L’IDEAL CLUB Festival d’Aurillac
L’IDEAL CLUB 26000 couverts Aurillac 20 août 2010
Mise en scène Philippe Nicolle assisté de Sarah Douhaire
Pour cet Idéal club, on s’arrachait déjà les billets à Chalon dans la rue, on se sent privilégié d’être enfin accueillis dans cette salle bourrée de la Vidalie à Arpajon sur Cère. Après tant d’étonnantes surprises concoctées depuis 1995 par ces champions du vraiment faux, Le sens de la visite, La poddémie, Le championnat de France de n’importe quoi, Le grand bal des 26000, on arrive avec l’eau à la bouche
Las, cette douzaine d’acteurs inventifs rompus à un humour revigorant se livre à une étrange anamorphose en prétendant se livrer à une séance de répétition pour un spectacle à créer dans un mois. Aucun cliché ne manque, une présentatrice abrutie, un duo de clowns débile, des numéros ratés, le tout sous la direction du metteur en scène expliquant que le spectacle ne doit pas dépasser une heure un quart, alors que cet Idéal club dépasse les deux heures et demie. Les seuls moments de grâce sont le strip-tease de Pierre Dumur en cow-boy équilibriste et le concert de scies musicales et électrique. Le final auto-critique à l’américaine ne parvient pas à sauver le spectacle.
Qu’importe, cet Idéal club connaît un beau succès public, une belle carrière lui est assurée, on pourra le voir au Théâtre Monfort à Paris à la rentrée.
Edith Rappoport
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L’Idéal Club par la Compagnie des 26.000 couverts.
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Les 26.000 couverts, on connaît la compagnie depuis presque vingt ans et le dernier opus, sur fond de parodie moyen-âgeuse, accueilli par le Théâtre de l’Athénée, était du genre réussi. L’Idéal Club est, lui, fondé sur le music-hall , ses paillettes et sur une parodie de ses numéros aussi insolites que ringards. Après tout, pourquoi pas ?
Dans la salle polyvalente d’Arpajon-sur-Cère bourrée à craquer, commune limitrophe d’Aurillac, dans une chaleur aoûtienne des plus torrides, il y a une petite scène avec des pendrillons rouges volontairement fanés à coup de peinture noire, et un metteur en scène qui dirige une soi-disant répétition d’un spectacle de music-hall. Côté cour, un petit orchestre de rock. Cela commence plutôt mal: le théâtre dans le théâtre, désolé Philippe Nicolle ( directeur des 26.000 couverts) mais 1) Cela date quand même du 16 ème siècle on depuis quelque temps beaucoup donné, 2) on a comme l’impression d’avoir vu cela des dizaines de fois, depuis Shakespeare, Corneille, Molière et beaucoup d’autres, y compris nombre de comédies musicales américaines qui se sont aussi engouffrées dans la brèche…
Même si les sketches sont parfois brillants comme ce magnifique équilibriste qui réussit à se déshabiller entièrement en restant sur son rouleau. Ou cet orchestre de flûtistes dont l’un persiste à jouer faux au grand désespoir de ses compagnons. Ou encore cette présentatrice ringarde au vocabulaire des plus confus qui s’emmêle les pinceaux quand elle annonce les numéros.
De temps en temps, l’orchestre joue un morceau, et c’est la plupart du temps assez brillant: indéniablement ces acteurs/ musiciens/ jongleurs/ danseurs savent tout faire ou presque…Il y a aussi une formidable parodie de poésie sonore- très en vogue pendant ce dernier festival…
Mais pourtant l’ensemble ne tient pas vraiment pas la route. La faute à quoi ? A un manque de dramaturgie d’abord ,de rythme et de véritable mise en scène: si bien qu’on a l’impression désagréable que les comédiens semblent se faire plaisir mais les spectateurs un peu moins!
L’entracte une fois passé, la parodie de répétition reprend – et c’est plutôt pas très légers, avec cependant quelques petits bonheurs de temps à autre, sans que l’ensemble soit bien convaincant. Philippe Nicolle a beau appeler Deleuze à la rescousse avec quelques citations, cela n’en finit pas de finir, puisque le spectacle dure deux heures et demi, entracte compris…
Il y a une fausse fin- toujours redoutables les fausses fins!- et on repart encore pour un tour avec un bureau des réclamations des comédiens devenus spectateurs mécontents du genre: « Pour avoir des idées, ils en ont mais elles sont toutes mauvaises ». Cela pourrait être drôle mais cela ne l’est pas vraiment, même si encore une fois les comédiens sont tous remarquables.
Il est déjà presque 23 heures 30, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le spectacle traîne sérieusement en longueur. Que faudrait-il faire ? Sans doute élaguer sérieusement d’une heure, mais aucun metteur en scène n’a vraiment le coeur de l’envisager, une fois le spectacle construit: trop de travail en perspective et… trop de mécontentements dans la compagnie! L’Idéal Club, c’est juste pour se faire du bien dit le programme… Mais du bien à qui? Aux acteurs ou au public?
Alors, à voir? Oui, si vous n’êtes pas trop difficile mais, à l’évidence, on est loin du compte: le public a applaudi poliment sans doute par respect du travail mais ne semblait pas y avoir pris un plaisir extrême. Voilà, vous êtes prévenus mais après tout, il y aura peut-être des modifications et y trouverez-vous votre compte, mais, pour le moment, quelle déception!
Philippe du Vignal
Spectacle vu le 20 août à la salle de la Vidalie à Arpajon-sur-Cère. Pour les prochaines dates, voir le site de la Compagnie des 26.000 couverts..www.26000couverts.org


Mise en scène et scénographie Benoît Afnaïm
C’est ainsi qu’Emma Drouin définit ce spectacle longuement mûri, mené à bout de bras avec l’aide d’une douzaine de coproducteurs, mobilisant une distribution importante et une sonorisation impressionnante, sur la grande place de la paix d’Aurillac. C’est le premier spectacle saisi avec retard de ce 25e festival, on aperçoit un grand feu, une quinzaine de costumes rouges brandis tels des étendards sur de longs piquets au-dessus de la foule. Le public se regroupe pour assister à des courses folles d’actrices dépoitraillées, croisant des acteurs invertis en combinaisons noires. On se démène, on se dénude avec une prodigieuse énergie (on verra que le nu se porte bien à Aurillac en 2010). Il y a des télés sous un cercle de parapluies que l’on déplace devant le premier cercle de spectateurs, un amas de vêtements et de poupées, jetés, piétinés, bouleversés, le tout dans un univers sonore très prégnant dont on ne saisit pas bien le sens, sinon que « manquent les mots pour dire que les mots m’ont manqué ! » C’est sans doute le problème d’Emma Drouin qui depuis 1995 avec Panoplies, Paroles de murs, État(s) des lieux entre autres, s’affirme comme issue d’un univers plastique, en recherche dans l’espace public.