EMMA DARWIN Festival d’Aurillac
EMMA DARWIN Teatro del Silencio 20 août 2010
Direction et mise en scène Mauricio Celedon, dramaturgie Eugène Durif et Mauricio Celedon

Metteur en scène d’origine chilienne, Mauricio Celedon a une longue histoire d’amour avec le Festival d’Aurillac qui l’avait révélé avec Malasangre étonnant spectacle sur Rimbaud en 1992. Beaucoup d’autres spectacles y ont été créés, Tacataca mon amour, Candides, Nanaqui, Alice underground entre autres. Tous ces spectacles portent sa marque, un rythme musical frénétique, une absence presque totale de texte, une vigueur physique impressionnante, les acteurs s’y consument. Emma Darwin reste dans cette veine avec des éléments nouveaux, l’ouverture sur la procession d’Emma au bas d’une pelouse où le public est rassemblé à l’entrée du Parapluie d’Aurillac (le lieu de fabrication où le spectacle a été répété).
On suit les acteurs en grand deuil jusqu’à une table de buffet où sont disposés des pains, où l’on verse du vin, l’officiant interprété par Eugène Durif prononce quelques mots sur le savant et sa défunte épouse avant de nous laisser pénétrer dans la salle, devant un gigantesque mur images qui occupe le fond du plateau. Les images se succèdent sur un rythme soutenu, trois ou quatre Emmas vivant leurs passions et leurs morts, en robes longues un rameau à la main, debout sur un piano qui travers le plateau, puis nues, se roulant dans la terre et la fange, arrachant le crin des matelas qu’elles déchirent. Un serviteur noir nu lui aussi se déchaîne sur un fond du mur images qu’on dirait venues d’Australie, il est ensuite en grande tenue pour apporter une carafe d’eau à la maîtresse de maison… On n’en finirait pas de décrire ce flot d’images qui nous engloutit et nous stupéfie.
On en ressort sonnés, un peu émus, gênés de n’avoir pas tout compris. Ce n’était sans doute pas l’objectif de Mauricio Celedon
Edith Rappoport
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Emma Darwin, par Teatro del silencio
Direction et mise en scène Mauricio Celedo
Dramaturgie Eugène Durif, Mauricio Celedon
Retrouver Eugène Durif se faisant le porte-parole de Charles Darwin, c’est un bon présage et, surtout, le préambule à un superbe spectacle consacré au grand explorateur anglais : la compagnie Teatro del silencio nous invite en effet à pénétrer son univers par le biais de sa fidèle compagne, Emma.
De petites scènes s’enchaînant à un rythme effréné, on ne s’ennuie pas une minute. La scénographie est irréprochable : projections vidéos, costumes et décor de rêve (tel ce piano à queue transformé en bateau), musique de Chopin… tout concourt à rendre totale l’immersion dans le XIXe siècle scientifique. Les images de ce spectacle silencieux (ils étaient nombreux à Aurillac cette année !) sont sublimes : un vieil homme traîne des lapins dans des cages de verre ; des femmes parées de dentelle anglaise dansent avant d’être chassées, comme des biches, et leur chair dépecée ; un Noir nu, sorti d’une cage avec sa chaîne, renvoie aux indigènes qui peuplaient les zoos humains… Évocation de rites tribaux, images de singes empaillés ou mariée en cage avec colombe et vanité, cette dramaturgie témoigne décidément d’une recherche esthétique et harmonieuse, visuelle autant que musicale.
Les comédiens sont admirables : leur jeu, impeccable et très expressif, laisse bien filtrer les sentiments à l’œuvre : peur, plaisir, colère ou douleur…
Pourtant ce spectacle renvoie à la mort, car la vie de Charles Darwin, comme celle de ses proches ou de tous ceux qu’il a rencontrés, est placée sous le signe de l’anéantissement : tortures, suicides et mises à mort, physiques ou psychiques. De fait, le naturaliste ne signifie-t-il pas la fin d’un monde ?
Une réserve, toutefois : pour bien comprendre de quoi il est question et pouvoir situer les personnages et les lieux, il est utile voire indispensable de lire le petit résumé de la pièce avant le spectacle, ce qui est dommage. À moins que, délibérément, l’on préfère se laisser prendre au jeu de la danse, de la pantomime, et divaguer en territoire poétique…
Barbara Petit
Barbara Petit
jusqu’au 21 août aux 4 chemins, plaine de Naucelles, Le Parapluie

Mise en scène et scénographie Benoît Afnaïm
C’est ainsi qu’Emma Drouin définit ce spectacle longuement mûri, mené à bout de bras avec l’aide d’une douzaine de coproducteurs, mobilisant une distribution importante et une sonorisation impressionnante, sur la grande place de la paix d’Aurillac. C’est le premier spectacle saisi avec retard de ce 25e festival, on aperçoit un grand feu, une quinzaine de costumes rouges brandis tels des étendards sur de longs piquets au-dessus de la foule. Le public se regroupe pour assister à des courses folles d’actrices dépoitraillées, croisant des acteurs invertis en combinaisons noires. On se démène, on se dénude avec une prodigieuse énergie (on verra que le nu se porte bien à Aurillac en 2010). Il y a des télés sous un cercle de parapluies que l’on déplace devant le premier cercle de spectateurs, un amas de vêtements et de poupées, jetés, piétinés, bouleversés, le tout dans un univers sonore très prégnant dont on ne saisit pas bien le sens, sinon que « manquent les mots pour dire que les mots m’ont manqué ! » C’est sans doute le problème d’Emma Drouin qui depuis 1995 avec Panoplies, Paroles de murs, État(s) des lieux entre autres, s’affirme comme issue d’un univers plastique, en recherche dans l’espace public.
Le Festival de cette année a donné la part belle à des artistes auteurs de performances comme Jöel Hubaut, Michel Giroud ou Spencer Tunik, connu pour ses installations de corps nus…Imaginez la gare d’ Aurillac, petite gare aimable située à une centaine de mètres de belles prairies parsemées de bosquets de châtaigniers mais dépourvue de tout train, comme de tout personnel de la SNCF, puisqu’il y a des travaux sur les deux lignes menant à Clermont-Ferrand comme à Brive. Bref, une belle petite gare silencieuse avec ses feux de signalisation tous bloqués au rouge. Un vrai décor, mais sans scène ni aucun projecteur où, sur le dernier quai, Paul Bloas, artiste peintre qui travaille essentiellement dehors sur de grandes surfaces de papier et, à ses côtés, Serge Teyssot-Gay, son complice depuis longtemps, mais aussi guitariste du groupe Noir Désir.
Cela se passe dans la cour de l’institution Saint-Joseph, pas très loin de la gare. Devant des bâtiments d’une rare banalité, la maire de l’endroit, le promoteur immobilier assisté de son fils et d’un collaborateur de l’entreprise démontrent au bon peuple les bienfaits de la réhabilitation totale de leur quartier avec des arguments imparables du genre : « L’avenir appartient à ceux qui ont des ouvriers qui se lèvent tôt ». Ils jonglent brillamment avec des chiffres colossaux, enfilent les perles: « On ne peut pas faire plus, on fait déjà beaucoup », ou bien citent Valéry: « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ». C’est plutôt drôle et bien enlevé, même si cela n’a rien de très original, et les quatre compères se débrouillent bien. Mais l’on a un peu / beaucoup de mal à croire aux déclarations d’un perturbateur qui les met en accusation. Puis l’on nous prie de nous diriger vers une sorte de mini-cirque aux gradins en bois. Il y a, suspendus à des mâts, quelques fils avec des crochets, des chaises métalliques, et toute une collection de costumes accrochés en fond de plateau (dont étrangement il ne sera pas fait usage).
Mais n’te promène donc pas tout nu ! 
C’est un des spectacles présentés dans le cadre des Préalables du Festival , un peu partout à quelques dizaines de kilomètres d’Aurillac, notamment à Jussac, Saint Martin de Valmeroux, Montsalvy et Maurs où les Piétons ont installé leur petite scène sur la place de l’église. Quelques rangées de bancs et quelque 25 à 30 spectateurs ravis de l’aubaine, cadeau de la municipalité. Ils sont deux comédiens pantalon noir et chemise blanche. l’un chauve et l’autre barbe et longs cheveux noirs, chacun avec une plume collée sur le front; il y aussi une comédienne qui, du haut du balcon présente chaque petite scène avec un mégaphone. 
Si l’on connaît et apprécie Cécile Backès, qu’on a pu voir il y a peu à Théâtre Ouvert dans Fin de l’histoire, de et avec François Bégaudeau, on sait moins que cette metteuse en scène et comédienne anime depuis ses débuts de carrière des ateliers théâtre en milieu scolaire. 