Dom Juan
Dom Juan d’après Molière, mise en scène Marc Sussi.
Dom Juan est-il une figure de la modernité ? La mise en scène de Marc Sussi pose la question avec pertinence. Son Dom Juan (le jeune, beau et musclé Joris Avodo), fidèle à son créateur, interprète de manière convaincante l’éternel grand menteur, le manipulateur acharné, l’imposteur viscéral.
Et si la misogynie et l’athéisme qui le caractérisent sont intemporels, on peut cependant envisager le désir frénétique du libertin comme une image de la soif de consommation contemporaine, et la dénonciation par l’« hérétique » de la morale et de l’hypocrisie du pouvoir religieux comme une résonance aux fanatismes ou aux abus actuels.
Et la figure du calculateur politique et rusé (« l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertu ») devrait vous évoquer plusieurs personnalités. Quant au conflit père-fils lors de la scène de confrontation entre Dom Louis (excellent Simon Eine en père « en colère » et « honteux ») et Dom Juan, « fils indigne », il remonte lui aussi aux mythes de l’Antiquité
Mais quant à Dom Juan, la réponse est moins évidente. La langue classique passe très bien dans la bouche des comédiens, mais pour Lyn Thibault (Elvire, Charlotte, Mathurine), chaque mot achoppe, et l’on croirait qu’elle vient d’apprendre son texte sans avoir eu le temps de le digérer. Sa diction est insupportable. Elle récite, déclame, en articulant et c’est vite désastreux, à cause d’un jeu assez fade .
Et la fin de la pièce, quand l’impie qui refuse de se repentir est châtié, a un retentissement moral qui n’a plus vraiment cours aujourd’hui. Côté scénographie, juste un plateau nu avec la machinerie visible, quelques poutres et une bâche en plastique dont on ne saisit pas très bien ce qu’elles représentent et dont on aurait pu faire l’économie. Côté dramaturgie, Marc Sussi s’est montré plus astucieux dans une pièce où la mystification et le travestissement sont le thème sinon le propos, en attribuant à quelques comédiens plusieurs rôles : Jonathan Manzambi joue Pierrot (dont l’idiolecte n’est guère compréhensible), le pauvre, Gusman et M. Dimanche ; Frédéric Baron, lui, campe le chef d’orchestre, La Ramée, La Violette. Mention spéciale pour Philippe Bérodot (Sganarelle) qui incarne avec brio le valet superstitieux, simple et franc. Le bon sens populaire, en somme, qui vante les mérites du tabac dans un discours inaugural, au jour où cette pratique n’est plus du tout politiquement correcte ! La mise en scène contemporaine de Marc Sussi est l’ occasion de mesurer la pérennité de nos classiques, et Dom Juan résiste bien à l’épreuve.
Barbara Petit
Au théâtre de la Bastille (76 rue de la Roquette 75011) à 21h00 du mardi au samedi, dimanche à 17h00, relâche le lundi.
En tournée du 5 au 9 novembre à la Scène nationale de Sénart, le 16 novembre à l’Arc-Scène nationale du Creusot, du 7 au 11 décembre au Théâtre 95 à Cergy-Pontoise, les 14 et b15 décembre à la Scène Watteau de Nogent-sur-Marne.

éra de Paris et la Comédie-Française, une des dernières scènes où les vieux métiers d’artisans du spectacle sont dignement représentés. Aussi importants que les « blue bell girls », ces danseuses sélectionnées sur des critères artistiques et physiques précis. Issues de la danse classique, elles font toutes plus d’1m75.
Le spectacle est composé de deux monologues de Franca Rame: Nous avons toutes la même histoire, Une femme seule, et du célèbre dialogue de Dario Fo: Couple ouvert à deux battants. Franca Rame raconte d’abord l’histoire de Gina- hélas trop souvent vécue en Europe, dans les années 70, d’une grossesse non désirée, quand une femme se retrouve bien seule, face à un mari qui panique à l’idée d’être père.
Cela se passe au Point Virgule, créé en 75 par Martin Lamothe et Gérard Lanvin dans le Marais , et dévolu aux monologues de comiques et qui a vu défiler, entre autres et excusez du peu : Coluche, Palmade, Bigard, Vannier… Olivier de Benoist perpétue la tradition de cet humour en solitaire à la fois vachard et bon enfant, et qui fait la part belle à la langue française. Jeux sur les mots, jeux avec les mots, le tout arrosé d’un cynisme et d’une férocité sans scrupules . Au deuxième, voire au troisième degré: rien n’arrête notre homme une fois lancé.
La pièce de Victor Haïm fut créée il y a quelques dix ans; c’est du théâtre dans le théâtre, une fois de plus! Mais bon… On assiste donc à la première répétition de la nouvelle pièce d’une auteure très connue (qui joue aussi le personnage de l’auteure) avec une jeune star. Elles ont eu autrefois une histoire d’amour et se connaissent donc très bien. Cela se passe sur une scène un peu encombrée par les accessoires de la pièce de Shakespeare qui précède ( ce qui n’est pas très crédible) ; il y a juste une table ronde et deux chaises, dont les deux personnages ne décollent guère, ce qui donne un côté statique à la mise en scène.
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