d’exercice. Et s’ils avaient choisi Shakespeare ? On comprend que le dramaturge Ionesco ait voulu donner une forme dramatique à ses réflexions sur le Macbeth de Shakespeare et sur la question du pouvoir : pour autant, ça ne fait pas de Macbett une grande pièce…
Le spectacle musclé et rapide des Dramaticules y perd, parfois.

 Christine Friedel

 Théâtre du Petit Louvre, à Avignon – 20h

 Autre spectacle de la compagnie : Le Horla, de Guy de Maupassant, à 22h15 au Théâtre Le Petit Chien

 


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