Nema problema

Nnema.jpgema problema, Mise en scène Alain Batis

Nous avions oublié, nous avions voulu oublier cette guerre si proche (1992) et si voisine. La Croatie est redevenue vacances de rêve, côte rocheuse et mer bleue. Et pendant ce temps, au cœur des villages, ou ce qui en reste, quelles haines restent tapies ? Laura Forti a écrit un texte impitoyable, le témoignage d’un italo-croate, venu en ex-Yougoslavie faire des photos et récupérer ses grands-parents croates et piégé par la guerre. Noble piège : lui a choisi de s’engager plutôt que de gémir. Dès lors, il ne s’appartient plus, il appartient à l’horreur, à la cruauté des autres et à sa propre cruauté – quoi, comment déchirer à la Kalachnikhov un jeune homme prêt à en faire autant en face ? Torture, viols, massacre des innocents : on ne revient jamais de guerre. L’horreur persiste et voile tout, ou plutôt perce le voile de l’accommodement. On n’en revient pas. Le guerrier se tait comme l’ancien déporté : pourquoi parler, on ne vous croira pas. Alors, il reste une issue : Charlie Parker, cette douleur arrachée au saxophone, essayer de jouer. 
Voilà la fiction-réalité de Laura Forti : Nema problema, pas de problème, on tue, pas de problème on cache la vérité de la guerre sous le nom d’ »événements », on connaît, pas de problème, le narrateur fait partie des sacrifiés, devenu intouchable du fait de son engagement.
Alain Batis a eu le courage de monter ce texte, et en même temps il en a eu peur. Et il y a de quoi. Beau décor peu utile, sinon comme « voile » qui échoue heureusement à adoucir le propos. Raphäel Almosni incarne le narrateur avec une grande sensibilité, sans pathos, et c’est pourtant là la difficulté : peut-on faire théâtre de l’horreur ? Racontez, dites, ne jouez pas, portez tout simplement le texte en avant, nous ne pouvons que le recevoir. Une belle rencontre entre le récit et la musique ( jouée par Stanislas de Nussac), attendue, brouillée, le temps de la représentation, se produit à la fin du spectacle, et cette fois c’est juste.

Christine Friedel

jusqu’au 24 octobre.
Festival Un automne à tisser – théâtre de l’Epée de bois à la Cartoucherie de Vincennes 01 48 08 38 74

Le texte de Laura Forti est publié chez Actes Sud-Papiers

 


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