EMMA DARWIN Festival d’Aurillac

EMMA DARWIN Teatro del Silencio 20 août 2010 

Direction et mise en scène Mauricio Celedon, dramaturgie Eugène Durif et Mauricio Celedon

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Metteur en scène d’origine chilienne, Mauricio Celedon a une longue histoire d’amour avec le Festival d’Aurillac qui l’avait révélé avec Malasangre étonnant spectacle sur Rimbaud en 1992. Beaucoup d’autres spectacles y ont été créés, Tacataca mon amour, Candides, Nanaqui, Alice underground entre autres. Tous ces spectacles portent sa marque, un rythme musical frénétique, une absence presque totale de texte, une vigueur physique impressionnante, les acteurs s’y consument. Emma Darwin reste dans cette veine avec des éléments nouveaux, l’ouverture sur la procession  d’Emma au bas d’une pelouse où le public est rassemblé à l’entrée du Parapluie d’Aurillac (le lieu de fabrication où le spectacle a été répété).

 

On suit les acteurs en grand deuil jusqu’à une table de buffet où sont disposés des pains, où l’on verse du vin, l’officiant interprété par Eugène Durif prononce quelques mots sur le savant et sa défunte épouse avant de nous laisser pénétrer dans la salle, devant un gigantesque mur images qui occupe le fond du plateau. Les images se succèdent sur un rythme soutenu, trois ou quatre Emmas vivant leurs passions et leurs morts, en robes longues un rameau à la main, debout sur un piano qui travers le plateau, puis nues, se roulant dans la terre et la fange, arrachant le crin des matelas qu’elles déchirent. Un serviteur noir nu lui aussi se déchaîne sur un fond du mur images qu’on dirait venues d’Australie, il est ensuite en grande tenue pour apporter une carafe d’eau à la maîtresse de maison… On n’en finirait pas de décrire ce flot d’images qui nous engloutit et nous stupéfie.

 

On en ressort sonnés, un peu émus, gênés de n’avoir pas tout compris. Ce n’était sans doute pas l’objectif de Mauricio Celedon

 

Edith Rappoport

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Emma Darwin, par Teatro del silencio

Direction et mise en scène Mauricio Celedo

Dramaturgie Eugène Durif, Mauricio Celedon

 

Retrouver Eugène Durif se faisant le porte-parole de Charles Darwin, c’est un bon présage et, surtout, le préambule à un superbe spectacle consacré au grand explorateur anglais : la compagnie Teatro del silencio nous invite en effet à pénétrer son univers par le biais de sa fidèle compagne, Emma.

De petites scènes s’enchaînant à un rythme effréné, on ne s’ennuie pas une minute. La scénographie est irréprochable : projections vidéos, costumes et décor de rêve (tel ce piano à queue transformé en bateau), musique de Chopin… tout concourt à rendre totale l’immersion dans le XIXe siècle scientifique. Les images de ce spectacle silencieux (ils étaient nombreux à Aurillac cette année !) sont sublimes : un vieil homme traîne des lapins dans des cages de verre ; des femmes parées de dentelle anglaise dansent avant d’être chassées, comme des biches, et leur chair dépecée ; un Noir nu, sorti d’une cage avec sa chaîne, renvoie aux indigènes qui peuplaient les zoos humains… Évocation de rites tribaux, images de singes empaillés ou mariée en cage avec colombe et vanité, cette dramaturgie témoigne décidément d’une recherche esthétique et harmonieuse, visuelle autant que musicale.

Les comédiens sont admirables : leur jeu, impeccable et très expressif, laisse bien filtrer les sentiments à l’œuvre : peur, plaisir, colère ou douleur…

Pourtant ce spectacle renvoie à la mort, car la vie de Charles Darwin, comme celle de ses proches ou de tous ceux qu’il a rencontrés, est placée sous le signe de l’anéantissement : tortures, suicides et mises à mort, physiques ou psychiques. De fait, le naturaliste ne signifie-t-il pas la fin d’un monde ?

Une réserve, toutefois : pour bien comprendre de quoi il est question et pouvoir situer les personnages et les lieux, il est utile voire indispensable de lire le petit résumé de la pièce avant le spectacle, ce qui est dommage. À moins que, délibérément, l’on préfère se laisser prendre au jeu de la danse, de la pantomime, et divaguer en territoire poétique…

Barbara Petit
 

Barbara Petit

jusqu’au 21 août aux 4 chemins, plaine de Naucelles, Le Parapluie
 


Archive pour août, 2010

UNE CERISE NOIRE Festival d’Aurillac

UNE CERISE NOIRE  La Française de comptages Aurillac 19 août 2010 

cerisenoire.jpgMise en scène et scénographie Benoît Afnaïm
Technicien et assistant metteur en scène depuis 1987 pour le cinéma, pour le théâtre, constructeur, sculpteur de machines folles pour la compagnie Oposito, la compagnie Off, les Chiffonnières entre autres, Benoît Afnaïm a affirmé son talent original de metteur en scène en 2002 avec 33 heures, 30 minutes sur le vol de Lindbergh, impressionnant spectacle déambulatoire monté sur un immense camion. Avec Une cerise noire, il relie ses passions, celle du cinéma noir des années 50 et d’un véritable théâtre de rue présenté cette fois en fixe sur un imposant et superbe camion studio, autour duquel sont rassemblées plus d’une heure à l’avance, près de 2000 personnes fascinées : « le cinéma, c’est le Père Noël en libre service ! » Sur le camion, un écran géant, les techniciens s’affairent, déplacent meubles et accessoires, construisent les décors, les stars se font maquiller, on fait acclamer le sénateur Fletcher par les spectateurs, Selma la femme fatale, son épouse qui prépare sa trahison fume langoureusement. On filme le détective, la secrétaire amoureuse de son truand de patron, l’espionne russe, le savant allemand ancien nazi débauché par le pouvoir soviétique, les scènes tournées en direct sont retransmises sur grand écran par un réalisateur noir perché sur une grue mobile autour du plateau. Les vieux souvenirs de jeunesse du temps où le théâtre n’avait pas encore supplanté le cinéma remontent dans ma mémoire, une fascination pour des mécaniques bien huilées dont les clichés sont attendus et applaudis .

Le final à l’américaine est jubilatoire, les plus sceptiques en sortent réjouis.
J’avais accepté, il y a quelques mois la présidence de leur association et j’en suis fière, n’ayant rien à voir dans la réalisation du spectacle.

Edith Rappoport

TRAGÉDIE ! UN POÈME.Festival d’Aurillac

Tragédie ! Un poème, par Deuxième groupe d’intervention

Scénario et mise en scène Ema Drouin

 

Place de la Paix, un immense parking est investi par des tas d’objets hétéroclites : ici, des cadavres de poupées, là un tapis de vêtements, plus loin une voiture, un canapé, des chemises rouges suspendues par des piquets, etc. On est attentif et curieux. Début du spectacle: des gyrophares s’allument, une sirène retentit, les barrières du périmètre se sécurité tombent. Le public est invité à investir ce plateau et à déambuler parmi les installations. Tandis qu’il se promène parmi ces merveilles en quête de découverte, des « comédiens » donnent progressivement vie à ces éléments : une femme à moitié nue hurle parmi les membres disséqués des poupées avant de se rouler au sol, trois comédiens se glissent sous un tapis de vieilles vestes de costumes, un couple dévêtu s’excite sur une voiture, une dame tricote sur un canapé pendant qu’un monsieur lit entouré de piles de bouquins, un homme juché sur un échafaudage crie, un motard arrive avec sa pin-up à l’arrière, un homme s’enterre sous du verre pilé… Ailleurs, des films et des images passent en boucle sur des écrans de télévision surmontés d’un parapluie, un épouvantail est affublé d’un smoking… Côté son, ce n’est pas triste non plus, entre les pétards qui éclatent, les sirènes et autres bruits d’avion qui décollent et atterrissent… On attend qu’il se passe vraiment quelque chose… en vain.
Quelle est la signification de tout cela ? Qu’ont à nous dire ces personnages qui passent leur temps à se déshabiller, ramper au sol ou courir, ou ces bruits assourdissants qui agressent nos oreilles ? Est-ce au public de créer l’événement? Au final, en quoi ceci est-il un « spectacle » ou même une « performance » ? C’est en tout cas ennuyeux au possible, et dure une heure trente.

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Barbara Petit

 

jusqu’au 21 août, place de la Paix

 

 

 

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TRAGÉDIE ! UN POÈME  Deuxième groupe d’intervention Festival d’Aurillac 19 août 2010

« Fiction plastique et sonore pour 14 Héros et une place publique » Écriture, scénographie et mise en scène Emma Drouin.

tragedie.jpgC’est ainsi qu’Emma Drouin définit ce spectacle longuement mûri, mené à bout de bras avec l’aide d’une douzaine de coproducteurs, mobilisant une distribution importante et une sonorisation impressionnante, sur la grande place de la paix d’Aurillac. C’est le premier spectacle saisi avec retard de ce 25e festival, on aperçoit un grand feu, une quinzaine de costumes rouges brandis tels des étendards sur de longs piquets au-dessus de la foule. Le public se regroupe pour assister à des courses folles d’actrices dépoitraillées, croisant des acteurs invertis en combinaisons noires. On se démène, on se dénude avec une prodigieuse énergie (on verra que le nu se porte bien à Aurillac en 2010). Il y a des télés sous un cercle de parapluies que l’on déplace devant le premier cercle de spectateurs, un amas de vêtements et de poupées, jetés, piétinés, bouleversés, le tout dans un univers sonore très prégnant dont on ne saisit pas bien le sens, sinon que « manquent les mots pour dire que les mots m’ont manqué ! » C’est sans doute le problème d’Emma Drouin qui depuis 1995 avec Panoplies, Paroles de murs, État(s) des lieux entre autres, s’affirme comme issue d’un univers plastique, en recherche dans l’espace public.

 

On peut chercher sans trouver l’indispensable dimension poétique porteuse d’émotion…

Edith Rappoport

Ligne de front. Festival d’Aurillac

Ligne de front de Paul Bloas et Serge Teyssot-Gay.

paulbloaspaulbloas.jpgLe Festival de cette année a donné la part belle à des artistes auteurs de performances comme Jöel Hubaut, Michel Giroud ou Spencer Tunik, connu pour ses installations de corps nus…Imaginez la gare d’ Aurillac, petite gare aimable située à une centaine de mètres de belles prairies parsemées de bosquets de châtaigniers mais dépourvue de tout train, comme de tout personnel de la SNCF,  puisqu’il y a des travaux sur les deux lignes menant à Clermont-Ferrand comme à Brive. Bref, une belle petite gare silencieuse avec ses feux de signalisation tous bloqués au rouge. Un vrai décor, mais sans scène ni aucun projecteur où, sur le dernier quai,  Paul Bloas, artiste peintre qui travaille essentiellement dehors sur de grandes surfaces de papier et, à ses côtés, Serge Teyssot-Gay, son complice depuis longtemps, mais aussi guitariste du groupe Noir Désir.

 Sur le quai donc,  pas grand chose: deux grands panneaux verticaux couverts de papier, un escalier en bois sur roulettes pour atteindre le haut, et un autre panneau de papier en longueur pour recevoir quelques phrases. Sur les voies, un praticable avec les pots de couleur et les pinceaux du peintre. Teyssot-gay joue en permanence, et il y a parfois de singuliers vrombissements et des phrases musicales qui rappellent les accents d’un violoncelle. Pendant tout le temps de cette performance, Paul Bloas, comme électrisé par la musique va parfaire deux silhouettes d’homme à coup de fusain et de balafres de peinture, avec de temps en temps, comme des sortes de repentirs quand l’artiste reprend certaines parties avec quelques touches d’ocre léger ou à la fin de grands traits de bleu. cela ne manque pas d’allure et les quelque deux cent personnes sagement assises sur le bord de l’autre quai regardent se faire devant eux ce qu’il faut bien appeler une œuvre picturale. 

Les petites phrases écrites au feutre par Paul Bloas sur des feuilles de papier sont sans doute moins convaincantes mais il y a, dans cette fluidité du temps comme de la musique, quelque chose qui passe auprès du public, le temps  d’une heure ponctuée à la fin par les sept coups de 19 heures au clocher d’une église voisine. Comme si la peinture-éphémère aussi-de  ces deux grandes silhouettes rencontrait l’éphémère d’un acte théâtral et surtout musical.

Et, pour une fois, il y avait beaucoup de jeunes gens dans le public…
Jean-Marie Songy, le directeur du Festival, avait l’air heureux-  et avec raison- de son coup, d’autant plus que cette création restera unique et ne pourra plus être renouvelée l’an prochain, puisque la circulation des trains aura repris…

Philippe du Vignal

Performance vue à la gare d’Aurillac le 18 août, reprise le 19 à 11 heures et à 18 heures.

 

Traces Festival d’Aurillac

  FESTIVAL D’AURILLAC

 » Traces  » Le Petit Théâtre de Pain, écriture par la troupe et Aurélien Rousseau,   mise en scène de Fafiole Palassio. 

    traces.jpgCela se passe dans la cour de l’institution Saint-Joseph, pas très loin de la gare. Devant des bâtiments d’une rare banalité, la maire de l’endroit, le promoteur immobilier assisté de son fils et d’un collaborateur de l’entreprise démontrent au bon peuple les bienfaits de la réhabilitation totale de leur quartier avec des arguments imparables du genre : « L’avenir appartient à ceux qui ont des ouvriers qui se lèvent tôt ». Ils jonglent brillamment avec des chiffres colossaux, enfilent les perles: « On ne peut pas faire plus, on fait déjà beaucoup », ou bien citent Valéry: « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ».   C’est plutôt drôle et bien enlevé, même si cela n’a rien de très original, et les quatre compères se débrouillent bien. Mais l’on a un peu / beaucoup de mal à croire aux déclarations d’un perturbateur qui les met en accusation. Puis l’on nous prie de nous diriger vers une sorte de mini-cirque aux gradins en bois. Il y a, suspendus à des mâts, quelques fils avec des crochets, des chaises métalliques, et toute une collection de costumes accrochés en fond de plateau (dont étrangement il ne sera pas fait usage).
Le vent se lève, et il ne fait plus chaud du tout… mais le spectacle continue: rapidement, l’on passe de petites tranches de vie d’habitants du quartier à celles de gens ordinaires, aux profils très divers et aux problèmes banals : une mère célibataire avec son enfant qui n’arrive pas à joindre les deux bouts, un jeune étranger orphelin de père qui n’arrive pas à s’en remettre, un couple qui perd son enfant, un père de famille à ses dernières heures et dont le passé semble louche, etc. Au final, ce qui se passe ici sous nos yeux pourrait se dérouler n’importe où. Et l’on comprend que les travaux de rénovation initiaux n’étaient qu’une amorce, et que la veine de vie perturbées par les décisions politico-économiques ne sera pas creusée.

Quid du fil conducteur ? Quid de l’intrigue ? Quid du propos ? C’est malheureusement la pierre d’achoppement de ce spectacle. Si les acteurs (qui sont aussi musiciens et chanteurs) sont dans l’ensemble plutôt convaincants et font preuve d’énergie, ils ne parviennent pas à masquer l’absence de discours, le manque de profondeur d’un spectacle au final bien superficiel et qui sent trop l’improvisation.
Du coup, les deux heures semblent bien longues.
Le dialogue assez faiblard est bourré de bons sentiments qui, comme chacun le sait, n’ont jamais donné du très bon théâtre; tout est bien qui finit bien, et le méchant promoteur n’était en fait qu’une victime de la shoah.
« La mise en commun des propositions et le souci de réinventer un théâtre vivant et métissé » ( sic) se révèlent un peu courts. Et « aller vers un théâtre populaire, jouer là où le théâtre est absent » exige sans doute davantage de consistance et d’exigence, à la fois dans le scénario, les dialogues, et la mise en scène.
Le froid devient plus vif et le spectacle qui s’étire, se termine plutôt qu’il ne finit… Alors à voir? Non, pas nécessairement….

Barbara Petit/ Philippe du Vignal
A l’institution Saint Joseph d’Aurillac jusqu’au 21 août.

LE GROS, LA VACHE ET LE MAINATE

Le gros, la vache et le mainate, opérette barge, de Pierre Guillois, mise en scène Bernard Menez.


legros.jpgMais n’te promène donc pas tout nu !


L’opérette barge de Pierre Guillois a bien la cocasserie et la verve de la célèbre pièce de Feydeau, ainsi que le côté provocateur, imprévu, hors de toute convenance, qu’a le plus souvent le sexe. Mais, dans cette version résolument contemporaine, le « toute nue » s’est transformé en « tout nu ». Le désir s’affiche au masculin. Il surgit à chaque coup de sonnette avec toute la grâce ingénue nécessaire – celle de Luca Oldani -, et ce sera Monsieur – excellent Olivier Martin-Salvan, comédien et chanteur – qui attendra un heureux événement …

Pierre Vial et Jean-Paul Muel, deux grands maîtres du théâtre, incarnent d’inénarrables fées, tombées du ciel, ou de l’enfer, au choix. Deux bêtes de scène réunies à l’impromptu pour l’arrivée de bébé. Un duo extrêmement drôle, d’une grande virtuosité, alias tante Chose et tante Schmurtz, dans leur ébouriffante panoplie de vêtements.

Autre ressort de cette opérette barge : les rebondissements de théâtre dans le théâtre menés avec un sens du rythme exact, et dont je ne veux rien révéler car ce serait dommage de les désamorcer en livrant leur secret. En tout cas le « timing » est formidable, le meneur-présentateur, Bernard Menez, est plus vrai que nature, aucune situation ne s’installe, jamais on ne languit.

Sans dévoiler l’intrigue, je peux juste dire qu’au bout d’un moment c’est l’auteur lui-même, dans le personnage d’une voisine, qui intervient sur le plateau pour tenter de remettre de l’ordre dans le chaos des situations qu’il a lui-même entrelacées avec adresse.

C’est foutraque, loufoque, joyeux, c’est libre surtout !

Ca chante aussi, comme il se doit dans une opérette. Une pianiste sur le plateau, des chansons bien enlevées, surtout bien intégrées dans le jeu. Du beau travail.

Voilà pour les « bêtes de scène », elles tiennent leurs promesses et au-delà. Quant aux animaux, oui, le mainate réalise une belle prouesse. Et la vache ? Où est-elle donc passée ? Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas elle qui apparaît sur le fond vert acide de l’herbe et des frondaisons lorsque se produit l’ouverture traditionnelle du fond du théâtre sur la pente de la montagne. Ce moment est toujours absolument magique – il faut avoir vu cela au moins une fois dans une vie de spectateur ! – c’est un choc, de jour comme de nuit, que cette soudaine irruption de la nature et de ses lumières dans une salle de théâtre.

Le public du Théâtre du Peuple, très nombreux, rit beaucoup, en dépit du caractère provocateur des situations. Oui, n’en déplaise à ses contempteurs, le Peuple existe toujours, il est chaque été sur les bancs de Bussang et il est ravi d’accompagner l’opérette la plus barge et la plus contemporaine qui soit ! Il l’a prouvé par des applaudissements nourris. Cela fait bien plaisir.

Les comédies d’aujourd’hui sont relativement rares, en dehors des solos du café-théâtre. Ainsi ces créations d’auteurs commandées par le théâtre de Bussang, pour un grand plateau et un grand public populaire, comme cela avait été le cas, par exemple, avec les très réussis Ravissement d’Adèle de Rémi De Vos ou Les Affreuses de Pierre Guillois, et comme ce sera le cas la saison prochaine avec Marion Aubert, sont vraiment bienvenues dans le paysage théâtral.


Evelyne Loew


A Bussang (Vosges), Théâtre du Peuple, jusqu’au 28 août.

Puis en tournée : Mulhouse, Alès, Liège …

 

 

 

 

LE GROS, LA VACHE ET LE MAINATE  de Pierre Guillois Bussang

Opérette barge de Pierre Guillois, mise en scène Bernard Menez, composition musicale de François Fouqué, avec Laurian Daire, Pierre Guillois, Olivier Martin Salva, Jean-Paul Muel, Luca Oldani, Pierre Vial
mainate.jpgPour du barge, c’est du vrai barge : un couple d’homosexuels, Xavier le gros est enceint, il accouche d’un bébé monstrueux sur lequel ses deux horribles tantes, Tante Schmurz et Tante Chose (éblouissants Jean-Paul Muel et Pierre Vial) vont cracher et uriner ! Une horrible sonnerie ne cesse de retentir, c’est le plombier qui vient réparer des fuites, c’est l’ambulancier qui arrive trop tard pour sauver l’accouché qui succombe, c’est l’auteur en jupette sexy qui vient provoquer le metteur en scène qui tente de rassembler les morceaux. On est écroulés de rire devant ces travestis étonnants, pas une seule femme sur le plateau, même la pianiste qui s’appelle Laurian est un homme ! Et quand Jean-Paul Muel et Pierre Vial enlèvent leurs perruques pour décliner leur éblouissant et respectable parcours professionnel, le public est sidéré ! On peut seulement être gêné par l’irruption d’un personnage qui ne fait pas partie de la pièce que Bernard Menez le metteur en scène en robe de chambre, tente de juguler, mais on ne boude pas son plaisir devant cette généreuse audace théâtrale aux antipodes de ce qu’on peut attendre de Bussang.

Pierre Guillois y avait laissé quelques plumes d’auteur pour se deuxième saison avec Les affreuses qui n’avaient pas été comprises. Cette fois la salle est presque pleine d’un public emballé par une authentique théâtralité. Pierre Guillois a toutes les audaces théâtrales aux antipodes d’une quelconque vulgarité.


Edith Rappoport

Théâtre du peuple de Bussang 14, 18, 19 20, 21, 25, 26, 27 28 août, 03 29 61 50 48

 

Haïcuc Festival d’Aurillac

Haïcuc, concert vocal et dansé par la Compagnie des Piétons.

haicuc.jpg C’est un des spectacles présentés  dans le cadre des Préalables  du Festival , un peu partout à quelques dizaines de kilomètres d’Aurillac, notamment à Jussac, Saint Martin de Valmeroux, Montsalvy et Maurs où les Piétons ont installé leur petite scène sur la place de l’église. Quelques rangées de bancs et quelque 25 à 30 spectateurs ravis de l’aubaine, cadeau de la municipalité. Ils sont deux comédiens pantalon noir et chemise blanche. l’un chauve et l’autre barbe et longs cheveux noirs, chacun avec une plume collée sur le front; il y aussi une comédienne qui,  du haut du balcon présente chaque petite scène avec un mégaphone.

C’est comme ils le disent, plutôt un pot pourri qu’un manifeste.  Il y a des petites chansons, des comptines, une parodie de la Marseillaise assez virulente: « Aux actes citoyens, assez de pollution; qu’ un air si pur gonfle nos poumons ». Les deux complices ont , c’est évident une belle expérience du théâtre à, l’extérieur et savent  envelopper leur public avec bonhommie, ce qui n’exclut nullement une précision vocale et gestuelle qu’on ne trouve pas toujours dans les spectacles de rue. Ils ont un faible pour les jeux sur le langage comme cette suite de mots valises qui réjouit fort le public: douce amère, merdicole, colle à bois….Cela ressemble parfois,  aux meilleurs moments, à du Gherasim Luca, ce merveilleux poète roumain ( voir le Théâtre du Blog). Une reprise arrangée de Brassens: Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics. Ils sifflent dansent, s’accompagnent l’un l’autre avec le seul bruitage de leur voix. C’est bien amené et malin malgré quelques petites répétitions… Il y a aussi un  très beau moment, comme une sorte d’hymne aux minoritaires de toutes les nations, et une envolée lyrico-politique sur le Tibet dépecé, le saumon dénaturé, les crétins racistes et le délire boursier;  même si c’est parfois un peu démago, le public est ravi et l’heure passe très vite. le spectacle finit doucement avec le son des cloches annonçant 19 heures. Hasard ou programmation? En tout cas, cela ne peut pas mieux clôturer ce petit spectacle simple et sympathique.
On pense à la fameuse phrase de Brecht: « Qu’il serait doux le son des cloches s’il n’y avait tant de malheurs dans le monde ». Le Festival d’Aurillac proprement dit a lieu la semaine prochaine avec quinze compagnies invitées- dont:  26.000 couvert avec l’Idéal club, El Nino de la compagnie polonaise Theatre A Part, L’Obludarium, spectacle de cirque des Frères Forman ( Voir le Théâtre du Blog) et près de 400 compagnies dites de passage, appellation élégante pour désigner un  off qui n’en est pas vraiment un. Avec cette année une orientation sur la performance représentée entre autres par Joël Hubaut et Michel Giroud.

 Et le temps? Maussade pour le moment. frais le matin et chaud l’après-midi, avec risques d’orage en fin de semaine prochaine. Les compagnies de CRS et les gendarmes commencent à contrôler les voitures sur les routes menant à Aurillac, il y a des vigiles un peu partout dans les super marchés, et les marchands de rue achètent des sacs de purée en poudre pour préparer leur aligot de pacotille, les campings et les hôtels  se remplissent: bref, la capitale auvergnate  commence à prendre des airs avignonnais….
 Edith Rappoport, Barbara Petit et moi-même vous tiendrons informés des spectacles et  événements divers de ce festival qui a acquis depuis longtemps ses lettres de noblesse puisqu’il fête cette année ses 25 ans…

 

Philippe du Vignal

PEAU D’ÂNE

PEAU D’ÂNE  d’Olivier Tchang Tchong Théâtre du Peuple Bussang

Le texte est librement inspiré de Charles Perrault

Le Théâtre du Peuple Maurice Pottecher de Bussang, c’est toujours magique, même avec une arrivée sous une pluie battante, après plus de 100 kilomètres depuis la Franche-Comté voisine. On arrive pour une rencontre avec Pierre Guilllois, l’inventif directeur de Bussang depuis 5 ans qui fait goûter à plus de 23 000 spectateurs des mets insolites représentés pour 44 représentations, 26 pour Peau d’Âne, 18 pour l’opérette barge qu’il a conçue pour le soir. Celui de l’après midi, rituel depuis 115 ans captive en principe un public plus important, les spectacles du soir qui n’ont démarré qu’en 2000 sous la direction de Jean-Claude Berutti ne rassemblant souvent pas plus d’une demi jauge soit 400 personnes. Peau d’Âne a été confié à Olivier Tchang Tchong, metteur en scène en résidence à Bussang depuis janvier 2010, Pierre Guillois se réservant le spectacle du soir pour la première fois de son dernier mandat à échéance fin 2011.
Olivier Tchang Tchong écrit et met en scène ses propres textes , les trois derniers ont été créés avec l’International Visual Theatre à la Grande Halle de la Villette depuis 2007. Sa Peau d’Âne est une adaptation assez réaliste, quelque peu verbeuse surtout dans la première partie, du conte de Perrault. L’inceste imposé par le roi veuf à sa fille qui vient tout juste d’éprouver les douleurs de ses premières règles y est abordé en termes très crus, la jeune fille retrouve son père en fuite depuis son veuvage dans une robe blanche virginale tachée de sang. Elle se dénude complètement, cachée par sa longue chevelure rousse, marque de la royauté,( le roi, la défunte reine, la princesse enfant ainsi que le prince qui la sauve, tous sont d’un roux flamboyant), pour revêtir la peau de l’âne déféquant des trésors que son père vient de lui sacrifier, espérant l’épouser. Interprété par une vingtaine de comédiens, dont quatre professionnels, dans un décor impressionnant de Raymond Sarti, le spectacle traîne en longueur sur un texte confus, sur-joué par certains amateurs qui ne maîtrisent pas leur niveau sonore. Il y a néanmoins quelques belles fulgurances, en particulier l’entreprise de séduction du prince interprété par Philippe Le Gall, mais on se prend à regretter les inoubliables matinées des années précédentes.

Edith Rappoport

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La boîte à outils du théâtre en classe /Cécile Backès

La boîte à outils du théâtre en classe/ Cécile Backès

couvbbgtheatreenclasse.jpgSi l’on connaît et apprécie Cécile Backès, qu’on a pu voir il y a peu à Théâtre Ouvert dans Fin de l’histoire, de et avec François Bégaudeau, on sait moins que cette metteuse en scène et comédienne anime depuis ses débuts de carrière des ateliers théâtre en milieu scolaire.

Forte de cette expérience de quinze années, elle a décidé de la transmettre afin d’en faire profiter les professeurs de collège et lycée. De fait, des enseignants de français ou de théâtre pour les classes option enseignements artistiques au baccalauréat peuvent avoir l’envie, l’occasion ou la nécessité de mettre en place un atelier et d’initier leurs élèves à la technique de cet art. Ce petit guide, clair, précis et éminemment pratique (mots clés, repères, fondamentaux…), devrait les aider à mener à bien leurs projets grâce à ses nombreuses pistes.

Cet ouvrage présente en outre l’intérêt d’être rédigé par une professionnelle de la scène, et non par un professeur jargonnant dans une terminologie métalinguistique sibylline, comme enseignée dans les IUFM (mais existent-ils encore ?). D’où un style en images et d’une grande simplicité, un ton savoureux et parfois confidentiel, une langue concrète, des propositions autant que des convictions, loin, bien loin d’autres ouvrages pédagogiques… D’ailleurs, les ateliers proposés sont rédigés eux aussi par une comédienne, Salima Boutebal.

Cette boîte à outils, modulable, est prête à l’emploi : les extraits de textes sont recopiés intégralement, accompagnés de leurs exercices. Elle comprend cinq parties :

 

  • Ouverture : comment faire du théâtre en classe ?
  • Perspective 1 : s’emparer d’un texte
  • Perspective 2 : travailler sans texte
  • Perspective 3 : construire un projet
  • Bilan : l’atelier théâtre, une université populaire pratique.

Le contenu met avant tout l’accent sur une activité conçue comme ludique et émancipatrice, ce qui n’exclut ni le sérieux ni l’engagement. Quant à la formulation expresse de nombreuses questions assorties de réponses, elle devrait rassurer et encourager bon nombre de professeurs.

Barbara Petit

Éditions Gallimard, collection « en perspective » (enseignements artistiques du secondaire), 144 pages, 9,50 euros.

 

 

 

 

11ème FESTIVAL DE THÉÂTRE IRANIEN EN EXIL

PROGRAMME

 

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L’Association Art en Exil présente

 

La 11ème édition du  Festival du théâtre iranien en exil du 16 septembre au 03 octobre 2010

 

 

Espace Quartier Latin 

37, rue de Tournefort   75005 Paris 

Métro : Place Monge (ligne 7)

 

Cette année encore, le festival s’engage aux côtés d’auteurs, de metteurs en scène, de comédiens, d’artistes  et des musiciens vivant en exil.

Cette année encore, notre festival est dédié aux femmes et hommes, combattants de la liberté.

 22 spectacles permettront de découvrir des œuvres théâtrales, musicales et poétiques interprétées en persan, en français ou dans les deux langues.

En marge des représentations, le festival proposera des conférences sur l’Art en exil et la transmission des « cultures déracinées ».

Le festival accueillera une exposition collective de huit femmes artistes (peintres, sculpteurs, photographes..)

Participation aux frais par spectacle : 14 euros : plein tarif,
7 euros : enfants, étudiants et groupes (10 personnes). Conférences et débats : Entrée libre. Forfait 4 spectacles Tarif Normal 35 euros Tarif Réduit 25 euros

Sous réserve de changement de programme.

Réservations:
Par téléphone: 01 45 42 20 16 / 06 09 12 68 07
Par mail: artenexil@free.fr

Informations sur le festival: http://www.artenexil.net
Avec le soutien de: l’ACSE, Conseil Régional d’IIe-de-France, La Mairie de Paris,  Radio FPP, Art Studio Théâtre, Paris CADECS,  MEO – Maison d’Europe et d’Orient, Association Les Périphériques vous parlent,  Association Elea, Association Les Ateliers Voyageurs, Association Réseau 2000,  LA LOCAL TELEVISION

 

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