Le ravissement d’Adèle

Le ravissement d’Adèle de Rémi De Vos

  5306120659.jpgContrairement à ce que le titre pourrait suggérer, Le ravissement d’Adèle ne retrace pas l’histoire d’un ensorcèlement, mais celle, bien moins romantique, d’un rapt. Moins sulfureuse, certes, mais autrement plus savoureuse et truculente. Avec ce nouvel opus, le Flamand  Rémi De Vos signe  une comédie sociale tendre et satirique, dans la veine du Britannique Lee Hall.
La disparition d’une adolescente, Adèle, dont jusqu’au dénouement on ne saura s’il s’agissait d’une fugue ou d’un enlèvement, est le prétexte à l’immersion au cœur d’un  village de la France profonde. Et surtout, l’occasion de portraiturer d’une plume cinglante notre petite humanité et ses travers. Car le drame initial a évidemment des répercussions chez tous les habitants du village, du fonctionnaire de mairie au pilier de comptoir, du boucher au jardinier municipal….
Et chacun d’émettre  sa petite hypothèse, jusqu’à risquer même un lynchage collectif. C’est bien le langage et l’aura de ses possibilités qui est au centre du dispositif dramaturgique de Rémi De Vos. Comme dans cette question de la grand-mère qui choisit de mener une enquête parallèle : « Avez-vous remarqué quelque chose d’étrange chez quelqu’un que vous connaissez ou pas ? Que cette personne vous connaisse ou non n’a aucune importance ! »
Le ravissement d’Adèle
est un véritable texte de théâtre et Rémi De Vos manie en virtuose l’art de la réplique comme celui du rebondissement. Les situations les plus improbables s’enchaînent pour notre plus grand plaisir (voire l’altercation plus qu’épineuse entre une belle-mère et sa bru, ou le coup de foudre inopiné de l’inspecteur de police pour l’institutrice). La psychologie de chaque personnage est bien cernée mais jamais caricaturale, car si Rémi de Vos est volontiers satiriste, il n’est pas cynique. Ce qui l’intéresse, c’est l’humour et la jubilation dans les petites scènes qu’il sait si bien créer. Et petit à petit, les masques tombent…
Cette comédie villageoise piquante et aigre-douce ne devrait pas tarder à avoir autant de succès que les précédentes pièces de l’auteur, comme Sextett, Occident ou Alpenstock.
Signalons que Le ravissement d’Adèle a été créée durant en  2008 par  Pierre Guillois dans l’admirable théâtre du Peuple de Bussang. C’est sans doute la raison pour laquelle, en filigrane, on peut lire un certain discours social: « C’est pas la viande qui est trop chère,
dit le boucher, c’est les retraites qui sont pas assez élevées ».

 Barbara Petit

Actes Sud Papiers, 152 pages, 16 euros.

 

 


Archive pour 20 septembre, 2010

Dom Juan

Dom Juan d’après Molière, mise en scène Marc Sussi.

dom.jpgDom Juan est-il une figure de la modernité ? La mise en scène de Marc Sussi pose la question avec pertinence. Son Dom Juan (le jeune, beau et musclé Joris Avodo), fidèle à son créateur, interprète de manière convaincante l’éternel grand menteur, le manipulateur acharné, l’imposteur viscéral.
Et si la misogynie et l’athéisme qui le caractérisent sont intemporels, on peut cependant envisager  le désir frénétique du libertin comme une image de la soif de consommation contemporaine, et la dénonciation par l’« hérétique » de la morale et de l’hypocrisie du pouvoir religieux comme une résonance aux fanatismes ou aux abus actuels.
Et la figure du calculateur politique et rusé (« l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertu ») devrait vous évoquer plusieurs personnalités. Quant au conflit père-fils lors de la scène de confrontation entre Dom Louis (excellent Simon Eine en père « en colère » et « honteux ») et Dom Juan, « fils indigne », il remonte lui aussi aux mythes de l’Antiquité
Mais quant à  Dom Juan, la réponse est moins évidente. La langue classique passe  très bien dans la bouche des  comédiens, mais pour Lyn Thibault (Elvire, Charlotte, Mathurine), chaque mot  achoppe, et l’on croirait qu’elle vient d’apprendre son texte sans avoir eu le temps de le digérer. Sa diction est insupportable. Elle récite, déclame, en articulant  et  c’est  vite  désastreux, à cause d’un  jeu  assez fade .
Et la fin de la pièce, quand l’impie qui refuse de se repentir est châtié, a un retentissement moral qui n’a plus vraiment cours aujourd’hui.  Côté scénographie,  juste un plateau nu  avec la machinerie visible, quelques poutres et une bâche en plastique dont on ne saisit pas très bien ce qu’elles représentent et dont on aurait pu faire l’économie.   Côté dramaturgie, Marc Sussi s’est montré plus astucieux dans une pièce où la mystification et le travestissement sont le thème sinon le propos, en attribuant à quelques comédiens plusieurs rôles : Jonathan Manzambi joue Pierrot (dont l’idiolecte n’est guère compréhensible), le pauvre, Gusman et M. Dimanche ; Frédéric Baron, lui, campe le chef d’orchestre, La Ramée, La Violette.   Mention spéciale pour Philippe Bérodot (Sganarelle) qui incarne avec brio le valet superstitieux, simple et franc. Le bon sens populaire, en somme, qui vante les mérites du tabac dans un discours inaugural, au jour où cette pratique n’est plus du tout politiquement correcte ! La mise en scène contemporaine de Marc Sussi est l’ occasion de mesurer la pérennité de nos classiques, et Dom Juan   résiste bien à l’épreuve.

 

Barbara Petit

 

Au théâtre de la Bastille (76 rue de la Roquette 75011) à 21h00 du mardi au samedi, dimanche à 17h00, relâche le lundi.
En tournée du 5 au 9 novembre à la Scène nationale de Sénart, le 16 novembre à l’Arc-Scène nationale du Creusot, du 7 au 11 décembre au Théâtre 95 à Cergy-Pontoise, les 14 et b15 décembre à la Scène Watteau de Nogent-sur-Marne.

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