Stupeur et tremblements (extraits) Fubuki

Stupeur et tremblements (extraits) Fubuki, mise en scène de Layla Metssitane, Layla Metssitane.

stupeurettremblementsphoto.jpgLe spectacle commence par l’énoncé d’une série d’interdits, interdits destinés tout spécialement aux femmes, allant du plus trivial au plus moral, encadrant toute la vie, de la naissance à la mort. La comédienne, seule en scène, Layla Metssitane, étonnante de maîtrise et de grâce, les édicte avec précision et netteté, une distance qui laisse le spectateur libre de faire son chemin. Parallèlement, elle se transforme à vue. Un rituel théâtral mené comme une cérémonie secrète. Maquillée progressivement en délicate japonaise, blanche comme neige, bouche carminée, yeux noirs d’autant plus expressifs qu’ils lancent des appels derrière un véritable masque. Le raffinement d’une beauté travaillée, très étroitement contrôlée, trop contrôlée. Admiration et effroi. Stupeur et tremblements.

C’est une excellente idée que de commencer ce spectacle, adapté du célèbre roman d’Amélie Nothomb, non pas directement par le récit initiatique des tribulations de l’auteur, mais par ce prélude grave qui nous plonge, sans jugement ni commentaire, dans le bain des soubassements mentaux de la société nippone. Pas que nippone d’ailleurs, hélas ! Les présupposés misogynes hantent le monde ; ils sont profondément intériorisés par les femmes elles-mêmes. On ne se débarrasse pas en un clin d’œil de centaines d’années de culture et de traditions. La mise en scène évoque très justement cet élargissement du propos, avec intelligence, sans l’appuyer.
Le spectacle se poursuit avec les aventures d’Amélie, jeune femme occidentale née au Japon, à la charnière de deux mondes – ce qui lui permet d’interpréter et de tenter de comprendre le japonais, et les réactions des japonais – durant l’année passée dans une grande entreprise sous la direction d’une femme cadre, un personnage extraordinairement théâtral, sa « chef », Fubuki, une femme « parfaite ». Une femme qui a de la tenue, physique et psychique, jusqu’au moment où …
Il y a de bons auteurs dans tous les siècles. Il y a aussi de bons auteurs qui sont au bon endroit pour écrire sur leur siècle. Le bon endroit au bon moment. Comme il n’est pas innocent pour son œuvre que Dickens, au XIXème, ait travaillé, enfant, comme manoeuvre dans une usine de cirage, il n’est pas innocent qu’Amélie Nothomb, une femme, à la toute fin du XXème, ait travaillé dans le bureau d’une grande entreprise japonaise au carrefour d’un commerce devenu mondial…
Il y a des lieux où se concentre l’esprit du temps. Peu de pièces de théâtre traitent de ce monde des cadres et des employés, avec ses rapports hiérarchisés, ses joies et ses humiliations, ses aspirations, ses objectifs, avec les croisements improbables et obligés de cultures et de mœurs.
La scène de l’arrivée d’un cadre européen, transpirant, sa chemise laissant apercevoir des auréoles de sueur sous les bras (tabou absolu au Japon), s’agitant en ne se doutant de rien, alors qu’il consterne, renverse, horrifie sur son passage tous les occupants d’un immense bureau paysager, est absolument hilarante. La finesse d’observation, la cocasserie, la gravité aussi, quand la comédie humaine tourne à l’aigre, sont rendues avec précision par la comédienne en solo qui passe du récit à l’incarnation des divers personnages. Une grande élégance de jeu.
Ce spectacle, présenté dans un petit lieu en Avignon, s’épanouirait sans problème sur un plus grand plateau. La jeune compagnie, Théâtre des Hommes, a un regard clair, observateur, curieux, qui se hisse, et nous hisse avec elle, sans effort, vers la fraternité. Que l’on ait lu le roman ou non, le spectacle apporte le supplément de l’incarnation et de la réflexion collective. Layla Metssitane, après deux spectacles, l’un en relation avec Taslima Nasreen, l’autre avec Aimé Césaire, est une artiste qui donne envie de suivre son travail, tant pour son talent, qui est grand, incontestablement, que pour son engagement fin et intelligent pour les causes de notre temps.

 

Evelyne Loew

 

Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb, éditions Albin Michel.

 

Nous confirmons; les Dieux savent combien le off est encombré de monologues mais celui-ci est d’une exceptionnelle qualité. A la fois, par la qualité de mise en scène que par le jeu de  Layla Metsitanne: c’est à la fois clair, rigoureux, sobre, sans aucun pathos.La jeune comédienne dit les choses avec une petite dose d’esplièglerie et d’ironie tout à fait croustillantes et elle sait nous embarquer dans le monde impitoyable du monde des affaires nippon qu’a décrit Amélie Nothomb.
Comparaison  n’est pas raison, et la France n’est pas le Japon, mais bon, les  humiliations  et les engueulades sans raison de supérieurs, les coups bas des collègues soi-disant amis, le lâchage des représentants syndicaux quand l’enjeu pour vous défendre n’en vaut pas vraiment la chandelle, la solitude ,mise au placard à laquelle l’on vous condamne, les mises à l’écart, voire les licenciements déguisés en contrats non renouvelés…Les grandes boîtes privées comme les ministères français se sont fait une vraie spécialité de ce genre de coups tordus qui ne les honorent pas spécialement. Le public a vite fait de transposer la situation. C’est aussi une des raisons du succès bien mérité du spectacle de Layla Metssitane, à la fois adapté ( et bien ) d’un roman !
Petite question à M. le Proviseur du Lycée Pasteur qui ne nous répondra sans doute pas. Est-il normal qu’il loue à un entrepreneur privé qui, ensuite, sous-loue ensuite des locaux divers dont il sait sans doute qu’ils ne respectent pas du tout, mais alors pas du tout les normes de sécurité les plus élémentaires, comme celui-précisément où jouait Layla Metssitane. L’Education nationale a sans doute des besoins d’argent mais ce ne doit pas être à n’importe quel prix…

Philippe du Vignal

 

Présence Pasteur – Festival Off d’Avignon, à 12 heures 15, jusqu’au 31 juillet.

Puis Studio Raspail à Paris et en tournée.

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Stupeur et tremblements (extraits-Fubuki), d’Amélie Nothomb, interprété par Layla Metssitane


On connaît le roman, l’un des plus réussis de l’auteur-vedette. Elle y rend compte, pour l’avoir vécue, de la subtile et terrible oppression qui règne dans la société nipponne, et plus particulièrement dans l’entreprise. Par un cheminement tortueux et implacable qu’on vous laisse à découvrir, ou à relire, la femme au travail – ici, la parfaite mademoiselle Mori Fubuki- se trouve prise dans le “double lien“ qui rend fou/folle. De ses perfections mêmes naît une inacceptable imperfection : à 28 ans, elle n’est pas mariée… Condamnée au manquement, elle reporte les humiliations – même non dites, ce sont les pires…- sur sa subordonnée, Amélie, qui a commis la faute absolue : avoir vu sa supérieure hiérarchique en pleurs et avoir exprimé sa sympathie. De quoi descendre au sous-sol pour exercer le dernier des métiers.
Layla Metssitane a choisi très intelligemment de mettre en scène l’oppression féminine, dans une sorte de prologue, par la contrainte du corps. Elle apparaît entièrement voilée, de ce niquab que la société française ne saurait voir, puis se défait une à une de ces pièces de tissu qui doivent faire échapper tout fragment de peau aux regards, pour entreprendre le maquillage traditionnel japonais, blanc relevé d’une bouche en cœur rouge et de sourcils dessinés en noir, les vrais étant dissimilés sous le fard blanc, bien entendu.  Car il est bien entendu que le corps de la femme, au Japon ou ailleurs, ne doit en aucun cas être laissé au naturel (transpirer, quelle horreur !), ni à la singularité. Forcément, dans les respirations des mésaventures d’Amélie et du calvaire de Fubuki, on pense à l’idéal féminin occidental… Et dans la diabolique organisation de l’entreprise imaginée (imaginée, vraiment ?) par l’auteur, on reconnaît le harcèlement au travail, le “management“ qui ne ménage personne, jusqu’au délirant craquage.  Le spectacle, bien commencé, on l’a vu, perd ensuite de son énergie : trop de contraintes pour jouer la contrainte ? Récit donné avec un trop grand respect ? Heureusement, la liberté et l’humour reviennent, et on retrouve le style Nothomb.


Christine Friedel

Avignon off –Présence Pasteur 12h15, jusqu’au 31 juillet

 

 

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