Black Bazar

Black Bazar, d’après Alain Mabanckou, adaptation et mise en scène  de Modeste Nzapassara

photosiiblackbazarmodestenzapassara032.jpgUn immigré noir hébergé dans un foyer au métro Château d’eau, mais sapé comme un milord, vous ne trouvez pas ça, louche, vous ? Si ? Et bien, c’est exactement de ça dont il est question dans Black Bazar. Un spectacle qui nous invite à découvrir l’immigration « de l’intérieur », adapté du roman éponyme de l’auteur congolais Alain Mabanckou. C’est d’ailleurs un personnage de dandy congolais qu’incarne Modeste Nzapassara. Fessologue, c’est son nom (ça ne s’invente pas !) qui est autant obsédé par les costumes et les chaussures de grandes marques que par la croupe de la gente féminine. Mais ce fétichisme de l’élégance et cette adoration pour les belles formes en général ne sont qu’un miel destiné à faire passer une pilule plus amère.
Depuis qu’il se prend pour un écrivain, Fessologue conte ses petits moments de vie. C’est par ce biais qu’il nous fait partager le regard que nous, Français, portons sur les immigrés, mais aussi la vie de la communauté africaine à Paris ou le point de vue des compatriotes restés au pays. Haine, violence, racisme, communautarisme, préjugés, solitude, rien ne manque à l’appel. Pour autant, nul apitoiement dans ce monologue qui, au contraire, regorge de saveur et ne manque pas de piment.
Si notre écrivain en herbe a compris que « l’habit fait le moine », Modeste Nzapassara le met en application avec zèle et talent : seul en scène, il campe à lui seul toute la galerie de personnages qui font le quotidien de Fessologue : le voisin raciste, le compatriote qu’il côtoie au Gip’s, son ex-femme, une artiste peintre… Et l’on déambule à ses côtés dans ces endroits parisiens emblématiques comme le foyer pour immigrés  au métro Château d’eau, le marché africain de Château Rouge,  et la Porte de Vincennes où il a acheté sa machine à écrire. Comédie jubilatoire, truculente et fantasque, Black Bazar n’occulte pourtant pas le drame de la discrimination et de l’exil. C’est une pièce rare, dont il faut espérer qu’elle remportera du succès. Et pas seulement auprès de la communauté africaine:  ce n’est pas elle qui en a le plus besoin…

Barbara Petit

Au Lavoir Moderne Parisien (35 rue Léon 75018) jusqu’au 9 octobre 2010 du mercredi au samedi à 20h30.


Archive pour septembre, 2010

TUTTO VA BENE

TUTTO VA BENE  des Strozzapeti, mise en scène Matthieu K’Danet avec L.Olivero et A.Rousseaux


Présenté dans le cadre du CEPI, couronnant deux ou trois années de formation professionnelle, ce spectacle de clowns n’a rien à envier aux professionnels aguerris. Sans nez, justeavec un discret maquillage rouge, l’aîné présente ses deux frères de façon tonitruante, un matamore et un simplet très expressifs qui se déchaînent dans des figures hilarantes, poule, œuf, iguane, diplodocus… Le clou du spectacle est l’envoi de tomates que le public doit balancer sur les acteurs et le fusil à confettis. Cette équipe mérite de s’épanouir dans une diffusion plus régulière.

Edith Rappoport

 

Conservatoire de Cergy 25 septembre 2010

 

LE CIRQUE INVISIBLE

LE CIRQUE INVISIBLE  de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée,

Naïveté éblouie, éblouissante aussi ! Ce sont les mots qui viennent quand on revoit, trente ans après ce vieux couple juvénile, lui agitant sa belle crinière blanche, arborant d’incroyables costumes pour des petits tours de magie toujours courts et surprenants, elle dans sa longue chevelure adolescente se balançant en culbuto, se lançant dans un joli tour de fil, avec leurs oies et leurs lapins. Leurs interventions, toujours courtes, incisives, drôles et poétiques sont un vrai régal. Le clou du spectacle, Jean-Baptiste, Édith Piaf et les compagnons de la chanson !

Edith Rappoport

Théâtre Jean Vilar de Vitry

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On les avait connus autrefois, autrefois…  C’est Georges Goubert , le fidèle compagnon de Vitez et Jean Vilar qui les avaient conviés au festival d’Avignon. Ils s’appelaient à l’époque le Cirque Bonjour avec des fauves , un orchestre et plein d’artistes, puis ils ont créé le Cirque imagina    ire, et deux enfants James et Aurélia que l’on a pu voir dans quelques spectacles merveilleux au Théâtre de la Ville. Le cirque invisible avait déjà été présenté il y a trois ans dans ce même théâtre du Rond-Point.
Le spectacle tient un peu du cirque, beaucoup de la magie, avec une formidable dose d’humour et de décalage visuel, le tout enveloppé dans un nuage poétique d’une rare qualité.On ne va pas vous dévoiler la suite de numéros qu’à tour de rôle ou à deux , ils accomplissent: il y a des valises/ décors, des verres qui se vident et se remplissent comme par enchantement, des foulards incroyables, des canards qui apparaissent, des boîtes à transformation,un gros lapin blanc qui surgit, etc…. C’est fait sans avoir l’air d’y toucher mais il y a bien sûr un travail d’une précision fabuleuse, et les animaux semblent  obéir comme par enchantement. Cela dure deux heures avec un petit entracte, et c’est parfait. Seul bémol, la fin n’est pas très intéressante et il y a comme des mini bis qui n’apportent pas grand chose à ce qui reste un grand spectacle que le public ovationne longuement.

Philippe du Vignal

 

LES AVENTURES DE L’ELFE AKIHTEN

LES AVENTURES DE L’ELFE AKIHTEN  de Laetitia Brun.


Laetitia Brun,chevelure flamboyante, costume bigarré, interprète l’inquiétante baronne Trolldemort qui déchaîne ses Trolls pour anéantir le peuple des Elfes qui se bat pour une énergie propre. L’Elfe Akhiten lui résiste avec l’Elfe Kholo, et ils partent à la recherche d’énergies nouvelles. Il y a un beau rapport ludique entre les deux comédiennes ( en particulier Marion Amiaud) et l’image audiovisuelle.Ce spectacle court, plein d’humour et émouvant plaît à tous, des plus petits aux plus grands.

Edith Rappoport

Aktéon théâtre jusqu’au 21 novembre

www.aktéon.fr

Splendid’s Jean Genet

Splendid’s suivi de « Elle »
Jean Genet

 

couv1.jpgCentenaire de Jean Genet oblige (en décembre, le poète aurait eu 100 ans), l’heure est à l’édition d’inédits et à la réédition de textes de l’auteur des Bonnes.Chez Gallimard, dans la collection « folio théâtre », on pourra découvrir Splendid’s suivi de « Elle », deux pièces posthumes pleines de ses obsessions sur l’exclusion et le sacré.

Dans la première, Splendid’s, sept truands (le gang La Rafale) coincés au septième étage d’un palace attendent l’assaut de la police. Ils ont pris en otage la fille d’un milliardaire, une jeune Américaine qu’ils tuent par erreur, et un policier qui retourne sa veste et passe dans leur camp. Deux soubresauts initiaux qui augurent leur déchéance et leur défaite. Mais auparavant, tandis qu’ils hésitent entre se rendre à la police ou mourir les armes à la main, ils règlent leurs comptes avec eux-mêmes.
Genet pose une nouvelle fois la question de l’identité et ses corollaires, l’image et le reflet. Dans une atmosphère pleine de menace et de malaise, les rôles s’explosent et les masquent tombent. On joue « à être les gangsters que nous n’avons jamais été », avoue Scott. Ou encore Bob qui déclare : « Monsieur est seul avec lui-même, Monsieur se mire dans son image (…) c’était difficile et pas drôle d’être obligé de ressemble à son image ».
L’apparence est bien au cœur de la pièce, avec les thèmes chers à l’auteur de l’ambigüité sexuelle (« Cette nuit, les gars, je deviens la fille qui mène le combat », annonce Bravo) et du travestissement (« Je passe du flic au gangster, je me retourne comme un gant, je vous montre l’envers du flic, gangster » dit le policier).
Pour seul contrepoint à leurs discours sur la gloriole (« je suis le caïd, j’ai le droit d’agir » proteste Jean) et la lâcheté (« Nous avons la pétoche (…) je suis lâche et je me vante de l’être », assène Bob), et unique lien avec le monde extérieur, la voix de la radio.
« Les enterrements des gangsters américains, vous en rêviez pour vous d’un pareil », lance Bob. Oui, Genet signe avec Splendids une tragédie, celle d’un monde cruel de petites frappes et de malfrats évoquant les films d’Audiard. Loin, bien loin de l’univers sacerdotal et irrévérencieux de « Elle ».
Cette seconde pièce relate la venue d’un photographe au Vatican pour prendre en photo le Pape, « Sa Sainteté ». Auparavant et après cette rencontre, il croise un huissier et un cardinal avec lesquels il engage la conversation au sujet de « Elle ». La pièce n’est pas dénuée de bouffonnerie : ici, dans les appartements pontificaux, « même les fauteuils sont truqués », le Pape est « le cul à l’air » et monté sur des patins à roulettes, le cardinal est revêtu d’une culotte courte pour aller à la pêche (d’ailleurs, « le Christ aussi était pêcheur », dit l’huissier)… Genet joue de son irrévérence, faisant s’exprimer le pape grossièrement : « Baptiste, apporte mon pot que je chie ». L’ancien enfant de chœur connaît le fétichisme du rituel catholique et manipule en virtuose la panoplie et le cérémonial qui l’accompagnent : le Pape possède un agneau « pour la légende, c’est le détail qui l’humanise et la rend accessible », il sait que ce sont les « hommages qui ont sacralisé sa personne ».
Pourtant, derrière le burlesque réside une interrogation sur l’identité et l’image, l’être et le paraître : le rôle du Pape n’est qu’une forme vide, l’homme qui existe derrière se sent dépersonnalisé. «  Toute ma vie, je n’aurais couru qu’après cette image (…) pour enfin m’y glisser, la revêtir, elle et ses accessoires, son escorte de faits et de gestes qui lui sont une traîne admirable. Mais pape ! Me voici Pape ! J’avais atteint l’image définitive ! »
Genet induit également une réflexion sur l’imposture, avec la capacité du corps à figurer une transcendance, un au-delà. Le Pape est-il encore une personne de chair et d’os : « on est de chair, de viande, d’humeurs », ou n’est-il plus que le représentant d’une fonction qui l’absorbe : «  je ne suis que pose puisque je suis le Pape » ? D’ailleurs, il avoue lui-même, au sujet des acteurs, « comme moi, c’est à une image définitive qu’ils se réfèrent ».Dans Splendid’s comme dans « Elle », les figures d’exclus aspirent à rejoindre l’humanité.

Les deux textes sont assortis d’une préface de l’éminent Michel Corvin et d’un dossier constituant un appareil critique très utile : outre une chronologie succincte mais efficace, des notices sur la genèse des textes et les manuscrits, les différentes mises en scène (Stanislas Nordey à Nanterre en 1995 pour Splendid’s, Maria Casarès dans « Elle » en 1990 à Gennevilliers…), une bibliographie très fournie et précise, et bien entendu, un ensemble de notes. Bref, un petit ouvrage incontournable pour parfaire sa connaissance de l’œuvre du dramaturge.

Barbara Petit

Splendid’s suivi de « Elle », Jean Genet, Gallimard, « Folio théâtre », 224 pages.

LES NOCES ROYALES DE LOUIS XIV

 LES NOCES ROYALES DE LOUIS XIV (134) Groupe F Château de Versailles

Depuis sept ans, Versailles spectacles propose au grand public un spectacle à la rentrée de septembre sur le splendide bassin de Neptune en contrebas du château, face aux beaux gradins de Patrick Bouchain qui peuvent accueillir de 7000 à 3000 spectateurs. Bartabas y avait présenté un étonnant Chevalier de Saint-Georges la première année, d’autres spectacles ont suivi moins aboutis, mais toujours surprenants avec de grands effets pyrotechniques et aquatiques. Bartabas avait signé un second spectacle moins réussi, Alfredo Arias en avait raté un et le Groupe F avait fait merveille en 2009 avec Cyrano ou les empires de la lune.

Les noces royales de Louis XIV en mettent plein la vue au bon peuple : débauche d’effets pyrotechniques en continu, ils sont les meilleurs sur le plan international, splendides effets aquatiques avec des projections lumineuses qui font surgir des personnages dans le lointain. Mais point de présence humaine ni de contenu, seul Stéphane Bern perché dans une cage transparente au sommet d’une boule lumineuse raconte les merveilles des amours auxquelles Louis XIV épris de Marie Mancini, nièce de Mazarin avait dû renoncer pour épouser Marie-Thérèse d’Autriche. Il faut distraire et égayer le public, on y met le prix et d’ailleurs les sponsors ne s’y sont pas trompés en soutenant ce spectacle sans contenu.
Il n’en reste pas moins que les initiatives de Versailles spectacles sont suivies avec intérêt par un très grand public, notamment l’exposition de Takashi Murakami, grand artiste japonais dont les œuvres décapantes sont exposées dans les salles du château et dans le parc, ainsi que les spectacles lyriques à l’Opéra royal ou encore les spectacles de rue du petit Trianon qui avait présenté les Gûmes du Phun en 2008.

Edith Rappoport

Tartuffe

Tartuffe d’après Tartuffe de Molière,adaptation et mise en scène de Gwenaël Morin

visueltartuffe1.jpgEn cette rentrée théâtrale, Molière est à l’honneur au théâtre de la Bastille qui ouvre sa saison avec Dom Juan (mise en scène par Marc Sussi), et Tartuffe d’après Tartuffe (mise en scène par Gwenaël Morin).
Le violon d’Ingres de la compagnie Gwenaël Morin, c’est revisiter les classiques : on avait pu voir en mars dernier dans ce même théâtre Woyzeck d’après Woyzeck de Büchner, et l’on pourra également assister en novembre à Bérénice d’après Bérénice de Racine. Ces adaptations, issues du travail effectué par la troupe dans le cadre du théâtre permanent aux Laboratoires d’Aubervilliers, ont pour objectif d’innerver un nouveau fluide dans les veines des maîtres du répertoire. Et c’est peu dire qu’avec Tartuffe d’après Tartuffe, il ont gagné la partie.
Certes, ce texte de Molière est déjà en lui-même délectable. Mais s’attaquer à un monument aussi sublime relevait de la gageure. Pourtant, la troupe s’est montrée très inspirée et audacieuse. La lecture qu’il nous est donnée à voir est inscrite à la peinture blanche sur un grand panneau noir : « Tartuffe d’après Tartuffe de Molière/ou voir tout sans rien croire/ou l’histoire d’un homme traître à lui-même ». Nous sommes prévenus : nous voici à nouveau plongés dans les méandres du charlatanisme et de l’imposture.

Le décor est, comme souvent avec la troupe, réduit au minimal : au sol, une bâche vert fluo sur laquelle sont posées une table et une chaise. Sur le mur du fond, une photocopie agrandie du Radeau de la Méduse de Géricault (augure du naufrage ?), côté cour, un dessin de Jean-Jacques Lequeu représentant une femme nue dans un lit cassé, et côté jardin, le texte de la pièce sur un panneau, le tout scotché de ce même vert fluo. Quant aux costumes des comédiens, ils ressemblent à des habits de tous les jours : jeans, baskets. Une économie de moyens qui ne nuit pas à l’essentiel. Car tout y est : Molière n’aurait pas renié cette adaptation jubilatoire et ravissante de sa comédie. C’est drôle et on ne s’en lasse pas.
L’originalité, c’est le maître mot de cette mise en scène. Certains personnages féminins  sont  incarnés par des hommes, les scènes de séduction virent au burlesque, comme lorsque Tartuffe dit à Dorine, la servante (remarquable Renaud Béchet), en T-shirt et blouson de cuir : « cachez ce sein que je ne saurais voir » ; ou lorsque Marianne, la fille d’Orgon (Julian Eggerickx, efféminé, la mèche sur les yeux), se dispute avec son père, la violence prend une autre tournure, plus physique. L’excellent Ulysse Pujo dans le rôle de Damis campe un adolescent à lunettes impétueux qui tient un peu du cheval mal débourré, mais savoureux à souhait. On sent que les acteurs, tous très convaincants dans leur personnage, se portent les uns les autres, qu’ils jouent tous ensemble, en véritable groupe. Une troupe énergique, pleine de fougue et d’allant.
Ainsi, la simulation du repentir par Tartuffe (Julian Eggerickx) prenant la posture du martyre christique, ou la scène de séduction qu’Elmire (Barbara Jung) fait à Tartuffe, délicieuses, valent leur pesant d’or. Autre clin d’œil : le conflit entre Orgon et son beau-frère se matérialise par un conflit noir/lumière. Et chaque fois que la bougie s’éteint, un acteur réclame : « Feu », tandis que les autres enchaînent : « Tartuffe », « Molière », « Le théâtre », « Lumière ». Un leitmotiv badin qui est là pour nous rappeler que, comme Orgon, nous consentons volontairement à croire que ce que l’on nous montre est vrai. Car c’est aussi cela le théâtre, ce mélange de poudre aux yeux et de duplicité.
En attendant Bérénice d’après Bérénice (la troupe a placé haut la barre !), Tartuffe d’après Tartuffe est un pur moment de plaisir, une authentique réjouissance à consommer sans modération.

Barbara Petit

Au théâtre de la Bastille du 27 septembre au 31 octobre à 19h30, dimanche à 15h30, relâche le lundi.

Un mage en été

Un mage en été
D’après Olivier Cadiot
Mi
se en scène Ludovic Lagarde

myra729jniw4a7d.jpgC’est un mariage à trois, une histoire d’amour entre un metteur en scène, Ludovic Lagarde, un auteur, Olivier Cadiot, et un acteur, Laurent Poitrenaux. Une rencontre qui, depuis ses débuts, a donné de beaux enfants : Le Colonel des Zouaves en 1997, Retour définitif et durable de l’être aimé (2003), et Fairy Queen (2004). Le trio récidive avec Un mage en été, créé cet été au Festival d’Avignon (dont Olivier Cadiot était l’un des deux artistes associés). Le spectacle était à nouveau joué ces derniers jours à l’Ircam – Centre Pompidou. Le centre de recherche consacré à la création musicale et à la recherche scientifique était en effet associé à ce projet. Parce qu’Olivier Cadiot a travaillé entre autres avec des musiciens (Georges Aperghis, Rodolphe Burger, Benoît Delbecq) et que sa prose, proche de la poésie sonore, a un tempo musical. Ludovic Lagarde, outre sa fonction de directeur de la Comédie de Reims, travaille à des opéras avec le claveciniste et chef d’orchestre Christophe Rousset, avec le compositeur Pascal Dusapin, avec le musicien et compositeur Wolfgang Mitterer. Et  Laurent Poitrenaux, acteur fétiche de Ludovic Lagarde, dit volontiers d’Olivier Cadiot : « C’est comme si j’avais trouvé dans son écriture un tempo, une musicalité, qui correspond à ce que je cherche à exprimer sur un plateau ». Résultat de cette collaboration fructueuse entre le monde de l’artifice et celui de la plus haute technologie : le comédien a bénéficié des recherches de l’Ircam pour la transformation de sa voix et les effets de spatialisation.

  Laurent Poitrenaux est de nouveau seul en scène pour Un mage en été, un monologue qui flirte avec la performance. Seul dans un espace clos, vêtu d’un smoking blanc, les yeux fermés, les mains en avant, il se concentre. Doté d’une ultrasensibilité, il est tout en perception, captation, respiration. C’est qu’à force d’illuminations, le mage est devenu voyant et sent ce qui échappe au tout venant. Grâce aux jeux sonores et visuels (images sur écran qui rappellent le monde magique de Méliès), tout est suggéré par la voix et la gestuelle. « J’ai le corps de mes idées, je les mime », déclare le prestidigitateur, tandis qu’il nous fait visiter son univers intérieur : d’abord à la plage, où il suit une baigneuse, puis à l’époque gallo-romaine, avant de faire un détour par la case « enfance » et d’imiter Proust, Adorno, Nietzsche, au rythme de la musique du film d’Orson Welles La Splendeur des Amberson ou du single techno de Felix Da Housecat « Frank Sinatra » (il faut mentionner ici les splendides jeux de lumière de Sébastien Michaud). Le pari était difficile : évoquer le mouvement et l’infini dans un espace très circonscrit, tenir en haleine un public durant une heure trente. Un challenge que le comédien a su relever haut la main, les applaudissements finaux témoignant de cette performance remarquable. Mais Un mage en été, ce n’est pas seulement le délire d’un être sous influence qui a des visions. C’est aussi une réflexion sur le pouvoir du langage, les capacités de la parole et du son à suggérer des images. Une réflexion sur l’imaginaire, en somme. C’est encore un hommage au jeu de l’acteur : le comédien n’est-il pas qu’un illusionniste ?On attend avec impatience Un nid pour quoi faire dans quelques jours au théâtre de la Ville !

Barbara Petit

Au Centre Pompidou (grande salle) du 22 au 27 septembre.

En tournée le 30 septembre 2010 au Centre Georges Pompidou (Metz), du 8 au 10 février 2011 au CDDB – Théâtre de Lorient, le 17 février 2011 au Le Nouveau Relax (Chaumont), les 24 et 25 février 2011 au Le Grand R (La Roche-sur-Yon), du 8 au 12 mars 2011 à La Comédie de Reims  CDN, du 15 au 19 mars 2011 au Theâtre Les Ateliers (Lyon), du 23 au 25 mars 2011 au Centre dramatique national Oléans/Loiret/Centre, du 31 mars au 2 avril 2011 au Théâtre des deux rives (Rouen), le 8 avril 2011 au Théâtre de la Madeleine (Troyes), du 12 au 17 avril 2011 au Théâtre de la Manufacture – CDN (Nancy), les 20 et 21 avril 2011 au Trident (Cherbourg), le 3 mai 2011 au Salmanzar (Epernay).

Oh! Les beaux Jours

Oh! Les beaux Jours de Samuel Beckett, mise en scène de Robert Wilson.

ohlesbeauxjoursautheatrelouisjouvetlandscapegallery.jpg   On connaît bien ce presque monologue, que Beckett écrivit en 61, autrefois magistralement interprété par Madeleine Renaud. Le texte, ce » long ruban de paroles » comme le précise le programme, comporte autant de didascalies que de bribes de discours. Et Beckett ,sur ce point d’une précision absolue! Willie parle, parle beaucoup, des souvenirs de sa vie mais aussi de ses lectures  et l’écrivain/metteur en scène a toujours surveillé de très près l’interprétation de son texte. Beckett disparu, comment s’ est débrouillé Bob Wilson?
  Il a conçu une sorte de rocher aux lames aigües noires , dont la vue est plus satisfaisante au parterre qu’au balcon où l’on voit un peu l’envers du décor qui n’a sans doute pas été conçu à l’origine à Milan pour une salle à l’italienne. Et il y a ces lumières changeantes en fond de scène dont Wilson s’est fait une spécialité jusqu’à l’auto-académisme. C’est très bien réalisé comme d’habitude, et souvent de toute beauté, comme si Wilson s’était d’abord fait plaisir à lui-même, comme depuis déjà longtemps en faisant de la belle image soutenue par d’impeccables effets sonores et vocaux.
   Oui,  mais… L’interprétation de la grande actrice italienne Adriana Asti et de Govanni Batttisti Storti ( Willie) sur le plan de la sensibilité et de la gestuelle comme des expressions du visage est tout à fait remarquable, malgré la direction d’acteurs un peu sèche de Wilson, en partie sans doute due au micro H.F. Là où cela va moins  bien, c’est quand certaines phrases  sont marquées d’un fort accent italien, ce qui nuit à la fois à la fluidité et même à la compréhension du texte, et c’est vraiment  dommage.
  Alors à voir? Peut-être davantage pour ceux qui veulent voir comment Wilson traite Oh! Les Beaux Jours; il y a en  effet un côté exercice de style irréprochable mais un peu agaçant, un peu académique, et  l’on aurait aimé un peu plus de sensibilité beckettienne.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet , jusqu’au 9 octobre.

Chansons des jours avec et des jours sans

 
Chansons des jours avec et des jours sans, cabaret composé de chansons du répertoire de La Prochaine fois je vous le chanterai, conception et direction artistiques de Philippe Meyer.

  Les « casquettes » de Philippe Meyer sont nombreuses; à la fois professeur à Sciences Po, auteur et interprète de chansons et textes avec  Paris la Grande au Théâtre de la Ville, chroniqueur politique à France-Culture le dimanche et animateur d’une des émissions hebdomadaires les plus écoutées de France-Inter: La prochaine fois je vous le chanterai, composée de chansons sur un thème particulier. Ici, c’est une sorte de cabaret de chansons avec sept acteurs de la Comédie-Française: Florence Viala, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Marie-José Ferdane, Chrisitan Hecq et Félicien Juttner , et un petit orchestre dirigé par Pascal Sangla.
  Ce sont des chansons en général peu connues des années 20 à la dernière guerre mondiale interprétées en solo, duo ou trio, voire en chœur pour quelques unes. Les mélodies de Trenet, Villard, Damia, Fréhel… se succèdent; ce qui frappe, c’est d’abord le plaisir qu’y prennent ces comédiens et le soin qu’il apportent à chacune de leurs interprétations.
  Rares sont ceux, parmi les acteurs, qui n’ont pas été fascinés par la chanson;  surtout chez les actrices: Brigitte Bardot, Delphine Seyrig, Sandrine Kiberlain,  mais aussi bien sûr Mouloudji, Bourvil… Mais pas tellement dans les théâtres officiels comme la Comédie-Française, et c’est, en une heure chrono,  un petit bonheur, fort bien conçu et mis en place par Philippe Meyer.
   Cela se déroule sans à-coup, avec beaucoup d’humour, d’intelligence et de tendresse, comme si les sept comédiens du Français avaient tout d’un coup retrouvé le plaisir d’être sur scène, loin des querelles, des coups sinistres ( le renvoi de Catherine Hiegel) et de la lamentable histoire de la tentative d’O.P.A. sur la maison de la Culture de  Bobigny ( voir les articles du Théâtre du Blog). C’est délicieux comme un bon petit gâteau à l’heure du thé.
   A une réserve près- encore pas  content le du Vignal?- Non, pas tout à fait, on ne voit pas bien pour quoi Philippe Meyer a fait mettre ces micros , et pour les acteurs, et pour les musiciens, si bien que la balance n’est pas très bonne , et c’est un euphémisme… Cette manie contemporaine, est  particulièrement inutile dans une salle de 100 places  comme le Studio, et les voix, du coup, prennent un coup d’uniformité. Et c’est dommage parce que tous les acteurs sont excellents, en particulier, les trois jeunes femmes. Ce serait bien aussi que les titres des chansons  figure dans le programme mais bon…
  Alors à voir? Oui, aucun doute, si du moins vous avez la possibilité d’être dans le centre de Paris  pour 18 heures trente, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Reste à espérer que le spectacle puisse être programmé à un horaire habituel du soir, et pour quoi pas aussi en Province comme on disait ou en Régions si vous préférez… Sinon, vous avez toujours la possibilité d’écouter France-Inter le samedi matin.

Philippe du Vignal

Studio-Théâtre, Galerie du Carrousel du Louvre 99 rue de Rivoli Paris 1er, jusqu’au 31 octobre.

   

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