À la recherche des canards perdus

 À la recherche des canards perdus  (Petite conférence sur une expérience scientifique pour mesurer la vitesse du réchauffement climatique dans l’Arctique)

 Sans détour, droit dans ses bottes et droit devant lui, Frédéric Ferrer et sa compagnie « Vertical Détour » tentent systématiquement la mise en théâtre de la question du climat. Après Kyoto forever, ou le grand spectacle délirant (et à peu près authentique) de la diplomatie climatique mondiale, il revient à la conférence à l’état pur, débarrassée des ornements fantaisistes de Mauvais temps. Avec le plus grand sérieux documentaire, l’imparable humour propre à la recherche scientifique et l’inévitable ironie qui accompagne la lecture de ce que les médias font des résultats.
C’est obscur ? L’expérience de À la recherche des canards perdus, elle, est très claire. En gros : pour mesurer la vitesse de la fonte des glaces au pôle nord, la NASA a commencé par parachuter de précieuses sondes : perdues. L’idée est venue d’un lâcher de canards de bain en plastique jaune, dont on pourrait suivre la trajectoire dans et sur la calotte glaciaire. Avantages : c’est bon marché, contrairement aux précieuses sondes bourrées d’électronique, c’est quasi indestructible, ça se voit sur la neige. Perdus aussi. Alors ?
Alors, Frédéric Ferrer nous entraîne dans la dramaturgie de la conférence : discours semi-improvisé, illustrations filmées et dessins. Il nous fait renouer avec un (grand) plaisir oublié : celui du discours, de la rhétorique, de la démonstration virtuose et rigoureuse, du « savant fou » et du gai savoir. Le sel de l’affaire? C’est une histoire vraie, et qu’un jour ou l’autre, on ne sait quand (ce qui n’arrange pas la science, qui aime bien les mesures précises), à la fonte des glaciers, vous avez une chance de trouver sur la plage, dans les « laisses de mer », un canard en plastique portant un numéro qu’il faudra joindre pour donner un minimum de réalité concrète à l’expérience. Qui est un échec total. Sauf sur le spectateur.
Effets de la conférence : retour jubilatoire à l’enfance de l’art, au palais de la découverte, bonheur de se sentir si intelligent, et pour rien, encore – leçon d’humilité – . Ça se jouait à Confluences, un lieu plus que fréquentable : ateliers, expositions, débats, théâtre, à la recherche du moteur humaniste parfois perdu.
À suivre. Et à guetter, en complément de programme : Les vikings et les satellites (Petite conférence sur l’importance de la glace dans la compréhension du monde).

Christine Friedel

 Confluences, lieu alternatif, 190 bd de Charonne 01 40 24 16 30

Compagnie Vertical Détour – http://www.verticaldetour.org


Archive pour 24 septembre, 2010

Le LaM

barbusmllerlam.jpgLe LaM s’ouvre : réouverture du musée d’art moderne de Lille

 Après quatre ans de fermeture pour travaux de rénovation et d’agrandissement, le musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut de Lille Métropole rouvre sous le nouveau nom de LaM (pour Lille art muséum).
Tour d’horizon et immersion dans la plus importante collection d’art brut de France. « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art », déclarait l’artiste Robert Filliou. Une volonté d’abolir les frontières entre l’art et la vie, et permettre l’exploration de nouveaux univers. Un souhait que l’on retrouve non seulement au cœur du projet du LaM à travers ses activités (outre ses expositions, des ateliers, des débats, des conférences) mais encore dans l’exposition temporaire inaugurale « Habiter poétiquement le monde », qui montre les espaces imaginaires artistiques ouverts sur l’extérieur. Comme ces photos de rue la new-yorkaise  d’Helen Levitt qui côtoient des dessins et des tapuscrits de Jack Kerouac, tandis qu’une monumentale installation de Thomas Hirschorn rend hommage à Robert Walser…

 01gautrandlam.jpgExposition inaugurale en effet : pour mémoire, en 1983, ce musée ouvrait pour accueillir la donation d’art moderne des collectionneurs privés Geneviève et Jean Masurel. L’acquisition d’art contemporain se fit progressivement. En 2010, il rouvre après plus de quatre ans de travaux. Le temps qu’il aura fallu pour restructurer et étendre les locaux – l’architecture de Manuelle Gautrand vient harmonieusement se greffer auprès de celle conçue par Jean Simounet – afin d’abriter le don des 5000 œuvres de l’association l’Aracine. Et c’est surtout pour cette plus grande collection française d’art brut que le musée vaut le détour. Certes, on ne perdra pas son temps, loin de là, dans les salles d’art moderne, comportant des chefs-d’œuvre cubistes : Bernard Buffet, Picasso, Fernand Léger, George Braque, Amedeo Modigliani… Quant aux salles d’art contemporain, elles ne sont guère en reste, permettant de savourer des œuvres de la scène artistique internationale comme La Biennale de Venise 1938-1993 de Christian Boltanski, des photos de John Baldessari, des affiches découpées et marouflées de Jacques Villéglé, François Dufrêne et Mimmo Rotella. Mais pénétrer dans la nouvelle enceinte des moucharabiehs (ces alvéoles creusées dans le béton) provoque une véritable claque. La spécificité des œuvres d’art brut, pour la plupart fragiles, imposait en effet une luminosité restreinte.

corbazlam.jpg C’est l’espace le plus touchant et le plus bouleversant du musée. On y trouve les plus grands noms de l’art brut en France : Fleury Joseph Crépin, Aloïse Corbaz, les Barbus Müller – ces sculptures anonymes et extraordinaires en pierre volcanique, Joseph Vignes, le tonnelier accordéoniste de bals public, Henri Darger, l’employé de nettoyage de Chicago qui passa sa vie à dessiner des enfants esclaves d’adultes cruels…
Mais encore les peintures monumentales et ésotériques du mineur de fond Augustin Lesage, et les machines déconstruites et poétisées d’A.C. M. On découvre Jules Leclercq, interné à Armentières en 1940 qui, affecté au tri du linge, récupère étoffes et tricots pour créer de somptueuses broderies. Georgine Hu, internée, qui dessinait des billets de banques sur du papier hygiénique. Chaque billet était tourné plusieurs fois sur la table pour devenir de « vrais sous »…

01vueduparclam.jpg Le LaM est le fruit de l’alliance de bonnes volontés, l’une, politique et publique, d’acquisition par la métropole lilloise, l’État et la région ; l’autre, privée et humaniste (don d’amateurs d’art et d’association). Rappelons que le LaM est le seul musée d’Europe à présenter simultanément les principales composantes de l’art des XXe et XXIe siècles, à travers ses trois collections et son parc de sculptures (Calder, Pablo Picasso, Eugène Dodeigne…). Rendez-vous au week-end inaugural proposé au public les 25 et 26 septembre prochains. Entrée, festivités et animations gratuites !
Si Lille était capitale culturelle européenne en 2004, le Nord s’inscrit résolument aujourd’hui comme une métropole conviviale et créative. À côté des grandes institutions muséales locales : musée Matisse au Cateau-Cambrésis, La Piscine à Roubaix, Palais des Beaux-Arts de Lille, de nouveaux lieux émergent, invitant à la découverte d’un art plus contemporain. Dans le rayonnement de la scène culturelle de l’Europe du Nord, le LaM s’inscrit comme un pilier incontournable aux côtés du Fresnoy, du Muba (Eugène Leroy) à Tourcoing, du Tri postal et de la gare Saint-Sauveur.

 Barbara Petit

Habiter poétiquement le monde  . Du 25 septembre 2010 au 30 janvier 2011 au LaM.
crédit photo : Christian Mayaud

Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut
1 allée du Musée
59650 Villeneuve d’Ascq

 Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.Renseignements : www.musee-lam.fr

 

 

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