BAAL

BAAL  mise en scène François Orsoni de Bertolt Brecht, Théâtre de Neneka, Ajaccio

2055137130.jpgNous avions pu faire la belle découverte de cette compagnie avec Jean Lachance, pièce inédite de Brecht à l’époque, à Mains d’Œuvres de Saint-Ouen, il y a quelque  trois ans. Une extraordinaire énergie musicale, une vraie troupe d’acteurs pour interpréter cette descente aux enfers volontaire d’un imbécile heureux ! Baal apporte une nouvelle preuve du dynamisme de cette équipe qui s’est lancée dans cette œuvre énigmatique du jeune Brecht, publiée la première fois en 1919, qui connaîtra cinq versions différentes dont la dernière en 1955,  à la veille de sa mort.
Pièce inachevée, Baal est construite en vingt huit fragments successifs, c’est la course folle vers la mort d’un jeune poète nihiliste que rien n’arrête dans son désir de destruction si ce n’est la puissance du verbe. Étrangement, c’est une jeune femme (Clotilde Hesme) qui incarne la force brute de Baal, Tomas Heuer son complice dans leurs méfaits arrosés de schnaps  a composé la musique est lui aussi un acteur étonnant, les cinq autres acteurs tiennent eux aussi le public en haleine.
Comme pour Jean Lachance, François Orsoni a suivi un “étrange pressentiment” dont parle Peter Brook, il a réalisé avec sa troupe un petit chef d’œuvre ! Avant de fonder le Théâtre de Neneka en 1999, François Orsoni était spécialiste de macro-économie monétaire …


Edith Rappoport

du 11 au 13 octobre Théâtre universitaire de Nantes, 15 au 22 Comédie de Reims, 4 et 5 novembre Théâtre d’Arles, 8 au 10 novembre Théâtre de Lorient, 17 Corte, 19 Bastia, 22 Ajaccio, du 30 novembre au 22 décembre Théâtre de la Bastille à Paris.


Archive pour juillet, 2010

Stupeur et tremblements (extraits) Fubuki

Stupeur et tremblements (extraits) Fubuki, mise en scène de Layla Metssitane, Layla Metssitane.

stupeurettremblementsphoto.jpgLe spectacle commence par l’énoncé d’une série d’interdits, interdits destinés tout spécialement aux femmes, allant du plus trivial au plus moral, encadrant toute la vie, de la naissance à la mort. La comédienne, seule en scène, Layla Metssitane, étonnante de maîtrise et de grâce, les édicte avec précision et netteté, une distance qui laisse le spectateur libre de faire son chemin. Parallèlement, elle se transforme à vue. Un rituel théâtral mené comme une cérémonie secrète. Maquillée progressivement en délicate japonaise, blanche comme neige, bouche carminée, yeux noirs d’autant plus expressifs qu’ils lancent des appels derrière un véritable masque. Le raffinement d’une beauté travaillée, très étroitement contrôlée, trop contrôlée. Admiration et effroi. Stupeur et tremblements.

C’est une excellente idée que de commencer ce spectacle, adapté du célèbre roman d’Amélie Nothomb, non pas directement par le récit initiatique des tribulations de l’auteur, mais par ce prélude grave qui nous plonge, sans jugement ni commentaire, dans le bain des soubassements mentaux de la société nippone. Pas que nippone d’ailleurs, hélas ! Les présupposés misogynes hantent le monde ; ils sont profondément intériorisés par les femmes elles-mêmes. On ne se débarrasse pas en un clin d’œil de centaines d’années de culture et de traditions. La mise en scène évoque très justement cet élargissement du propos, avec intelligence, sans l’appuyer.
Le spectacle se poursuit avec les aventures d’Amélie, jeune femme occidentale née au Japon, à la charnière de deux mondes – ce qui lui permet d’interpréter et de tenter de comprendre le japonais, et les réactions des japonais – durant l’année passée dans une grande entreprise sous la direction d’une femme cadre, un personnage extraordinairement théâtral, sa « chef », Fubuki, une femme « parfaite ». Une femme qui a de la tenue, physique et psychique, jusqu’au moment où …
Il y a de bons auteurs dans tous les siècles. Il y a aussi de bons auteurs qui sont au bon endroit pour écrire sur leur siècle. Le bon endroit au bon moment. Comme il n’est pas innocent pour son œuvre que Dickens, au XIXème, ait travaillé, enfant, comme manoeuvre dans une usine de cirage, il n’est pas innocent qu’Amélie Nothomb, une femme, à la toute fin du XXème, ait travaillé dans le bureau d’une grande entreprise japonaise au carrefour d’un commerce devenu mondial…
Il y a des lieux où se concentre l’esprit du temps. Peu de pièces de théâtre traitent de ce monde des cadres et des employés, avec ses rapports hiérarchisés, ses joies et ses humiliations, ses aspirations, ses objectifs, avec les croisements improbables et obligés de cultures et de mœurs.
La scène de l’arrivée d’un cadre européen, transpirant, sa chemise laissant apercevoir des auréoles de sueur sous les bras (tabou absolu au Japon), s’agitant en ne se doutant de rien, alors qu’il consterne, renverse, horrifie sur son passage tous les occupants d’un immense bureau paysager, est absolument hilarante. La finesse d’observation, la cocasserie, la gravité aussi, quand la comédie humaine tourne à l’aigre, sont rendues avec précision par la comédienne en solo qui passe du récit à l’incarnation des divers personnages. Une grande élégance de jeu.
Ce spectacle, présenté dans un petit lieu en Avignon, s’épanouirait sans problème sur un plus grand plateau. La jeune compagnie, Théâtre des Hommes, a un regard clair, observateur, curieux, qui se hisse, et nous hisse avec elle, sans effort, vers la fraternité. Que l’on ait lu le roman ou non, le spectacle apporte le supplément de l’incarnation et de la réflexion collective. Layla Metssitane, après deux spectacles, l’un en relation avec Taslima Nasreen, l’autre avec Aimé Césaire, est une artiste qui donne envie de suivre son travail, tant pour son talent, qui est grand, incontestablement, que pour son engagement fin et intelligent pour les causes de notre temps.

 

Evelyne Loew

 

Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb, éditions Albin Michel.

 

Nous confirmons; les Dieux savent combien le off est encombré de monologues mais celui-ci est d’une exceptionnelle qualité. A la fois, par la qualité de mise en scène que par le jeu de  Layla Metsitanne: c’est à la fois clair, rigoureux, sobre, sans aucun pathos.La jeune comédienne dit les choses avec une petite dose d’esplièglerie et d’ironie tout à fait croustillantes et elle sait nous embarquer dans le monde impitoyable du monde des affaires nippon qu’a décrit Amélie Nothomb.
Comparaison  n’est pas raison, et la France n’est pas le Japon, mais bon, les  humiliations  et les engueulades sans raison de supérieurs, les coups bas des collègues soi-disant amis, le lâchage des représentants syndicaux quand l’enjeu pour vous défendre n’en vaut pas vraiment la chandelle, la solitude ,mise au placard à laquelle l’on vous condamne, les mises à l’écart, voire les licenciements déguisés en contrats non renouvelés…Les grandes boîtes privées comme les ministères français se sont fait une vraie spécialité de ce genre de coups tordus qui ne les honorent pas spécialement. Le public a vite fait de transposer la situation. C’est aussi une des raisons du succès bien mérité du spectacle de Layla Metssitane, à la fois adapté ( et bien ) d’un roman !
Petite question à M. le Proviseur du Lycée Pasteur qui ne nous répondra sans doute pas. Est-il normal qu’il loue à un entrepreneur privé qui, ensuite, sous-loue ensuite des locaux divers dont il sait sans doute qu’ils ne respectent pas du tout, mais alors pas du tout les normes de sécurité les plus élémentaires, comme celui-précisément où jouait Layla Metssitane. L’Education nationale a sans doute des besoins d’argent mais ce ne doit pas être à n’importe quel prix…

Philippe du Vignal

 

Présence Pasteur – Festival Off d’Avignon, à 12 heures 15, jusqu’au 31 juillet.

Puis Studio Raspail à Paris et en tournée.

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Stupeur et tremblements (extraits-Fubuki), d’Amélie Nothomb, interprété par Layla Metssitane


On connaît le roman, l’un des plus réussis de l’auteur-vedette. Elle y rend compte, pour l’avoir vécue, de la subtile et terrible oppression qui règne dans la société nipponne, et plus particulièrement dans l’entreprise. Par un cheminement tortueux et implacable qu’on vous laisse à découvrir, ou à relire, la femme au travail – ici, la parfaite mademoiselle Mori Fubuki- se trouve prise dans le “double lien“ qui rend fou/folle. De ses perfections mêmes naît une inacceptable imperfection : à 28 ans, elle n’est pas mariée… Condamnée au manquement, elle reporte les humiliations – même non dites, ce sont les pires…- sur sa subordonnée, Amélie, qui a commis la faute absolue : avoir vu sa supérieure hiérarchique en pleurs et avoir exprimé sa sympathie. De quoi descendre au sous-sol pour exercer le dernier des métiers.
Layla Metssitane a choisi très intelligemment de mettre en scène l’oppression féminine, dans une sorte de prologue, par la contrainte du corps. Elle apparaît entièrement voilée, de ce niquab que la société française ne saurait voir, puis se défait une à une de ces pièces de tissu qui doivent faire échapper tout fragment de peau aux regards, pour entreprendre le maquillage traditionnel japonais, blanc relevé d’une bouche en cœur rouge et de sourcils dessinés en noir, les vrais étant dissimilés sous le fard blanc, bien entendu.  Car il est bien entendu que le corps de la femme, au Japon ou ailleurs, ne doit en aucun cas être laissé au naturel (transpirer, quelle horreur !), ni à la singularité. Forcément, dans les respirations des mésaventures d’Amélie et du calvaire de Fubuki, on pense à l’idéal féminin occidental… Et dans la diabolique organisation de l’entreprise imaginée (imaginée, vraiment ?) par l’auteur, on reconnaît le harcèlement au travail, le “management“ qui ne ménage personne, jusqu’au délirant craquage.  Le spectacle, bien commencé, on l’a vu, perd ensuite de son énergie : trop de contraintes pour jouer la contrainte ? Récit donné avec un trop grand respect ? Heureusement, la liberté et l’humour reviennent, et on retrouve le style Nothomb.


Christine Friedel

Avignon off –Présence Pasteur 12h15, jusqu’au 31 juillet

 

SPARTACUS

SPARTACUS Théâtre de la Licorne

Peplum lyrique et théâtre d’objets, écriture, mise en scène et scénographie Claire Dancoisne, musique de Pierre Vasseur, création des objets et machines Bertrand Boulanger, Grégoire Chombart, Jean-Baptiste Gaudin et Fred Parison et Olivier Sion, conception du gradin-arènes Ettore Marchica.

 

Pour parvenir jusqu’à cette poétique arène, il faut gravir à pied la colline des Mourgues, guidés à pas rapides depuis l’accueillant campement de Villeneuve en scène, au bord du Rhône. Frédéric Poty le maître des lieux y a construit depuis plusieurs années un espace de découverte et de bien-être, au sortir de la touffeur avignonaise.
Claire Dancoisne s’est emparée de  cette épopée mythique de la révolte des esclaves en 73 avant Jésus-Christ avec une pleine maîtrise de son art. Nous sommes assis dans une petite arène ovale avec des ouvertures aux deux extrémités. Les dictateurs romains sont interprétés par deux massifs chanteurs lyriques qui surplombent l’assemblée aux deux extrémités, les gladiateurs sont de petites machines minuscules poussées par des manipulateurs en haillons sanglants qui affrontent d’effrayantes machines, un éléphant entre autres qui menace de les écraser.
Ce combat à mort est d’abord menée par l’armée victorieuse des esclaves, représentée par une foule d’immenses pieds traversant l’arène, puis décimée, on voit les mêmes pieds amoncelés en un tas immense sous le ricanement des tyrans romains.

Edith Rappoport

Festival de Villeneuve en scène à Villeneuve-lès-Avignon


 A la rentrée chez les nombreux coproducteurs dans le Nord -Pas de Calais et à  l’Avant-Seine  Théâtre de Colombes ( Consulter le site:www.theatre-lalicorne.fr)

Galop arrière

«  Galop arrière » film de Bartabas

 

zingaro.jpgCe soir du 15 juillet dans le cadre du festival In, Bartabas devant un nombreux public, a présenté en avant première son film «  Galop arrière » qui retrace 25 ans de Zingaro .

 

Ce film est constitué d’un montage des enregistrements des spectacles précédents de l’artiste. C’est le propre regard de Bartabas qui revisite ses anciennes créations .Le public découvre un voyage dans le temps et un autoportrait. Ce film révèle la beauté esthétique de tous ses spectacles ainsi que cet incroyable voyage dans les différentes cultures nomades qui ont jalonné ceux-ci .En contrepoint de ces images, Bartabas cite des textes d’André Velter issus des livres « Zingaro suite équestre ».

 

Bartabas a toujours eu une relation privilégiée avec le festival d’Avignon qui a accueillis tous ses spectacles, sauf le dernier « Darshan » créé spécialement pour son lieu permanent à Aubervilliers.

 

Jean Couturier
Dans le cadre de Paris quartier d’été le film est présenté à Aubervilliers au théâtre équestre Zingaro du 29 au 31 juillet et du 5 au 7 aout 2010

 

 

 

LE DERNIER CRI DE CONSTANTIN

LE DERNIER CRI DE CONSTANTIN  de Pierre Blaise, d’après les écrits de Constantin Stanislavski et Serguei Obratztsov.

Pierre Blaise et son équipe du Théâtre sans toit,Veronika Door, Brice Coupey, Marc Henri Boisse et Larissa Cholomova nous font revivre les leçons de théâtre du grand maître du Théâtre d’Art, ainsi que du célèbre marionnettiste Obraztsov. Une scénographie simple, un panneau blanc biscornu servant de castelet,  un lettrage de Malevitch, une chaise, de minuscules marionnettes illustrant les propos du maître interprété par Marc-Henri Boisse et une frêle jeune fille authentiquement russe.
C’est une rafraîchissante plongée dans une pédagogie essentielle, ludique et maîtrisée.

Edith Rappoport

Espace Alya Festival d’Avignon à 12 h 30, diffusion:  rossignol.f@free.fr

De Man zonder eigenshappen ( L’Homme sans qualités I)

De Man zonder eigenshappen ( L’Homme sans qualités I) , d’après Robert Musil, adaptation Filip Vanluchene, Guy Cassiers, Erwin Jans , script fondé sur la traduction en néerlandais de Ingeborg Lesener, mise en scène de Guy Cassiers. Surtitrage en langue française d’après la traduction de Philippe Jaccottet.

musil.jpgOn connaît le célèbre roman de Robert Musil dont l’action se déroule en 1913 à Vienne capitale de l’Empire et Royaume austro-hongrois, surnommé la Cacanie; K et K pour Kaiserlich und Königlich: « Impérial et Royal mais aussi kak= kaka; (dans l’adaptation théâtrale de Cassiers, tous les chevaux ont la diarrhée).
Le roman qui met en scène de nombreux personnages dont le principal: Ulrich, le personnage principal, nommé secrétaire général de « l’Action parallèle » préfère rester spectateur des événements plutôt que d’agir; il a, pour maîtresse, la jeune Bonadea; Walter, un ami d’enfance d’Ulirch. Il y aussi Clarisse, épouse de Walter mais amoureuse d’Ulrich; Diotime mariée à un certain Tuzzi et amoureuse d’un grand industriel allemand, Arnheim, qui va devenir l’adversaire d’Ulrich au sein de l’Action parallèle . Tuzzi semble accepte les sentiments de sa femme pour Arnheim; il y a enfin  Leinsdorf  qui semble être le penseur de l’Action parallèle sans que l’on voit très bien le rôle qu’il joue.
Et Guy Cassiers a ajouté  deux autres personnages à ceux qu’avait imaginés Robert Musil: un cocher au service d’Ulrich, un certain Palmer  qui introduit dans le récit l’histoire de l’épizootie mortelle qui ravagea les rangs des chevaux impériaux , et le comte Von Schattenwalt qui devient un intime de Leinsdorf.  Le scénario imaginé par Guy Cassiers  comprend trois actes: on doit célébrer les soixante dix ans de règne de son empereur, tandis que l’Allemagne doit elle aussi fêter les trente ans de  règne de son empereur; et l’on verra qu’à cette occasion , les individus révéleront leur vraie personnalité, en privilégiant d’abord leurs intérêts personnels. puis à Vienne, la révolte est dans l’air et il y a des manifestations.
Quant aux personnages, ils auront aussi beaucoup évolué: Bonadea et Ulrich se sépareront, comme Walter et Clarisse comprennent que c’est bientôt la fin de leur mariage. Ulrich doit partir à cause du décès de son père… La fin montre Ulrich comme Walter en proie à leur angoisse de vivre dans un monde qui n’ a plus de repères.  Ce n’était certes pas facile d’adapter ce gros roman de plusieurs milliers de pages au théâtre, et  resté inachevé,  où Robert Musil a essayé de rendre compte des dimensions politiques, sociales et relationnelles qui furent celles de son temps, celui d’une Europe qui était, comme dit justement Guy Cassiers, » à la recherche d’une  nouvelle identité commune mais qui ne voulait pas perdre les avantages de l’ancienne ».
Le metteur en scène a gardé  nombre de dialogues de ce gros roman , et à peu près le même plan, qui serait en fait la première partie d’une trilogie. On y retrouve cette même fascination  pour la peinture et les arts plastiques, et il a ici travaillé à mettre  en contraste ( organisation/ chaos) avec l’action dramatique deux tableaux célèbres: La Cène de Léonard de Vinci, avec une  composition tout à fait classique mais dont on ne commence au début qu’à percevoir des détails de peinture très grossis, et L’Entrée du Christ de James Ensor: deux œuvres qui se veulent être comme les symboles, l’une d’une société organisée, et l’autre au bord de l’explosion. Comme celle où vécut Musil avant le tragique épisode européen de la guerre de 14 où ses personnages semblent inconscients de la réalité politique qui va les engloutir.
Cassiers, avec beaucoup de maîtrise, réussit aux meilleurs moments à nous faire sentir cela:  habilement, il introduit une sorte d’onirisme en  déconstruisant le réel de la scène grâce des plages de couleurs mouvantes projetées sur l’écran qui occupe tout le fond du plateau, ce qui procure une sorte . Il y dans le texte quelques allusions au désormais fameux nettoyage au Karcher prôné en son  temps par Sarkozy…
Bien entendu, comme toujours chez  Cassiers, les images vidéo des deux tableaux sont d’une qualité picturale exceptionnelle, avec des tons et des lumières très soignées, si bien que l’œil s’y promène avec le plus grand plaisir. Mais, à vrai dire, on a un peu de mal à saisir le projet de Cassiers: les dialogues restent plus romanesques que vraiment dramatiques: ce qui est fréquent quand il s’agit de passer l’univers et les personnages sont plutôt esquissés et nous restent, comme l’intrigue quelque peu étrangers, d’autant plus que l’emprise picturale est des plus fortes, et la synthèse entre pictural et dramatique ne fonctionne pas vraiment. Même si l’on retrouve avec plaisir la formidable langue de Musil.
On veut bien que Guy Cassiers, comme il aime à le dire, préfère mettre la disposition des spectateurs » les pinceaux et les couleurs mais que c’est à eux de peindre le tableau »… Comme le spectacle dure quand même 3 heures trente entracte compris, même s’il y a de bons moments et si l’on respecte le travail, on ne sort pas de là vraiment séduit par cette proposition…beaucoup moins réussie que celle, exemplaire,de Mephisto for ever qu’il avait présentée en 2007 en Avignon.
Alors à voir? Oui, si vous êtes vraiment un inconditionnel de Cassiers mais  ce n’était sans doute pas l’idée du siècle que de vouloir porter à la scène le roman de Musil qui reste un chef d’œuvre à lire…

Philippe du Vignal

Spectacle présenté du 8 au 12 juillet à l’ Opéra Théâtre d’Avignon; puis les 10 et 11 et du 15 au 19 septembre à Anvers; le 21 septembre à Roselare en Blegique; le 24 septembre à Breda (Pays-bas; du 29 septembre au 2 septembre à Gand et du 6 au  octobre à Orléans. Pour les dates ultérieures, consulter le site du Toneelhuis.

La Mort d’Adam


La Mort d’Adam,
un spectacle de Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, François Royet et Thierry Collet.

w100702rdl214.jpgJean Lambert-wild , auteur et metteur en scène, mais aussi directeur de la Comédie de Caen, a imaginé depuis les années 90 un grand projet d’écriture  intitulé : L’hypogée, faite de trois Epopées, trois Mélopées, trois Confessions dont l’une: Crise de nerfs-Parlez-moi d’amour,  avait  été présentée en Avignon; c’est  une sorte d’autobiographie poétique où il renoue avec tout ce qui a constitué son indentité, en, particulier, comme ici,  le merveilleux royaume de son enfance, l’île de la Réunion où il vécut les dix sept premières années de sa vie ( voir l’entretien avec Jean Lambert-wild dans Le Théâtre du Blog de juin).
Mais il a voulu que ce spectacle, comme les précédents, participe à la fois du vécu et de l’imaginaire, et pour le réaliser, a fait appel à ses complices: habituels: le compositeur Jean-Luc Therminarias,  François Royet pour  la machinerie et le film, et Thierry Collet pour les effets magiques qui ponctuent et créent en même temps la théâtralité de ce conte qui a pour thème-prétexte la mort d’un taureau nommé Adam.
Cette Mort d’ Adam est un spectacle qui tourne  autour du double, la quête d’identité, du retour à l’enfance avec trois mondes qui s’interpénètrent avec fluidité: d’abord le film tourné à la Réunion par Jean Lambert-wild: images de mer et de vagues qui reviennent sans cesse pour envahir la scène, images de la paternité avec le visage merveilleux d’un petit garçon de huit ans- son fils dans la vie- qui tient la main de son père en marchant sur la plage ou dans la campagne réunionnaise à la végétation merveilleuse, comme il devait le faire aussi avec son père…
Ce n’est ni une véritable illustration ni  seulement une auto-analyse avec pour toile de fond le mythe d’Oedipe bien sûr mais aussi celui du Minotaure. Et il y aussi le monde de la scène, lieu enchanteur, lieu de tous les possibles grâce à la machinerie  créée par François Royet où apparaît et disparaît sans cesse et en silence le comédien Jeremiah Mc Donald, double presque parfait de Jean Lambert-wild. Les images ne cessent de s’interpénétrer: passé/ présent, ici/ là- bas. Enfin, à l’avant-scène , assise dans un fauteuil, Bénédicte Debilly qui lit le récit poétique de cet auteur-metteur en scène qui a fait du théâtre un chemin possible pour un exorcisme personnel.
L’on peut penser que la nostalgie du passé-le parfum de la terre mouillée après la pluie, l’immensité des plages, la conscience d’être sur une île- fait finalement bon ménage avec la surface du moment scénique le plus immédiat. D’autant plus que la vidéo  échappe aux stéréotypes habituels. Et cela fonctionne?  Oui, plutôt bien, aux meilleurs moments, grâce à la beauté de certaines images et du texte proféré; comme c’est extrêmement fouillé,  rien n’est jamais laissé au hasard dans cette machine à produire du poétique, et l’on se laisse embarquer dans  cette fresque poétique personnelle , à condition de fournir un tout un petit effort  pour recoller les morceaux de puzzle proposés par Jean Lambert-wild.
Il  y a sans doute trop de choses en même temps pour le public attentif  qui ne voit pas toujours une ligne qui s’impose: les strates de cette quête poétique un peu exubérante: lecture au micro à l’avant-scène envahissante ( la balance avec la musique n’était pas encore au point) , effets de magie, comédiens sur scène, projection du film… : cela fait sans doute un peu beaucoup à la fois. Mais il y a des images fabuleuses, comme la dernière avec ce banquet d’hommes immobiles , présidé par ce Minotaure, devant une fresque peinte très Douanier Rousseau. C’est un spectacle sans doute inégal mais qui a le grand mérite de posséder une indéniable vertu poétique.

 

Philippe du Vignal

 

Création au Festival d’Avignon du 8 au 15 juillet au Tinel de La Chartreuse d’Avignon; ensuite du 6 au 17 décembre à la Comédie de Caen; du 1″ au 14 janvier  au Centre dramatique de Limoges et à l’automne 2011 à la Scène nationale du Havre.

ESSE QUE QUELQU’UN SAIT Où ON PEUT BAISER

ESSE QUE QUELQU’UN SAIT Où ON PEUT BAISER…d’Éric da Silva

 

Esse que quelqu’un sait où on peut baiser ce soir ? J’ai répondu au bois, lecture performance , création du Melkior Théâtre de la gare mondiale de Bergerac, texte et mise en scène d’Éric da Silva

 

Prologue :”Bien entendu, je n’entends raconter ici que ce que j’imagine. Par conséquent, ce que je raconte n’explique en vérité aucune chose de la nature, mais l’état de mon imagination en réalité, c’est à dire celle de mon théâtre.”Éric da Silva, nous l’avions découvert au début des années 80 avec l’Emballage Théâtre, une compagnie animée d’un feu sacré qui jouait Tombeau pour 500 000 soldats de Pierre Guyotat, dans un lieu improbable de Suresnes. D’autres spectacles étonnants suivirent Nous sommes si jeunes, nous ne pouvons pas attendre inspiré d’Off limits d’Adamov dont l’héritière avait retiré les droits, mais après plusieurs spectacles accueillis par Bernard Sobel au Théâtre de Gennevilliers et une mésaventure au Théâtre de la Bastille, Eric da Silva avait un temps abandonné le Théâtre.
Il y est heureusement revenu auprès d’Henri Devier qui l’a accueilli à la Gare mondiale de Bergerac au début des années 2000, pour s’adonner à l’écriture d’une dizaine de textes terrifiants, dans la veine de Lautréamont ou de Guyotat, entre autres Stalingrad, La Demande en mariage et L’anniversaire…Après la création à Bergerac, Lilas en scène avait accueilli ce spectacle d’une atroce truculence, fondé sur l’histoire d’un couple ne supportant pas l’homosexualité de leur fils, le père voulant l’émasculer.

 

Esse que quelqu’un…va encore plus loin dans l’horreur poétique et le kitsch gore : Éric da Silva et Marie Charlotte Biais, longues tresses enrubannées, maquillages oniriques, costumes bariolés dansent une sexualité inversée et débridée, accompagnés par 5 cinqcomplices déchaînés qui font vivre un théâtre rêvé par Antonin Artaud. Une jolie fille en tutu se ceint d’une longue bite noire, tous les sexes sont inversés, l’engagement total des acteurs exerce une fascination stupéfaite chez les spectateurs.
Éric da Silva présente ce spectacle comme une lecture performance, mais aussi comme un travail abouti. L’écriture du texte a été soutenue par l’OARA ainsi que par l’Agence culturelle départementale du Périgord.

Edith Rappoport

Les 16 et 17 novembre au Théâtre national Bordeaux Aquitaine dans le cadre de Novart, les 3 et 4 décembre au Théâtre de Gennevilliers, et le 7 décembre au Centre André Malraux, scène nationale de Vandoeuvre-les-Nancy.

 


LE PROCÈS

LE PROCÈS   Andreas Kriegenburg Opéra Théâtre, de Franz Kafka, mise en scène et scénographie d’Andreas Kriegenburg, Kammerspiele de Munich

Artiste associé au Deutsches Theater de Munich, Andreas Kriegenburg est scénographe en même temps que metteur en scène. Depuis 1984, il a traversé la tragédie grecque, le théâtre de Shakespeare et de Tchekhov comme le théâtre contemporain allemand et européen, il a notamment mené un compagnonnage avec Deha Loher, au sein de grandes institutions allemandes.
Andreas Kriegenburger dit avoir été séduit par “la qualité comique du texte” du Procès, pour “libérer Kafka d’une interprétation sombre, tragique et pesante” vouloir montrer “un univers kafkaïen plein d’humour, d’ironie et de distance” ! Et curieusement, sa mise en scène a produit l’effet inverse. On est d’abord stupéfiés par la scénographie, un grand oeil ouvert dont l’iris recouvert de tables et de chaises, jonché de papiers, bascule à l’horizontale. Le personnage de K est diffracté entre plusieurs acteurs “chacun est un miroir pour les autres, un miroir traumatique”.
Et le comique recherché par le metteur en scène, en tous cas en cette matinée,  restait totalement absent : on s’épuisait vainement à la lecture des surtitrages, à la recherche du personnage de K, puisque le son des micro-cravates émanait de plusieurs acteurs, hommes et femmes vêtus d’un costume noir identique. Notre Kafka étant absent, nous sommes sorties à l’entracte !

Edith Rappoport

PERPETUUM MOBILE

PERPETUUM MOBILE  Ton und Kirschen Villeneuve en scène 

Mise en scène Margarete Biereye et David Johnston

Dans cette jolie clairière du bosquet, Ton und Kirschen déploie ses images oniriques avec une certaine grâce, c’est la tour de Babel menée par huit acteurs autour de textes de Danil Harms, Kleist et Büchner, on s’y perd un peu sans déplaisir.

Edith Rappoport

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