Factory 2

 Factory 2 d’après Andy Warhol : texte scénographie et mise en scène de Kristian Lupa 

 

En polonais surtitré.

 

factory4.jpgUn des spectacles de rentrée du Festival d’Automne et  du Théâtre de la Colline, se singularise par sa courte programmation, (4 jours seulement, pourquoi ?), comme par sa longueur, 7h30 de spectacle avec deux entractes.
Kristian Lupa et ses dix huit comédiens, nous offrent un parcours théâtral crée en février 2008 au Narodowy Stary teatr de Cracovie après quatorze mois de répétition. Il transporte les spectateurs dans l’univers de la Sylver Factory des années 60 avec le maître du pop Art, Andy Warhol et les artistes de la scène underground new yorkaise, ( danseurs, musiciens, acteurs, cinéastes) qui l’ont fréquenté . Le décor représente ce loft à la fois lieu de vie, de prise de parole et lieu de tournage des films d’A.Warhol
Comme K.Lupa le souligne, « la distribution des rôles s’est faite par les acteurs eux-mêmes », qui  ont réinventé leurs personnages à partir d’improvisations et après un travail dramaturgique essentiel fondé sur des documents écrits et vidéos originales de la Factory. Ce qui explique le sous-titre de la pièce « fantaisie collective inspirée d’Andy Warhol ».
Deux journées de cette Factory sont présentées. La première d’une durée de 2h30, nous fait découvrir les réactions et polémiques de cette communauté artistique devant la présentation vidéo du film original d’Andy  Warhol intitulé « Blow job » Un film de vingt minutes qui présente uniquement le visage d’un homme qui bénéficie à priori d’une fellation hors cadre.
« La véritable action se dévoile hors cadre » est une phrase-clef souvent répétée  et conduit à une réflexion sur l’art et le pouvoir de l’image. Dès le début , les personnages font face au public et le prennent à témoin. Mais cela traîne en longueur et le premier mouvement musical, au bout d’une heures quarante…permet la fuite d’une vingtaine de spectateurs….Parti pris de metteur en scène: « J’aime ce qui est ennuyeux » nous dit K Lupa.
Mais la deuxième partie ( une journée de la Factory quelques années après la première), nous réserve de  beaux moments de théâtre et le temps ne compte plus. Avec quelques scènes marquantes. Comme le conflit de Viva, une de ses  actrices, avec son mentor, quand elle lui confie son amertume vis-à-vis du collectif artistique, « Tu sais pourquoi ils t’aiment ? parce qu’ils pensent que tu vas magnifier la moindre merde qu’ils t’apportent ». Cette scène se termine sur une mélodie de Nina Simone, reprise, pour le duo entre Paul Morrissey, cinéaste, et la comédienne Edie Sedgwick dans la tonalité d’un film de John Cassavetes. Pour cette partie, plus centrée sur l’intimité des personnages, que sur la vie collective, K.Lupa a demandé à ses acteurs d’improviser par couple autour d’un lit. Il a aussi fait travailler ses comédiens autour des « screens tests » d’Andy Warhol.   C’est un film court où le personnage fait face à la camera et doit improviser sur un thème prédéterminé avec le maximum de sincérité. Plusieurs de ces films sont diffusés pendant le spectacle, dont celui, célèbre, de Candy Darling,  actrice transsexuelle obsédée par Marylin Monroe. La vidéo est un élément majeur du spectacle. Comme en témoigne l’écran  en permanence actif au centre de la salle, qui diffuse des images originales d’Andy Warhol.K.Lupa utilise la caméra comme A Warhol pouvait l’utiliser. Son usage est une réussite, et ajoute une autre dimension au discours dramaturgique. Cette longue réflexion sur la vie collective artistique et sur ce que représente l’art à cette époque est bien résumé par K.Lupa, «  Ils étaient toujours à la frontière de l’intime et de la création, sans faire de distinction entre ce qui était ou n’était pas une œuvre d’art » .  C’est finalement à un théâtre de laboratoire auquel le public assiste, comme La Factory a été un laboratoire artistique fondamental des années 60. K. Lupa a travaillé avec ses artistes  pour recréer cette ruche de vie artistique. Et nous spectateurs sommes le produit final de cette expérimentation. Pour le bonheur de 80% du public resté jusqu’au salut. Cette expérience marquera la mémoire du public, malgré ses longueurs …C’est peut être le prix à payer pour que le spectateur entre avec les acteurs dans ce long voyage théâtral sans décalage horaire…

 

Jean Couturier

 

Théâtre de la colline du 11 au 15 septembre.

 


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